VINGTIÈME LEÇON
Dl’ CAPITAL.
IHATKUMERTt Dl CRÉDIT. LETTRES DE CBAROR. BARQUES.
itr férrlèr 1839.
Vous avez vu quel était le véritable rôle joué par le numéraire dans les transactions des travailleurs; vous avez pu remarquer que ses qualités étaient beaucoup plus négatives que positives, et que sa valeur tenait surtout à sa rareté, à l'impossibilité de le multiplier rapidement dans une forte proportion.
L’histoire ne nous fournit , dans la suite des siècles, qu’un seul exemple d’une véritable révolution monétaire, et encore cette révolution n’a-t-elle pas eu toutes ses conséquences, puisque, malgré l’énorme quantité de métaux précieux jetés subitement par elle dans la circulation ( t ), le travail et les
(1) Les masses métalliques que les mioes du Nouveau-Monde versèrent dans la circulation s’élevèrent en peu d’années à douze fois le montant de tout le numéraire préexistant, surtout après la découverte des mines du Potose, en i5.J5, les plus abondantes de toutes. De 1.S46 à 1600 la production moyenne des mines peut être évalue' à 60 millions par année, de 1600 à 1700 celte production s’éleva à 80 millions environ, et à 180 millions de iy5o à 1800. C’est de 1800 à 1801 que l’ac-
échanges ayant augmenté plus fortement encore (i), le numéraire exislant n’a pu suffire à tous les besoins. C’est , en effet , postérieurement à l’importante conquête du Mexique et du Pérou que les moyens de représenter le numéraire, de le doubler, de le tripler même, furent mis en usage; que la lettre de change, depuis longtemps connue des argentiers Lombards, mais dont ils se servaient à peu près seuls, fut généralement adoptée , et que les banques de dépôt d’abord , puis les banques d’escompte et de circulation furent instituées et commencèrent à prendre, dans le grand ensemble de la production des richesses, la place qu’elles ont conservée jusqu’ici.
Que l’honneur de l’invention de la lettre de change revienne aux Juifs persécutés en France au douzième siècle, aux Gibelins persécutés en Toscane au treizième, ou qu’elle soit due aux marchands qui cherchèrent à éluder l'antique défense d’exporter le numéraire, c’est là un point historique qui n’a jamais
croissement fut le plus considérable, puisqu'il a été estimé à a5o millions de francs.
Rlasqci aine'. Histoire de l'Economie politique, t. 1,373.
(i) Les progrès de l'industrie, contemporains de la decouverte des mines, nécessitèrent l'emploi d'une plus grande quantité de numéraire, et il en fallut d'aulant plus que la valeur dfc cette marchandise baisait par son abondance même. La découverte du cap de Bonne- Espérance, en ouvrant des communications directes avec le continent asiatique, accoutume aux importations d’or et d'argent, cinpê lia la révolution monétaire nouvel. e d’exercer sur les prix une réaction qui aurait pu devenir dangereuse en Europe sans cette diversion.
Rlasqci aîné. Histoire de t Économie politique , t, 1, 373.
été bien éclairci et qui ne mérite pas autant de l’être que quelques écrivains l’ont pensé. On retrouve au reste dans le solde des créances de place à place et dans une même ville au moyen «les virements de parties, autrefois en usage dans les villes anséatiques et à Lyon, l’ancien comptoir et l’entrepôt de l’Italie, le germe de la lettre de change et du billet à ordre, qui sont devenus en quelque sorte le numéraire du monde commercial. Leschosesse passaient ainsi : en premier lieu, un marchand de Hambourg avait vendu des vins à Lubeck et y avait acheté des grains, il donnait à son vendeur de grains une assignation sur son acheteur de vins et payait ainsi sa dette avec sa créance. Dans le second cas, il était convenu, parle commerce de Lyon , que tous les paiements se feraient seulement à quatre époques fixes, qui, de trois mois en trois mois, suivaient des foires anciennement célèbres. Dans les trois jours que durait le paiement, toutes les affaires de la ville se soldaient ensemble. Chacun, à la même époque, avait beaucoup à recevoir et beaucoup à payer. Mais, dans les jours qui précédaient immédiatement le paiement, tous les marchands se rassemblaient à la bourse pour faire ce qu’ils nommaient des virements , c’està-dire pour assigner réciproquement les uns sur les autres les sommes par lesquelles ils pouvaient solder leurs comptes. A devait à B, celui-ci à C, ce troisième à D, ce quatrième à £, et ce cinquième à A ; par des virements tous ces comptes se trouvaient soldés sans aucun paiement. Si cependant E ne devait rien à A , on chargeait A, par une suite de virements de parties.
