‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 14 sur 105 · ENFANTS TROUVÉS · texte numérisé non relu

ENFANTS TROUVÉS

Si Von s'en rapporte à quelques légendes et aux capitulaires de Charlemagne, il paraîtrait que dans le moyen âge , il existait en France des asiles pour les enfants trouvés. On cite , d'après la vie de Saint-Marbœuf ^ la maison qu'il aurait fait bâtir à cet effet à Angers en 654 ; ainsi que l'hôpital du Saint-Esprit fondé à Montpellier en 1 480^ d'autres disent en 1204 , par le comte Guido qui le dota d'une partie de ses revenus. Mais ces hospices particuliers et ppu nombreux d'ailleurs, ne présentaient ni l'ensemble ni la stabilité qu'un gouvernement seul peut donner à de semblables institutions (1).

Jusque vers la fin du 17® siècle , aucun établissement n'existait en France pour recevoir les femmes en couches et les enfants abandonnés. L'opi-* nion même semblait repousser une pareille mesure; nous voyons en effet dans les recherches de M. Beaoiston de Ghàteauneuf , que sous Char-

(i)D£ifaisT0M Ds GiuxE^csBXJF : GoosidéraUoDs surlei eofunts irouvé^ t. ê fi stttTantes.

( 142 ) les VII en 1445 , im procureur du roi au Chate- W de Paris ayant essayé de feire recevoir à l'hôpital du St.-Esprit les enfants au nuuilot, ^ trouvés (7 les uns par 4a ville , les autres apportés aux huis « du dit lieu , ou jetés nuitamment à val les f ués, » il ne put y réussir; et on lit dans les lettres patentes que le roi donna quelque temps après ^ (4 août 1445 ) en faveur de cette maison , ce passage remarquable : « Si Von obligeait, dit ce « prince , l'hôpital du Saint-Esprit à recevoir les « enfants trouvés , concurremment avec les orpheu lins, il y aurait bientôt une grande quantité des « pjremiers , parcc^ que moult gens feraient moins « de difficultés de eux abandonner à pécher, quand « ils verraient que tels enfants bâtards seraient ce nourris, et qu'ils n'en auraient point la'charge « première ni sollicitude. »

Plus tard en 1536 , François l*' fonda au marais sur remplacement occupé aujourd'hui par le marché et la rue des enfants rouges , un hospice dit des Enjhnts rouges , pour les enfants légitimes de^ pauvres morts à THatel-Dieu; comme dans ITiospice du Saint-Esprit, tes bâtards en étaient exclus.

€haque ville , chaque seigneur , se conduisait à l'égard des enfants trouvés d'après les inspirations de sa diarîté , ou la richesse de ses revenus ; un ancien arrêt du parlement de Paris , de Fannée 1667 , ordonne aux seigneurs de nourrir les enfants déposés sur leur territoire; aujourd'hui même en Autriche les propriétaires sont tenus de payer douze florins à l'hôpital qui reçoit les en-

(<43) finis abandonnes dans retendue de leurs d<H-

A Fans <m déposak les enfaints dans une oo*qi^lle de marbre placée pour cet osage à la porte éM églises (1). Les marguitliers les recueillaient at s'occopaient ensuite do soin de trouver quelqu'un <|ui Toulàt les nourrir. Ces simples mesures suffisaient an pefk nombre d'infortunés qu'elles concemai^it, et qai ne s'élevait pas alors à plus de ^ox ou TROIS GEirrs par an.

