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mais il devra demander « au travail » de l’atelier les moyens de subsister et de se suffire. C’est alors qu’aidé des conseils sympathiques et de l’appui d’un homme sage, il entrait, au bout de peu de temps, comme simple ouvrier dans cette imprimerie de Palmer et Watt, qui sera pour lui le port du salut. On sait comment sa conduite, son ferme bon sens lui valurent, en assez
peu de temps, avec l’estime de ses maîtres, la confiance de l’atelier.
Seul , remarque-t-il , « je ne fêtais pas saint Lundi. » On peut voir, par là, jusqu’où remonte une coutume qui
semble avoir envahi, d’aujourd'hui seulement, la région du Salariat.
En possession de quelque épargne , il songe enfin à quitter l’Angleterre pour revenir à Philadelphie ; c’est là qu il pourra s’établir comme imprimeur. Des difficultés de plus d un genre , des accidents contraires l’y attendaient; mais U en triomphe, comme toujours, par beaucoup de fermeté et d’ordre, d’amour du travail joints à une grande honnêteté de caractère.
Un fait qui remonte à son apprentissage montre de quel tond de persévérance était particulièrement riche le futur membre de la société royale de Londres et de l’Académie de St-Pétersbourg. Franklin aimait passionnément les livres ; ses moindres épargnes étaient employées à quelques-uns de ces achats, et c est a la lecture qu’il consacrera les trop couits loisirs que lui laisse la vie d’atelier. Dans l’imprimeiie de son trere, un volume d’Addisson, le Specfateur, tombe aux mains de notre adolescent. Il est lu et reliî avec un plaisir toujours nouveau par celui qui s’était déjà
épris d’un goût fort vif pour les vies illustrées de Plutarque.
Séduit par le style de l’écrivain britanni({ue , le jeunehomme cède à la tentation de s’approprier ces formes de
ri
COURS D’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE
langago. Lo voilà aussitôt ({ui, à 1 aido do (juoIcjugs notos, s’efforce d’en reproduire certains passages. A ce premier essai succédera un nouvel exercice. 11 s’agit maintenant de 1 appeler le style d Addisson, en lui empruntant certaines tournures ; mais tout n’est pas fini pour cet esprit chercheur qui déjà se plaît aux problèmes particulièrement difficiles. L’apprenti songe, en renversant l’ordre des notes , à reconstituer par la mémoire , l’œuvre - originale dans son enchaînement logique. Puis lorsqu’il croit enfin avoir réussi dans cette autre tache , il voudra
mettre en vers cette même prose , comme pour atteindre un plus haut degré de concision.
C’est par de tels exercices que l’intelligence du jeune Franklin acquérait une remarquable solidité ; c’est ainsi qu’il se forme de bonne heure à ces déductions rigoureuses dont l’esprit ne peut pas plus se départir que le wagon n’abandonne la voie sur laquelle il est poussé par une force supérieure. C’est par des procédés semblables que la méthode s’empare pour toujours de quelques hommes ; qu’elle leur imprime celte unité d’allure que rien n’arrête et ne trouble, et qui fait que l’on montre dans le gouvernement de soi-même et de sa destinée, une conduite supérieure à toutes les difficultés.
Le jour ou Benjamin Franklin se trouve placé avec son associé à la tête d’une imprimerie, comme on augurait mal, en plus d’un lieu, de la nouvelle installation en face d’ateliers déjà anciens, un homme dont la parole était alors de quelque poids , émit un avis de tout point contraire. Cet homme, c’était le docteur Baird. Il avait vu tout de suite , a certaines allures du jeune ouvrier devenu patron, que le nouvel établissement ne pourrait manquer de prospérer.
