‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 18 sur 60 · VIII« INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VIII« INSTRUCTION

§ III. — Loi de l’Offre et de la Demande, considérée comme Loi générale de la Production.

Signification des mots: Offre, Demande, Étal du marché. Prix. — Gomment cette loi se distingue des précédentes. ■ — Ses aspects nombreux et divers. — Sa marche irrégulière. — Comment elle agit sur les Prix et réciproquement. — Des frais de production envisagés à ce point de vue. — Concurrence et Monopole.

L’alliance du Travail et du Capital est , on vient de le voir, une des nécessités premières de la Production. Il n’est pas plus possible au Travail de se passer du Capital, qu’il n’est possible au détenteur d’un Capital, matières premières, macliines ou fonds industriel de rejeter le concours du Travail, sa coopération. — L’on a pu également se convaincre que le principe de la Liberté du travail ne constitue pas un principe absolu. Sans doute, l’expérience, le progrès des lumières ont montré aux hommes que le travail libre est bien plus productif ({ue le travail servile ; mais à proprement parler, cette Loi de la liberté du travail n’est pas essentielle, ainsi qu’on a pu s’en convaincre, en étudiant les phases successives de son l’histoire. C'est ici une loi que la civilisation a fait accepter, mais qui ne dérive pas, comme celle qui précède, de la nature des choses.

La loi de l’Offre et de la Demande diffère essentiellement des précédentes. Si, comme les premières, elle estime loi générale, d’un autre côté, elle a une marche très-irrégulière, où tout e.st imprévu, où tout résulte de besoins divers qui surgissent soudain le plus souvent et qui sont dus à des causes accidentelles.

Cela posé, il devient nécessaire d’étudier les faits, et de ne pas se borner ù l’exposition d’une simple théorie.

Mais avant d’aller plus loin, il importe de dire d’une manière précise ce qu’on entend par Offre, Demande, État du marché et Prix. Car il est nécessaire, avant toute chose, de se bien fixer sur le sens des mots, lorsqu’on traite de matières si particulièrement délicates.

On entend par Offre une situation qui fait que des utilités, produits ou services, sont disponibles et pourront se troquer, c’est-à-dire s’échanger contre quelque autre utilité dont chacun tombe d’accord.

Smith a dit : « L’homme subsiste d’échanges ; » rien n’est plus vrai. Voyez un tailleur : il se livre à un seul genre de production, il fait des vêtements, mais son industrie ne répond qu’à un seul de ses besoins multiples. Il lui manque des choses essentielles à plus d’un point de vue : des aliments, de la chaussure, un logement, etc., etc. Ces diverses choses, il se les procure avec l’excédant de sa production, de telle sorte que l’échange est fatal et découle naturellement de l’insuffisance de la production individuelle. — L’Offre est donc cette situation, qui fait qu’un produit ou un service est prêt pour l’échange.

La Demande, exprime d’autre part, un désir sérieux qui peut-être satisfait, par celui qui l’éprouve, parce que l’échange lui en fournil les moyens.

Une demande doit donc être réalisable; elle doit pouvoir aboutir à un échange entre celui qui éprouve un besoin ou un désir et celui qui peut satisfaire ce besoin ou ce désir.

On entend par État du marché le rapport dans lequel sont ensemble , à un moment et dans un lieu donnés , les utilités offertes et demandées, rapport qui en détermine la puissance d’acquisition ou valeur « relative » laquelle prend le nom de Prix.

« Les prix» ne font donc qu’accuser « la valeur» relative des diverses utilités, et cette valeur se traduit en une quantité plus ou moins grande de monnaie ayant cours sur le meme marché. L’étendue d’un Marché n’implique pas des limites ■ précisés et invariables. C’est ainsi que le marché de la Bourse à Paris comprend , en fait de valeurs , tout ce qui peut être offert et demandé dans le même temps.

Le sens de ces expressions ainsi déterminé, le moment est venu d’examiner à quoi répond , dans l’ordre économique, la loi de l’Offre et de la Demande, loi qui présente on 1 a dit , les aspects les plus divers. Pour en bien saisir le mécanisme, il convient de demander « aux faits » des

lumières que tout l’art de la généralisation ne saurait fournir.

Que les céréales viennent à manquer sur certains marchés dans quelque notable mesure, et que le blé s’y vende par suite plus cher qu’auparavant ; que le « papier » de Paris sur Londres, lequel consiste en traites d’un pays sur l’autre afflue dans un temps plus qu’il n’est nécessaire, en telle sorte qu’il trouve un moins grand nombre « de preneurs » c’esbà-dire d’acheteurs qu’on ne voudrait, d’où une baisse de prix dans cet article ; - qu’on remarque, enfin, dans le taux des salaires, notamment dans la fabrique, quelque dépression, chacun ne verra là que l’appliccitioii constciiite d’un même principe.

Ce qui surabonde, dira-t-on, et qui excède manifestement cei tains besoins, doit fatalement être déprécié, baisser de prix par cela même , tandis qu’un peu plus loin l’article devenu rare conserve toute sa valeur, si même il ne « vaut » plus qu’auparavant. - De là, la nécessité, dans toute production, de mesurer « l’Offre » des utilités, produits et services sur la « Demande » qui peut en être faite.