de payer E ; et ce seul paiement acquittait les quatre comptes. Tous les marchands n’achetant que pour revendre, ne reçoivent aussi que pour payer ;et si l’on voulait pousser jusqu’au bout les virements qui peuvent se faire , on serait étonné de voir combien peu d’argent suffirait pour acquitter des affaires immenses.
Ces différents systèmes, dont le dernier est en tout semblable à celui qui sert de base au clearinghouse de Londres dont je vous ai déjà donné la description (P. 5-*), ont été complétés et perfectionnés par la lettre de change et les banques. Toutefois celles-ci ne furent pas dans leur origine ce que nous les voyons aujourd’hui et ne rendirent pas à nos pères les mêmes services que nous en recevons maintenant.
L’origine des banques se perd dans la nuit des temps ; on sait qu’il y avait des banquiers à Rome et à Athènes, et que le temple de Delphes était une sorte de banque de dépôt ; on sait encore que des banques publiques furent créées à Venise en 1 1 57 , à Barcelone en i349,àGènes en 1407, à Amsterdam* en 1609,3 Hambourg en 1619, et en Angleterre en 1694; mais toutes n’étaient pas commerciales, un assez grand nombre même peuvent n ôtre considérées que comme de grandes régies de perception à l’usage des gouvernements.
L’esprit qui présida à la fondation de la banque ' d’Amsterdam fut entièrement différent. Comme pour un État aussi petit et en même temps aussi riche la circulation du numéraire ne peut se faire uuique-
ment avec de la monnaie nationale, une grande partie, la plus forte partie même se compose de monnaies venues des Etats avec lesquels le premier est en relation d’affaires. Or, avant 1609, la quantité de monnaies étrangères, usées, rognées ou de titre inférieur, venant ainsi sur la place d’Amsterdam était si grande et leurs allérations si fortes qu’elles perdaient près de 9 p. cent de la valeur des bonnes monnaies nouvellement fabriquées. Aussi, du moment où ces dernières paraissaient , étaient-elles achetées et payées avec de mauvaises monnaies, par des changeurs qui les fondaient et les exportaient avec avantage; de telle sorte que les négociants de la ville , avec une grande abondance de monnaies courantes, n’avaient pas toujours le moyen de se procurer une quantitésuffisante de bonne monnaie pour payer leurs lettres de change dont, en dépit de leur solvabilité et des précautions prises pour les faire accueillir avec confiance, la valeur devenait très-incertaine.
Ce fut pour remédier à ce grave inconvénient, * qu’en 1609 une banque fut créée sous la garantie de la ville pour recevoir toutes les monnaies, tant celles du pays que de l’étranger sur le pied de leur valeur intrinsèque, déduction faite des frais de refonte, . monnayage et administration. En échange de ces dépôts qui étaient obligatoires, puisque toutes les traites de 600 florins et au-dessus , tirées ou négociées sur Amsterdam, devaient être acquittées en monnaie de banque et non autrement , le nouvel établissement délivrait des certificats constatant les
chiffres des créances inscrites sur ses livres au compte de chaque déposant. Ces titres ainsi garantis et qui pouvaient se diviser au gré du titulaire et à très-peu de frais , obtinrent bientôt une faveur si marquée sur la monnaie courante , que la demande en augmenta; ce qui en fit rapidement élever le prix au-dessus de la valeur réelle.
La banque ajouta bientôt à cette espèce d’opération l’ouverture de comptes de crédit sur dépôt de' lingots d’or et d’argent dont la garde était soumise au paiement de certains droits. Elle continua de fonctionner ainsi jusqu’en 167a époque à laquelle on la vit rembourser, en quelques jours et avec la plus grande facilité tous les dépôts que l'approche rapide de l’armée française fit subitement réclamer par les ayants-droits.
