DES PRODUITS ET DES SERVICES
Ce qui les distingue et comment ils arrivent à se confondre. — Utilités e 1 ordre physique o u matériel et utilités de l’ordre moral. Elles restent soumises aux mêmes lois.
La Production prend un double aspect dans l’ordre economique. C’est-à-dire qu’elle répond à ce qu’on nomme . des utilités » d’espèce et de nature entièremen" autres, maigre qu’elles tendent généralement à se conondie D une part, il y a ce qu’on nomme «des produits .. lesquels sont le fruit du travail de l’Iiomme, Lnt plus
fn'tdWtnen““‘t “S facultés
s^ble se 'V part, son activité
semble se traduire en de simples « services. »
Ce sont là des faits, non-seulement d’ordre, d’aspect difterent mais qu’il convient d’étudier distinctement quoiqu Ils arrivent le plus souvent , nous le répétons , à ne fan e « qu une seule et même chose. »
n Jr'r "'cab'e porté à son point de
peifection par le travail des divers corps d’ouvriers -
Menuiserie, Serrurerie, Clouterie, sans parler de l’e.vtrac-
lion ou du traitement des matières premières, - qui se
sont employés à le fabriquer. Ce meuble constitue « un \
produit » dans la véritable et bonne acception du mot, car ^
il est le fruit de l’induslrie de l’homme. J
Maintenant, ce meuble, il s’agit de le faire arriver à des- ,
tination, c’est-à-dire d’en effectuer le transport pour que '
celui qui l’a commandé puisse l’utiliser. Mais l’homme qu’on charge de cette nouvelle besogne, non-seulement '1
n’effectuera pas, sans en retirer quelque avantage, ce dé- '41
placement plus ou moins pénible et long, mais le transport opéré, et le prix « du service » ici rendu, acquitté, on ne /!
voit pas que « le produit » d’ébénisterie, dont nous nous
occupons, porte et garde la plus légère trace de ce nouveau « service. »
« Ce produit, » supposé le transport convenablement effectué , sera exactement , dans le même état après qu’avant.
Seulement, si le possesseur actuel du meuble veut compter ici ce qu’il lui coûte, et qu’il regarde aux divers « services » qui ont ainsi concouru, il verra que cet objet plus ou moins « utile » n’est pas autre chose que le « produit » du travail exécuté par des ouvriers d’états différents, travail qui s’est augmenté de celui qu’a nécessité le transport du meuble en question.
Ce dernier « service » diffère sans doute de ceux exigés par la confection du meuble , car il n’en garde pas la moindre trace ; mais cela témoigne, comme le reste, d’un certain travail. Ce travail a dû recevoir, comme les autres «services,)) sa récompense, et le prix acquitté entre avec celui des autres travaux dans le coût du « produit. ))
Les produits et les services constituent, on le voit, deux ordres « d’utilités )) qui, quoique ne faisant qu’un le plus souvent, puisqu’ils sont appelés à se confondre, ne se prêtent pas moins à une appréciation distincte. Cela diffère d’aspect, mais les lois qui régissent le double fait par
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leciuel se manifeste ainsi la puissance de rhonime , sont les memes , suivant qu’on le verra.
