CONNAISSANCE DU MARCHÉ
La connaissance exacte des marchés que Ton a l'intention de visiter est de la plus haute importance pour la réussite des spéculations du commerce extérieur.
Il faut savoir d'abord quels sont les gouts du pays, afin de n'y porter que des marchandises qui les flattent; il faut connaître ensuite, et cela dans les plus minutieux détails, tous les usages de commerce, des tares, surtares, bonifications^ etc., de MONNAIE de compte et de monnaie réelle, de droits
( 102 ) LÉGAUX et EXTRA-LÉGAUX , c'cst-à-dirc ceux fixés par la loi et ceux exigés arbitrairement par le» magistrats qui rappliquent. Un grand nombre de négociants expéditionnaires ont été trompés ainsi dans leurs calculs avec tout le Levant, TAmérique, rinde, etc. Les exactions des magistrats turcs ne connaissent pas de limité; les fraudes commises par le commerce de Lîvourne sont devenues tellement scandaleuses, qu'elles ont été enfin l'objet d'une réforme importante, qui a ramené la sécurité dans les rapports avec cette ville; mais cette amélioration n'a eu lieu que sur un point isolé, et le mal existe encore sur mille autres, où il a fait d'immenses progrès.
On comprend tout ce que l'ignorance d*un fait de cette nature peut causer de perturbation et d*insuccès, combien d'entreprises, bien combinées du reste, peuvent échouer de cette manière. En général, nos armateurs négligent trop de s'enquérir de la NATUHE ET DE LA QUOTITE DES BESOINS
qu'ils se proposent de satisfaire; ou ils envoient TROP et déprécient eux-mêmes les marchandises qu'ils offrent, ou ils choisissent mal ces ffiarchân* dises, soit sous le rappm*t de la pokme, de l'aiuta- GE, et de la qualité, etc., et comme cela encore ils compromettent le succès de leurs expëditioiis.
CONCJ.USIOi\.
Si nous résumons ce qui précède, nous verrons que les tarifs diminuent nos débouchés, empêchent les RETOURS, augmentent le fret, et rendent
les l>LArJ WF1VTS plnS dîftlcîlos, en (^leVîinf \p pmx des 'produlls.
Nous nous rappellerons aussi que le gr^ind commerce, qnî a besoin de capitaux considérables, ne peut les trouver en France, où l'agriculture et iMndusrrîe en manquent; et enfin que les C0Nîs\tssANCi-s indispensables pour Ce genre d'opérations, ne sont pas assez, répandues.
Presque tous ces obstacles lieî.nent , ainsi qu'il est facile de le vérifier , h des causes purement humaines, et il dépend de nous de les faire disparaître. Les premiers dépendent d'une rhporhë vr DOtJANES, dont nous avons déjà reconnu plusieurs fois la nécessité, en même temps que la possibilité. *Qnant aux cAPrrAtx, il sera moins Riciled'en procurer 5 notre commerce niariiîme, parce qu'avant lui il faut d'abord que ragricuUure, le com^ merce et Tinduslrie intérieure en soient pourvus. Pour ce qui concerne la co^•NAlssANCE du marché EXTÉRiEuii, il dé])end des négociants de l'acquérir. L'administra ttôn ayant toujours le soin de faire publier leutes les enquêtes et les mëmoirea au moyen desquels àeé agents à l'entérieur., consuls et ambassadeurs^ la tiennent au courant de tous les faits relatifs au commercei qui s'accomi^issent dans le reasori de leur résidence*
Il entre encore dans le& attributions du gouvernement de servir le grand commerce par la suppression de tout ce qui, dans les tarifs, entrave les communications^ augmente les frais; je citerai par exemple le oaoit dk pasemptiou , ce châtjii>ent des fraudea qui se commette^it, dans la déclaration
( 104 ) du prix des marchandises taxées au valorem^ fraudes auxquelles Texagération des tarifs pousse le négociant, qui a intérêt à payer moins^ et que le douanier, qui profite de la préemption, a intérêt à découvrir, ce qui entraîne souvent des collisions, ou du moins des contestations toujours fâcheuses entre le public et l'administra tion.
Quelques-uns de nos ports, siège du grand commerce, souiFrent aussi de Tabsencede certains agents qui leur seraient du plus grand secours. Lies uns manquentde bassins, d'entrepôts; d'autres comme le Havre, sont soumis à un régime mu^itaire; entourés de remparts, de fossks, on ne peut y construire qu'en planches; et pour fermer à l'en* nemi, en cas de guerre, un point du territoire qu'il n'a jamais songé à attaquer, on empêche, pendant la paix, les navires de commerce d'y trouver tous les avantages désirables.
GOLOiVIES. P0AT8.
Quelques villes, autrefois prospères et aujourd'hui en décadence, doivent leur dépérissement à certaines causes politiques et industrielles.
Nantes et Bordeaux ont perdu leur ancienne importance depuis que quelques-unes de nos COLONIES se sont séparées de nous; et ils ne peuvent la i*econquérir aujourd'hui, parce que les tarifs ne leur permettent pas de tirer parti de leurs ressources.
Bordeaux a des vins en abondance, et il ne peut les vendre : Nantes , qui autrefois exportait les produits de la capitale, a cessé maintenant de
r^nplir cette fonction , et ses quais sont déserts ; cette ville songe du reste à imiter l'exemple de Marseille et à créer autour d'elle une industrie dont elle puisse expédier et vendre les produits : il serait à désirer que Bordeaux^ ne se bornant pas à ses vins, suivit la même route.
C'est à son industrie que Marseille doit sa prospérité, c'est à l'industrie parisienne et normande que le Havre doit la sienne; Bordeaux et Nantes trouveront la leur en marchant dans la même voie.
Nos ports doivent bien plus songer à l'exportation directe de nos produits et à l'importation des matières exotiques qui nous sont nécessaires^ qu'à un commerce de spéculation s'exerçant seulement à l'étranger, et ne profitant qu'^iux seuls armateurs. Ils doivent comprendre aussi que l'avenir est pour eux dans le commerce libre, comme celui que le Havre et Marseille entretiennent avec le Levant et l'Amérique, et non plus dans les rapports forcés qui existent aujourd'hui entre la France et les deux ou trois petites Iles , peuplées de 1 5 à 20,000 esclaves , et décorées du titre de de coLONiBS, qui doivent nous échapper forcément d'ici à un temps assez court.
Cette question , toute spéciale , est trop importante pour que je l'examine aujourd'hui; nous y reviendrons plus tard; j'ai seulement voulu indiquer ses rapports avec celle dont nous nous occupons en ce moment, afin de faire sentir combien plus d'avantages notre grand commerce lui-même tirerait du régime de liberté qui a enrichi ceux qui l'ont adopté , que
(406) âû ^<rtèMe de monopole cofoniftl qtiî Vu ruiné»