VINGT-HUITIÈME LEÇON
16 ours I8S8.
PRODUCTION ET CONSOMMATIOli (Siriie.)
Sommaire; Qaestioo & résoudre. — Coromeol la prodactioD • angnenlé . depaU Tiagl «ds. — Caste de celte «ngibeÀMtioD. —
De notre législation commerciale ; da STstiks Paotbctsvb. — Tergifer^ satioDS de l'administration. —Cette qnestion est aussi polltiqne.— Note s«r le fiond, Gilitmltw H lee Dardaôeltèf . — JoHo'à pNieiil #■ B*a appliqué que des palliatifs. ~ Résultats des traité» de commerce. —Traité de Methuen.— I(ote sdï Pombalo. — Des relations entre la France et P Angleterre, par aidle de ce traité.— Dérélopponents à ce snjêi — Résumé de plufienrs réformes aecondaires à faire. — Importance dn mardié niitional.
D« retour aux anclennef idées d'association»'— De qtielle manière en iwà h Passociation, en appliquant les principes de la division du traTsil.
Nous reprendrons ce soir l'examen de la question de la consommation des richesses* Vous avez pu vous apercevoir qu'il n'y en a pas de plus importante en économie politique. A peine née d'hier, au moins sous le rapport scientiGque, elle occupe aujourd'hui sérieusement tous les hommes qui ont rej^u la mission de diriger le mouvement du progrés dans la société ou qui se sont donné celle de l'étu-
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dîer. Je dis sérieusement; car elle est entourée de
complications graves^ et ce n'est pas trop de réunir
Kmtes ses ftn^es quand on en ehca^e lamlution.
Du reste^ voici la question qu'il s'agit de résoudre; vous allez juger par vous-mêmes.
La production d'un pays étant donnée, indiquer aussi mathématiquement que possible les moyens d'assurer dans tous les temps la consomn^ation des produits, c'est-à-dire wx placement avantageux à tous les produits créés ; en un mot, compenser la production avec la consommation, de telle sorte que l'une ne manqiie jamais à Ji'aiitrej» H que tou-« jours l'une serve à. Tautre. Gomme vous le voyez, la solution du problème présente des difficultés fort complexes, qui varient suivant les pays.
Aujourdliui, l'embarras est de si^voir comment il faut faire intervenir les lois et le droit intéma- (ional pour corriger les abus -du système s^Qtuel, ^ui pousse à une |»*oduction indéfinie, ^ qui tend de plus en plus à restreindre la consommation. Or, c'est à cette tendance qu41 ftint attiibnar les malheurs industriels et les catastrophes dont nous sommes témoins et dont tout le monde soufifre. Mais en définitive^ puisque le mal a une cause artificielle, il ne doit pas être impossible 4 V ^i*ouver un remède, et je crois que nous y parviendrons en étudiant les causes qui développent la production outre mesure et qui restreignent la consommation.
La production a augmenté depuis vingt ans par
la création de nouveaux moyens de transport^p par
• Tamélioration deS anciennes routes, par l'inven-
( 207 ) tien de toutes sortes de procédés de fabricatioai par les découvertes scientifiques^ p^ rabaissement des Ukvik, et enfini par suite de Tappel fait dans tons les pays de r£uj:ope ai)x spécialités actives, qui, jusque-là, étaient ocçupéesau métier désarmes, et qui sont ^tyourd'ui dans les divers camps indus^ triels. Le travail s est partout reconstitué et répandu^ les peuples les plus arriérés ont partout rejoint les autres, et partout des produits nouveaux et considérables ont été créés. Les populations agricoles gravissent vers les manu&ctures; TAutriche tend à devenir industrielle ; Vltalie, jadis la patrie exclusive des beaux-arts, prend déjà son essor vers cette branche du travail humain. De quelque c6té que nous nou§ tournions enfin, iiou3 pouvons constater cette impulsion générale, et bientôt l'Espagne seule, en ce moment rongée par la guerre civile^ fera exception à cette règle. On se perdrait vraiment si Ton voulait entrer dans le détail des produits fabriqués; le fer lui seul don** nerait une nomenclature interminable.
Toutefois, Messsieurs, les causes que nous avons assignées au développement industriel, peuvent se réduire à deux principales :' la paix d'une part ^ la tendance de notre législation ccnnmerciale de l'autre.