Cette puissance est d’ailleurs bornée à l’action du travail liumain sur la matière. C’est ainsi qu’il n’est pas plus au pouvoir de riiomme « de créer, » dans la véritable acception du mot, qu’il ne lui est donné « de détruire. » La matière, — bois, minerais, semences, produits natuturels de la terre et des eaux, — lui est invariablement fournie par le monde physique qui frappe, sous les formes les plus variées, son esprit et ses sens et sur lequel il a plus ou moins d action. Cette matière, dont la terre contient tous les germes avec les diverses substances , pourra subir des transformations plus ou moins notables et nombreuses grâce à la puissance dont chacun dispose. Le bois se change en meubles, le fer et les autres métaux de- \iennent sous la main de l’homme des outils ou des ustensiles après que le minerai sous l’action du feu est passé à 1 état de fonte ; 1 eau elle-même sera décomposée en ses éléments, pour répondre à des usages divers. Mais si 1 homme peut faire que telle ou telle substance change d’état ou de forme; s’il lui est loisible d’en combiner les cléments pour les utiliser, les approprier à diverses fins , ces éléments échappent à son action « destructive » de même qu’il fut étranger à leur « création. »
^ C’est ainsi qu’en se vaporisant sous l’action du colorique, l’eau donne naissance à de l’hydrogène; le bois, par la combustion, se change en carbone, en même temps que se dégagent l’hydrogène et l’oxygène qui, avec les sels à bases minérales, entrent dans sa composition et forment des cendres. Mais sous ces états autres, distincts et dispersés , la matière persiste. Tout ce que peut l’homme , c’est de désagréger, si l’on peut ainsi parler, les parties constituantes du corps sur lequel il opère pour satisfaire ses besoins ou sa fantaisie.
m partie. - LA PRODUCTION ET SES LOIS. 109
C’est ainsi que le travail humain transforme les suh
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activité nous applnjuons <. du travail, » c’estidire un
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meme que chaque objet s’applique à un emZi’dLS!
COURS d’économie industrielle.
Il en résulte que le fondement, le point de départ « de la valeur » d un meuble, d’un outil, d’une denrée ou d'un simple service, c est « rutililé » plus ou moins grande, plus ou moins généralement reconnue de ces produits ou de ce même service.
Les produits et les services constituent donc deux ordres « d’utilités » parfaitement appréciables au point de vue de la place qu’ils tiennent dans les affaires. Non-seulement ils doivent être considérés distinctement, mais leur nature est autre. G est ainsi (|ue les produits sont généralement « des utilités » de l’ordre physique , tangibles , tandis que les services, — soins du médecin, travail de l’ouvrier, enseignement du maître, transport du messagiste, entremise du marchand et du négociant, science de l’architecte et de l’avocat mise à la disposition de leur clientèle, — représentent simplement « des utilités » de
1 ordie moral, c est-a-dire dont l’esprit seul peut se rendre compte.
Mais quoique d’aspect autre et d’espèce différente, « ces utilités « obéissent, on l’a dit, aux mêmes lois dans l’ordre économique. - Ce qui fait obstacle à la fabrication d une maichandise, a la vente « d’un produit » consistant en quelque denrée , — tel l’impôt trop lourd ou des difficultés de transport provenant du man([ue de voies de
communication ; telle encore l’absence de liberté dans la constitution du travail, — n’est pas une moindre entrave pour l’emploi ou le fonctionnement « des services » du médecin, de l’ouvrier, du commerçant. Dans un cas comme dans l’autre, « les utilités » diverses devront pou-
voir bénéficier des mêmes facilités pour correspondre à-
l’objet qu’on a en vue.
Enfin, de même que « les produits » répondent à l’idée « d une valeur » plus ou moins grande à raison notamment du besoin qu’on en a, c’est-à-dire « de l’utilité »
dont ils sont ; que ce sont les fruits d’un travail accompli non sans peine , et que toute peine veut être « rémunérée »
— de même l’iitilité représentée par un simple « service »
— concours de l’architecte , entremise du négoce , emploi de hi main-d’œuvre, bienfaits de l’instruction, — implique une « rémunération » en rapport avec l’importance de ces mêmes utilités et le prix qu’on y attache, en d’autres termes, avec « sa valeur » reconnue.
Car l’idée « de Valeur » est complexe en ce sens qu’une chose « vaut » non point seulement par « l’utilité » dont elle est aux yeux de celui qui la possède, mais de l’opinion qu’on se fait généralement de cette « utilité » d une part, et des facilites plus ou moins grandes qu’on épiouve à se la procurer, sans parler du danger et des inconvénients qui s’y rencontrent, suivant qu’on le verra.
