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le mode d’exposition. Ce n’est donc pas « une science nouvelle » que cet esprit d’ailleurs si ouvert prétend inaugurer, suivant que le remarque le judicieux auteur de la notice ci-dessus rappelée. Non. Mais ce que les écrits de Bastiat parviendront à faire comme nul autre avant lui , c’est « l’exposé nouveau » plein de mouvement et de charme, d’une science « déjà formée (1). »
En attendant de pouvoir caractériser d’une façon plus précise la nature et l’importance des travaux dus à ce rare esprit , il convient de montrer quel allié sympathique la Ligue de Manchester allait rencontrer dans l’écrivain qui était né d’hier seulement à la Science économique.
L’entreprise abordée par Richard Cobden, n’était pas de celles qui pouvait rester un fait isolé et sans écho, 11 eût été difficile aux hommes formés cliez nous à l’école de ïurgot, de Say, de Rossi, de ne pas suivre d’un œil curieux et sympathique les efforts faits dans le Royaume- Uni, pour modifier profondément un système de tarifs dont en France, aussi bien qu’ailleurs, la production supportait impatiemment les vices.
Le Midi et le Nord, que distinguent des produits autres semblent, en effet, condamnés à un fatal antagonisme. La richesse cependant résulte de ces différences mêmes aux yeux de quiconque réfléchit. N’est-il pas manifeste que ce qui manque ici, alors qu’un peu ])lus loin les mêmes choses sont de trop, doit faire vivre dans l’abondance des populations privées sans cela du nécessaire? Ceci eût dû depuis longtemps frapper les esprits sans prévention. Mais les intérêts s’accommodent mal de tout ce qui dérange, même en vue d’un bien notable, leurs calculs. C’est ce qui ressort clairement, on l’a pu voir, des grandes
(1) M. DE Fontenay. — Notice sur la vie et les écrits de Fréd. Bastiat, — Paris 1862 , Guillaumin et C‘®, éditeurs.
réformes abordées un jour par Turgot. Et c’est ici surtout que l’histoire se répète.
L’agitation dont Cobden s’était fait en Angleterre le chef, avait eu sans doute de ce côté du détroit un grand retentissement. C’est ainsi que, dès 1844, il aura aisément gagné à la cause de ce qui s’appelle alors « le Libre échange » , les représentants les plus autorisés de la Science économique. Blanqui, Dimoyer, Léon Foucher, Horace Say, Fonteyraud et presque dans le même temps Frédéric Bastiat, pour ne parler ici que des morts, imprimeront à l’opinion une secousse dont on ne saurait, à la distance où nous sommes, mesurer exactement la puissance.
IMais ce n’est que longtemps après et par une rare fortune qu’on verra triompher en France comme ailleurs , le principe de la Liberté commerciale. Les premières appliî cations datent de 1860. Chose étrange! C’est Richard
I Cobden qui aura ici encore le mérite de lever tous les
I obstacles et de dissiper toutes les obscurités.
Dans la courte période comprise entre 1844 et 1849 , I Bastiat qui s était lie avec le chef de la Ligue, par une cor-
|| respondance des plus actives, se fait en France l’interprète
j en même temps que l’auxiliaire puissant de cette ini-
j tiative. Son journal, le Libre Échange, porte en tout lieu
, la lumière. Il montre les Ligueurs à l’œuvre et suit les
diverses phases de ce grand mouvement. Il faut que partout se forment des associations, que les intérêts chez
I ceux qui sont le plus grand nombre se groupent pour
1 combattre, à l’exemple de la Ligue de Manchester, les
1 tarifs protecteurs. — A Bordeaux, où la production viti-
cole constitue au double point de vue du marché intérieur et de 1 exportation un intérêt 'de premier ordre, d’immenses meetings s’assemblent à la voix de Bastiat, qu’acclament ensemble les notabilités du Sol et du Commerce.
