BALANCE DU COMMERCE
Avant que la politique ne fût venue brouiller l’Angleterre et la France , et faire de la guerre des * douanes une dépendance de la guerre des canons , on avait construit de toutes pièces pour légitimer et défendre ces exclusions, soit complètes, soit partielles, des produits fabriqués à l’étranger, une théorie tout entière, qui avait la prétention d’ériger ce déplorable système , auquel on avait donné le nom de balance du commerce , en loi sociale.
Dans ce système, aujourd’hui abandonné par tous les hommes sensés, mais dont quelques vestiges restent encore dans nos lois , une nation est supposée devoir tirer un avantage d’autant plus grand de ses relations commerciales avec les autres peuples , qu’elle leur vend plus, qu’elle leur achète moins, et que par conséquent elle reçoit une solde plus fort en numéraire ; résultat admirable que l’on croit dépendre des droits d’entrée , des prohibitions et des primes, au moyen desquels on suppose qu’un gouvernement peut rendre la balance du commerce plus favorable, ou moins contraire à sa nation.
(J. -B. Say, Traité d économie politique , t. 1", p. 219,
5* édition.)
Il suffit , pour réduire cette théorie au néant , d’observer qu’elle repose sur la vieille erreur de la
supériorité des métaux précieux ; elle tombe dès qu’il est bien constant que l’argent, le numéraire, ne sont que des marchandises comme les houilles , le fer, etc. Si, donc, il arrive quelquefois que les exportations dépassent les importations, c’est que, dans ce cas, les négociants ne trouvent pas dans les pays où ils vendent leurs produits, des marchandises offrant plus de profits à l'échange que le numéraire, auquel ilspréféreraient du café par exemple, si celui-ci était plus commun sur la place où ils vendent ou plus rare sur celle d’où ils expédient.
Quoi qu’on fasse, au reste, cette question se résoudra toujours de la même manière, c’est-à-dire que comme des produits ne s’échangent que contre des produits, la Suède achètera toujours les vins de Bordeaux avec du fer, et Bordeaux les fers de la Suède avec du vin; comme aussi lorsque les métaux précieux manqueront en Suède ou en France, on ira en chercher en Amérique ou en Russie, non pas avec de l’or, mais avec du vin ou du fer.