‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 69 sur 105 · ET LA RETRIBUTION SELON LES OEUVRES · texte numérisé non relu

ET LA RETRIBUTION SELON LES OEUVRES

Cette imprudente attaque contre la propriété était plus qu'une faute; c'était, s'il est permis de se servir d'une pareille expression, une absurdité! Eux-mêmes comprirent, du reste, que leurs doctrines^ n'étaient pas immédiatement applicables; ils se bornèrent donc à proposer provisoirement d'interdire les successions collatérales, et d'élever les droits de successions sur les héritages directs , d'après une échelle proportionnelle.

Ce système conduisait à rendre , au bout d'un certain nombre d'années , la société propriétaire universelle ; mais c'est ici que commencent les difficultés, que réside V immense absurdité. Quand la société devient propriétaire, il y a lieu à partage entre les citoyens, chacuh selon ses œuvres. Mais quel homme , quel pape pourrait apprécier avec certitude et infaillibilité la capacité et les œuvres de chacun? Dieu seul pourrait remplir une tâche si délicate.

Quant à l'émancipation qu'ils offraient aux travailleurs, elle n é(ait rien moins que libérale; car ils les assujettissaient à une hiérarchie des plus • sévères , à une subordination absolue aux ordres des chefs que la volonté suprême imposait.

Je vous demande pardon d'insister aussi longtemps sur ce qui , vous le voyez , n^était que des

( 235 ) rêves; mais il y a eu dans ces ré?es tant de parties remarquables, que je ne pouvais omettre de vous signaler avec quelques détails le système qui renfermait à la fois tant d'erreurs et de vérités. Aujourd'hui que le temps et la réflexion ont permis de dégager les derniers des nuages qui les enveloppaient , on rend plus de justice aux Saints-Sirooniens ; TEurope y qui les baffouait y les imite et applique leurs idées ; la France qui les a craints un instant , qui les a punis même pour les fautes que leurs paroles , mal comprises , ont fait commettre à quelques hommes égarés , les emploie aujourd'hui et les récompense.

Parmi les préjugés qu'ils ont combattus avec le plus de succès au grand avantage de l'humanité, il faut compter la lutte qu'ils livrèrent aux idées de guerre et d'hostilité entre lès peuples. Et , en cela, ils ne faisaient que continuer Saint-*Simon , et développer avec force l'idée que , le premier, il avait nettement formulée.

Mais s'ils se conformaient, en cette circonstance, à la pensée du maître , ils .soutinrent parfois des thèses bien opposées aux sientaes. Vous avez vu tout à l'heure avec quel dédain Saint*Simon parle des administrateurs, des préfets, des ministres; cela venait, je vous l'ai dit , de ce que, comme Malthus, il avait trouvé Tare trop tendu d'un côté, et qu'il 1 avait recourbé de Tautre. Ses disciples prêchèrent une doctrine toute contraire ; ils s'attachèrent à prouver que l'administration , que l'autorité étaient bonnes à quelque chose, et qu'en se faisant entrepreneur de tranquillité et d'ordre

('236} . . ' public^ le pouvoir était aussi utile au pays que les producteurs de drap ou de toile, les négociants ou les banquierSi auxquels il donnait en échange des impôts qu'il avait levés sur eux, lerepos, la sécurité, sans lesqpels ils n'auraient pu se livrer à leurs travaux.

Ce qui les a perdus, c'est d'avoir outré des principes excellents , et d en avoir appelé, pour la réalisation de leurs réformes, à des moyens violents. Préchant les droits des travailleurs et la force que donne lassociation, dans un moment oii Témeute élevait sa grande voix et faisait couler le sang dans nos rues, on put croire que les mots d'amour et de conciliation qu'ils avaient constamment à la bouche (et aussi, j'en suis convaincu, dans le cœur), couvraient des manœuvres séditieuses; que le sombre tableau qu'ils traçaient des misères d'une certaine classe de producteui*s était un appel aux armes, et que les plans d'association industrielle cachaient l'organisa tion de l'anarchie , l'enraiement des révoltés.

Pour avoir trop voulu l'association, ils nous ont fait priver de ce droit précieux qu'il faudra bien qu'on nous rende , pour en faire le seul usage auquel il doit servir; et alors nous recueillerons abondamment les fruits dont ils ont jeté à grande peine la semence dans notre société.

Ad. B. (des V.)

TRENTIEME LEÇON

27 mars f838.

Page 1