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A Paris, le succès et la faveur qui raccueilleiit ne sont pas moins grands.
Certains faits regardés, bien souvent, comme favorables aux leformes dont 1 heure est venue, ont au contraire ce résultat qu’ils les retardent. Tels sont les brusques changements qui surviennent dans l’ordre politique. Les révolutions répondent, sans doute, parfois à des nécessités auxquelles il n’est pas facile de se soustraire; mais, le trouble qui en résulte dans les esprits les détourne trop souvent et cela pour longtemps, de la voie dans laquelle chacun s’était engagé non sans peine. C’est à quoi ne réfléchissent pas assez les amis du progrès et ceux qui, par une aveugle résistance, provoquent ces bouleversements déplorables.
La thèse de la Liberté commerciale, dont Frédéric Bastiat poursuivait, en France, avec ses amis, l’application, ne pouvait rien gagner au contact des hommes, des passions que la Révolution de 18i8 mettra journellement aux prises. — De là une interruption qui dégénérera en un long ajournement.
Détournant nos regards de cet affligeant spectacle, pour les reporter sur le mouvement dont la Grande-Bretagne était le foyer, après avoir donné la première l’exemple, disons seulement qu’ici se place , dans le nombre des œuvres de Bastiat , celle qui reflétait particulièrement cette grande initiative. On devine qu’il s’agit de l’Histoire de la Ligue anglaise. C’était en 1845; son succès fut grand, et Bastiat exprime quelque part sa joie de la faveur singulière avec laquelle fut reçu ce livre.
Les efforts faits à cette époque par des hommes restés 1 honneur et la force de l’École , sont si près de nous qu on est ici tenu a queh[ue réserve. Ce qu’on peut dire, c est que le génie , l’ardente propagande chez Frédéric Bastiat prendront aisément toutes les formes avec un égal
succès. Le pamphlet, la polémique par la presse et par la parole , la dissertation savante autant qu’animée , sans parler d’une active correspondance qui charme et séduit, toutl attire et tout lui est bon dans la lutte (|u’il a engagée. C’est la verve de Paul-Louis Courier aiguisée par la lecture des Le public est' séduit, fasciné.
Mais si la masse est subjuguée, tant elle sait et sent que l’écrivain défend ici la cause du grand nombre, il est sensible qu elle manque de l’instruction et des connaissances nécessaires. Comment, dès lors, seconder efficacement ses efforts pour se lier à son œuvre?... Le plaisir qu’on goûte a lire (luelqu’un de cqs pamphlets satisfait, ainsi que la curiosité , tous retombent dans l’indiflerence qui affligeait si fort Richard Cobden. — Tant l’ignorance oppose, en de tels cas, de barrières infranchissables.
Encore chez le grand agitateur britannique, de même que chez plus d’un de ses amis, le Ligueur, qui répand partout ses tracts , sera doublé d’un orateur puissant et sarcastique. On agit là, du haut des hustings, autant par la parole que par la plume. Mais Bastiat n’a rien du tribun qui entraîne et remue les foules. Si l’écrivain charme par un style alerte et plein d’originalité, le discoureur vous laisse froid, tant il est mal servi par un organe et par un extérieur peu faits pour enflammer les masses.
Les meilleures choses perdent de leur prix passant par la bouche d’où sortent tumultueusement des mots parfois sans lien et qu’on a peine à entendre. — L’action, la voix, le geste, l’action surtout, voilà ce qui fera ici complètement défaut. Cela fait perdre bien plus de sa force qu’on ne saurait croire à cet apostolat, dans un pays où la parole est une puissance de premier ordre.
Aussi, est-ce à l’écrivain ({u’il faut s’attacher pour se taire quelque juste idée du genre d’influence que l’éminent allié de Cobden exerçait sur des esprits en trop petit
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nombre. Non-seulement cette action fut durable et profonde, mais elle ira s’étendant, à la lecture de ces œuvres où la solidité de la pensée s’allie à l’excellence de la forme.