1 elle est la Loi à la(|uelle tout est soumis, dans la Production, tout jusqu’aux métaux précieux monnayables. « Uti-

lités » de l’ordre moral ou du monde physique répondant « aux besoins » ou flattant simplement « le goût, » la fantaisie , tout ce qui se vend , s’échange , ou qui est simplement l’objet d’un louage, tout relève, « quoique à des degrés différents », de cette loi supérieure.

Mais s’il est vrai que rien ne puisse se soustraire au jeu de rotfre et de la Demande; si l’on est d’accord pour reconnaître que plus une chose « abonde » relativement au besoin que chacun éprouve et peut satisfaire, plus en un mot, elle est « offerte » au delà de ce qui en peut être donné en retour, «utilisé », plus elle perd par suite de son prix, aux yeux de chacun ; si dans le cas contraire, nul ne conteste qu’un article doive d’autant plus hausser de prix qu’il est devenu insuffisant, c’est-à-dire plus rare relativement, «étant plus demandé qu’offert, » il faut bien convenir, d’autre part, que ces déclarations n’éclairent pas d’une vive lumière ce qui se passe ici.

Ce qui surtout importe en un point de si délicat accès, c’est la connaissance et l’appréciation des particularités qui influent sur « les prix », soit pour en élever, soit pour en abaisser le niveau. Sans doute ces fluctuations instantes tiennent, s’il y a hausse, à ce que tel produit est plus demandé « qu’offert, » et que c’est le contraire s’il y a baisse. D’un côté comme de l’autre, tout tient à ce que le rapport change entre « les besoins » et les « moyens » d’y faire face. — Mais à quoi tient ici que les choses changent à un moment donné? D’où vient que les rôles sont brusquement intervertis entre les quantités offertes et les quantités demandées; d’où dans un cas des excédants qui amènent une baisse de prix par le fait môme d’une demande moindre?...

Est-ce le producteur qui est ici en faute pour s’être exagéré « les besoins » du Marché , ou bien sont-ce les besoins qui, devenus moindres, ont trompé, déjoué les cal-

Il® PARTIE — LA PRODUCTION ET SES LOIS.

culs les plus sages?... Ou encore ces besoins restés les mêmes n’auront-ils pas, contre toute attente, pris un autre chemin en se portant, par exemple, sur des produits qui peuvent jusqu’à un certain point tenir lieu d’autre chose» soit qu’ils coûtent moins cher, soit qu’on les estime « plus avantageux » à quelques égards?

Voyez, par exemple, ce qui a lieu dans Paris pour la vente de l’eau. C’est en vain qu’ont surgi pour sa distribution de grandes compagnies; que les aménagements intérieurs ont subi pour les besoins domestiques des modifications qui font qu’elle abonde et qu’on l’a plus que jamais à pied d’œuvre, faut-il dire. Tout cela n’a pas fait fléchir d’un centime , depuis un demi-siècle et plus , le prix qu’on paie pour « une voie » d’eau livrée à domicile. Il y a mieux. Que le porteur d’eau doive livrer sa marchandise à un quatrième étage ou s’arrêter au premier, « le prix » est le même, quelque différents que soient la peine et le temps exigés. Oui , quel qu’ait pu être à diverses époques le nombre des porteurs ou fournisseurs d’eau, dans les moments de calme comme en temps de siège, le Prix de l’eau n’a pas varié.

La loi de l’Offre et de la Demande est donc ici, ce semble , sans action au point de vue de l’état des prix. Je ne cherche pas à expliquer le fait; je le constate, et cela suffit pour montrer à quel point les faits se jouent de certains principes en apparence inflexibles.

Ce n’est pas tout. Combien d’autres utilités sont à Tétât « d’Offre >> instante qui conservent leur prix en dépit des crises , des chômages , dans la guerre comme en pleine paix.

Voilà des bijoux, un riche assortiment de pierres précieuses , des armes , des équipages de luxe , des tableaux de prix. Qu’on aille dans un moment où rien ne se fait, où les affaires sont généralement suspendues et où Tin-

sécurité est grande , qu’on se présente dans un magasin pour obtenir à un prix notablement réduit quelqu’un de ces articles. — Les temps sont difficiles , cela est vrai ; mais est-ce un motif pour que le marchand consente à vendre à perte , en faisant un rabais de 25 ou 30 O/o ? U maintiendra ses prix absolument comme en temps normal, remettant à des circonstances plus favorables, qui ne peuvent manquer de se présenter , l’écoulement de la marchandise qui fait le fonds de son commerce. — Ici , encore , « TOlfre » instante , en l’absence de toute « Demande, » n’a nullement pour effet de faire fléchir les prix.

Mais qu’au lieu de bijoux et d’objets de luxe pouvant « se conserver, » c’est-à-dire attendre l’acheteur sans subir aucune détérioration , il s’agisse de denrées ou de substances alimentaires qui doivent être consommées sous peu de jours , sinon sur l’heure, à peine de destruction complète. Transportons-nous, par exemple, sur le carreau des Halles. Voilà des victuailles , — gibier, poisson, volaille; — voilà des légumes dans toute leur fraîcheur, c’est-à-dire dans tout l’éclat de leur valeur ou puissance d’utilisation et partant d’échange. C’en est fait de ces divers produits si on ne les débite en quelques heures. Il se détériorent par cela seul qu’ils restent un seul jour à l’état « d’Offre, » sans pouvoir trouver d’acheteur. Leur prix baisse donc fatalement jusqu’à ce qu’il ait tenté un chaland , et cela sous peine de tout perdre.