§ I . De l alliance du Travail et du Capital considérée comme Loi essentielle de la production.
Pour arriver .c à produire » dans l’ordre matériel comme dans l’ordre moral, l’homme doit pouvoir s’aider « d’instruments » appropriés à ce qu’il veut faire.
C est ainsi que celui qui vit de sa pêche ou de sa chasse ne saurait se passer de certains engins propres à lui procurer sa nourriture. Ses filets, son arc et ses flèches, tels sont les instruments sans lesquels il lui serait impossible de^se procurer « le produit « dont il subsiste comme pêcheur ou comme chasseur. — Plus loin , si l’on observe ce qui se passe chez le cultivateur, on voit qu’il dispose, outre la semence nécessaire, les outils avec lesquels il doit travailler son champ pour en obtenir « un produit. » Ces filets, dans le premier cas, ces outils, cette semence, enfin, que possède d’autre part , le cultivateur,
voilà « le capital « primitif ou instrument de travail dont l’un pas plus que l’autre ne sauraient se passer pour obtenir « les produits » désirés.
Dans l’Industrie , dans le Négoce et chez l’homme de la main-d’œuvre, il en est de même. Ici comme là, chacun a besoin de l’outillage approprié au genre de travail qu’il a entrepris. — Fonds d’établissement, métiers à tisser, sans parler de la matière sur laquelle on opère , tous ont besoin « d’instruments « , c’est-à-dire d’un « capital » pour exécuter « le travail » qu’ils ont en vue et obtenir ainsi « des produits » plus ou moins utilisables.
A un autre point de vue, le médecin, l’artiste, le savant ont dû se soumettre aux mêmes nécessités. Une instruction acquise en plus ou moins de temps ; « une semence » scientifique ou artistique accumulée ici ou là sera destinée à jouer le rôle « d’instrument » de production ou « capital » primitif. Tel est le fonds ou outillage de l’ordre intellectuel sans lequel il n’aurait pu exister ni artiste, ni savant, ni médecin pouvant « travailler » de façon à ajouter par certains « services » à la richesse générale.
C’est ainsi que se trouvent partout inséparablement unis le Travail et le Capital. L’homme ne peut pas plus se passer « d’instruments» de -production, c’est-à-dire de « capital » quelle qu’en soit la forme, — science acquise ou matériel d’industrie, — que ce même capital ne peut quelque chose isolément , c’est-à-dire quand « le travail cesse d’être avec lui de moitié.
Le Capital privé de l’assistance du Travail c’est le fonds de terre en friche , c’est le métier ([ui cesse de battre, parce que l’homme n’est plus là pour tisser la toile ou surveiller un savant mécanisme ; c’est la boutique ou l’atelier qui chôment et se ferment. Puis et d’autre part, le Travail réduit à lui-même sans pouvoir disposer du moindre « instrument » de production, c’est le chasseur,
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c’est le bûcheron, c’est le pêcheur privé de l’outillage qui sert à leur procurer ce qu’ils désirent,
<< L’utilité » qui ressort des produits et des services et qui les marque en quelque sorte à son empreinte implique , au plus haut degré, l’alliance étroite du Travail et du Capital. Telle est la condition première de la formation et de l’emploi des richesses. Séparer le Capital du Travail, pourvoir entre ces deux agents de la Production un redoutable antagonisme, c’est méconnaître tout à fait leur
essence en même temps qu’on ne recueillerait qu’impuissance et stérilité.
§ ÎI* Liberté du travail.
Cette seconde loi appartient bien plus à l’ordre moral qu’elle ne dérive , comme celle dont on vient de s’occuper, de la nature des choses. C’est le fruit d’une longue expérience , du progrès des mœurs et des lumières, et cette condition du travail s’impose bien moins à l’esprit qu’elle n’arrivera à se faire accepter plus ou
moins lentement dans chaque pays en triomphant de nombreuses l'ésistaiices.
