‹ Cours d'économie industrielle 183839 par m. Blanqui aĩnéChapitre 18 sur 118 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

DU TRAVAIL

§ 11. — travail industriel (Suite.)

ts décembre 1*58.

L’industrie manufacturière dont nous avons étudié jusqu’ici les conditions principales, présente à l’observateur un intérêt d’autant plus grand, que les nombreuses questions qui s’y rattachent et les difficultés qu’elles soulèvent , sont plus neuves et se modifient par suite de certaines circonstances, variant elles-mêmes suivant les pays , les temps et les institutions.

Ce qui distingue radicalement l’industrie de l’agriculture, c’est la différence des chances quelles

courent pour la création et le placement de leurs produits.

Je l’ai déjà dit (IV* leçon, page 69) :

« La production agricole n’a pas et ne peut pas « avoir de limite; elle travaille pour un marché a qu’elle ne connaît pas, car il ne lui est pas donné « de prévoir la disette ou l’abondance; force est « donc toujours au cultivateur de semer sauf à « n’avoir pas de récolte. » J’ajouterai : Mais il peut être certain de vendre de ses produits une quantité toujours égale, parce que le besoin en est toujours le même, et n’est soumis à aucune fluctuation , à aucun caprice de mode : ils sont tous de première nécessité.

Quant à l’industrie manufacturière, elle peut bien, il est vrai , étudier le marché , mais cette connaissance est toujours imparfaite , attendu que la consommation n’est pas fixe, qu’elle change justement au gré de cette capricieuse et despotique puissance, la mode, dont l’agriculture ne reconnaît pas l’empire; aussi voit-on, d’un jour à l’autre, des industries tout entières succomber , parce que leurs produits sont passés de mode; et avec elles des capitaux considérables se perdre , ou tout au moins être gravement compromis.

Mais cette connaissance , tant recommandée par les maîtres de la science, et si souvent stérile cômme nous le verrons tout-à-l’heure , est-il donc si facile de l’acquérir? et sous ce rapport l’industrie est-elle plus favorisée que l’agriculture? — C’est ce que nous allons rechercher.

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L’agriculture , il est vrai , ne peut prévoir, d’une manière précise les désastres de la grêle, de la gelée, etc., quoique jusqu’à un certain point il soit possible d’établir un chiffre moyen des sinistres; mais ce qu’elle peut toujours connaître , c’est l’ensemble de la production moyenne, dont la source ne peut s’accroître et qui se trouve resserrée dans les limites d’un territoire dont l’étendue n’est pas susceptible d'augmenter.

Il n’en est pas de même pour l’industrie , dont les moyens de production peuvent se multiplier à l’infini. Prenons une filature de coton pour exemple.

Celui qui l’aura fait élever en 1 8»4 était un homme prudent et éclairé ; il s’est conformé de tous points aux prescriptions de la science; son emplacement a été bien choisi, il s’est assuré, en un mot, les conditions les plus favorables à la production. Quant aux débouchés, il a estimé, avant d’entreprendre ses travaux, l’importance de la fabrication alors existante, et celle des besoins tant nationaux qu’étrangers ; puis, comparant ces deux chiffres il a reconnu qu’il yavait place encore pour une nouvelle filature, que dès- lors il a résolu de créer. Quel reproche pourrat-on adresser à cet industriel ? — Aucun sans doute ! — Et cependant il aura contribué , lui centième, à amener la crise de 1826, et celle de 182g, et celle de i83a, et celle de 1837 : Comment? direz-vous. — Parce qu’il a fait un calcul que 99 autres avaient fait comme lui ; parce qu’il n’a connu que la production existante au moment où il l’a constatée, et que lorsqu’il a été prêt à marcher, cette production

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s 'était accrue ou allait s’accroître de tout ce que ses nouveaux concurrents allaient fabriquer à nouveau, de tout ce que les anciens qui avaient pu augmenter le nombre de leurs métiers allaient produire en plus. — Comment ? Parce que tous avaient compté sur un débouché, certain jusqu’alors, et qui est venu à manquer, tant par des circonstances de guerres qui ont suspendu les rapports internationaux; que par des concurrences, jusques-là inconnues , et qui se sont fait sentir, venant, soit d’autres peuples étrangers, soit de ceux-là même chez lesquels on avait toujours vendu, et qui commençaient à fabriquer à leur tour les produits à l’égard desquels ils s’étaient bornés longtemps à remplir le rôle d’acheteurs.