Aussi, est-ce sur un tel Marché qu’agit et qu’opère incessamment, de la façon la plus active, la loi de TOtfre et de la Demande. Le temps est si court mesuré pour l’écoulement de la marchandise , et la marge dont on dispose est si étroite , qu’il y a nécessité de limiter fort exactement « l’Offre , » c’est-à-dire l’approvisionnement à ce qui se pourra vendre en quelques heures par suite

COURS d’économie industrielle.

d’une « Demande » correspondante. Que si celle-ci est notablement excédée, parce qu’on aura mal calculé la puissance d’absorption du marché à un moment donné 1 on devra laisser fléchir fatalement les prix d’heure en heure, sous peine de perte assez sensible, parce que le produit tomberait bientôt à l’état de non-valeur.

L’acheteur et le marchand sont là-dessus également fixes. C’est ainsi que le premier fera, de préférence, ses provisions vers la fin de la journée, alors qu’il sait à quel point <( les soldes, » généralement de difficile et impérieuse défaite, baissent de prix; tandis que le marchand, qui sait et connaît par expérience le danger dont il est menacé, cherche à vendre, dès l’abord, d’autant plus c ler qu il ne sera pas plus tard maître de « ses prix » et devra souvent se condamner à perdre.

^ C’est donc là qu’on voit, nous le répétons, activement a 1 œuvre la Loi qui influe sur le prix des « utilités. » Cela devient d’autant plus sensible que la puissance

d écoulement se meut dans un cercle des plus resserrés au point de vue du temps.

Voilà ainsi trois'catégories d’utilités, l’eau, les Wioux et autres articles de luxe, les produits alimentaires, enfin, (|ui ne sont pas soumis également et l’on pourrait dire « invariablement à la loi de l’Offre et de la Demande. Les prix sont relativement « stables » dans un cas , alors que pour ce qui se détériore au bout de quelques heures tout doit etre mesuré « aux besoins » sous peine de voir se déprécier un « excédant » plus ou moins fort.

Poursuivons ces applications en observant de près ce qui se passe ailleurs.

Deux grands marchands de nouveautés sont établis ans la môme ville. Tous les deux, honorablement connus et bien achalandés, occupent un quartier différent. Supposons que l’étendue de leur vente habituelle

lie partie. — LA PRODUCTION ET SES LOIS.

réponde, pour des manufacturés d’une même saison, à un chiffre de 500. Telle est, en somme, et usant ici d’un nombre abstrait, l’étendue de leur Marché. L’un, A, ayant pu écouler sans peine un fonds qui correspond à 300, fait ses approvisionnements, pour la saison qui s’approche, en conséquence. C’est, par exemple, 325 ou 350 de marchandises qu’il aura cette fois « disponibles » comme pour mieux* répondre à « une demande « en voie d’accroissement.

L’autre , B , a écoulé dans le même temps 250. Ce n’est pas trop présumer de la clientèle que de porter à 300 le chiffre actuel de son fonds.

Finalement , voici ce qui se passe. Les conditions d’écoulement et d’achalandage se trouvent soudain interverties. A, par exemple, au lieu de pouvoir, comme Tannée d’avant , écouler 300 de son fonds , tombe à 200. Cela se voit tous les jours. D’où un solde de saison fatalement déprécié de 125 , soit plus du tiers de son modeste approvisionnement.

Au contraire , B , qui habite la même ville , non-seulement n’a pas trop présumé de la Demande en tenant disponible un fonds équivalant à 300 ; mais la faveur qui s’est portée sur les articles de son magasin est telle, qu’il aurait pu aisément vendre 100 en sus, alors que son confrère s’est trouvé avoir plus de 100 d’excédant à la même heure. — Cependant , où voit-on que , dans Tun ou l’autre cas , l’Offre ait excédé la Demande plausible et à peu près certaine? Ces retours sont fréquents, nous le répétons, dans le Commerce, dans la Fabrique aussi bien qu’ai Heurs. — On souffre ici soudain d’un trop plein de marchandises , alors qu’un peu plus loin le même article manque. Comment expliquer ce qui se passe alors, sinon par certains faits qui influent bien plus qu’on ne le croit sur le jeu de l’Offre et de la Demande, de

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^30 COURS D’ÉCONOMIE INDUSTRIgLLE.

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sans cesse les bornes de l’achalandage. 11 esl arrivé par xemple que B aura déployé plus d’habileté que A et surtout plus d’activité dans le même temps Ha fait de nombreuses annonces, il a mis un soin par icul efà te b.en pourvoir en fabrique dans des prü modél de

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avant, mais pendant que B a vu arriver vers lui de nouveaux visages qui ont ajouté au chitfre de ses aflaires A

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produits, de nature entièrement « autre » et qui sont faits pour répondre , plus ou moins aux mêmes usages , s’en viennent tout à coup supplanter d’autres « utilités. » C’est ce qui arrivera notamment pour l’Indiennerie.

Il fut un temps où l’indienne jouissait d’une extrême

faveur. C’étaient, aussi bien en France qu’au dehors, "des masses de toiles peintes , suivant une ancienne dénomination , qui s’écoulaient partout avec la plus grande facilité, tant les prix deviennent de plus en plus abordables au grand nombre. Tout à coup , il s’opère à Bradford notamment une révolution dans la fabrication de ce produit industriel. Voilà que se présentent sur le marché, en France de même qu’ailleurs des mélangés laine et coton qui plaisent singulièrement. C’est ainsi qu’en assez peu de temps la France qui absorbait quelque chose par exemple comme 1200 d’indiennes, — représentons encore ici la puissance d’écoulement par un nombre abstrait, — ne demande plus que 800 de ce même produit.