Chacun de vous comprend quelle a dû étrç l'influence de la paix ; aussi ne m'y arréterai-je point.
En parlant de la tendance de notre législation commerciale, je vous ai déjà désigné le système protecteur, c'est-à-dire ces lois dédouanes, qui, en
( 208 ) délivrant lés producteurs des soins de la concurrence étrangère^ les ont affranchis de robligation de perfectionner les moyens de fabrication^ et ont fermë^ par cela seul, les débouchés étrangers à leurs produits^ tout en augmentant^ par suite de cette sécurité et de cette production^ la quantité et le prix de ces mêmes produits. Ainsi, Messieurs, faites-y bien attention, les procédés de fabrication sont restés stationnaires; les prix des produits ont plutôt augmenté qu^ diminué; la production s'est agrandie à l'abri de la protection; le marché étranger s'est à peu près fermé. D'ailleurs, il faut l'avouer, il n'y a pas que la France dans cette posi*tion fâcheuse ; notre mal est, à beaucoup d'égards, celui de toute TEurope, au moment où je vous parle.
Toute la législation commemale du vieux continent demande une réforme, d^autant mieux, et c'est là ce que nous devons le plus déplorer, qu'elle est aujourd'hui le plus puissant obstacle à de nouveaux progrès industriels; Mais cette réforme, il n'est pas facile de la faire; il n'est pas facile de l'aliorder, par suite des droits créés par la protection. Voyfô ce qui se passe en Angleterre et en France. L'administration de ces pays, celle de nos voisins surtout, sont disposées à eQtreprendre les améliorations. Mais quand il s'agit de commencer, de mettre la main à la pâte, permettez-moi cette lo« cution familière, les difficultés surgissent, et l'administration répond : Nous verrons il faut attendre.
Huskisson et Caaning ont eu bien des succès»
C *i09 ) seurs , et des successeurs de bonne volonté. Eh bien ! ils n'ont rien fait, c'est que legouvernement anglais a sans cesse été tiraillé par les intérêts matériels , pour lesquels la plus petite transaction est toujours une chose pénible. Aussi , avez-vous vu plus d'une fois les représentants du pouvoir dire, en se tournant vers les libéraux industriels et les amis du progrès : « Soyez tranquilles , nous avons bonne envie; déjà nour» marchons ; » et puis ajouter presque aussitôt, on se retournant vers les intéressés poussant des gémissements : « Ne craignez rien , nous marcherons le moins possible, m Toutefois , et tout en approuvant jusqu'à un certain point ces tâtonnements et ces tergiversations, je ne puis m'.empêcher de vous faire remarquer que les affaires les phrs tôt vidées sont les meilleures , et qu'il vaut mieux tout d'abord débusquer les batteries.
La question est à la fois commerciale et politi- ^ que. — Commerciale, et tout- à-fait du ressort de l'économie politique, tant qu'il s agit de la concui>rence intérieure et de la consommîitîon nationale. Politique, quand pour s'assurer des débouchés commerciaux, les Anglais, par exemple, s'emparent du Sund et de Gibraltar, et les Russes des Dardanelles (1). Or, une fois le débouché obtenu.
(I) Le Stmd ou Oeretund, esl un détroit qui sépare inie de Seeland delà fiaède : ce canal est laxié de la BaUiquc , et tous les vaisseaux qui y passcol paient un droit au Danemarck.
Le détroit de Gibraltar (ancien détroit ù'ffercnle ou de Gade*) est largo de trois lieues et demie; il sépare l'extrémité méiidionale de l'Espagne de Textrémilé Bord-ouest de PAfrique. C'est sur ce détroit que se trouve U BUnqvi. ,^
( 210) pai' voie de diplomatie ou autrement i il ne faut pas croire que la solution du problème soît trou-^ vée; car la production continuant^ et en progression directe de la facilité des débouchés^ le yide ne tarde pas à être rempli ., et alors la difficulté reparait. A l'approche de la moindre crise, la consom^ mation diminue , les capitaux se resserrent , certaines communications peuvent être interrompues, les magasins s'emplissent, les entrepots regorgent, les ateliers se ferhient, les ouvriers stationnent sur la place publique, la question prend un caractère social , et la révolution s'apprête , souvent aussi impuissante dans ses mesures que l'état de choses qu'elle remplace.