La confiance inspirée par cette exactitude s’accrut encore par suite de la remarque faite lors de ce remboursement, qu’un certain nombre des pièces de monnaies avec lesquelles il fut effectué portaient encore les traces d’un incendie qui avait éclaté peu d’années après la fondation de la banque, ce qui prouvait qu’il n’avait pas été touché au dépôt depuis cette époque déjà reculée (1).
(1) I) est bon d'ajouter que la Banque d’Amsterdam vécut depuis lors sur la confiance que cet événement avait fait nattre , mais sans continuer à la mériter. Vers le milieu du ivui* siècle elle commença à prêter le capital qui était mort dans ses cofres : à la compagnie des Indes, aux provinces de Hollande et de West-Friseet à la ville d’Amsterdam. L’invasion française de i-q4 ayant fait éclater la banqueroute de ces grands débiteurs, celle de la Banque qui leur avait avancé ■ 0,614.79) florins en fut la suite inévitable.
La banque d’Amsterdam et les autres banques de dépôt établies sur des bases semblables n’étaient pourtant qu’un premier essai dans les voies du crédit. Sans doute elles donnaient à l’or et à l’argent, sous la forme de certificats transférables, une puissance de circulation plus active; mais sauf le bénéfice résultant de Y agio , la valeur des capitaux monétaires n’était pas augmentée par leur transformation en effets de crédit. On avait fait un grand pas sans doute, en facilitant les opérations , en établissant une sorte d’assurance contre les falsifications de monnaies; mais il était devenu insuffisant et il en fallut faire un plus grand encore: les banques de dépôt devinrent des banques de circulation. Puisque les certificats des premières étaient acceptés comme monnaie, en raison de la confiance qu’on avait dans la garantie des dépôts, pourquoi n’aurait-on pas poussé la confiance un peu plus loin, en augmentant le nombre des bdlets jusqu’à concurrence d’une somme plus forte que le montant des dépôts? Quel inconvénient pouvait-il en résulter pour les porteurs de ces effets, certains d’être remboursés en espèces, dés qu’ils en manifesteraient la volonté? Ne voyait-on pas tous les
La Banque de Hambourg, fondée on 1609, demeura plus fidèle à «es engagement; les dépôts faits dans scs Caisses et représentant les billets ou certificats qu'elle avait délivres en échange y furent trouvés intacts lorsque, la nuit du 4 novembre t8i3, le maréchal Davoust les fit saisir pour subvenir aux frais du siège. Ils montaient à la somme de 7,489.3 marcs de Banque.
S. de SisMoimi. Nouveaux principes d' Economie politique , t. II.
jours les billets d’un banquier circuler avec tous les privilèges de l’argent , jusqu’au point de porter intérêt comme la monnaie même.
Il" ne s’agissait plus que de déterminer par des calculs certains quelle sérail, sur une masse d’affaires donnée, la quantité de billets qui se présenteraient au remboursement afin d’avoir toujours en caisse la somme de nftnéraire nécessaire pour y faire face. La moindre économie réalisée sur le fonds de réserve devenait un bienfait pour le travail et pouvait servir à alimenter des industries nouvelles. On était maître d’en disposer par l’exportation, pouraccroître le capital consacré au commerce étranger; c’était comme si on eût augmenté d’autant la richesse générale du pays et il n’en coûtait que l’impression et la gravure des billets, au moyen desquels l’argent était remplacé. « Je comparerais, dit Adam a Smith, l’or et l'argent monnayes répandus dans « un pays, à deux grands chemins qui servent à « transporter au marché tous les fourrages et tous « les grains, maisqui ne produisent nigrains ni four- « rages. Unebanque,quiconduitsesopérationsavec « sagesse, en établissant une sorte de route dans les « airs, donne à une société la facilité de convertir, « pour ainsi dire, une partiedesesgrandscheminsen « bons pâturages et en terres à blé , et par cela « même elle sert à augmenter considérablement le « produit annuel de la terre et du travail. Cepen- « dant il faut l’avouer, ni le commerce, ni l'indus- « trie, quelque accroissement que la banque puisse « leur donner, ne peuventétre aussi sûrs, quand ils
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« sont pour ainsi dire suspendus sur les ailes du o papier monnaie, que lorsqu’ils voyagent sur le « terrain solide de l’or et de l’argent. » C’est lorsqu’il s’agit de fixer le chiffre de la réserve en numéraire ou , ce qui revient au même , la proportion dans laquelle les billets peuvent dépasser les écus, que le crédit et tous les intérêts qui s’y rattachent se trouvent réellement suspendus aux ailes d’Icare, suivant la juste et poétique comparaison d’Adam Smith. Les banques de circulation doivent-elles réserver le tiers , le quart , le cinquième ou la moitié de leur capital en espèces? — C’est ce que personne ne saurait préciser avec exactitude , parce qu’en dehors de la sagesse de ceux qui règlent les émissions de billets, il y a mille circonstances étrangères qui viennent renverser toutes leurs prévisons.