Mais supposons qu’au moyen d’informations et de documents officiels , l’industrie soit continuellement tenue au courant de tout ce qui pourrait affecter sa production ou ses débouchés; qu’elle connaisse toutes les créations d’établissements nouveaux tant à l’intérieur qu’à l’étranger ; qu’elle soit également prévenue de toutes les pertes de débouchés possibles, soit complètes , soit momentanées ; admettons, dis-je, que toutes ces informations soient à sa disposition, leur utilité sera-t-elle complète? c’est-à-dire suffira-t-il que le danger soit signalé pour que tous puissent l’éviter? Hélas non! L’industrie, surtout l’industrie manufacturière, est ainsi organisée, vous le savez, qu’elle marche constamment sur le bord d’un précipice sans pouvoir s’en écarter.

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Pour produire avec économie, elle doit ne jamais prendre de repos, travailler sans cesse, le jour comme la nuit, pour ainsi dire, afin d’éteindre les • frais généraux fixes en les divisant sur une plus grande masse de produits.

Que vienne donc un avis pour lui faire savoir qu’une déclaration de guerre, avec l’Amérique je suppose, va fermer pour un temps un marché de cent millions, ou que le nombre des fabriques allant chaque jour en s’augmentant dans ce pays il faut renoncer à lui vendre autant que par le passé ; croiton qu’il lui soit possible d’arrêter immédiatement une partie de ses métiers, de renvoyer ses ouvriers, de ne travailler que dix heures par jour au lieu de quinze ou vingt-quatre ? Non, mille fois non ! — Personne ne se résoudra à prendre un parti semblable dont la conséquence fatale est la ruine. Le même résultat arrivera bien également de l’autre côté, par suite de l’encombrement et de la mévente, mais chacun espérera y échapper et trouver un placement pour ses produits au moyen d’une réduction de prix demandée, le plus souvent à la maind’œuvre ou à la qualité; quelquefois, mais rarement, à des perfectionnements qui ne s’improvisent pas; et plus rarement encore en diminuant la part des bénéfices : plus rarement, ai-je dit, mais assez souvent toutefois pour vendre à perte et amener ces dépréciations, ces avilissements de prix, qui ruinent toute une industrie.

Telle est la position du travail manufacturier, plus désavantageuse cent fois que celle de l’agriculture , dont les productions , notamment en France

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eten Angleterre, sont au-dessous desbesoins de la consommation, obligée dès lors de se pourvoir ailleurs pour la différence; tandis que l'industrie est réduite au contraire à chercher sur un marché qui tend à se resserrer chaque jour davantage, un placement devenu indispensable pour un excédant de productioù que chaque jour voit augmenter, et dont on ne peut prévoir les limites. Aussi, tout en regrettant qu’il en soit de cette manière, ne puis-je blâmer bien haut l’industrie qui, pour compenser toutes ses chances contraires , demande qu’au moins le marché intérieur lui soit assuré, et sollicite dans ce but des protections, c’est-à-dire des droits différentiels et prohibitifs, contre la concurrence étrangère. Mais si je ne puis blâmer l’intention , je demeure libre de critiquer le moyen que je crois contraire au but proposé, et je dis aux industriels: Vous vous faites plus de tort que de bien en demandant le monopole du marché national, parce que vous le restreignez en élevant vos prix ; et qu’en refusant le stimulant delà concurrence, vous vous privez des améliorations que la nécessité vous eût inspirées et dont le résultat aurait été certainement d’accroître la consommation.