L’on chercherait donc en vain, chez Frédéric Bastiat, l’étoffe d’un Fox ou d’un Bright qui voient expirer, aux pieds des hustings , les grandes colères du Land-Lord et des gros fermiers d’un Comté. Mais si, placé à un autre point de vue, dans l’ordre économique, on étudie l’œuvre de l’auteur t/ev Harmonies^ et si l’on examine la profondeur du sillon qu’il a tracé dans une période relativement courte, oh ! alors cette figure qui rappelle quelques-uns des plus beaux génies du xvi« siècle, un La Boétie, un Érasme, brille d’un éclat peu ordinaire.
Semblables à quelque terre mal préparée, les contemporains seront, sans doute, médiocrement échaufifés par les rayons de cet astre nouveau. Mais tout n’est pas dit pour cela. Alors que le champ est des plus vastes, l’œuvre est de celles qui se survivent à elles-mêmes, outre qu’elle gagne en étendue. Ce qu’un seul jour n’a pas fait éclore sortira plus tard de terre, et de cette semence, qui ne ressemble à nulle autre, rien ne sera perdu.
Bastiat est, du reste, un novateur dans son genre. S’il n’a enrichi l’École d’aucune découverte, l’auteur de Maudit argent ne se distingue pas moins de ceux qui l’ont précédé par une façon de disserter des thèses les plus hautes dont nul n’avait eu l’idée avant lui. C’est la clarté de Jean-Baptiste Say, jointe au bon sens de Franklin, avec la grâce et le charme en plus. S’il n’a l’ampleur magistrale de Rossi, il montre infiniment plus d’art et de science, outre qu’il voit juste.
Lisez dans « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas » l’histoire de la Vitre cassée. Vous serez convaincu, en
même temps que séduit par le ton de fin persifflage qui donne ici tant de sel et de force à la raison. Cela prend pour toujours possession de l’esprit, précisément parce que la vérité s’est choisi un costume qui fait qu’on la remarque, outre qu’elle plaît.
C’est surtout en France que cela est de grande considération, vu que la forme y décide trop souvent du fond des choses. Envisagée par ce côté , l’Œuvre de Bastiat tiendra toujours chez nous une fort grande place.
Si la Science économique a cessé de pouvoir être appelée de nos jours « une littérature ennuyeuse ; » si l’on a tourné vers elle un regard plus favorable, c’est à Bastiat, c’est à cet esprit si éminemment français que cela est dû. Ni Say, ni Turgot n’auraient opéré un tel miracle, car avec eux les progrès de l’opinion sont lents, vu qu’ils s’adressent au très-petit nombre.
Avec Bastiat, au contraire, le savoir s’épanche, et pourtant il pénètre par mille sentiers au cœur même de la masse. C’est pour ainsi parler le maître aimé des foules , tandis que d’autres écrivent pour l’élite de la Société trop souvent ailleurs occupée.
Or, ce qui a surtout du prix, c’est le progrès chez le grand nombre. C’est là de tout temps , dans tous les pays, le trop long convoi qui avance péniblement sans parler des déraillements toujours à craindre.
Cette vérité fut un jour on ne peut mieux comprise par sir Robert Peel. Voyant, à une certaine époque, la France affolée par l’exposition de thèses dont le moindre défaut est de viser des inconnues que nul ne sait comment
J dégager, le grand ministre s’écrie avec l’accent du
i triomphe: « Oh ! pour l’Angleterre je suis bien tranquille;
I le peuple y connaît trop bien les vérités de l’ordre écono-
! mique. »
C’est la gloire de Frédéric Bastiat d’avoir fait, il faut
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le dire, de la Science pour tout le monde. C’est à lui que les vérités d’un certain ordre doivent d’avoir été vengees de ^ critiques injustes. C’est citez lui, enfin, que la Science economique se fit « toute à tous, » au lieu de ne rencontrer ici et là que défiance et prévention et c’est surtoutpar là, qu’il est, on le répète, novateur et que son nom doit vivre en grandissant chaque jour davantage.
