ARMES EN MAGASIN
1,256,000 fusils \
74,000 mousquetons
850,000 sabres d*infanterie
130,000 de cavalerie ^58
52,000 haches
44,000 lances
12,000 cuirasses
Parmi les propriétés de l'État , il en est quelques-unes qui ne rapportent rien, et qui cependant sont de la plus haute importance, et qu'on ne saurait attaquer sans injustice. Je placerai dans cette catégorie l'Observatoire de Paris et l'Imprimerie royale. Ce dernier établissement est unique en Europe; il renferme quarante-trois séries de caractères en quarante-trois dialectes diffère ts Fondé en 1 528, il a publié quatorze cents ouvrages les plus rares et les plus curieux sur l'histoire et la littérature étrangère, et d'après des manuscrits originaux ; tous les ouvrages chinois, syriaques, hébreux, grecs ^ etc., sont publiés par cet établissement.
Tous ces chiffres, ces renseignements, paraîtront peut-être à quelques-uns d'entre vous sorta
( 326 ) du cadre de nos études industrielles; je ne partage pas cette opinion. Pour moi) tout ce qui se résume en dépenses à payer par les contribuables , c'est-àdire pdr les travailleurs i tn« ietnble avoir trop d'influence sur la production des richesseï et ^ur la prospérité publique^ pour que je n'en fâsie pàt l'objet d'un examen approfondi.
Ad, B. (desV.)
TRËNTE^IIVQUIÈME LEÇON.
Séance do to mars 1638.
RAPPORTS DIS Là OÉOGRâPfllB AYEG L*ÉCO:;0>IIB POLtTlQUB«
80MM11&C : Influence de la situation topographiqne sur le déTeloppement de l'indàstfié.— bitalle prisé pout exemple.— L'Èspigne.^Léê bordg da Rhin.— La Hvllande et la Belgi^iw.— Le ÙMMie. -^ Vtilllé dit trataux des ingénieurs.^ Noufelle rente des Iodes. — - Infériorité géo*
iraphi^tie à\à ré^antnb dMtger.
Messieurs,
£11 général ^ lor^ii'ori recherche les causes qui influent sur la proôpérilé et la décadence des élatè, on n'étudie pitô d'une manière suffisante les conditions topographiques dans lesquelles ils se trouvent i et cependant^ que de royaume^ ont dû leur puissance à Téteildue de leurs c6tes> et au nombre^ à la facilité , à Téconomie des communications intérieures! Combien d'autres aussi ont
( 328 ) perdu en peu de temps leur ancienne importance^ par suite des nombreuses découvertes, géographiques ou autres, qui ont ouvert de nouvelles routes au commerce. Le cap de Bonne-Espérance, la navigation à la vapeur, ont tour a tour rapproché des pays jusqu'alors séparés, et enlevé en même temps à d'autres les relations que leur avaient procurées leur position d'intermédiaires !
Prenons par exemple l'Italie.
Vous savez tous quelle fut à certaines époques la splendeur de cette partie de l'Europe. Au temps de la république et des Césars^ elle fut la maîtresse du monde par la force des armes ; plus tard . au jnoyen-âge, les richesses que lui procurèrent son industrie et son commerce, dont tous les autres peuples étaient tributaires, et la haute influence religieuse que Rome exerçait sur le reste de l'Europe, mirent de nouveau entre ses mains un pouvoir non moins grand et plus solidement établi , puisqu'il reposait sur le travail et sur la vertu.
Des fautes politiques, et bien plus encore une révolution géographique, firent perdre à l'Italie tous ses avantages et sa suprématie. Les différents éiats qu'elle renfermait étaient animés les uns contre les autres par une jalousie aveugle, qui faisait désirer à chacun la ruine de toiis^ et qui . les empêcha de se réunir pour repousser ensemhle les envahissements de Charles Y.
La dernière heure de leur domination commer^ ciale avait d'ailleurs sonné ; la découverte de Vasco de Gama, qui ouvrait aux navires des nations océaniques une nouvelle route pour aller dans
( 329 ) J'Inde^ brisait entre leurs mains le monopole^ qu'ils avaient conservé si long-temps^ du commerce avec ces riches contrées.
Aujourd'hui encore, l'Italie est pauvre comme puissance commerciale et n'a plus que l'ombre de son ancienne influence religieuse : non pas que les principes sur lesquels celle-ci reposait aient faibli, mais par suite de l'imperfection et de l'impuissance des membres du clergé, qui n'ont pas su se maintenir à la hauteur de leur belle mission (1 )• J'avoue toutefois que cette position était difficile.
L'ItaUe a bien pu être la reine du commerce européen, lorsqu'il n'y avait de commerce nulle part que chez elle, et que tout se tirait de l'Asie; mais aucune révolution ne peut plus maintenant lui rendre son ancienne importance; quelques villes de son littoral, comme Gênes, Livourne, aujourd'hui encore assez prospères , pourront bien trouver de nouveaux profits dans les rapports cha« que jour plus nombreux de l'Europe avec la Syrie, la Porte et l'Egypte; mais les provinces et les villes de l'intérieur seront toujours comparativement très pauvres.