D’où le nouveau manufacturé se trouvera prendre non-seulement soudain la place^ de l’indienne dans une large mesure ; mais si l’on réfléchissait à ce qui a dû se passer, l’on serait conduit à affirmer, sans trop de témérité, que le débit ancien 1200 a dû être porté pour l’indienne et les mélangés ensemble à plus du tiers en sus, tant était justifiée la faveur que rencontrait un produit répondant bien mieux que l’autre à certains usages. Sans doute, cela revenait plus cher; mais de quelle ressource ces mélangés seront pour la demi-saison outre que cela habille mieux !

Est-ce donc que les manufacturiers , qui avaient compté sur l’écoulement ordinaire de 1200 d’indienne l’année d’avant et qu’on voit plus tard chargés d’un solde de 400 , avaient en réalité exagéré « leur Offre? » avaient-ils trop présumé « de la Demande » en se tenant à ces limites

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ordinaires? nul ne saurait le prétendre. Ils ont si peu code ICI a un faux calcul , que le chiffre de 1200 aura été cette fois et en somme dépassé. Seulement, c’est un pro-

uit nouveau qui, faisant « concurrence » au manufacturé

ancien, et réunissant bien plus que cet article des titres

serieux et divers à la faveur publique, s’est substitué dans

quelque mesure à ce même produit. Les besoins n’avaient

pas diminue, tant s’en faut. Ils se sont portés sur d’autres produits.

Sans vouloir multiplier outre mesure des exemples qui montreraient que l’Offre et la Demande s’engagent ici simplement dans d’autres sentiers, on peut rappeler la concurrence que s’en vint faire de nos jours le fer traité au

coke et sous laquelle durent succomber beaucoup d’usines qui employaient jusques-là le bois. - Ailleurs, c’est le péti Ole qui « se substitue « dans une large mesure aux autres éclairantes, vu qu’il coûte moins cher. Loin que ' « 1 Offre, » en débordant sur la Demande ait mis l’ancien produit a l’état « d’excédant, » les besoins- auxquels répond le nouveau mode d'éclairage sont plus nombreux qu auparavant. C’est simplement, nous le répétons, affaire e prix plus abordables, ce qui stimule et accroît la Demande sur un point, tandis qu’elle fléchira sur l’autre.

La première fois que le fait s’est produit, l’industriel qui avait du mettre sur le Marché la meme quantité de imychandises qu’à l’ordinaire, ne s’était point exagéré etendue « des besoins, » c’est-à-dire l’état dans lequel se trouvaient respectivement l’Offre et la Demande. Mais la survenance d’un produit nouveau coûtant moins cher mettra non-seulement à l’état de trop plein ce qui sê serait écoulé sans peine en vertu de besoins connus et

ce fait aura grandement modifié le rapport e 1 Offre a la Demande. On vendait 100 sur un disponible de 130 ; on vend 400 sur 430 offerts.

Telle est sur la Loi qui nous occupe l’influence non plus de la concurrence que se font les producteurs d’un meme article, — filés, tissus de coton, blé, vin, etc., — mais des produits d’espèce différente répondant aux memes besoins. — Avançons ; aussi bien nous ne sommes pas au bout des faits qui peuvent seuls jeter quelque lumière sur un sujet où les généralités ne sauraient mener à rien.

Voici entre autres une particularité sur laquelle s’est portée l’attention de Rossi , au point de vue « de l’intensité » des besoins. — Un chef de famille, industriel modeste ou qui compte dans l’ordre de la main-d’œuvre parmi les bons ouvriers jouissant de quelque aisance , est victime d’un accident. Une opération chirurgicale fort délicate est devenue nécessaire. Mais il y aurait imprudence à recourir au premier praticien venu. Un opérateur habile peut seul triompher des suites de l’accident auquel l’avenir de la famille est comme lié.

Ici, 1 homme de l’art demande une assez forte somme. On se consulte , dans cet intérieur qui possède quelque épargne ; puis enfin on résoud d’en faire le sacrifice. Ce qui agit là, c’est, on le voit trop, « l’intensité » du Besoin. Sans doute l’affection tient comme toujours une grande place. Mais la raison dit assez qu’on ne saurait rien épargner pour conserver à la famille l’homme qui la soutient par son travail.

Or, maintenant, l’opération ayant heureusement abouti, que va faire cette même famille? quel sera son premier soin, son unique souci? Chacun s’appliquera à reconstituer l’épargne qui n’existe plus. On restreint à tous les points de vue la dépense. Voilà donc ici et là bon nombre de consommations moindres; d’où parmi les produits qui se seraient sans cela écoulés autant « de trop », c’est-à-dire à l’état d’Offre. Mais ce n’est là qu’un fait isolé. Que cela ait

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lieu dans la même localité et dans le même temps à propos de mécomptes ou de besoins également .< intensL f et \o>ez aussitôt que de dépenses moindres. - Voilà par exemple cin’il s’agit du volontariat et des avantages qu^^in service militaire assez court peut présenter. Encore une épargné de t.SOO francs, sinon davantage qu’il s’agit de

tionf n’n'“ r P®"' de-priva-

tions Dou 1 échangé des utilités infiniment plus restreintes qu’auparavant. P les

Supposez, enfin, que dans le même temps certaines familles aient fait des pertes. Que les affaires n’aient pas conseive leur tram ordinaire ou bien qu’on ait vu se réduire par quelque faillite la marge des profits. Encore des besoins qui luttent . d’intensité, . ce qui n’est nas indispensable , devant céder la place à ce dont on ne sLlait se passer. D’où toujours , nous le répétons, des utilités hier encore Demandées, et qui restent à l’état d’Olfre.