^ Ce qui le prouve, c’est le spectacle que présente à cet egard l’Antiquité, et plus tard, le Moyen âge. Là , le travail est d’essence servile ; c’est-à-dire qu’il est le lot et le constant apanage de l’esclave, tandis que plus tard 1 exercice d’un métier, d’une industrie, marquera d’une sorle de flétrissure celui qui ajoute incessamment par son activité au fonds général de la Richesse. Non-seulement il n en est plus ainsi de nos jours , mais on peut dire que dans l’opinion générale, le travail qui développe et discipline les forces de l’iiomme , ajoute à sa valeur morale.
Cest de cela qu’est faite en quelque sorte sa dignité
I l i COURS d’économie industrielle.
dans le monde , l’estime qu’on lui accorde , la situation enfin qu’il occupe.
Non-seulement le Travail est partout honoré au temps où nous sommes: mais commme il devient de plus en plus « une nécessité » Ih où le plus grand nombre sent le besoin de demander à un mode d’activité fructueux les moyens de vivre , le pôle des idées générales est changé. C’est ainsi que quiconque ne travaille pas, et iiui consomme dès lors sans « produire, » descend par cela même, dans l’opinion, de tout ce dont grandit et s’élève celui qui applique à quelque chose d’utile l’usage de ses facultés. Rien n’est plus juste que ce sentiment, puisque l’homme qui ne travaille pas, non content de ne rien ajouter à la richesse publique ou privée, fait chaipie jour de nouvelles brèches è ce fonds si lentement et si péniblement formé.
Si l’on est « libre » de choisir sa profession et si chacun doit être considéré comme le meilleur juge du mode d’emploi de ses facultés , on n’est pas « libre » de travailler ou de ne rien faire. Non-seulement le travail s’impose à chacun comme une « nécessité, » mais c’est à cela qu’est attachée , de nos jours , je le répète , la dignité même de l’homme, laquelle consiste à se suffire et a donner aux autres autant qu’on en reçoit.
II faut d’ailleurs remaixfuer, à l’honneur « du Travail, » que s’il est pour chacun une nécessité en même temps qu’un devoir -, « cette nécessité » est aussi bienfaisante (lu’elle est respectable par les qualités qu’il suppose et développe, par la force qu’il communique à l’individu, par le courage qu’il lui donne incessamment, par la' considération, enfin, que hliomme qui travaille est assuré de recueillir et qui le soutient au milieu des plus rudes épreuves. — Je viens de dire que l’habitude du Travail développe des qualités qui n’étaient jusques-là qu’en
germe ; qu’il accroît par suite le sentiment de la dignité . personnelle.
Quoi de meilleur, en effet, quoi de plus attachant que le tableau de la vie laborieuse que mène l’homme qui cherche ainsi à se suffire et qui pourvoit incessamment aux besoins de sa famille ! avec quelle satisfaction , avec quel légitime orgueil il peut se dire : « Ce sont mes efforts, c’est ma peine de chaque jour, c’est mon labeur constant qui ont procuré à lua famille, à mes jeunes enfants le bien-être dont il jouissent. Je ne dois rien de tout cola qu’ù moi-même ; c’est là mon ouvrage , le fruit de mon travail. » Qu’on s’étonne si celui qui a toujours travaillé , puise dans ce sentiment le respect de luhmême et s’il sent sa dignité accrue? Il a grandi à ses propres yeux, car il s’est chaque jour élevé plus haut dans l’estime de ses semblables.
J’ai dit que le travail donnait du courage. Eh bien ! ‘ (tu’on étudie les mœurs de l’homme laborieux , du savant, de l’industriel , de l’ouvrier, et on verra qu’ils sont pleins d’énergie , parce que le travail c’est la lutte , c’est un combat constant que livre le travailleur et qui ajoutera à la puissance de ses facultés. L’homme oisif est fatalement lâche. Le travailleur, au contraire, est plein de sérénité et content de lui-même, malgré que le succès ne vienne pas toujours couronner ses entreprises, parce qu’il aura la conscience d’avoir fait tout ce qu’il peut. Comparez l’oisif et le travailleur dans l’adversité : autant le premier se laisse abattre, autant l’homme laborieux et énergique est prêt à recommencer.