€i^)endant vers 1636 , ils trouvèrent un asile et tles soins particuliers dans une maison de la capitale^ que la voix publique désignait sous le nom ëe Maison de la couche ; mais des abus s'y étant introduits on Fut obligé de la fermer. Quatre ans apréSy le sort des enfants abandonnés toudia de nouveau l'àme d*un ecclésiastique de la Provence , Vincent de Finie , que l'élise a mis an rang des saints. Ai<lé de M"^ Lsgras, nièce du garde des sceaux de Iflarillac, d'Étkabetb L'HuilUer femme du cbancdier d'Aligre ^ et de ce magistrat lui-même j il parvint à réunir des fonds snffisanCs pour cottvrir les dépenses d'une maison qu'il ouvrit dans fe faubourg St. Victor. En \éu% y le roi Lmtîs Xm ajouta quekpies secours réguliers à cetnL.qoe Vincent de Paule avait obtenus de la dMurttd particulière; Anne d'Autriche, régente du royaume après la mort de Louis XIU, les augmenta

(i) M. ViCTOA fluGo, rapporte cette eoBtmne dans Tun des prf miers afcaplliw de son outrage, intitulé Notrk-dims oc Fiais.

Note du R.-Ad. B. (de» V. .)

( U4 ) encore. Jusqu'en 1670 rétablissement ouvert pour recevoir les enfants trouvés n'eut aucun caractère officiel, fondé par des particuliers il resta sous leur direction, et ce ne fut qu'au mois de Juin de cette année , que Louis XIV retidit sur la pro-position de Colbert , des lettres patentes qui reconnurent aux maisons dites de la marguerite et du faubourg St. Antoine , le titre d'hôpitaux 4e Paris, et les autorisèrent à agir en cette qualité.

Un motif tout philantropique avait porté à la création des hôpitaux d'enfants trouvés; les vices, la débauche , l'égoïsme , en profitèrent pour se décharger sur elles du soin d'élever les enfants auxquels les premiers donnaient naissance, et que le dernier abandonnait.

« Lorsqu'on sut dans les provinces (dit le rap- (( port présenté à l'Académie des sciences par « MM. Duméril et Coqueret Monbret, sur le méi( moire de M. de Châteauneuf dont nous venons « de citer quelques fragments), qu'il y avait à « Paris un hôpital où les enfants abandonnés u étaient reçus sans aucune formalité , on enwja « (ie toutes parts à cette mcusofi. Les seigneurs «c hauts-justiciers le faisaient eux-mêmes pour se <c décharger de l'obligation qui leur était imposée fc de prendre soin des enfants causés dans leurs « terres , et les hospices des villes de provinces ce pour être soulagés d autant. »

Sous l'empire de cette organisation , le nombre des enfants admis dans les maisons de la capitale et des villes de province s'accrut de la manière suivante :

( 145 ) En 1638 il était de 12, en 1670 — 206à500,

en 1700 — 1,738, en 1750 — 3,789, en 1784 —. f 40,000.

Quels arguments pourraient avoir la Jbrce deces chiffres? Voyez-vous la débauche et la séduction augmenter leurs produits, du moment où la charite publique leur . offre un placement dans les hospices qu elle fonde dans toutes les grandes villes de fabrique et de garnison ; quelque grande que scMt la générosité , elle se trouve dépassée encore par les progrès du mal.

En 1793 la Convention rendit un décret qui constitua l'état civil des enfants trouvés, et déclara que la patrie qui les adoptait leur donnait un état; voyons quels résultats cette loi , d'ailleurs si philantropique^ produisit:

En 1784 le nombre des enfknts trouvés éfaît

avons nous dit de 40,000,

En 1798 il atteignit le chiffre de 51,000,

et en 1809 celui de 69,000:

En 25 ans l'augmentation avait été de 29 sur

40, près des trois quarts !

Au lieu de s*arréter dans un système si mau^ vais. Napoléon l'exagéra encore, en accotdant aux enfants trouvés , par un décret de janvier 1811 , une liste civile de quatre millions, qui s'augmentait encore des subvendons locales et du ' produit des centimes spéciaux, que le mémedé^ cret autorisait les communes et les départements à voter pour ce service. Sous l'empire de ceîte lé-

Blaoqvi. 10

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( 446 ) gislation y le 4dmbre lier enfants s'actrut dans une prp^rtiôii Vl*aiinent effrayante.