« Ce l'ianklin, lui arriva-t-il de dire un jour, travaille avec une ardeur à laquelle je n’ai jamais rien vu d’égal; il
est à l’ouvrage avant qu’aucun de ses voisins soit levé, et
je 1 y vois encore quand je sors du club pour rentrer chez moi. »
Le jeune imprimeur était alors Agé de vingt-trois ans. Cest ainsi que débute celui qui fera dire à Richard
Saunders , quelques années plus tard : « le temps est l’étoffe dont la vie est faite. »
Voici , du reste , comment il arrivera , en assez peu de
temps, à donner à ceux auxquels il avait affaire , une
bonne opinion de la nouvelle entreprise. Écoutons-le,
cai c est surtout lui qui se révèle comme économiste pratique :
« Afin d’assurer mon crédit et ma réputation , comme commerçant, dit-il dans ses Mémoires ^ j’eus grand soin deü*e, non-seulement e/i réalité industrieux et économe, mais d’éviter toutes apparences contraires. Mes vêlements Otaient toujours simples, et jamais on ne me voyait dans les lieux de réunions des oisifs. Je ne faisais jamais ni parties dépêché ni de chasse; un livre seul pouvait quelquefois me distraire de mon ouvrage, mais c’était rarement, et le public n’en sachant rien n’en était pas scandalisé. J’apportais ((uelquefois chez moi , sur une brouette , à travers les rues , le papier que j’allais acheter aans les magasins. Ainsi, étant regardé comme un garçon industrieux et laborieux, payant régulièrement tout ce que j’achetais , les négociants (pii importaient des marchandises de papeteiie, sollicitaient ma pratique, et je voyais ainsi mon commerce prospérer. »
Cette conduite chez l’industriel , n’est exempte , sans
oute, ni de calcul ni d’habileté; mais comme cela dé-
cele l’homme qui se lient et s’attache aux réalités de la vie !...
Celui qui penserait d’ailleurs (jif en jetant ici un regard en arriéré, Franklin ne songeait qu’à se grandir dans
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COURS d’économie industrielle.
I histoire , celui-là se ferait une assez fausse idée de ce qui se passe chez les natures d’élite. Il y a là un tel besoin de voir la vérité s’étendre, s’atfermir, qu’on goûte à la répandre un plaisir particulier. Ce que remarque ici Franklin , le prix qu’il semble mettre à ce qui constitue comme la vie intérieure du négoce, sera médité par quiconque prétend s’adonner à l’industrie. — Le « paraître » importe au moins autant que « l’être », tant on est enclin à juger d’une foule de choses par ce qu’elles laissent voir. C’est ce dont le jeune imprimeur de Philadelphie fit, du reste, l’expérience un jour qu’il éprouvait avec son associé les plus sérieux embarras pour acquitter le prix d une partie du matériel d’imprimerie qu’ils restaient devoir. Le fournisseur devenait pressant ; c’est à la bonne opinion qu’on avait conçue de son exactitude et de son amour du travail que Franklin dut de pouvoir le satisfaire.
Son associé était un de ces jeunes hommes qu’on rencontrait bien plus à la taverne, où ils font de longues stations, qu’à l’atelier. Deux amis se présentent, à l’insu 1 un de 1 autre , et ils insistent pour que le nouveau chef d imprimerie puise dans leur bourse ce dont il a besoin. Ils mettent à ce prêt une seule condition ; c’est que Franklin rompra immédiatement le pacte qui le lie à Médéric. C’èst le nom du jeune associé.
II fallut, en conséquence, désintéresser la famille de celui-ci. L’on aime entendre celui qui mettra dans la bouche de Richard Saunders des maximes qui ont couru le monde , raconter comme quoi , pour ne blesser aucun des deux amis lui venant ainsi en aide, il dut prendre dans chaque bourse la moitié de ta somme ici nécessaire.
A paviir de ce jour, le jeune imprimeur ne rencontrera plus que des succès rendus plus faciles par la. nature d un esprit qui s’ouvre sans eftbr aux bonnes pensées.
g® PARTIE. LA SCIENCE ET LES AFFAIRES. 33
NVtant encore que simple ouvrier, Ji son retour de Londres I avait dû accompagner son patron Keimer dans le New-Jersey. Il s’agissait de ([uelque gravure sur cuivre à propos du nouveau papier-monnaie dont l’émission était resotue. Franklin, beaucoup plus familiarisé que son patron avec ce genre de travail , fut naturellement amené à s en entendre avec les notabilités plus compétentes qui faisaient partie du Congrès. Il fut sur-le-champ fort apprécié. C’est-là notamment (|u’il connût un inspecteur gcmeral de la province, Isaac Decow, vieillard respecable , qui montra au jeune ouvrier de Keimer une exreme bienveillance. Entre autres circonstances qui mé-
FianLbi'^*' '^ connues, voici ce que rappelle à ce propos
« Il me dit qu’il avait commencé dans sa jeunesse par rouetter de l’argile pour les faiseurs de briques ; qu’il n aval apiiris à écrire qu’.à l’ûge de 21 ans ; qu’il avait poite la chaîne pour les arpenteurs qui lui avaient appris leur nietier, et cpi’il avait maintenant acquis par son industrie une fortune lionnêfe. - Je prévois, me dit-il, que vous ne larderez pas à succéder à toutes les affaires de Keimer et que vous ferez votre fortune dans ce métier.