La raison de cette différence est simple ; si l'Italie a des côtes étendues et d'un abord facile, elle n'a pcânt de routes intérieures et surtout pas de fleuves ou de grandes rivières. Le Pô
(I) Voir inr rUiflaeiiee éeonémiqao do chriftliaBitme , le l'i^ fol., ehap. IX, de VHUioire de Véeonomie politique, par M. BUnqaf «toéi chez Goil- Uoinfn, falerie de la Bourse, 5.
(3âO ) est iro^ répide eh haiit et trop lent en bas ; le du. ehé de Toscane , tel Ét&tt du Pàpè , le rbyauole de Naples^ sont gênés par la chaibe dè A{^iiain9; aiiMi,bourt-on de plus grands ris(|ues,dëpense-t-on plus de temps et d'argent, poui* traverser de Cività- Vecchia à Ancône > que pour aller de cette TÎUe à Gohstàntiiioplé.
L'Italie , c}ui n'a plué ses fabriques de laitie et Ût soiëj de dristâux^ de glaces, d'orfévreries, et i}Ul titt plt)duit ni cotôtt, hi bouille, tii fer, ne t>èttt plus prétendre à cette beure à la bàutë intiueinie qu'elle exerçait autrefois. Quant à l'Espagne, tfûi éh à bërïte uti instant, elle n'a ^li le conserver parée «{ii'èllé h'bônore pai assei le travail, qùé k nobteèse y est èiélve et ne r^séemble ëû Heti à bette ndbleéM de 96k et de laihê c{ui à fâit ta fortune dés républiques italienhés d(i iiioyen-^âge ; et eUci^ parce qUe le sol dé dette péninsule, déchiM par de nombretiséë tootitagnes ^ ft*é8t empé pftf atietifa grand flêUvë qui porte dAns eba<)Ue pt^tiuéa lés produits déi àutresi Le» villes niâritliiiés 0t froit^ tiéfés, Càdix^ Batrcelohe, Itfalagà, Yàlence^ Biltiaé, •antatider^ Saint-SëbaStieti, sbdt tout j les villes èe l'intérieur, comme Madrid, ne sont f!etf« Et k pretiv<d que k situation Uipdgraphiqui^ de l'Eipagnë est k cause pt^indpale en ion inferiëritëi ()*eftt que k Belgique^ dont le terriloin^ «st traversé pAr k Meuse et l'Escaut, a toujours été plus riëhe qUe l'Espagne, même au temps où elle n'était qu'une province de l'empire de Charles et de Philippe, 4ont certes elle ne reçut ni privilèges ai encouragenient».
J'ai dOjà eu frëqiiethmètit roccâSkHi de vo^s signaler là révolutioti ëconomiquis qui a change de nos jours les relations internatioualesi La guerre^ ai-je dit y devient chaque jour plus difficile^ et nouf 86mblons approcher de la réalisation de cette belle et ingénieuse pensée de paiûù perpAueitëf de i'eledlent abbé de Sainte-Pierre. L'Une des con^» séquences de cette révolution a été de modifier presque complètement le caractère et la destina^ tion de certains fleuves, etc« Âinsi> le Rhin el le Danube, considérée loUg-temps ct)nlme points mi» litâires et de frontières^ dont les rives ne reue-^ valent guère que des forteresses, sont devenus des artères commerciales de la plus haute iUiportanoei Sur le Rhin» notamment, les places de guerre 3 Strasbourg, Mayëncei Francfwt, Golognei Dussel» dorff, se sont changées en entrepôts de commereei et le fleuve transporte incessamtnent des armées dd voyageurs et des Cargaisons de marchandises. Il est devenu la grande route la plus rapide et la plue économique pour aller de Suisse en Angle* terre^ et même ^^ Hollande; la république Helvétique U'est plus aiyoUrd'huii grâce aux bateaun à vapeur^ qu'à six jours de mai*chè des quais d» Londres.
Vous avez tous entendu parler des~intermina« blés protocoles auxquels ont donné lieu les difiié*-rends survenus entre la Belgique et Son aneieUne métropole la Hollande. Le roi Guillaume a été taxé d'obstination; pour moi> je comprends par&ile-^ ment l'hésitation qu'il éprouve à laisser lêé Belges maîtres de la navigation sur l'Escaut : c'est pour
( 332 ) lui plus qu'une question de politique ordinaire ; c'est une question commerciale; or^ vous le savez, le commerce c'est la vie de la Hollande, qui n'est rien sans lui.