Jusqu'à présent , qu'a-t-on fait ? On a appliqué quelques palliatifs , tandis qu'il fallait peut-être avoir re<K>urs aux remèdes héroïques. Mais savezvous bien quels sont ces palliatifs , qu'on appelle souvent des Traités de commerce ? Ce sont, tranchons le mot , de mauvaises plaisanteries ; quelques petites faveurs accordées à une nation pour des concessions insignifiantes que cette nation fait en échange à quiconque les lui demande. Si le gouvernement brésilien, par exemple^ après avoir décidé qu'un certain produit paiera, à l'entrée dans ses ports , un droit de 25 fr ^ , fait avec la France un traité de commerce par suite duquel
fafueiise forteresse de Gibraltar qoi appartient aux AogTais depuii 1704. Elle a 15,000 habitants.
te détroit des Dardanelles {f/vllij6poiit)f onit la mer de Marmara à IMrrhlpcl, e\ 1^1 arc Ta Poniélic de \\\>h. (Xote ihi Bâdacfeur.')
nos Commerçants ne paieront que 24 fir. j la èiplo^ matte anglaise e'ément^ des négociations ont lieu^ et bientôt les marchandises de la Grande-Bretagne obtiennent la même faveur que les nôtres. Item pour les navires rtièSeSi hollandais ^ etc. ; c'est ainsi que tous les privilèges^ les traités de commerce sont illusoires lorsqu'ils sont généraux, et meurtriers, comme les instruments à dtnx tranchants , lors*qu'ils sont rigoureusement obsertéà. Un traité de commerce est l'aveu le plus explicite qu'on puitoe faire contre les funestes effets de la protection et dé la prohibition; en lèé multipliant^ on multiplie les exceptions qui détruisent la règle, et de réduction en réduction, de ftiveur en faveur, on approche chaque jour, mais iniégulièrement , de la Hbertë commerciale que nous réclamons depuis si long-^tcmps. Il y en a tant , je vous le répète, que l'exception emporte la règle , et pôur s'en con-* vaincre , il n'y a qu'à feuilleter les irt*^4** que Tadministration publie et qui contiennent les monli'* ments de nos erreurs pour tirervir de leçons aux .races futures.
En voulez-vous connaître un mémorable dans * rhistoire du commerce? Le fameux traité de Mathuen , ainsi appelé du nom de l'ambassadeur qui l'a conclu ^ a causé la ruine du Portugal au profit de l'Angleterre. Le général Fôy a dit de ce traité , qu'il avait fait du Portugal une chaloupe constamment amarrée au vaisseau de l'Angleterre. Voici en substance ce qu'il porte : o L'Angleterre déclare qu'elle achèlera son vin ea Portugal; le Portugal s'oblige à acheter tout cedontil aura besoin
• ( 212 ) en Aogleterre, » Ça ^é assez jKHir embarrasser pendant long^temps les aflBdiires portugaises et pour les rendre impossibles à débrouiller^ Pombal eût-il eu dix successeurs ( 1 ) .
Voulezrvous un autre exemple? Je n'en connais pas de concluant pour démontrer l'insuffisance des traités de commerce. Je le prends dans nos relations avec nos voisins d'outre-mer. Vous savez qu'il y a encore entre la France et TÂngleterre une espèce de force répulsive ^ seulement (je me hâte de le dire) quant aux affaires de commerce ; eh bien ! savez-vousà quoi il faut attribuer ce iacheux
résultat ? Aux lois de douane ^ aux préjugés
économiques également répulsifs et jaloux des deux côtés du détroit^ qui ont remplacé ces vieilles haines politiques qui ont long-temps entravé les rapports d'intérêts entre les deux pays. C'est à tel point que nous faisons plus d'affaires avec le Piémont , avec la Suisse , qu'avec les trois grandes iles britanniques. Et qu'on ne vienne pas -dire que le commerce ne serait pas chose naturelle entre ces
(I) Lenurqpii de Pombal a été mioiitre de José 1«S de Portugal , pendaot la première moitié da dix-huiiiëme iiècle. il s'est illustré paHa lutte qu'ail toutint avec les Jésuites et parla résistauce quMl opposa 4 IHofluence aa^laise. Il obtiot de tout les rois de PEarope et du pape lui-même, la suppres»ioo de la fameuse compagnie de Jé*us. Il réprima Porgueil de PAngleierre et força cette puissance h lui doDoer «atisfaclion pour des vaisseaui français quVHe avait brûlés sur les cdles de PorIngaL il proclama raflTraocliisseroeot de Te^pèce humaine et rendit libres tous les iadigénos du Drcsil.EnOn,<oussonaduiiui.tralioo, le Portugal éiait redeveaa Loe poissaoce. Né en t6M, il mourut en 1777, laissant malheureusrmeot entre les mains d^une femme et d^nn prince sans vigueur, le fardeau de tant d'inttitations largement et quelquefois brutalement ébauchce*.
