QUOTITÉ DES BILLETS
Je me suis déjà expliqué l’autre jour sur les limites que la loi devait imposer aux coupures des billets de banque ; je ne puis que vous y renvoyer (V. Leçon xx*, page ay5 ). Réservés à la grande circulation , ils ne lui sont réellement utiles qu’au tant que leur valeur est plus élevée et leurp subdivisions assez
peu nombreuses pour que leur reconnaissance soit toujours prompte et la fraude facile à découvrir. Faire descendre les coupures des billets à un chiffre trop bas (et pour qu’ils soient complètement reçus dans la circulation , c’est-à-dire dans les échanges qui s’opèrent entre les consommateurs et les marchands de détail, il faut qu’il y ait non seulement des billets de ao francs, de L |o francs et dp ioo fr., mais encore des billets de io fr. , de 5 fr., de i fr., et même de io sous, comme en Écosse et en Amérique), c’est exposer le pays aux plus violentes catastrophes et les banques aux plus grands dangers. D’une part, les porteurs de petits billets, formant la partie la moins éclairée de la population, sont par cela même plus disposés que tout autre à s’alarmer sans raison , à concevoir des craintes chimériques et à embarrasser les banques par des demandes de remboursement qu’aucun calcul ne pourrait leur faire prévoir; que si, d’autre part, leurs craintes sont fondées, que le crédit soit véritablement ébranlé , que les banques aient fait de mauvaises opérations et ne puissent payer leurs billets, alors elles ne ruinent pas seulement les riches, elles n’altèrent pas que la fortune de ceux qui ont; elles attaquent le pauvre, le journalier, dans son existence même; elles lui retirent son pain quotidien, et le poussent aux excès de la violence en le plongeant dans l’excès de la misère ; à cet égard, ce qui s’est passé en Amérique est un argument irréfutable contre l’admission des petits billets de banque dans
la circulation journalière; je ne saurais rien ajouter à l’autorité de ce fait accompli.
RAPPORT DES RAÎfQUES AVEC L’ÉTAT.
Les rapports que les banques peuvent entretenir avec le gouvernement sont de deux natures -ou elles leur sont complètement inféodées comme celle de Londres, dont le capital est passé tout entier entre les mains du gouvernement qui se borne à lui en servir l’intérêt, et la charge, par forme de compensation, d’encaisser les revenus de l’Etat et de payer toutes ses dépenses, ce qui lui fait remplir le rôle de simple caissier; ou, comme eu France, elles se bornent à remplir à son égard les fonctions d’une véritable banque, en escomptant, moyennant commission et intérêt , les billets émis par le ministre des finances , à valoir sur les produits des impôts qui ne rentrent que par douzième, et à conserver en dépôt , comme elle ferait pour un simple particulier, les fonds dont il peut se trouver embarrassé, et qui dorment dans ses caisses.
Nous verrons, en étudiant plus en détail les opérations de la Banque de France et celles de la Banque de Londres , quelle peut être l’importance de ces différentes relations; mais ce que je puis dire dès ce moment, c’est que, quelle que soit la position d’une banque centrale vis-à-vis du gouvernement dont elle a reçu son privilège, il est bien difficile que les circonstances ne la contraignent pas à violer ses statuts pour venir à son secours dans les cas de péril
imminent; la banqueroute de la Banque de Lon* dres en 1797, l’escompte forcé des bons du Trésor avant la campagne d’Austerlitz , Seront des preuves à l’appui de cette assertion, qui ne vaudra toujours, bien entendu, que pour les circonstances extraordinaires dont il s’agit ; véritables cas de force ma* jeure que les lois reconnaissent, et qui affranchissent de toute responsabilité.
Ces considérations préliminaires étant posées, nous entrerons immédiatement dans les détails de la vie intimé des banques , et hous commencerons par celui de ces établissements qui nous intéresse le plus , par la Banque de France.