Que de tels faits, qui sont communs, émanent ensemble de quinze, vingt familles, et ce qui cesse de pouvoir s’é-

fa?ie déprécié. Il n’y a pourtant point

ftute ou faux calcul dans l’état des approvisionnements

c est-à-dire de l’Offre. Mais « le rapport .. de celle-ci à h

sawdôute'dir ‘ l’dilluence de faits',

sans doute differents, mais qui ont abouti au même résidât: la satisfaction de besoins « autres » qu’aiiparavant ce qui rend par ailleurs la dépense moindre. ’

Ce n est pas tout. La nature ou l’étendue des Besoins

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l’outillage employé pour le traitement et l’emploi du coton.

C’est ainsi que des manufacturés coûtant 50 francs le métré et tombant en assez peu de temps à moins de 1 fr., tel le tulle bobin dont il a cte parle , — ont déterminé par cela même des accroissements de Demande considérables. Tl en sera de même de l’indienne vendue 35 et 60 centimes au lieu de coûter 6 et 7 francs le mètre, comme auparavant. — D’où l’on voit que si le rapport de l’Offre à la Demande gouverne « les prix », ceux-ci agissent non moins vivement sur l’état du Marché , c’est-à-dire sur la puissance d’écoulement des utilités, d’une part, de 1 autre sur le cliilfre des disponibilités ou quantités offeites. Car, on le sait, la Production et la Consommation sont des faits contingents ; l’on ne saurait agir sur l’un sans que l’autre s’en ressente.

Ij action de la Loi dont on s’occupe ici est certainement fort grande sur « les Prix » mais , à une foule de titres, il convient de se pénétrer de celle que les Prix exercent à leur tour. — Je n’ai, par exemple, nulle envie ou nul « besoin » d’acheter un produit artistique ou autre. Mais les conditions auxquelles on «l’offre » sont telles, que je cède à la tentation. Il s’agit là, en effet, d’un marché « exceptionnel , » et le cas n’est certes pas rare. Le Prix aura donc ici suscité « une demande » qui ne se fut jamais , sans cela , produite. C’est lui et lui seul (jui fut déterminant de l’acquisition.

On voit combien ifserait inexact et peu sûr de vouloir considérer l’action de la Demande ou celje de l’Offre « isolément » de celle des Prix. Non-seulement cette action tient à une foule de causes, — bon ou mauvais conditionnement dos utilités , intensité relative des besoins, conservation plus ou moins facile et longue,

risque qu’il faut courir, etc. Mais le bas prix extrême qui fait que la Demande en devenant plus active , stimule rOlîre, montre clairement que le bon marché n’implique pas invariablement la dépréciation de certains articles par suite « d’excédants. » 11 arrivera, comme pour le coton, que l’Offre se sera démesurément accrue ; mais la Demande augmente en raison directe dans le même temps. D’où les deux termes dans un constant et merveilleux accord qui fait que chacun trouve là son compte. Le consommateur atteignit sans peine à des produits jusques là hors de portée ; et l’industriel , le producteur de tout ordre gagnera d’autant plus qu’il opère sur une masse d’affaires plus grande. Il put se contenter de moindres bénéfices , précisément parce que le cercle de ses opérations sera plus étendu.

La baisse de prix n’est donc pas , comme on pourrait croire, le résultat exclusif, invariable de l’écart qui existe entre les quantités offertes et une demande moindre. D’où « des excédants » fatalement dépréciés. Cette baisse répond bien souvent à une Offre d’autant plus abondante qu’elle est plus à la portée de nombreux besoins. C’est ainsi qu’elle devient à la fois « effet et cause. »

Il semble enfin , et cela est représenté souvent comme une vérité de l’ordre économique, que les frais de production doivent gouverner invariablement les Prix. Rien n’est moins exact. Si l’on veut dire que toute production a pour condition, ou mieux pour mobile essentiel de faire que le travailleur rentre par une vente dans le chiffre de sa dépense ou mise comme peine et soins , outre ses frais d’entretien et autres, je l'accorde et nul n’y contredit. Non-seulement personne n’entend travahler, produire « à perte ; » mais tout producteur se sent stimulé par l’espoir de retrouver, indépendamment de ses avances et du prix

de sa peine , un certain « profit. » C’est là en quelque sorte la 'prime de la Production.

Mais , autre chose est nourrir un espoir d’ailleurs légitime, autre chose est « l’état du Marché. » Rien n'est plus mobile. Ce qui gouverne, ei\ effet, journellement les prix , c'est bien moins ce qu’il faut de temps , de peine ou même de dépense pour une œuvre, un produit quelconques, c’est-à-dire ce que cela coûte, que « le rapport dans lequel sont , à un moment donné , le Besoin ou le simple désir d’une chose, et les Moyens qu’a le Marché d’y satisfaire.