Un intérêt non moins grand s'attache à la possession des bouches du Danube dans la mer Noire. Elles appartenaient autrefois à la Porte ; la Russie, qui la protège, s'en est emparée, et, voulant coaserver le monopole du commerce de la mer Noire, voudrait interdire le passage aux navires étrangers, c'est-à-dire à la France, TAngleterre, la Finisse et l'Autriche. Tout le cours de ce fleuve a été étudié, il y a trente ans , par des ingénieurs français du jdus grand mérite , et bien que leur travail n'ait été entrepris que dans un but tout militaire , ils n'ont pu s'empêcher toutefois de faire certaines remarques économiques du plus haut intérêt. Si , le plus souvent, ils ne parlent que de terrains propres à livrer des batailles , à jeter des ponts , etc., il leur arrive aussi parfois de dire : ici pourrait être construit un port qui recevrait les denrées de telles provinces et les mettrait à la disposition des marchands de telles contrées; là tel affluent est navigable pour les grands bateaux ou pour les petites barques ; ailleurs, un affluent non navigable ou des dérivations peuvent mettre en mouvement des fabriques de telle nature.
Us ont indiqué encore les travaux à faire pour améliorer la navigation; ils seront bientôt exécutés lorsque la question de libre passage aura été décidée. Bien que dans l'état actuel nous ne puissions avoir aucune prétention sur le commerce du Da-
( 333 ) nube, cette question est importante pour nous parce que ce fleuve donne la main au Rhin, et qu'il suffit pour les relier ensemble de construire un canal dont l'exécution ne présente aucune difficulté sérieuse, et dont même on s'occupe déjà. Vienne le jour où la navigation sur le Danube sera délivrée de toute entrave, et nos négociants seront bientôt en rapport direct avec les grands ports de la mer Noire : Odessa sur la cote d'Europe, Trébizonde sur celle de l'Asie.
Une autre route s'ouvre encore devant nous pour aller aux Indes , ou plutôt nous reprenons l'ancienne route qu'ont suivie nos pères. Napoléon, en passant par l'Egypte, y a laissé tomber une étincelle de son génie, et il s'est trouvé un homme, le pacha actuel, qui l'a recueillie et a pris à tâche d'accomplir tous les plans, tous les projets que l'empereur avait conçus , et qu'il a déposés dans le deuxième volume de ses mémoires écrits à Sainte-Hélène (campagne d'Italie). Maintenant^ donc, Alexandrie reprend toute son ancienne inr fluence; le chemin qui mène à Suez a été rendu sûr, et delà quelques améliorations dans le lit de la mer Rouge ont permis à la navigation à la vapeur de s'établir, et c'est par elle que j'ai reçu tout récemment des lettres du général Allard, lettres qui n'ont mis que deux mois et demi pour venir de Lahorea Paris; autrefois, il en fallait cinq. — Quel immense progrès, et comme il peut grandir encore !
Ces considérations sur l'importance des voies dctrans{)ort par eau, et leur influence sur la pros-
( 334 ) pénté et It mheste des ëtata^ peuiF«nt ne^s smtnr k apppéciiip l'avenir qui est réservé à notre eon-* quête d'Afrique.
Si les ootes de TAIgërie sont étendues^ voua sa-^ vei coiphien leur abord est diffi^Io et leur QBOuillage peu sûr ; auasi n'y eomptoni-amia aur le Iktoral que froit ou quatre villes de quelque im* pertanœ : Alg^r, Bone, Oran. Quant à rintérieur du paya, quelle est aa viabilité ? Où aoat lea fleu? ves à cours étendu et régulier ; lea rivièrea nàvir gables? Nous y trouvons à peine quelques torrents desséchés pendant plusieurs mois , dévasta? tei}rs dans quelques autres^ et qui, au lieu de se jeter dans la mer, se perdent dans des marais peslil^fitiels dont nos soldats connaissent malheureusement trop bien la pernicieuse influence. Le territoire au moins estai vaste et futile? — Derrière nou^ s'étend eette inunense qbaîne de montagnes^ l'Atlas, qui sert de limite à Bâtre domination et de refuge à nos enqemis^ qui en sortent incessamment pour nous harceler.
Je tiens autant que personne à notre eonquéte; mais, sans examiner la question politique, je crois que nous ne pouvons attendre de roeoupation, telle qu'on la veut, le* grands avantages eommereif ux qu'il nous serait plus facile d'obtenir en reeourant à l'intermédiaire des naturels, qui appro^ visionneraient nos comptoirs des produits de Tin- MneujT,. oue l'état de guerre actuel ne permet pas de cultiver.
Si vous voulez appliquer eneore à d'autres pays cette i!preuve géographique , comparez ensemble
les deux Amériques. La richesse croit et s'augmente sur le bord des grands fleuves; elle est plus grande dans les états du nord, où ils sont plus nombreux que dans ceux du midi; le Brésil est pauvre^ tandis que dans le Paraguay, la Colombie, les établissements grandissent et prospèrent. La navigation à la vapeur coqdiiii^ ees provipççs à de bf pliantes destinées ; elle sera pour eux comme un nouveau Colomb, en les décou vrant au commerce du monde*
Ad. B. (des V.).