La position relative de l’industrie agricole et manufacturière étant nettement définie sous ce rapport, il convient d’ajouter, à l’égard de cette dernière, qu’elle a agi de notre temps d’une manière toute sociale, en créant une propriété nouvelle en Europe : la propriété de ceux qui n’en ont pas (i y, et en dé-

(i) Aujourd’hui , no terrain qui n'a pas 1000 pieds de surface reçoit une fabrique qui rend n son chef, a et 3oo,ooo francs de revenu;

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plaçant la puissance et la force, c’est-à-dire en l’enlevant aux territoires les plus étendus pour la donner aux populations les plus intelligentes et les plus travailleuses.

Quant à ses inconvénients, presque tous ceux qu’on lui reproche sont beaucoup plus le fait des abus et des vices de son organisation, que ses conséquences nécessaires et inévitables. Les plus graves sont :

i° D’avoir rais les travailleurs qui n’ont que leurs bras à la discrétion du capital devenu tout-puissant, et d’avoir ainsi fait naître entre eux une disposition à l’aigreur, qui envenime leurs rapports et rend tous les embarras plus graves, toutes les discussions plus difficiles à terminer à l’amiable;

a° D’avoir corrompu les mœurs, en agglomérant dans les mêmes ateliers des travailleurs d'âges et de sexes différents;

9 3° D’avoir porté atteinte à la santé publique en épuisant par un travail excessif des enfants trop jeunes;

4° Enfin de nécessiter l’emploi de machines qui, chaque jour, destituent un nombre plus considé-

combien faudrait-il d’arpents de terre de première classe pour donner une pareille rente a-j propriétaire.

Noos verrons, lorsqu’il sera question du travail intellectuel, plus moderne encore que le travail manufacturier, combien de valeurs il a créées. Le célèbre Walter Scott a vendu ses OEavres plus de 6,000,000 de francs $ ajoutons-y ce qu’y ont gagné les libraires, imprimeurs, fabricants et marchands de papier, et faisons le même calcul pour tous tes grands écrivains, pour tous les artistes, nous arriverons à un chiffre énorme de richesses, toutes nouvelles et entièrement inconnues A nos pères. 'Notes rie M. Bhnqui.)

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rable de travailleurs et les plongent dans la misère.

J’ai dit que ces inconvénients étaient des abus ou des vices d’organisation et non pas des conséquences inévitables; j’ajoute que quelques-uns ne sont que transitoires , et que d’autres sont au contraire des conquêtes précieuses dont notre époque ne saurait trop se féliciter.

En effet, quant au premier reproche, je crois qu’il est possible d’arriver à une organisation industrielle dans laquelle il cesserait d’y avoir lutte entre le capital et le travail , mais, au contraire, accord et concours. Je crois, en un mot , que la prospérité de l’entrepreneur pourrait venir du zèle et de l’intelligence du travail et non pas de son exploitation ; ce qui implique nécessairement leur association , c’est-à-dire la participation du travail aux profits qu’il a concouru à créer par son alliance avec le capital. C’est là le problème qu’ont admirablement posé, et moins heureusement résolu , Foil* rier, Saint-Simon et ses'disciples, Owen, etc., mais que d’autres étudient maintenant, et qu’eux ou leurs successeurs finiront certainement par découvrir : j’en ai l’intime conviction.

Quant à ce qui concerne la corruption des mœurs, c’est là un fait que je regarde comme tout à fait indépendant de l’iildustrie manufacturière; et si on le remarque plus particiüièrement dans les centres de travail industriel, ce n’est encore là qu’un abus et non pas un vice inhérent à la chose. Loin de là même, on doit considérer comme un grand bienfait la possibilité d’obtenir du travail des enfants un

profit qui augmente le salaire du père de famille , en même temps qu’il prévient chez les premiers, tous les vices qui naissent à la suite de l’oisiveté et du vagabondage, dans lesquels ils demeureraient sans cela jusqu’à l’âge de quinze ans; ou dont il ne serait possible de les préserver qu’en forçant leurs mères à les garder à la maison, c’est-à-dire, en les privant, elles aussi, du profit qu’elles peuvent faire en louant leur travail aux manufactures.