Qu’un événement malheureux vienne briser les affections de l’homme qui a toujours travaillé, il n’en sera pas pour toujours accablé , et il trouvera dans le travail un consolateur puissant. Il pleurera en dedans , si je puis m’exprimer ainsi. Mais, loin de se désespérer,. il se don-
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rIpT;/ T P'"® fera
les effo.ts pour se soustraire au souvenir du maiheur qui la trappe - Voyez, au contraire, l’homme oisif qu’un coup imprévu vient d’atteindre? Terrassé par le malheur
tramïrt ‘‘
bes amis lui prodigueront des consolations inutiles-
creez-vous une occupation! lui dira l’un des mieux avi^
ses... Mais cet excellent conseil ne pourra etre suivi - cet
homme n’a pas l’habitude du travail, il manque de ce
puissant ressort pour surmonter une douleur trop légi-
lime. Impuissant à réagir contre le malheur, il se laisse
aller à un desespoir qui abrégera sa vie. - Le travail
est donc un consolateur , un remède précieux dans Tadversite.
cZ7Z dont le
e est mine par la maladie. Quel aspect n’offre pas la
maison quand cet homme gît sur sa couche accablé par le ma . Gomme la tristesse est entrée au logis le jour où la maladie a forcé ce travailleur de chômer! comme la femme semble inquiété sur l’avenir de ses enfants! Si maintenant au contraire , la vie paraît reprendre le dessus si le malade sent renaître ses forces, alors tout change Ce
PPtr V ' a pénétré dans
• ^ hdstesse s’évanouit, les fronts s’illu-
minent d espoir et de satisfaction.... Pourquoi? Parce que cet homme, ce chef de famille renaît à l’espoir de pouvoir TRAVAILLER pour rendre aux siens l’aisance et le bonüGUî fju ils ont manqué de pGrdre,
Combien donc fut étrange l’erreur de ceux qui ont pieendu que le travail était œuvre servile! Tout au
-ar ^«-vile!
-ai est 1 esclave de ses passions et de ses défaillances.
- lomme, en effet, n’est point passif de sa nature ; il
aut que son activité s’exerce dans un sens ou dans
ll« PARTIE^. — LA PRODUCTION ET SES LOIS. 117
l’autre. Si elle ne se porte pas au bien par le travail, il
faut qu elle se tourne vers le mal. De là, d’incessants désordres.
Mais précisément parce que le Travail est une de ces « nécessites » bienfaisantes qui s’impose à chacun, outre que la dignité de l’homme y est attachée , la Liberté en découle. Car où « l’intérêt » parle , il doit y avoir la plus grande facilité dans les mouvements , puisque cet intérêt doit vouloir se satisfaire. Aussi , Turgot dans les paroles mémorables déjà citées qui décorent l’édit de 1776, ne séparait-il pas le besoin de travailler de la liberté. Le Besoin est ici, en effet, un suffisant mobile, outre que c’est le levier le plus puissant.
Que les lois d’ordre et d’intérêt général s’interposent pour réprimer ou prévenir les écarts de rindi\idualisme , c’est-à-dire tout ce qui entreprend sur le droit d’autrui; qu’elles posent d’indispensables et sages limites , au point de vue de la Santé publique , de la Sécurité générale , de la Défense commune, chacun le comprend et doit s’incliner. Car outre que cette intervention est nécessaire et qu’elle assure , en les protégeant , le droit , la liberté de chacun , c est un niveau sous lequel tous sont indistinctement langés. C est ainsi , notamment, que la Loi veille à ce que des établissements tels que des ateliers de grosses forges ou des fabriques de produits chimiques , ne soient pas, pour 1 habitant placé a proximité, une cause de trouble ou d’insalubrité. Il en est de même de la loi qui piotége 1 enfance dans les manufactures. Il ne faut pas que l’intérêt » privé , franchissant certaines bornes , puisse exiger de ceux qu’on emploie , et dont l’âge n’a pas suffisamment développé les forces une somme de travail qui en arrête le développement et qui épuise dès lors les généi’ations en germe.