Necker. - Joseph de Villèle. - Jacques Laffitte.
Si Ion voulait pousser plus loin des études, qui ont moins pour objet l’histoire de certains hommes qu’un acheminement vers la connaissance des vérités d’un certain ordre , il serait aisé de montrer, par de nombreux et nouveaux exemples, comment, à toutes les époques, les ,-p lois dont on va s’occuper gouvernent le monde.
f ^ Dotabilité de la banque, l’ancien associé
â ^ Thelusson qui, ayant acquis dans le maniement des
i affaires les plus délicates, une grande expérience, est appelé au gouvernement des finances de l’État. De même que Turgot, Necker rétablit, en peu de temps, la confiance avec 1 ordre , et l’auteur du fameux Compte-rendu arrive a formuler sur l’impôt des idées qui lui feront prendre lang paimi Igs GconornistGs (Ig l’épocjUG.
Ailleurs, à trente ans de là, Joseph de Villèle appliquera au maniement des finances publiques les vues qui 1 ont guidé dans la gestion d’une propriété coloniale. G est ainsi seulement qu’il remet l’ordre dans l’État et qu’il restaure le crédit de la France.
Simple officier de marine, Joseph de Villèle se démet de son p-ade. On le voit bientôt après se faire le gérant, a 1 e de la Réunion, d’une plantation importante. Tel
sera l’apprentissage du futur émule des baron Louis et des Corvetto.
Rentré en France, où sa place dans nos assemblées parlementaires semble marquée, Joseph de Villèle a bientôt occasion de montrer, dans le gouvernement des finances, des capacités de premier ordre.
« Voulez-vous vivifier l’Agriculture , le Commerce et l’Industrie, ces trois soutiens de notre prospérité intérieure? lui arrive-t-il de dire à propos de la conversion de la rente en 3 OjO, — initiative aussi intelligente que hardie, à la gloire du grand ministre de la Restauration; — dirigez vers eux les capitaux et faites qu’ils puissent les obtenir au moindre intérêt possible. Pour atteindre ce but, cessez de leur faire, par le haut intérêt de vos rentes, une CONCURRENCE qu’üs ne sauraient soutenir. »
Visée supérieure et que pouvaient seules méconnaître toutes les passions politiques alors liguées ensemble, comme au temps de Turgot, contre un ministre bien inspiré. L’avenir devait le venger d’odieuses trames, dont le pays fera ici, comme toujours, les frais.
Moins de quatre ans après, en effet, le 3 OjO de nouvelle fondation dépassait le pair. C’est-à-dire qu’émis à 75 francs il s’élève sans peine à 86, cours qu’il ne devait jamais plus revoir et qui tend à l’égaler au 3 OiO britannique, plus vieux d’un siècle.
Ici apparaît un noble caractère que le sentiment des maux de la patrie émeut bien plus profondément que de vaines querelles politiques aiguisées par l’ambition. Jacques Laffitte, qui s’en vint aider le ministre à surmonter les premiers obstacles , est encore un de ces hommes
dont la vie est riche d’enseignements , sur le terrain où nous voilà placés.
Né dans la condition la plus humble, le fils d’un maître
charpentier de Bayonne était parti d’un modeste emploi dans la banque pour monter plus tard au premier rang de la finance moderne. Bientôt , l’associé de Perregaux vient généreusement en aide au Trésor. — Seul , il étayera de son nom, en des jours douloureux, le crédit branlant de l’État. Nos armées licenciées manquent du nécessaire? Sa caisse s’ouvre aussitôt, et l’ancien président de la Chambre de Commerce est désigné par la voix publique pour le gouvernement de la Banque de France qui a pu déjà, comme Régent , apprécier son zèle , ses lumières. . Au milieu du naufrage , la Banque seule restait debout.