Lest ainsi que, par une sorte d’intuition commune cliacun augurait à des signes qui trompent rarement que le tieizieme enfant d’un modeste marcliand d’épices et de savon réussirait dans le monde. .Mais nul ne pressentait les Iwutes destinées qui devaient un jour placer
hirf 1 Washington, de Jefferson , pour en ' . ™ CS P as nobles artisans de l’indépendance
américaine. Cet eminent vulgarisateur des principes de 1 ordre economique procède d’ailleurs avec un esprit largement liberal , qui se montre à propos des découvertes dont 11 dote ses contemporains.
En 1742, comme il venait d’inventer un genre de calori-
34 COURS d’économie industrielle.
fère qui devait obtenir en Pensylvanie, quelque succès, le gouverneur lui offrit de lui délivrer « une patente. » Ce n’est pas autrement qu’on s’assure en France par un brevet d’invention, l’exploitation exclusive, c’est-à-dire le monopole d’une découverte. Franklin crut devoir décliner cette offre. Voici comment il motive son refus : « Comme nous retirons de grands avantages des inventions des autres , écrit-il dans ses Mémoires, nous devons être charmés de trouver l’occasion de leur être utile par les nôtres, et nous devons le faire avec (fénérosité. »
C’était trancher, par l’application du grand principe « de la réciprocité, » un point de doctrine resté encore à cette heure, 'dans l’iin et l’autre monde, sans solution. Mais ce n’est pas seulement en ce point que l’auteur de la Science du Bonhomme Richard est en avance de plus d’un siècle sur son époque. Si la jeune Amérique s’était inspirée des dernières paroles de Franklin, touchant l’esclavage, elle n’aurait pas achetéfplus tard, par des flots de sang, le triomphe du principe qui fait la force des sociétés modernes : La liberté pour tous.
C’était rendre hommage aux principes bien connus de Franklin que de lui décerner, sur la fin de- ses jours, la présidence de deux sociétés dont rime était ouvertement favorable dès cette époque, à l’abolition de l’esclavage.
Ce grand homme, l’honneur des deux mondes, suivant que cela a été souvent répété dans un siècle si riche d’ailleurs d’illustrations en tout genre, devait mourir comme il avait vécu. Sa dernière pensée ne témoigne pas seulement d’un amour sincère pour ses semblables : elle est la glorification des principes qui l’avaient toujours guidé, soutenu. Comme nul autre et bien avant Smith, il lui arrivera de voir dans le Travail la loi supérieure, le salut et la force des sociétés modernes.
académies de Londres, de Saint-Pétersbourg ; cet émit lient représentant, au dehors, de la fortune et du crédit
J américains à leur naissance ; l’homme, enfin, dont son
I successeur dira : « personne, en France ne remplace le
docteur Franklin, dont j’occupe simplement le poste comme ministre plénipotentiaire ; » ce grand homme par- I venu au comble de la gloire et de la fortune jette en mou-
rant un regard sur la condition ouvrière d’où il est sorti. Il ne faut pas que le bon apprenti, le bon ouvrier lutte I sans espoir contre des difficultés trop souvent au-dessus
I de ses forces. Ce que lui-même a dû surmonter d’obs-
> lacles, ce qu’il éprouva de gêne, il s’en souvient et il s’oc-
cupe d en diminuer le nombre pour ceux qui viendront après lui.