Ici se place , ici s’interpose, au nom de la Loi, l’intérêt
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général qui délimite et circonscrit, en quelque sorte, comme un grand cercle les moindres et innombrables cercles dans lesquels se meut » l’intérêt » particulier. Mais à cela se borne l’action de la Loi. Sauf en ce point , le producteur guidé, inspiré par « le besoin » de se suffire et d’améliorer son sort , doit être « libre » de ses mouvements ainsi que du choix de la route à suivre. Comme il travaille pour lui-même , il n’a k compter qu avec lui , moyens et résultats. Outre que tel est son droit , le progrès ne s’accomplit qu’à cette condition, précisément parce que « l’intérêt » personnel est en jeu et qu’il porte chacun à obtenir toujours mieux et davantage de l’emploi du temps et de ses peines.
C’est ce qui ressort déjà clairement de l’histoire des Arts et Métiers constitués en corporation, et où le producteur était assujetti à des restrictions de toute sorte.
— Un jour, dans l’atelier agricole, c’est l’expérimentation d’une méthode nouvelle qui s’en vient remplacer l’ancien usage avec d’incontestables pi'ofits pour l’exploitant. Les machines tendent à supplanter la main-d’œuvre, et l’on obtient ainsi des produits en plus grand nombre a prix notablement réduit. Tout le monde y gagne, producteur et consommateur, tenancier du Sol et ouvrier. — Un autre jour c’est le métier .lacquart qui amène dans l’industrie de la soie et dans les autres tissages une révolution telle que le prix de ces articles baissera notablement. C’était jusqiies-là un manufacturé de luxe à l’usage exclusif des classes riches. Grâce à ce perfectionnement d’outillage , le produit est mis à la portée d’un beaucoup plus grand nombre d’acheteurs. Et l’on fal)rique d’autant plus qu’on sait pouvoir compter sur un délût cha(iue jour plus étendu.
Que le puissant pionnier de l’industrie lyonnaise soit rivé comme avant à la Corporation étroite et jalouse; qu’il
figure meme, au lieu d’etre un simple ouvrier sans avenir, dans les rangs de la maîtrise , alors que , les fils formant la trame d’un tissu ne doivent pas dépasser un certain nombre, à peine de voir le tissu mis au pilon, c’en sera fait, à ce compte, de l’inventeur et de son œuvre. Nulle chance de progrès facile sinon même possible. Non-seulement l’ouvrier manque du stimulant énergique, « l’intérêt, » qui fait qu’on se passionne pour une découverte , dont on attend honneur et profit/, mais, tout fait une loi de se tenir avec soin dans le sillon tracé par « les maîtres. » Il y aurait péril à en sortir, dut-on beaucoup mieux faire. — Voilà où conduit l’absence « de liberté. »
On sait comment « la Corporation,» à laquelle Turgot eut le courage de porter les premiers coups, était un obstacle au progrès, par cela seul qu’elle violait le grand et salutaire principe de « la liberté du travail. » Par de continuelles entraves à toute amélioration, elle rétrécissait comme quantité et comme prix élevé des produits , le cercle des acheteurs et celui des producteurs par suite. L’on a vu, en effet, qu’il existe, de l’une à l’autre de ces sphères obéissant à un moteur commun , — le besoin , — une action réciproipie et constante. ^
Si l’on veut d’ailleurs réfléchir que tout travail est déjà « une peine , » c’est-à-dire le résultat d’un effort qui coûte plus ou moins à l’homme, naturellement enclin au repos et aux jouissances; si l’on songe, d’autre part, ([ue cela implique une force de résolution, dont l’habitude, la puissance de l’exemple, le genre d’éducation, enfin, rendent seulement capable le très-petit nombre , l’on comprendra qu’elle place doit être ici laissée à ce stimulant figuré par « l’Intérêt », et qui détermine chacun à vouloir améliorer son sort. Ce n’est même pas assez « du besoin » de subsister et de se suffire , ainsi que le prouve l’aspect de la condition servile. Ici, en eftet, riiomme obéira à ce même
ii,
mobile dans le cours de son travail, outre qu’il subit 1 ascendant de la force. Mais où est, dans celte « tâche » accomplie à contre cœur, l’avantage de faire plus ou mieux un jour que l’autre?... Est-ce «pour lui» que l’esclave prend ici de la peine?... « Pour lui?» Il est si éloignédele croire, que le « maître » auquel il est entièrement soumis , nonseulement s’est approprié par avance le fruit de son travail, mais que sa personne même est « la chose » de celui pour lequel il s’emploie. Cet homme ne s’appartient pas. Pourquoi, dès lors, se donner un surcroît de peine?
