‹ Cours d'économie industrielle 183839 par m. Blanqui aĩnéChapitre 38 sur 118 · MONARCHIE ABSOLUE. LOUIS XIV ET COLBERT · texte numérisé non relu

MONARCHIE ABSOLUE. LOUIS XIV ET COLBERT

Encouragements directs à l’industrie. — Tarif de 16C&.

C’est bien à tort qu’on a jeté à Colbert le reproche d’avoir inventé le système des douanes protectrices et de l’avoir établi en France avec son cortège d’abus et d’inconvénients de toute sorte, car on ne trouve dans son fameux tarif de 1664, aucune prohibition, ni aucun droitsupérieur à 5 p. 0/0. — Que nous sommes donc.loin de Colbert, nous qui avons des droits de aoo, de a5o et même de 273 p. 0/0.!

Colbert a bien pu se servir des tarifs pour régulariser l’industrie, mais il ne les considérait pas comme des moyens efficaces et honorables de pro-

tection et d’encouragement. Ceux qu’il employait de préférence ne s’adressaient pas aux travailleurs les moins diligents et les plus débiles, mais aux plus persévérants et aux plus avancés; et loin de leur fournir les moyens de se reposer et d’arrêter leurs progrès, il n’accordait de récompenses et de distinctions qu’au zèle constamment actif, et en lui imposant l’obligation de continuer ses efforts. Loin d'être des invitations à la paresse, à l’immobilité, les encouragements donnésainsi à l’industrie étaient donc à la fois dignes du gouvernement au nom duquel ils étaient décernés , et des hommes éminents par leur mérite qui en étaient honorés. Lorsque Van Robais venait en France, son industrie n’était pas protégée par des prohibitions, mais le tiésor s’ouvrait pour faire les frais de ses expériences; et dans le même temps, lorsque la fabrication des tapis et tapisseries de haute lisse s’établissait au Louvre et aux Gobelins sous les auspices du Roi; que la manufacture des glaces se fondait avec les deniers du Souverain, des pensions et des honneurs étaient bien le prix que les ariistes fondateurs de ces industries recevaient de la munificence royale, mais ils étaient le prix de services rendus; et ceux-là seuls les obtenaient qui les avaient dignement gagnés.

On peut reprocher à Colbert d’avoir été règlementaire à l’exces, mais non d’avoir inféodé la France entière à quelques filateurs de laine et de coton. Il avait résumé lui-même en peu de mots son système dans le mémoire qu’il présenta au Roi : a Réduire les droits à la sortie sur les denrées et

« sur les manufactures du royaume; diminuer aux « entrées les droits, sur tout ce qui sert aux fabri- « ques; repousser par l’élévation des droits (ils « n’excédaient pas 5 p. o/o), les produits des man^- « factures étrangères. » Tel était l’esprit de son premier tarif, publié en septembre 1664, et qui avait surtout eu pour but de faciliter les approvisionnements de la France en matière première. Le seul reproche qu’on soit en droit de lui adresser, c’est de s être laissé forcer la main et d’avoir abusé de l’instrument protecteur qu’il venait de créer, en exagérant dans le tarif de 1667 (il contenait des droits de 8 p. c. ),les mesures exclusives dirigées contre les manufactures étrangères dans celui de 1664. Ce ne fut plus dès lors une question d’industrie, mais une question de guerre, nommément avec la Hollande, et cette guerre éclata en 167a, après de longues et inutiles négociations. Le nouveau tarif excluait une foule de marchandises hollandaises; par son refus de les admettre, la France vit aussitôt frapper d’interdiction, ses vins, ses eauxde-vie, et les produits de ses manufactures.

La paix de Nimègue força de renoncer à ce système d'exclusion, mais il avait été déposé dans un terrain où il devait elre religieusement conservé sous les auspices de l’intérêt personnel. Les manufacturiers français s’habituèrent à considérer comme un droit, la protection qui leur avait été accordée comme une faveur, et ce qui, dans la pensée de Colbert, ne devait être que temporaire, devint à leurs yeux définitif. Assurément ce ministre était

loin de penser qu’un jour, après quel'industrie française aurait pris rang en Europe, son tarif serait jugé insuffisant et flanqué de prohibitions que luimême n’avait pas trouvées nécessaires pour le protéger lorsqu’elle ne faisait que naître. 11 était réservé à notre époque, si justement glorieuse, du progrès des manufactures, de réclamer tout à la fois des médailles pour les récompenser et des prohibitions pour les soutenir : que nous serions heureux, sous ce rapport, de rétrogader jusqu’à Colbert , et de revenir à ses tarifs !

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