Pour mon compte, je considère l’emploi des femmes dans l’industrie comme une magnifique conquête de notre temps; et si, comme toutes les victoires, elle a quelques victimes, je crois qu’il vaut mieux les acheter , même à ce prix , d’ailleurs toujours possible à réduire, que de replonger la moitié de la population dans cet état d’ilotisme où la maintenaient les anciens réglements qui la réputaient impropre au service de l’industrie. La prostitution sauvait seule alors les femmes de la misère ; aujourd’hui elle n’est plus , dans quelques cas fort rares, qu’un supplément de salaire ; et si les mœurs souffrent, c’est, croyez-le bien, beaucoup plus parle fait de notre organisation militaire et de l’oisivité absolue dans laquelle elle tient 4<>o,ooo hommes, que de celui de l’industrie et des manufactures qui offrent du travail à tout le monde.

11 ne me reste plus à répondre qu’au reproche fait à l’industrie à propos des machines et de la concurrence qu’elles font aux travailleurs. Des hommes du plus grand mérite ont soutenu sur ce terrain une polémique très-vive , les uns proclamant la bonté 38-39- 9

absolue des machines , les autres ne voulant considérer que leurs inconvénients momentanés. Laissant à chacun le mérite de ses observations , je crois qu’il n’y avait en ceci qu’une réponse à faire à une seule question que voici : — Est-il possible aujourd’hui à une nation industrielle de ne pas se servir de machines? — Et si la réponse à cette question doit être : — Malgré tous leurs inconvénients les machines sont indispensables à une nation industrielle, sous peine de rester en arrière du mouvement de progrès qui s’opère autour d’elle , de perdre sa position et d’être complètement ruinée , et tous ses ouvriers laissés sans travail par suite de la concurrence que toutes les nations qui emploient des machines lui feraient au moyen de la contrebande;— si, dis-je, la réponse est telle, et il est impossible d’en faire une autre, j’en déduirai nécessairement que le meilleur moyen de diminuer les inconvénients des machines est d’en hâter partout l’adoption et les perfectionnements, afin qu’ils compensent par l’augmentation de consommation dont ils doivent être la source, ce qu’ils pourraient avoir fait perdre momentanément aux anciens travailleurs (i)?

(i) Cette perte est d'ailleurs de courte duree, ainsi qu’il résulte des calculs officiels qui suivent :

En 1619, un Gleur produisait, dans un temps donné , Sie. livres de fil qui était payé à raison de 4 sh. 1 d. la livre, soit. . . . 63 liv. 14 sis .

A présent il obtient, dans le même temps , avec de meilleure» machines, 648 livres de fil qui ne lui est plus payé, il est vrai, que sur le pied de a sh. 5d.la liv., ou. 80 fi

Ce qui donne néanmoins un excédant de >6 liv. ra sli.

Revenir encore sur les avantages des machines serait superflu; quelques faits cependant sont de nature à les rendre plus évidents.

Avant l’invention de l’imprimerie, quelques milliers de copistes, la plupart membres de communautés religieuses et dont, par conséquent, le travail n’avait pas besoin de salaires , suffisaient à la production de quelques Bibles , dont le prix n’était pas moindre de 7 à 800 francs, ce qui en faisait le monopole de quelques riches seigneurs et des princes de l’Église.

Quelques années après la découverte dè Faust et de Guttemberg, les bibles ne se vendaient plus que 80 fr., aujourd’hui on en a de parfaites pouf vingt et trente sous, et des exemplaires de luxe pour dix ou quinze francs.