Qu importe surtout que son œuvre soit plus ou moins réussie, plus ou moins parfaite? Que reviendra-t-il au travailleur, de ces fruits du travail en plus ou moins grand nombre?... En sera-t-il moins dépendant et moins chichement nourri? Le jour où la vieillesse fera de lui un ouvrier médiocre, impuissant, il sera mis au rebut comme un outil hors d’usage. — « Son intérêt » bien compris , lui conseille, au contraire, d’économiser ses forces, de s’abstenir d’un surcroît de fatigues dont il n’a à recueillir aucun avantage pour le présent ou pour l’avenir. A faire des efforts moindres, il gagnera donc d’é]iargner sa peine. C est toujours cela. — Et l’action du maître, va-t-on objecter ?... Le fouet, les supplices ?... N’est-ce donc rien que cela ? — Si , vraiment. Mais qui s’avisera jamais d’égaler, au point de vue de « l’intérêt » satisfait, l’action du châtiment et de la contrainte h celle des récompenses libéralement octroyées ou noblement conquises par un travail «libre?... » On fait toujours mal ce qui se fait à contre cœur, sans parler du sentiment amer plein de haine que cela eyeille et entretient. De là des produits, non-seulement plus médiocres mais moins abondants que cela n’a lieu là ou « l’intérêt » personnel satisfait puise dans le sentiment ie la Liberté des forces toujours nouvelles.
c est par ce grand côté que l’ordre moderne se place
un jour à une distance considérable de la Société antique contaminée, rongée par la plaie de l’esclavage.l Malgré l’éclat dont elle a brillé, cette société « en est morte, » suivant que le remarque éloquemment M. Frédéric Passy.
Oui , l’homme qui a la liberté de ses mouvements dans le travail qu’il s’est lui-même choisi ; qui, non-seulement a librement opté pour tel ou tel mode d’activité, mais qui est « libre » dans le choix du siège de son industrie , dans l’emploi de tel ou tel outillage, dans la fixation du nombre de ses ouvriers comme dans celle du taux de leur salaire et des conditions de leur concours; l’homme, enfin, qui peut se porter ici ou là, sans être empêché d’entreprendre au gré de prétentions rivales et jalouses, cet homme, ce producteur de tout état et de tout ordre doit arriver à des résultats fort supérieurs à ceux que procure le système contraire. Non-seulement l’intérêt général, de même que l’intérêt de celui qui travaille, trouve ici beaucoup mieux son compte; mais le progrès qui est constant enfante une richesse, un bien-être dont tous se ressentent, tandis qu’ai Heurs chacun semble voué à l’immobilité et à la misère.
Voilà comment la Liberté du travail apparaît dans l’ordre économique comme une des lois essentielles de la Production et de l’extension toujours plus grande de la Richesse.
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