Au milieu de la paix la plus profonde les banques sont incessamment menacées d’une demande de remboursement au delà de leurs calculs. Comme c’est surtout eu escomptant le papier de commerce qu’elles émettent leurs billets, elles sont exposées à voir, malgré les précautions dont elles s’entourent, les effets contre lesquels elles ont donné leurs billets demeurer sans paiement à l’échéance, et alors que deviennent les créanciers de la banque; c’est-à-dire les porteurs de ses billets, si leur gage périt de la sorte entre ses mains.
Ce danger est si grave, que les hommes distingués qui sont à la tête de nos rares établissements de crédit, n’ont cru pouvoir s’en garantir qu’en fixant des conditions , peut-être trop rigoureuses,
à leur concours et en exagérant tellement leur réserve en numéraire, que ces banques ressembleraient davantage à celle d’Amsterdam , dont je vous ai entretenus, qu’à de véritables banques de circulation. Mais pouvons-nous les blâmer de leur excès de prudence, lorsque nous voyons l’Angleterre, et bien plus encore les État-Unis d’Amérique, conduits à deux doigts de leur perte par leur trop grande confiance? Sans doute le crédit est vivace et il résiste à toutes ces tempêtes, sans doute les banques américaines, qui ont émis des billets pour une somme quinze fois plus forte que leur capital et qui ont payé cette folie de leur ruine, ont après tout rendu d’immenses services à leur pays, qu’elles ont peuplé de maisons, saigné de canaux, veiné de routes, sillonné de chemins de fer; mais , on doit en convenir, ce n’est pas là l’état normal du crédit, et nous ne devons pas regretter les merveilles accomplies par les banques dans un autre hémisphère, en songeant aux sacrifices humains qu’il a fallu faire avant de les obtenir. Cette position a été bien plus, au reste, celle des États-Unis que de leur ancienne métropole, dont le crédit n’a été compromis quelque temps que par suite de la gêne du gouvernement qui, après s’être emparé de tous les fonds de la banque plusieurs fois accrus, l’a forcée en outre à escompter sans mesure les bons de l’échiquier, et n’a pu lui éviter la banqueroute et prévenir une ruine totale qu’en arrêtant ou du moins en réglant sévèrement les nouvelles émissions de billets, dont le cours était obligatoire et le remboursement impossible. 38-3q. 18
On sait que pendant vingt ans l’Angleterre se passa ainsi de numéraire qui ne reparut avec abondance dans la circulation de ce pays qu’après l’acte de M, Peel , ordonnant la reprise des paiements en espèces. Cet acte, rendu en 1819, ne fut exécuté qu’en i8ai, et déjà en i8»4 on comptait sept cents compagnies de banques organisées au capital de 10 milliards, en 1817 il y en avait un quart de constitué au capital de 3 milliards 5oo millions! — Pendant ce temps la Grande-Bretagne a prêté aux étrangers i,»5o millions de francs; elle a engagé d’énormes capitaux dans ses entreprises de mines, d’éclairage, de bateaux à vapeur, de filatures et de forges, émancipé et racheté les nègres de ses colonies , et employé cinq à six cents millions de francs à construire des chemins de fer!