Quand le trouble est universel , la confiance détruite , les projets d’emprunt volontaire, dont Laffitte donne le signal, — abandonnés aussitôt que conçus, — qui mieux que l’émule de Necker, de Ricardo, pourra tenir d’une main habile et ferme le gouvernail de l’établissement où la responsabilité n’aura d’égale que. le désintéressement qu’il montre ?
Car l’homme désigné pour ce poste croira devoir refuser dans un tel moment toute espèce de traitement. N’est-ce pas d’ailleurs alors que l’état politique semble atteint d’une instabilité irrémédiable , n’est-ce pas à la caisse de Jacques Laffitte que la première Restauration, aussi bien que l’Empire tombant à Waterloo, confieront, tour à tour, les débris de leur fortune ? C’est un dépôt de 5 millions que recevait ainsi, au lendemain des Cent-Jours, celui qui n’est connu des rois , des empereurs se disputant le trône, que par l’estime quTl leur inspire (1).
Aussi , le jour où se pose devant nos assemblées parlementaires le problème de la conversion des rentes qui , par l’abaissement du taux de l’intérêt, doit diminuer le
(1) Il faut lire dans le Dictionnaire de l’Économie politique les détails pleins d’intérêt que donne M. Joseph Garnier sur cet homme éminent par le caractère et le savoir financier. — Paris , 1853 , Guillaumin et C'«, éditeurs.
poids des charges publiques , c’est aux lumières et au patriotisme du grand financier que le pouvoir d’alors fait appel. Comme on s’étonnait de voir celui dont les sentiments s’accordaient mal avec la politique de ce règne donner son concours à une semblable mesure :
« Je contribuerai toujours, répond alors Laffitte , dans un écrit resté fameux, au bien de mon pays, n’importe par quelle main ce bien soit opéré. »
Paroles qui montrent combien, chez l’homme arrivé par son seul mérite au faîte de la fortune, le cœur était resté fidèle au culte de la patrie. — De même que Franklin, Jacques Laffitte se distingue par un esprit pratique qui cède et obéit sans effort aux mouvements d’une âme vraiment libérale. Le maniement des grandes affaires élargit sa pensée en même temps que sa vue s’éclaire. Celle-ci brille d un sentiment de bienveillance qui semble augmenter avec les années. C’est la bonté qui fait aimer le
succès, chose rare, surtout quand il s’y joint le mérite personnel.
De là, dans le gouvernement des finances, une parole, des vues droites et bien exposees jouissant d’une fort grande autoiite. C est (jue nul plus que lui n’est fermement résolu de respecter les engagements pris par l’État. S’il blâme et qualifie a 1 occasion « de non sens » la théorie de l’amortissement, c est-à-dire le remboursement par voie d’annuités de la Dette publique, tel qu’il a été jusque-là entendu , ce n est pas qu’il en demande la brusque et immédiate suppression. Non ; il faut qu’en se tenant sur ce terrain, pour quebiue temps encore, dans une juste mesure, le 1 résor donne l’exemple aux particuliers du respect des engagements où la contrainte n’eut point de part.
tl est d ailleurs facile de voir, durant le long débat de la conversion des rentes, que le grand financier s’est approprie, dans le cours de sa carrière, les salutaires principes
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de Turgot et de Smith. Voyez comment il juge la France, lorsqu’on prétend, il y a de cela cinquante ans, la comparer à l’Angleterre :
« Nous parlons tous les jours de nos voisins les Anglais avec admiration ; nous nous extasions tous sur leurs trois milliards d’exportation et nous faisons une triste conqiaraison avec nous-memes, qui exportons à peine 800 millions! — Eh bien! leur commerce extérieur était, il y a un demi-siècle, à peu près au même point que le nôtre, et
c’est dans ce court espace de temps que la différence est devenue si grande.