(If94€ du Béduekur.)
( 213 ) deux nations, car la contrebande vient ici, comme ailleurs, protester contre le système artificiel qu'on nous a fait (1). D'ailleurs, rappelez-vous que les Anglais paient 400 millions de droits pour boire des quantités effroyables de gin, de wiskey, d'eau-
(1) Nos licteurs ne seront peut-être pas fâchés de voir reproduire ici l'opinion de rilluslre Béran||;er, qu'il a formulée en une véritable chanson d'économie politique,esi>ècc de Marseillaise des anti-prohibitiopnistes.
Malheur, malheur aux commis !
A nous , honlieur et ridicsse I Le peuple à nous s'inlcresse :
Il est de nos amis.
Oui, le peuple est partout de nos amis ; ^
Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Il est minuit, çà qu'on me suive , Hommes» pacorille et mulets.
Marchons attentifs au qui vive. * Armons fusils et pistolets.
Les douaniers sont en nombre ; Mais le plomb n'est pas cher ; Et Ton sait que dans l'ombre Nos balles verront clair.
Camarades, la noble vie !
Que (le hauts faits à publier !
Combien notre belle est ravie Quand Tor pleut dans son tablier I Château, maison, cabane Nous sont ouverts partout ; Si la loi nous condamne Le peuple nous absout.
( 214 ) de-^vie de grain et de pomme de terre , d'ale , de porto et d'aiitre$ boissons incendiaires^ tandis qu'à peu de distance de leurs côtes la vign^ produit des torrents de cette liqueur bienfaisante, dont r usage modéré produit toi^ûrs la vigueur
Bravant neige, froid, pluie, orage,
Au bruit des torrens nous dormons,
Ah ! qu'on aspire de courage
Dans Fair pur du sommet des monts !
Cimes à nous connueà ,
Cent fois vous nous revoyez
La tête dans les nues
Et la mort sous nos pieds.
Aux échanges l'homme s'exerce ; Mais l'impôt barre les chemins.
Passons, c'est nous qui du commerce Tiendrons la balance en nos mains. ' Partout la providence Veut, en nous protégeant , Niveler l'abondance , Éparpiller l'argent.
Nos gouvernans, pris de vertige , Des biens du ciel triplant le taux , Font mourir le fruit sur sa tige , Du travail brisent les marteaux.
Pour qu'au loin il abreuve, Le sol etl'habiiant, Le bon Dieu crée un fleuve } Ils en font un étang.
Quoi ! l'on veut qu'uni de langage , Aux mêmes lois longrtemps soumis , Tout peuple qu'un traité partage Forme deux peuplesM'ennemis.
et la santé. N'y a-uil pas quelque chose de pénible à voir 42 ou 15 millions d'hommes qui s'empoi-* sonnent quotidiennement^ quand nous pourrions si bien leur faire partager notre Tin, qui ne vaut guère^ dans plusieurs localités, plus d'un sou !...
Non ; grâce à notre peine , Us ne vont pas en Vain Filer la même laine Sourire au même vin.
A la Frontière où l'oiseau vole , Rien ne lui dit : Suis d'autres lois.
L'été vient tarir la rigole Qui 8ei't de limite à deux rois.
Prix du sang qu'ib répandent , Là leursj4roits sont perçus.
Ces bornes qu'ils défendent Nous sautons par- dessus.
On nous chante dans les campagnes , Nous, dont le fusil redouté ^^ En frappant l'écbo des montagnes Peut réveiller la liberté.
Quand tombe la patrie Sous des voisins altiers , Mourante elle s'écrie :
A mo>9 contrebandiers!
Malheur, malheur aux commis !
A nous bonheur et richesse !
Le peuple à nous s'intéresse !