Cette grave question de la limite des billets à émettre par les banques, par rapport à leur fonds social, n’est pas la seule dont on ait à s’occuper dans cette intéressante ruais difficile matière; il n’est pas moins intéressant pour la sûreté publique de déterminer la forme et la construction des billets quant à leur fractionnement et à leurs coupons,
0» peut regarder la circulation du numéraire, quelleque soit sa Corme, comme se divisant en deux branches distinctes; la première fie les commerçants entre eux ; la seconde les met en rapport avec les consommateurs. Ces deux canaux ne peuvent être également remplis par les billets de banque dont l’un des principaux avantages est d’éviter la
peine et les inconvénients de reconnaître et de transporter de fortes sommes , et qui ne sont profitables aux banques qui les émettent, comme aux particuliers qui les reçoivent , qu’à la condition de demeurer longtemps dans la circulation sans avoir besoin d’être présentés au remboursement.
Les billets coupés par 1,000 et 5oo francs conviennent au grand commerce parce qu'ils lui facilitent ses paiements et les rendent plus sûrs, qu’il les transporte à peu de frais et les a bien vite reconnus; des billets plus petits , de a5 , 5o et ioo francs par exemple, lui seraient au contraire nuisibles, parce que la vérification en serait plus longue et minutieuse, les falsifications plus fréquentes ou du moins plus difficiles à reconnaître ; des billets au-dessus de 1,000 francs neseraient pas non plus avantageux, en ce qu’ils multiplieraient les chances d’erreurs pour ne servir qu’à des transactions peu nombreuses.
Les billets de banque conviennent peu aux producteurs tant agricoles qu’industriels qui ne peuvent s’en servir pour payer leurs ouvriers, dont les dépenses se divisent par sous, mailles et deuiers, ce qui ne laisse place pour aucun papier-monnaie que le premier besoin forcerait à changer, ce qui serait pour la banque une cause de perte et non un bénéfice.
L’ouvrier n’est pas le seul auquel les billets de banque ne peuvent servir pour l’acquittement de ses dépenses journalières, le riche lui-même n’en peut faire qu’un usage restreint dont il n'a même
la faculté que par suite de l’importance de ses consommations qui le constituent, pour ainsi dire, commerçant en gros et qu’il peut solder avec des billets; mais hors de là il lui faut du numéraire comme à tout autre consommateur. '
Comme la marchandise produite ne passe pas immédiatement de l’atelier du fabricant entre les mains de celui qui doit l’user, la consommer, elle est l’objet de deux ou trois échanges entre marchands qui traitent entre eux à terme et se soldent au moyen de lettres de change. Ce sont les relations entre les négociants et leurs banquiers et de ceux-ci à leurs confrères, relations qui portent sur des sommes considérables , qui emploient les plus fortes quantités de billets de banque et profitent le plus de ces agents du crédit, en même temps que par leur régularité elles font le succès et la fortune des banques. Ce canal est celui qui peut être le plus avantageusement rempli de billets de banque; il en laissera échapper quelques-uns vers les échanges qui se font entre les capitalistes et les banquiers pour les placements de capitaux et les paiements d’intérêts. Dans tout le reste des relations commerciales, les billets de banque ne restent pas dans la circulation; ils n'y paraissent un instant que pour remonter dans les régions supérieures ou aller se faire rembourser à la caisse de la banque.
VINGT-UNIÈME et VINGT-DEUXIÈME LEÇONS (1).
DI CAPITAL
HAHQUKS DI CIKCUUTIOV. — SajrQCK DK VJUKCK. CSISSK DU
C0HMSKC1 1T DK l'iKDDSTKIX.
» «I K terrier IU9. •
L’organisation des banques de circulation présente de nombreuses difficultés, que toute la prudence et toute la sagacité possible ne permettent pas toujours de vaincre. C’est ainsi, par exemple, que, dans certains lieux où , comme en France , le commerce a des habitudes prises et vit encore sous l’empire des anciens préjugés monétaires, les banquiers sont toujours obligés de garder en caisse une forte réserve numéraire, tandis que, sur d’autres points et dans d’autres contrées, où le public est fait de longue main au papier-monnaie, ces éta-
(i) M. Blanqui ayant consacre la j>tus grande partie de la XXI* leçon à une nouvelle digresrion historique sur les Banques d’Amsterdam, de Hambourg et de Londres dont il avait déjà etc question dans la XX'i j’ai cru pouvoir réunir sans inconvénient les leçons XXI et XXII dont l’ensemble renferme les principes organiques des banques de circulation et leur application à la Banque de France.