« J ai remarqué, est-il dit dans le testament de l’ami de Washington (1) , que parmi les artisans, les bons apprentis font ordinairement de bons citoyens. J’ai fait moi-même 1 apprentissage d’un métier, de l’imprimerie, dans ma ville natale, et ensuite, avec l’aide de prêts qui m’ont été faits par deux bons anlis, je me suis établi à Philadelphie, ce qui a été le fondement de ma fortune et par suite, de tout ce que je puis avoir fait d’utile dans ma vie. Je désire donc pouvoir rendre quelques services, même après ma mort, en contribuant à l’instruction et à l’avancement d autres jeunes gens qui puissent un jour être utiles à leur patrie dans ces deux villes. Dans ce but, je donne la somme de 2,000 livres sterling (30,000 fr.), moitié aux habitants de la ville de Boston, province du Massachusetts,
moitié a ceux de Philadelphie, pour en faire l’usage dont je vais parler. »
Le testateur veut que des personnes choisies dans chacune de ces villes se chargent de l’administration des
Ji
(1) Par ce môme testament, Franklin léguait sa canne à pomme d’or au général, qu U appeUe avec vérité « Fami du genre humain ».
tuTdii :;r'Sé..-; •
-nés. au dessous deis aÏ^S vdle eurs devou-s d’apprentis de n.anière à obtenir un bon cerldîcat de moeurs, signé tout au moins de deux citoyens respectables qui consentiront à cautionner le rembourse m nt de ,a somme ainsi prêtée et le paiement des S: s... ^ Les prêts seront proportionnés à leurs besoins de façon a ne pouvoir excéder 60 livres pour ctiacim et î pas être au-dessous de 15 livres. » " ^
Franklin recommande, sur toutes choses, d'avoir égard
oits !7famT O"' -''ont ici?des
oits. 11 faut leur pouvoir venir en aide, ce qui aura
n7r réductions proportion-
nelles. L emprunteur doit d’ailleurs .. amortir a^clnnne
annee sa dette par dixièmes, afin que le fonds légué rende ie plus de ser\'ices possibles ®
na't’r“r.î PMad’:, r ^
na aie, et a Philadelphie, sa patrie d’adoption se sera no ahlenienl accru par l’intérêt accumulé , il Veut que chaque ville puisse profiter d’une partie de ces sommes dans un but d’utilité publique. On pimrra fond“ amlldes ^ ams publics, construire des aqueducs pour assainir la
C’est en considérant l’accord qui existe ici entre la vie et les principes dont il fit toujours profession qu’on ne
Dlus m" “enjaniin Franklin Pun des
plus Illustres représentants de la Science enseignée par
Smith et ’urgot. Son exemple, de même queS^riîl «'7/7 r‘’“ ^ «"geignement. U
damner la juste autorité qui s’attache è d’aussi gra7s
o/l’ontaLi?''!’ piédestal
P , d une VOIX unanime, quelque soit le pays.
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7,,^ "ïr'' d’esf ‘enter une œuvre
c ne. 11 II y a pas a contester les titres dans l’ordre économique, de celui qui légua à la postérité la Science, iustement populaire, du Bonhomme Richard, pas plus uu’il n^y aimait il lui faire un reproche d’avoii’ ^orté'tp tin lOidie, ILconomie, l’esprit de Conduite.
nnfnitr’^ ^‘'Péi-ieui’e, au double
point de vue du caractère et du savoir.
lom'dt vm ‘i® "omhi’eux et
ouids volumes sur une science alors à ses débuts. 11 en
1 naître partout le goût, et c’est grâce à lui qu’elle sortit
tcèi ni de "® «e que
lecUent de puissance le Travail, le Crédit et l’Épargne
7ité t i t' “ ‘"“'i ‘ ‘'Économie. .Aussi
eiite-t-il de prendre place avec Adam Smith, (juesnay
furgot, parmi les hommes dont la parole et les écrits oni
brcf/e.st’lt T “ . P'’°P’*Éei’ des principes qui sont la oice des ttats et qui ont pour ell'et d’élever toujours plus
haut le niveau de la moralité publique et du bien-être^
e ce legard jeté sur la vie de l’homme qui alliait le
sens exact des choses à celui des vérilés les Us n e
Zï,, ri'r; * """" - *• ""1*“'
devine qu’il s’agit du ministre dont le nom b" le
guid 1 t’“î'^ «• «St mis là, ce semble ïurt;
guidei, eclairer, la soutenir dans les voies particulièrcuient ardues de l’hoimêlo et du savoir.
l’autèlm de ■ .É®‘’ P*“‘' «été avec celle do
iomme DM ‘‘f''®'®*’. "‘‘ondenl dans la Science du Dun- /mme mc/^ard; mats elle montre, comme ce qui précède
etioite solidarité qui existe entre certains principes et lé
ÉOiwernement des alfaires dans la Famille ou 'dai/ !a
COURS d’économie industrielle.