Il est de nos amis , Oui le peuple est partout de nos amis ; Oui le peuple est partout, partout de nos amis.
( 2i6 ) C'est |K)urlant le tiaicé de Métliuen qui a encore produit ce déplorable résultat. Ah ! Messieurs , vous devez compireudre en ce niomeni la vivacité avec laquelle j'attaque le système protecteur. Ùa simple traité passé entre ï Angleterre et le Portugal anéantit celui-ci j attaque la France dans la plus nationale de son industrie , et compromet d'une manière irréparable l'hygiène publique des trois royaumes. Mais les conséquences ont bien d'autres ramifications. Tous les champs dehoublon, d'orge, matières premières des abominables liquides dont je viens de vous donner la nomenclature lugubre, prennent une bonne partie du terrain^ et le pain coûte , en Angleterre , deux fois plus cher qu'en France. Et puis vous voyez reparaître une dtihculté que je vous signalais il y a quelques instants: on trouve les 400 millions d'impôts pré. levés sur le gin et l'aie. Et d'un autre côté, comment décider maintenant les Anglais à renoncer à leurs boissons nationales, à les habituer à boire du via?
Cependant , vous croyez peut-être que Ton a songé à diminuer les causes qui produisent de si fâcheux résultais? Il n'en est rien j depuis vingt ans le tarif des douanes augmente. Quelques droits ont été adoucis , mais l'ensemble s'accroît; le mal s'aggrave , et de jour en jour la position devient plus fausse. On a mis un droit de 120 pour 100 sur la houille (et malgré ce droit , pour le dii-e en passant, il nousen est venu un quart de Tétranger). On a mis un droit de 50 francs par tète sur les gros bestiaux t Prenez d'autres exemples, vous
(2i7) veiTcz que par(oui le tarif a maiThë à pas de géant ^ ou en d'autres termes^ que la production a ëlé surexcitée et la consommation ralentie.
Mais ce système protecteur nous est d autant plus défavorable , que nous ne pouvons soutenir la concurrance sur le marché étranger; car si nous luttons, nous^ ne luttons pas avec avantage.
La lutte a lieu de quatre manières : .
Par le prix de revient des produits,
— Ijk quantité des produits,
— La qualité des |m>duits,
— Les frais de transport,
— Le crédit offert aux acheteurs.
Les prix de revient sont en faveur de ceux qui ont les matières premières de premières mains et à meilleur marché, et qui peuvent obtenir une main-d'œuvre plus économique.
Celui-là a Tayatotage qui trouve le secret de vendre aux grandes masses. Mieux vaut faire plu« sieurs fois un petit prolk que quelquefois un grand. Ensuite c'est le pays le mieux pourvu qui l'emporte. En France , nous sommes sur ce point inférieurs^ à beaucoup d'autres.
Celui-là a l'avantage qui fabrique des produits de meilleure qualité. Mais ce serait une grave erreur de croire que le goût et la beauté doiv^i être obtenus aux dépens de la solidité. Cette dernière qualité est , à peu d'exceptions près, préféraUe à l'autre, quand on ne peut les réunir toutes, surtout quand les produits s'adressent aux masses, aux masses qui ne peuvent renouveler souvent leurs habits et leurs meubles.
Gelai-Ià aravants^equi transporle ses marchandises mieux ^t plus vite^ et dont lepaysest^ par conséquent, le plus possible sillonné de routes et de ca*iiaux, qui a le l^lus de côtes acœssil^les et le plus de ports sur ces côtes, qui fait les im^rires à meil*leur marohé et mieux conditionnés , et enfin qui a uae marâie moins chère* Qui navigue mieux vend moins cher, mieux et davantage.
Celui-là a le plus d'avantage dont le crédit-est le plus solide, d une part, et qui peut en faire un plus ^ long à ses acheteurs, et qui a, par conspuent, le plus de capitaux disponibles.
Ainsi , la question de la concurrence n'est pas setllement une question de tarif; elle n'a pas qu'un point vulnérable, et pour la traiter, il faut toucher à bien des cordés.
Si, pai'tant des principes que nous venons de poser, nous comparons ce qui le passe en France et en Angleterre , nous arriverons aux résultats suivants.