( Note du rédacteur.)
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blissements peuvent émettre une somme de billets bien au-dessus du triple de leur capital.
Mais s’il n’existe pas plus de règles absolues pour les créer que de limites rigoureuses pour déveloj»per ou restreindre leur activité, on doit reconnaître cependant qu’il est convenable d’observer dans leur direction certaines règles et certaines limites qui, pour se modifier suivant les lieux , n’en sont pas moins au fond d’une très-haute utilité.
Avant d’établir une banque, on doit savoir d’abord si la localité où elle a son futur siège est le centre d’une masse d’affaires suffisante pour employer son fonds social , si l’esprit public est disposé à accepter les billets qu’elle doit émettre, et si enfin la nature même des transactions dans lesquelles ils doivent servir d’intermédiaires leur assure une circulation assez prolongée et assez générale pour être profitable à la banque.
Cette connaissance de l’état de l’esprit public et delà nature des transactions dans chaque localité est indispensable à tout créateur de banque; car sans elle il serait impossible d’expliquer comment l’Angleterre peut suffire, avec un numéraire si restreint, à des opérations aussi importantes et à des échanges aussi multipliés, tandis que l’Espagne et la France même emploient tant de métaux précieux pour un commerce dans tous les cas inférieur, et je dirai même tout à fait nul pour la première puissance. Sans elle, non plus, on ne saurait concevoir pourquoi le crédit qui convient aux villes n’est d’aucune utilité pour les contrées agricoles dans lesquelles
une banque de circulation ne rencontrerait aucun élément de vie et de succès.
Quelque hasardée que puisse paraître cette assertion, elle n’en est pas moins fondée; — non, une banque agricole ne peut pas réussir : i° parce que la plus grande partie des échanges entre cultivateurs se font directement et en nature, ce qui exclut tout^ntermédiaire ; a0 parce que les ventes comme les achats ne se font qu’à Certaines époques de l’année, et qu’une banque a besoin d’un courant d’affaires régulier qui ne laisse jamais aucune partie de son capital inactif; — -3° parce que toute somme prêtée à un cultivateur est, par le fait de sa destination, soustraite à la circulation pour faire partie du capital engagé, dont elle augmentera les revenus , sans doute , mais qui ne lui permettra pas de reparaître tout entière dans les délais dont les banques ne peuvent s’écarter, pour servir à solder les billets ou traites qui auraient été consentis ou acceptés à la Banque, en échange de ses avances; — 4° enfin, parce que les billets émis par les banques n’étant pas classés dans la circulation des grandes affaires commerciales ou financières, mais distribués dès le lendemain de leur remise à l’emprunteur, à des ouvriers qui ont immédiatement besoin de la monnaie pour leur consommation courante, ces derniers s’empressent de les porter à la Banque pour les changer contre de la monnaie métallique plus convenable pour les petits échanges, qui sont de beaucoup les plus nombreux.
Une fois la question de localité résolue, il se pré-
sente encore , dans l’organisation des banques , plusieurs difficultés assez graves , principalement en ce qui concerne le chiffre de leur capital social, les coupures de leurs billets et leurs relations avec l’État.
nu CAPITAL DES BANQUES.
Sous le rapport du capital, on doit considérer que, pour une banque centrale, il n’est jamais trop fort, parce que ces sortes d’établissements sont appelés à rendre de plus grands services que les autres , et que, dans les temps de crise, ils se trouvent les plus fortement menacés. Pour les banques centrales , donc, il y a avantage et sécurité à ce que le capital soit fort; il n’en est pas de même pour les banques locales dont les besoins sont limités et journaliers, et qui ne peuvent, sans pertes, conserver des capitaux dans l’inaction ; elles ne peuvent remédier à cet inconvénient qu’en se mettant en relation avec la banque centrale; c’est ce dont nous nous occuperons avec plus de détail en parlant des succursales et des banques départementales.