Ici , comme en plus d’un cas , il convient de ne pas trop généraliser. Si les frais de production mesuraient invariablement « les prix, » l’on en devrait conclure que chacun peut vendre d’autant plus cher que le prix de revient est plus élevé. Ce serait une illusion dangereuse autant qu’elle est anti-économique ; car on vient de voir que le bon marché stimule la Production précisément parce que la Consommation devient plus active. Non ; il arrive, au contraire, tous les jours que la cherté est un obstacle à ce qu’on puisse vendre, et rentrer dans le coût du produit avec un bénéfice en plus. — Les ventes où l’on est en perte sont le lot fatal et trop ordinaire de l’industrie, ce qui montre qu’il y a ici autre chose à considérer que ce que coûtent les « utilités. »

Voici, du reste, qui peut faire voir à quoi se réduit parfois cette action sur les Prix.

Les vins manquent dans le cours d’une année par le fait de gelées tardives. Cela s’est vu notamment en 1873. Comme les disponibilités que le Marché mit à l’état d’Oftre sont bien moindres qu’auparavant , en face d'une Demande , c’est-à-dire de besoins restés les mêmes , les Prix haussent dans une proportion allant du simple au double. On put voir ainsi des vins de qualité

ordinaire cotes jusques-là 80 tr. les 200 litres monter à 130 et 150 francs. Est-ce que les frais de production entraient pour quelque chose dans ce renchérissement ? En aucune sorte , puisqu’ils n’avaient pas changé. — Ce qui était changé, c’est l’état du Marché, c’est-à-dire la quantité « offerte » devenant insuffisante en face « d’une demande» à peu près toujours la même.

« Les Prix » ne sont donc pas gouvernés exclusivement et surtout invariablement par les frais de production. Il y a là une action combinée qui résulte de la place que ces derniers occupent et du rôle que joue , d’autre part, la loi de l’Offre et de la Demande , loi qui est elle-même des plus complexes par les faits auxquels elle répond. Il ne suftit pas de quelques mots pour en faire connaître les nombreux aspects. Ce serait la matière d’un livre. Aussi , l’observation est-elle, pour tout ce qui commerce ou fabrique , le guide le plus sûr.

Ce n’est môme pas tant « le Pour([uoi » , c’est-à-dire la raison de certains changements qu’il y a lieu de rechercher que le « Comment » d’une situation donnée. — Pour- (pioi tel article est-il soudain déprécié , c’est-à-dire pourquoi a-t-il notablement baissé de prix contrairement à toute prévision ? — Parce qu’il y a moins de gens qu’auparavant qui le désirent, et qui sont en mesure de l’acheter, alors que les disponibilités , c’est-à-dire «l’Offre,» sont les mêmes. Voilà ce que répondra la Théorie. — Fort bien. Mais ce n’est là ([ue le moindre aspect du problème, et il faudrait remonter plus haut pour connaître les causes ou la cause d’un tel changement.

La question sera donc de savoir, et c’est là surtout ce qui peut instruire le producteur et qui l’intéresse, « Comment » il est arrivé que sur un point donné l’état respectif de roitre et de la Demande est à ce point changé, qu’il y a par exemple « des excédants, » et que cela amène un

ne PARTIE. — LA PRODUCTION ET SES LOIS. 139

fléchissement dans les prix, alors que les quantités mises sur le Marché sont exactement seml)lables à ce qui s’écoulait hier encore svec facilité à des prix pleinement rémunérateurs ? i

Car le cas est bien plus fréquent qu’on ne pourrait le '

croire.

Comment cette situation toute nouvelle s’est-elle pro- ||

duite? quelle est l’explication qu’on pourrait donner de ce changement? D’où vient, enfin, la défaveur qui pèse aujourd’hui sur telle « utilité » contrairement à ce qu’oh put prévoir? Le produit est-il de pire qualité ou par exemple mal conditionné? — Nullement. — Les exigences du producteur quant au prix sont-elles devenues excessives? — Pas davantage; loin de se vendre plus cher, l’article (f s’offre » inutilement à meilleur marché qu’auparavant. — Ce produit a-t-il été, enfin, remplacé dans la consommation par quelque autre coûtant moins cher et qui rend les mômes services outre qu’il agrée mieux à la généralité ? — Peut-être bien. Ce fut notamment le cas de l’indienne remplaçant la toile en attendant d’être remplacée par les mélangés laine et coton.

On voit que de questions soulève le changement qui s’opère dans l’état respectif de l’Offre et de la Demande aboutissant à des Prix autres.

Dans le cas d’une demande « moindre » amenée par l’invasion de produits coûtant meilleur marché et faisant le même usage, — bière, poirés tenant lieu de vin; houille, coke, faisant aussi bien sinon mieux que tel autre combustible; pétrole, huile d’œillette, gaz se substituant à un autre mode d’éclairage, on a pu voir déjà quelle face nouvelle présente ici « la Concurrence. » Ce n’est plus seulement, en effet, avec les besoins généraux , c’est-àdire la Demande de vin ou de combustible que le producteur ou mieux « l’Offre » devra compter , mais bien avec

celle généralement plus étendue de produits autres faisant concurrence au vin, au oois, etc. Cela force la Production de se restreindre sur un point outre qu’elle devra réduire ses exigences. C’est un frein naturel autant que nécessaire qui est mis à l’exagération « des Prix. »

Circonstance qu’il convient de noter en terminant, car elle prouve mieux qu’on ne saurait dire le vide de certaines formules, il est « des utilités » qui sont bien plus généralement à l’état « d’offre » instante que « de demande » pouvant ici faire jusqu’à certain point équilibre. Tels sont « les services » de la main-d’œuvre dans les grands centres manufacturiers.