« Je sais la part qu’il faut faire aux événements politiques ; mais croit-on que pour arriver à ce résultat l’Angleterre ait commencé par chercher exclusivement des débouchés extérieurs? Non, sans doute; elle a surtout cheiche a se donner une base bien que celle
que nous supposons a sa richesse. Elle a commencé par mettre tout son sol en valeur. La surface qu’elle occupe est géographiquement ôeea à la nôtre; mais ce
Il est pas la surface géographique qui doit comptçr, car d’après ce principe la Russie serait à elle seule plus riche (Rie toute l’Europe ensemble. C’est la surface utilisée. Sous
ce rapport, l’Angleterre est dix fois plus grande que la France. »
Et voici (luelles preuves il en donne, car il poursuivait aussitôt ainsi :
« L’Angleterre a excavé son sol, fouillé dans ses entrailles, tout mis en valeur; et sur un territoire la moitié moins grand que le nôtre, elle a creusé pour vingt fois plus de canaux que nous. — On pense, en effet, que nous n’avons pas la vingtième partie des canaux qu’elle possède sur le meme espace donné. Elle a donc fait reposer sa prospérité sur une base bien plus solide qu’on ne le croit en Europe, et Pitt a pu dire à la tribune, en présence des
l'« PARTIE. — LA SCIENCE ET LES AFFAIRES.
Anglais les plus éclairés et sans être contredit, que le
commerce de la Grande-Bretagne était à son commerce extérieur comme 32 est à 1.
« C’est donc dans son propre sein, en répandant le travail partout, que l’Angleterre a cherché sa fortune. Après cela, elle a pris son essor à l’extérieur, et dans l’intervalle de quarante à cinquante années, elle nous a dépassés de la différence de 3 milliards à 800 millions. »
Ces vérités de l’ordre économique sont de tous les temps. Ce qui le prouve, c’est l’immense déploiement de richesse auquel la France est parvenue, moins de trente ans après, grâce à ces voies ferrées qui font que du Nord au Midi, de l’Ouest à l’Est, les produits en tout genre s échangent avec une facilité qui en 'accroît sans cesse le nombre et l’importance.
Au inoment où Jacques Laffitte faisait entendre ces utiles vérités, les expédilionsde notre commerce extérieur montaient à 800 millions. Moins de vingt ans après, en 1842, ce chiffre ne dépassait pas 823 millions; d’où des exportations et des importations donnant un ensemble de 1,907 millions. De nos jours, ce dernier chiffre est presque quadruplé. C’est ainsi que l’exercice 1869 fera monter à près de 4 milliards, soit 3,993 millions, la somme de nos seules exportations en tout genre. Nous nous tenons à cet exercice qui précède immédiatement la guerre, pour pouvoir metti’e en regard des quantités comparables quant à l’étendue du territoire.
Chez Laffitte, disions-nous il n’y a qu’un instant, l’esprit pratique de trempe supérieure tempère à propos les élans d’une âme généreuse, surtout quand l’intérêt public est en jeu. Les rares survivants de 1830 n’ont pas oublié le ferme bon sens qu il dut alors déployer pour calmer des craintes et des défiances aussi dénuées de raison que pouvaient être chimériques les plans dont le public était assailli.
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Cotte heure parliculierement critique' sera marquée par un essai dont le commerce devait se bien trouver. Nous voulons parler de l’Escompte à deux signatures.
C’est à Laffitte que revient particulièrement l’honneur, par la création de la Caisse genevale du Commerce et de l'Industrie, d’avoir pris une initiative des plus fécondes. En même temps que les voies du Crédit s’élargissent, on ouvre au Commerce un horizon plus vaste.
La fondation du Comptoir d’escompte en 1848, lequel trouvait plus tard des imitateurs, est née de cette intelligente application des lois du crédit personnel.
De cette exposition sur les liens qui unissent, ici comme toujours, la théorie et la pratique, il convient de passer à l’étude des principes et des faits les plus considérables
qui sont comme le fonds dont est faite la Science qui doit nous occuper.