Si l’on calculait ce que l’imprimerie a créé de richesses nouvelles , on arriverait à un chiffre colossal, dont un seul fait vous donnera une idée. Les oeuvres d’un seul homme , du célèbre romancier écossais, Walter Scott, ont été payées plus de six millions pour le manuscrit; une somme plus que décuple peut-être a été partagée entre les fabricants de papiers les imprimeurs, les libraires, etc.; en France, les œuvres de Voltaire ont employé des * capitaux au moins aussi considérables, et fait vivre pendant plusieurs années quelques milliers de familles. A Paris seulement, plus de 40,000 indi*vidus, hommes et femmes, sont employés par les diverses industries qui concourent à la création d’un livre; à Londres, on en compte plus de soixante mille.

La gravure sur acier, la lithographie, ont produit des révolutions non moins importantes. On tire maintenant à 20,000 des gravures dont on n’obtetait qu’à grand’ peine un mille autrefois ; et l’on vend 10 francs ce qui en valait 5o. On dessine sur pierre, en quelques jours, des tableaux que le burin du graveur le plus habile eût mis des mois à reproduire; et l’on vend 10 sous ce qui valait xoo fr. : on vend cent fois plus, et le nombre des dessinateurs et des graveurs a décuplé.

U arriva un jour, pendant la minorité de Louis XIV, que ce prince, obligé parles événements de venir à l’improviste chercher un abri dans son château de Saint-Germain, le trouva dépourvu des meubles les plus indispensables, et fut réduit à coucher sur la paille , lui et toute sa suite ; et cela , parce que les meubles étant fort chers , le Roi n’avait qu’un seul mobilier. Aujourd’hui que par toutes sortes de procédés on a simplifié et rendu plus économique la fabrication des meubles , il n’est marchand ou contre-maître qui ne soit mieux meublé que le Roi de France ne l’était alors.

Je n’en finirais pas, s’il me fallait passer en revue toutes les métamorphoses que les découvertes industrielles , chimiques et mécaniques ( car elles arrivent toutes au mêmes résultat: économiser le travail pour rendre la production économique ) , ont fait subir à notre société; permettez-moi donc de m’arrêter ici en disant pour me résumer , qu’elles ont bien pu déterminer quelque malaise, mais que jamais elles n’ont porté atteinte à la prospérité générale. Leur effet a été , non pas de tuer, mais de

déclasser le travail : si, par exemple, on tire aujourd’hui moins de fil et plus de coton de l’Inde qu’il y a un siècle, on lui demande en retour beaucoup plus de coton en laine et d’indigo; il y a eu déplacement, mais non pas perle.

J’aurais voulu vous entretenir ce soir d’une question fort grave se rattachant à celle qui nous occupe, et que je me bornerai à vous indiquer aujourd’hui, en me réservant d’y revenir plus au long dans une prochaine séance. Les termes de la proposition sont ceux-ci :

S’il est toujours possible de prévenir les inconvénients des machines et du régime manufacturier, dans un pays comme la France ; si l’on peut même espérer de les faire tourner à l’avantage commun : il n’en est pas de même dans un pays constitué aristocratiquement comme l’Angleterre, où toute la richesse immobilière est réunie dans quelques mains qui disposent de la faculté de faire des lois pour protéger outre mesure leurs intérêts ; et où toutes les charges, toutes les taxes, incombent au simple journalier, qui ne gagne de fortes journées que pour en donner une énorme part au fisc.

On s’est plaint en France de la trop forte quotité des impôts , quand on n’aurait dû critiquer que la manière vicieuse dont ils sont établis et répartis ; mais que ces abus , que je reconnais, sont légers en comparaison de ceux qui désolent la population ouvrière d’Angleterre , qui a à payer sa part d’une taxe des pauvres de 170 millions, pour l’Angleterre seulement, du pain à 7 sous la livre, 180 millions

d’impôt sur la bierre, le malt et le houblon, i63 rail* lions sur les alcooliques qui l’empoisonnent, 90 millions sur le thé, 3o millions sur le savon, etc. , etc. Nous y reviendrons plus au long un autre jour.

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