On dit, après le chef éminent de la Ligue de Manchester, et cette parole devait être avidemment recueillie tombant d’une telle’bouche, — on va répétant à propos des besoins et des disponibilités de tout ordre qui agissent sur les prix que lorsque « deux ouvriers courent après un maître les salaires baissent; ils haussent, au contraire, avait coutume de dire Cobden , quand deux maîtres courent après le même ouvrier. »

Cette façon de rendre ce qui se passe ici est non moins saisissante qu’ingénieuse. L’exemple seulement semble mal choisi. On voit, et le cas n’est que trop ordinaire , nombre d’ouvriers dans la Fabrique « courir » après un maître. Mais la réciproque se voit beaucoup moins. Nous pensons, — sans vouloir entrer à cet égard dans des développements qui conduiraient loin , outre que ce n’est pas ici le lieu , qu’il faut se garder de comparer des situations qui présentent de notables différences. Remarquons, et ce fait n’est imputable à personne en particulier, car il y a là quelque chose d’inévitable et de quasi-fatal qui tient à des causes supérieures de plus d’un genre, — disons simplement que « roffre » et « la Demande » mises en regard, font naître l’idée d’un équilibre incessamment rompu. —

Le maître, en général, relève bien plus de son libre arbitre, « de sa Volonté », que des circonstances; au contraire, l’ouvrier part presqu’invariablement « du Besoin » de s’employer pour vivre que de son libre choix, ce qui le met à la merci de la Demande, c’est-à-dire à l’état « d’Offre » à peu près instante.

La partie n’est donc pas égale entre ces deux agents de la Production. Et s’il en est ainsi, comment la réciproque et la proposition directe seraient-elles également exactes? 11 arrive sans^doute que deux maîtres « courent » après le même ouvrier qui se fera payer en conséquence. Mais c’est ce qui a lieu au cas assez rare d’aptitudes « exceptionnelles » ce qui implique une sorte « de monopole. »

La première loi , dans l’ordre scientifique , sur quelque terrain qu’on soit placé , Économie publique ou Sciences naturelles, consiste à comparer ensemble des éléments « comparables. » Or, il est sensible que l’entrepreneur et celui qu’il emploie ne se présentent pas dans des conditions de choix, de liberté « égales. »

Nous venons de prononcer le mot « de Monopole. » C’est l’état dans lequel est le détenteur d’une utilité , — produits ou services , — qui n’a rien à craindre de la Concurrence vu qu’il est « seul » en possession de cette utilité. Maître de l’Offre , il tient à merci par cela même la Demande. — Plusieurs grands senices publics sont à l’état de « monopole. » Tel est chez nous notamment le service postal.

Lorsqu’un particulier est l’auteur d’une découverte, d’un procédé nouveau, qu’il est par exemple comme Heilmann, l’inventeur de la peigneuse qui constituait un perfectionnement d’outillage, les lois peuvent , comme en France , lui conférer « le monopole » ou exploitation par privilège de ce mécanisme. Cela devient l’objet d’un brevet d’invention et ailleurs « d’une patente » dont la durée est plus ou

f mf. P , h T "" •'“PloHation

un talenl hors liffne, sans rival constitue également . un

monopole. . Jlais il y a celle différence , que le monopole

est Cl d ordre naturel, tandis que pour l’invention d’une

iri m''“c’e't • h" '' et reconnu par

a Loi, cest-a-dire, d’ordre civil ou social. Dans l’im et

autre cas, le jeu de l’Offre et de la Demande n’opére pas

en ce sens que celle-ci n’est pas libre puisiiu’elle est, oii

le répété, livrée à la discrétion de l’autre. L’.\ntiquité

qu on croit généralement , contre toute raison et du reste

contre toute-vraisemblance, avoir été étrangère aux notions

01 dre economique; — comme si do grandes cités

auties avaient pn etre tenues en dehors de semblables

sanirn ’ r appücalion intéres-

sante de la puissance dont dispose parfois . le Mono-

POIG. »

On sait que le sol de l’attique était surtout voué à la culture de I olivier. C’était lè ce qui constituait la richesse agricole du peuple athénien. A telles enseignes

d’Athte ^ protectrice

Parmi les hommes supérieurs, que la Grèce avait mis au rang de ses sages. Thaïes se fit surtout remarquer par sa science. Ses observations astronomiques l’avaient conduit un jour à penser que la température de Tannée serait^ des plus favorables à la fructification de l’olivier Dénué de fortune, il vit là une occasion heureuse autani que légitimé de s’enrichir. Il loua en conséquence un grand nombre de presses à huile. De cette façon, quand le moment de la récolte qui devait confirmer ses prévisions, arma, il fut presqu’enlièrement maître de l’outillage du pays, cest-à-dire, « de l’Offre. » Aussi chacun, parmi les producteurs ou les traflcants d’olives vint à lui forcément.

Thalès put ainsi, en sous-louant ces presses assez cher gagner quelque argent.

Ce savant homme avait, on le voit, des idées fort nettes sur la loi de l’Offre et de la Demande. Il avait compris que l’abondance exceptionnelle de la récolte rendrait inévitable un grand besoin de moulins à huile. Si cet outillage était à peu près concentré dans ses mains, « monopolisé », comme l’indique le mot, la Demande serait par cela même livrée à la merci de « l’Offre. » D’où des prix de location peu ordinaires sinon même relativement élevés.