Nous Tavoné vu; en 1 809 , être dé 69,000. Ilfut,en ^ ' 1815,

en 1816,

eh / ^8i^,

en 181«,

, en ' 1819,

en ' 185i;

en 1822,

Sous le régitae de la Cpnventiûp ^ il avait ai^-* mente , eh 25 ans , dans le rapport de 3 ; 4 ; scms celui de TEmpire, il ^'accrm, on, 13 ans, dfjns celui de 7 : 14; c'est-^à-diiç c|u doublç ! , ,,

Ijcs choses restèrent dans cet état jusqu'à c/b que, le? conseils gép^aux et lê3 prcjfcts , alaruiés de^ progrés effrayants que cette ipstitutjon lai$^i<; C^iaque jour, se dirent^ con^me.M.de Cl|â|;e^u- Neuf dans son mémoire : « La charité qui recueille (c tes enfapts .ab?.i;^donné$ , saus. exceptipn , par fi cela seul qu'ils vont périr si elle; ne leur ouvres ^.ison sén, a> sans dpute^ quelque chose de g/éné^ i< reux , de touchant ; celle ^qui se prescrit d^p (c )>prqes qu elle pe. veut pa^ franchir , a quelque f( chose de plus sévère , mais aussi de plus moral » . JLp, question, d'ailleurs, était deveoue. ^na^-p cière ; car les quatre millions fixés par Tempefr^ ur eiji 1811 s'étaient successivement augmepté$ ]usi]u'au clxifire de 10,250,000 fr. j bien, cjue la dé-j pense de chaque enfant ne fut que de 80 fr. 30 oen** jimes , en moyenne. . , t. ; / *,

(UT) ^ La rê(«nnt d«s abus Traiment scandaleux q s'étaient intrddotts dans les maisons d enfants trouvés, (on vit souvent des femmes mariées apporter leur enfant , la nuit, et se représenter ensuite le lendemain pour le repiendre comme nourrice , afin de recevoir l'indemnité de 8 francs par mois tjuiest allouée à celles-ci), ayant été abandonnée aux administrations locales, on fit différents essais, dont les résuluts sont fort intéressants.

Les uns supprimèrent les tours et exigèrent des déclarations signées; d'autres éloignèrent les enfants à qndque distance; ils les envoyèrent même dans des départements voisins. Dans quelques-ui^s on réduisit le plus grand nombre des lits, et on affecta l'économie que produisit cetie réduction à lies secours qui furent délivrés aux mères qui gardaient leurs enfants. Ces secours se composaient de hnge, de bois, de vivres, de layettes et d'argent; ils duraient pendant les quatre premiers mois ajMrès l'accouchement.

Trente départements adoptèrent ces différents systèmes , dont les résultats , pendant quatre ans ftirent une économie de 1,086,500 francs, la fer- •«eture de 67 tours, le reirait par les parents de 4^090 enfants , et la l'éduction du chiffre total de «es derniers, de ^,000!

Dans les départements qui conservèrent î'ani «ienn« organisation impériale, te nombre des infanticides fut plusconsidérable que dans les auireai

Ces feits me semblent' concluants et prouvent ^w; la nimn «st plus souvent d'tccbrd atèc la

morale, c[^e les sentiments les plus géoér^ux lorsqu'ils se manifestent aveuglement. Sans doute » la réduction du nombre -des enfants est due à l'auge mentation du bien-être général, à Tamélioration morale des masses; mais elle est due aussi aux mesures judicieuses qui ont , pour ainsi dire , mis en demeure Tamour maternel et l'ont forcé de se produire. On a réveillé des sentiments à demi éteints, en menaçant de rompre par l'éloignement, et pour toujours , les liens qui unissaient encore les pa^ rents à leurs enfants , tant qu'ils n'étaient séparés que par de légères distances.

Je quitte la question des enfants trouvés , que je niavais pas h examiner ici d'une manière complète, et dont je voulais seulement établir les rapports avec les charges publiques et les règles de la science, et je passe à une autre face de la question du paupérisme : celle des prisons.

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