^ V Si notre main-d'œuvre est plus itoonomique , nos niatières prémices nous coûtent phis cher, et nos prix de revient sont généralement plus élev^;
2^ Nos mines de fer et de houille sont encore mal exploitées, nos forges sont mal dirigées et nous fournissent des machiiles élevées ;
3"" Si pour certaines industries n^ems |M[*oduisons> aussi bien , souvent même mieux que nos conc^r* rents, cette supériorité compense souvent et au delà les avantages qu'elle peut nous o^rir. D'ailleurs, lasupérioritéde forme est presque toujours acquise aux dépens de la solidité. Ainsi, nous n'avons l'a-
( 219 ) TanUge que pour \es objers de lui^e qui s'adressent seulement à uiî nombre restreint de consomma^ teurs;
4** Malgré les améliorations incontestables qui ont été récemment apportée^ dan» notre système de communications, nous sommes encore bien loin de rAugletjBrre. I^s Anglais ont à miçilleur mari^hé que nous les fers , les bois y les chanvres, l€» goudrons;
5° L'organisation de notre crédit est encore io» complète. Nos négociants ne peuvent pas faire de^ crédits suffisamment longs à leurs correspondants^ ou ce qui revient au même, leur louer des capitau;^ à bas prix. C*e^ ainsi que les Russes qui sont fort Soignés y s'adressent de préférence aux Anglais qui leur accordent un an de crédit.
Ia question se réduit donc à ceci : pour donner à la production française d^ débouchés suffisante par la Voie de Texportatiop , il ne suffirait pas de réforme les tarifs; il faudrait encore plus de science chez nos producteursde matières première», plus d'économie dan^ Fadministration de nos &r briques, plus de bonne foi quant à la qualité d^ produits, dès routes et ^es canaux plus nombreux et sui^tout en meilleur état , des ports plus commodes et plus accessibles; enfin , un meilleur système de circulation ^des capitaux , ^i la suppression des jeux de bourse, qui rej^terait dans l'industrie et le (XHumerce les capitaux consacrés aujourd'hui à alim^iter Tagiotage.
Toutefois, Messieurs , quelque importantes que soient ces réformes , je ne les regarde que comme
( 220 ) socoîid.liros, dfins la question qui nous occupe. Pour moi, les meilleurs consommateurs , les plus surs , ceux qu'il faut s'attacher à rendre de plus en plus nombreux, sont les consommateurs natîo^ nau.x. Tant qu'il reite un homme mal vêtu, mal nourri, mal logé, on peut dire que la société a encolle quelque chose a faire pour cet homme et poiir les productions des objets qui lui manquenf. Sans doute , le moyen d'améliorer le sort du tra-vailleur et du pauvre est difficile à trouver, maïs il n'en faut pas moins chercher avec persévérance^ parce qu'il y a certitude de découvrir la solution du problème.
Je conç(Hs très bien un état dans lequel le café serait à la portée de tout le monde, dans lequel le sucre édulcorerait en abondance la tisane et le lait des plus modestes travailleurs. Car si tout le monde ne consomme pas toutes choses , c'est que tout le monde ne peut pas les payer.
Mais d'un autre coté, il y aurait folie de croire que dans cinq ans, dix ans, il sera possible d'avoir et d appliquer une panacée universelle. Défiez-vous aussi de ceux qui vous disent qu'on produit trop, et répondez-leur ce que je viens de vous dire , car il y en a beaucoup qui ont besoin de beaucoup de choses.
De nombreux systèmes, vous le savez, ont^ proposés. Les ui^s reposent sur le principe de Tassociation encore un peu vaguement interprété, les autres sur une association {^lus exclusive. Ces der* niers vendraient nous ramener au système des corporations (amélioré , il est vrai). Bien qu'ils
( 221 ) veuiUenl organiser et régler le travail , je les crois impuissants , bien que depuis quelques années on mette une certaine insistance à les reproduire ^ et bien que des paroles officielles y aient fait allusion. D'abord y que veut-on dire quand on parle d'organiser le travail ? Qu^est-ce qu'organiser le travail ? est-ce rétablir les jurandes et les maitrises^, les milliers d'ouvriers et les milliers d'aristocraties, filles de Tancien système de corporation ? C'est là où vous en serez sans doute dans sept ou huit ans; les maîtres syndics et les maîtres jurés fermeront bien tôt la porte aux nouveaux-venus^ pour ne Touvrirqu*à leurs parents ou amis. Vos notaires et vos huissiers sont organisés , comme on dit ; eh bien ! voyez s'ils veulent qu'on augmente le nombre des charges ! Décrétez demain qu'il n'y aura plus que soixante ferblantiers et cent cinquante lampistes, et vous verrez si aprèsnlemain il «vous sera possible, le besoin s'en faisant sentir , de créer un ferblantier et un lampiste déplus, et vous verrez si la guerre ne sera pas indéfinie entre les ferblantiers et les lampistes pour une foule d'objets que les deux corporations sauraient et voudraient faire d une manière exclusive. On n'osera peut-être pas tout de suite invoquer le privilège d'une manière si crue, mais soyez sûrs que les petits ne tarderont pas à èùre sacrifiés, et que le travail deviendra bientôt une propriété inabordable poui* le peuple.