Ce qu’il faut enfin considérer dans la formation « des Prix » et ce qui en élève ou abaisse le niveau , c’est le danger inséparable de certains travaux ; les difficultés que présentent des œuvres particulièrement délicates , ou d’autre part une tâche répugnante. Le courage , l'habileté qu’il y faut déployer , la santé qui s’altère au contact de certains agents chimiques constituent autant d’éléments du prix des services et généralement de celui des produits ici obtenus. D’où « des frais de production » plus ou moins élevés.

11 est manifeste par exemple, que l’ouvrier des mines devra être « mieux rémunéré » pour les dangers auxquels il s’expose, pour le régime qu’il lui faut endurer, au point de vue de l’air et de la lumière, que le simple terrassier. S’il en était autrement, ce n’est pas un pareil chantier qu’il irait choisir de préférence. Et dans ce cas , l’extraction houillère , à court d’ouvriers , aboutirait fatalement à ce résultat que le produit arrivant sur le Marché en quantités beaucoup moindres , sinon même insuffisantes , ce combustible atteindrait des prix beaucoup plus élevés que ceux auxquels il ressort couramment.

C’est même ce qui explique comment la Participation aux bénéfices dans certains gîtes houillers, notamment en

Angleterre, a dû corriger jusqu’à certain point ce que le salaire avait d’insufüsant.

Dans la Fabrique il en est de meme eu égard au soin, à l’habileté journellement requis. Le conducteur de pièces à imprimer « au rouleau » , de même que celui qui dirige un métier de broderie touchera un salaire de beaucoup supérieur à celui de l’ouvrier tisseur ou filateur qui travaille à quelques pas de là. Ce sont, en effet, des auxiliaires d’un mérite au-dessus de l’ordinaire. Il est tel de ces ouvriers dans la broderie à la mécanique qui gagne 10 francs par jour dans un centre manufacturier de quellue importance. Il fut un temps où ces ouvriers étaient :irés exclusivement d’un pays voisin. La Suisse par exemple qui dut fournir à la France, outre ses premiers nétiers, d’excellents ouvriers. — Au point de vue du goût, le la délicatesse du dessin , il en est de même. Voilà par exemple un dessinateur qui fait la fortune du fabricant et jui est cause de la faveur avec laquelle ses produits, merveilleusement exécutés d’ailleurs, sont partout accueillis.

Si de semblables services ne devaient pas pouvoir iompter sur une rémunération « exceptionnelle, » l’ariste, l’ouvrier se feraient encore plus rares qu’ils ne sont, m qu’il n’y aurait pour eux aucune raison de se vouer )i‘éférablement à un travail délicat autant qu’il présente de difficultés. — A prix égal, on choisirait de préférence me tache plus facile.

Les produits se ressentent plus ou moins de ce que sont payés de tels services. 11 n’est même pas rare de voir somme dans la broderie mécanique un bon marché qui stonne. Mais ce qui est certain, c'est que « le Prix » des services reflète fort exactement les difficultés, « le mérite »

les dangers » inséparables de l’œuvre.

C’est ainsi que les Prix sont « la résultante » de faits aussi nombreux que divers, outre qu’ils sont fort sou-

II* r.VRTIE. — LA PRODUCTION ET SES LOIS.

vent imprévus. — Une mauvaise récolte , une guerre qui éclate soudain, la Mode qui fait qu’on se détourne brus- (lueraenl de certains articles jusques-là en faveur pour se porter sur autre chose, de forts arrivages sur lesquels nul ne comptait, des établissements puissamment outillés qui surgissent a heure dite défiant toute concurrence, des impôts , des taxes nouvelles qui restreignent la Consommation sur un point et qui la font p-rendre un autre cours, — que de causes viendront changer l’aspect d’un marche et dont une seule suffit pour modifier profondément

le rapport entre l’Oftre et la Demande , c’est-à-dire « l’assiette des Prix ! »

C est contre ces évolutions nombreuses et ces retours

aussi fréquents qu’inévitables que l’industriel doit être

incessamment en prde. Il sera d’autant mieux armé

contre tout cela qu’il sut se tenir pour la production dans

une sage mesure. — Mieux vaut encore « un manque à

gagner » comme on dit en affaires , c’est-à-dire mieux

vaut être « en deçà » de la Demande, que de souffrir d’un

fort « excédant » qui resté invendu , perd de son prix si

meme il ne se détériore. C’est ainsi que le « le fonds de

magasin » ronge trop souvent le profit à grand’neine obtenu.

Savoir enfin s’arrêter à temps , de façon à « limiter la perle; » savoir, d’autre part, opérer à propos un changement de front, en d’autres termes, « se retourner » lorsqu il est manifeste qu’on s’engagea dans une mauvaise voie, hier encore féconde en succès, — tel est, à un autre point de vue, le signe auquel on reconnaît l’homme né pour « entreprendre. » C’est ainsi qu’à l’aide d’une suffisante épargné , l’on pourra conjurer la fortune un moment

contraire et que l’on domine un marché où l’accident tient tant de place.

De cette exposition sur les « lois générales » de la Pro-

duction, il convient de passer à l’étude des conditions particulières qui font qu’elle aboutit plus ou moins heureusement.

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