Je sais ccnnme tant d'autres qtie l'organisation du travail, à la manière des corporations, a défendu les travailleurs contre les exactions des seigneurs. Mais où sont doue les seigneurs et les nobles contre
( 222 ) lesquels il faut s'organiser? Nous sommes Unis tî^ lains et très vilains , comme dit la chaifson de Bérànger , et je ne vois pas trop pourquoi nous rétrograderions de quelques siècles. Cîroyeï*moi , ce sont*là dés vieilleries. On a beau les retourner, la mode en passera.
La tiécessité amènera des modifications , et ces rao(Jificâtiôns se feront dans des vues et des idées d*assôcîation. Les peuples tendent à fondre leurs intérêts. Voyez pour les chemins de fer, par exem*pie; chacun dirige les lignés sur ses Voisins ; nous en ferons de Paris à Bruxelles, de Strasbourg à Baie. Et une fois que toutes ces lignes seront établies y une fois qu'elles en auront fait naitre d'au^ très , on pourra dire adieu au aystéme de douanes^ les contrebandiers seront tit>p nombreux et ils passeront trop vite. Ce serait par trop absurde de faire perdre deux heures , une heure, . une demiheure, quelques minutes , au voyageur capable de ftiire dix lieues à l'heure et de traverser la France en vingt-quatre heures.
Ce grand pas une fois fait, on peut pi*évoir que dhaqoe peiJple rte fera plus que ce que sa pô^tîôii géographique et ses dispositions partictiliéî^s rappelleront k faire. Dé^ certaines industries m dé* placent pour s'établir d*tine manière plus normale. La fabrique de pianos , par exemple , se développe dans les grands centres; un négociant bien connti a une maison à Paris et Tauthe à Lôndfès. Toutes deux prospèrent. Et ainsi des autres. Cette fiisiod n*est au fond qu'un hommage rendu aux principes de k division du travail. Sans doute , alors la
( 223 ) ^'rance fera des vins ^ des huiles , des soies , des neubles, etc. , pour les échanger contre les produits lesindustries qu'elle abandonnera. Sansdoutealors m rira de quelques industries factices qu'on veut aire prospérer envers et contre tous. Comme on irait aujourd'hui si Brives-la-Gaillarde, Bourges )U Guéret^ prétmd|iot tisser dès loiefie^^ teindre les cotonades, demandaient un petit tarif pour leur issurer le marché de leurs départements contre 'envahissement des produits de Rouen, de Mûllôuse, de Lyon et de Nîmes. Car enfin ces douanes n térieures seraient aussi logiques que celles qui gré- > ent nos frontières. Mais à l'avenir et de plus en plus, »n comprendra que c'est par la liberté des échanges [u'on arrivera à favoriser le développement de la onsommation. On produira du fer avec des toiles, [u sucre avec du vin ; le commerce produit à la açon de l'industrie, et dans beaucoup de cas d'une aanière plus naturelle. C'est en roulant produke le tout^ c'est en voulant faire une concurrence miverselle, qu'on a tatit nui à la bonne foi unierselle. U faut le dire, en finissant , il y a des né- ;ocian'ts qui n'ont pas hopte d'envoyer des saletés u Pérou, au Brésil, au Chili. Que de foi» on a eçu dans ces pays des bouteilles de Champagne )leines d'eau ! Et pourtant c'est en traitant avec es étrangers que la bonne foi devrait être absolue, ar une simple fourberie peut amener la p^te l'un débouché j)récieux.