‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 23 sur 60 · COURS d’économie industrielle · texte numérisé non relu

COURS d’économie industrielle

à part des circonstances exceptionnelles où l’épargne ancienne doit venir avec le capital disponible au secours d’une recette insuftisante, — c’est en vain qu’on aura disposé sa vie dans le « meilleur ordre. » Le Profit, à travers mille prodigalités, sera nul ou quasi nul ; le fonds s’use et s’ébrèche en attendant de disparaître. Puis arrive l’emprunt qui, pareil à l’ulcère, ronge les parties d’un corps épuisé.

A quoi servira que l’œil soit frappé d’une installation riche et bien ordonnée si l’outillage est surmené et par suite renouvelé bien avant le temps? Dans cet atelier n’apparaît, sans doute, nul trouble, nul désordre; la discipline y règne. Mais là où un ouvrier, une machine seraient suffisants on en met deux, d’où une « dépense >' double. Ainsi du reste : commis, employés, fournitures qui sont gaspillées, tout est à l’avenant. Si la comptabilité est parfaitement à jour et si chaque .expédition est faite à son heure, cela fera-t-il que pour le loyer, le luminaire, le chauffage, l’entretien de la famille et de l’atelier, tout soit mesuré « au chiffre d’affaires » et par cela même au bénéfice attendu?

Qui ne sait que dap3 quelques industries, dans l’iniiennerie ou fabrique de « toiles peintes » comme on disait anciennement, le Profit se mesure à « un centime » par mètre sinon à un demi-centime? Le bénéfice est dônc relativement minime. Il n’est possible qu’à la condition l’opérer sur une masse d’affaires de tout point considé- ■ables. Mais si la plus constante économie ne préside à ;ous les mouvements de l’industriel; s’il n’économise ‘ sur les achats , sur le transport de la matière première , mr la main-d’œuvre comme sur les frais d’entretien géné" •alement quelconques, sur l’usage, enfin, du Crédit et de 'escompte, il est évident que la Dépense montera insen-

siblement au niveau de la Recette, sinon plus haut, ’’ et que l’on aura perdu avec son temps sa peine.

Ce n’est pas autrement qu’à certaines époques de grands établissements industriels, ont dû liquider ensuite de graves mécomptes pour disparaître à tout jamais. Le plus riche outillage dans la Filature ou l’Indiennerie se vendra comme « vieux fer. » La caserne, l’hospice lui-même s’emparent des bâtiments où résonnait naguère le bruit des marteaux et des machines.

L’Économie comme l’Ordre qui ne porte que sur un point ne suffit pas. C’est ainsi que fun est économe de son Argent; il regardera à la moindre dépense, mais il est démesurément prodigue de son Temps, de ses Forces, de son Crédit, c’est-à-dire de sa confiance, non moins que de sa parole. Aussi lui arrive-t-il d’être fort souvent en retard sur ses engagements. De là, de moindres affaires, ou ce qui est pire des affaires « mal faites. » 11 n’en faut pas davantage pour décider souvent du sort d’une campagne , c’est-à-dire d’une saison d’où dépend le profit le plus clair de l’établissement. — Il faut donc se diriger ici comme en toute chose , par ces vues « générales » qui font que rien ne souffre et qu’à l’égard « de l’Ordre » comme pour la bonne « qualité », en fabriiiue tout marche du même pas et porte, si l’on peut ainsi dire, « le même excellent cachet. » — C’est là seulement qu’est le succès , c’est-à-dire la fortune.

Si, comme le dit en si bons termes Franklin, « le temps est l’étoffe dont la vie est faite » et dont pour ce motif il faut être avare, comment serait-il permis d’abuser de celte autre chose qui s’appelle « la Santé » et suivant laquelle se précipite plus ou moins le cours de la vie? N’est-ce pas ainsi que s’allonge ou que se raccourcit l’étoffe dont celleci est faite, c’est-à-dire « le Temps? »

Il ne suffit donc pas, pour réussir, de faire chaque chose

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« à son heure. » Il ne suffit même pas d’être sagement «économe» de son temps. Il faut consulter ses forces, les ménager, car pour être tombé ici dans l’abus on contracte des maladies , sinon même des infirmités dont le moindre inconvénient est de priver pour un temps l’usine, l’atelier, la famille, enfin, du chef dont elle ne saurait se passer et que nul ne remplace.

On a vu ainsi plus d’un vaillant homme mourir à la peine bien avant le temps. Mais le moins qu’il arrive , c’est, nous le répétons , que l’on contracte des infirmités précoces, qui font perdre, avec la vigueur nécessaire, le courage de faire et d’entreprendre. La santé de l’âme ne peut naître que de la santé du corps. C’est ici que s’applique cette vérité , ailleurs rappelée, qu’il est difficile à un sac vide « de tenir debout. »

On le voit. L’Économie de même que l’esprit d’Ordre , loin de se borner à une seule chose s’applique, cà tout. Judicieux emploi du temps, usage mesuré des forces et de l’outillage, esprit de conservation de la richesse et de tout ce qui en vient, fruits de la terre ou simple épargne , jsage sobre de 1 autorité qui tient à la personne ainsi que le sa parole, il faut partout veiller sur soi-même , se restreindre , enfin , a ce qui est nécessaire dans le gouvernenent de la Famille, de l’État et de l’Industrie. — Ici :omme Là ce qui est de trop est autant que l’on perd et pii est remplacé difficilement.

Des fausses économies et du Bon marché qui revient cher.

Sur ce terrain, de même qu’ailleurs, l’usage touche de )rés a l’abus, tant l’esprit de mesure est chose rare.

Celui par exemple , qui pour réduire le chiffre de ses lepenses et réaliser, a l’endroit des frais « de production » (uelque notable économie, achète des outils médiocres ; ’et autre qui emploie de mauvais ouvriers ; l’industriel ,

enfin, ou le fermier qui s’abstient de faire assurer ses bâtiments, son matériel contre l’incendie, et qui arrive ainsi à faire « l’économie » d’une prime annuelle relativement faible, tous ces hommes, quelque soit le motif mis en avant, font un faux calcul.

Il en est de même du petit cultivateur ou de l’homme de journée qui regarde à une visite du médecin ; du propriétaire qui « économise » sur les frais d’entretien d’un bâtiment où tout se détériore à la longue.

L’outil, la machine de qualité médiocre entraîne des frais de réparation avec des pertes de temps qu’eut fait éviter l’outillage de bonne trempe ou solidement construit. — L’ouvrier dont les services sont loués au rabais exposera l’atelier à des «malfaçons. » Non-seulement il est moins actif que ceux qu’on paierait davantage et perd le temps des autres bien plus qu’il ne « perd son temps » ; mais suivant le langage de l’atelier, « il gâche » le travail et se trouve induire le patron en des pertes de matière première inévitables. Le moins qui puisse arriver, c’est qu’il sorte de lù un produit de rebut qu’on vend peu ou point. D’où une double perte. Des frais ([ui ne correspondent pas à ce qu’on a obtenu et finalement la mévente.

Inutile d’ajouter que « la fausse économie » résultant de ce qu’on n’a pas fait les frais d’une police d’assurance implique de fort grands risques. Quelques heures, un simple oubli , la plus légère imprudence amèneront un désastre qui équivaut pour certains industriels h une ruine. On aura « économisé » sans doute pendant plusieurs années quelques centaines de francs. Survient un incendie qui détruit pour cent mille francs de matériel, de bâtisses ou de marchandises. — Quelle plus « fausse économie , » quel plus mauvais calcul !

Le cultivateur qui ajourne la visite de l’homme de l’art au début de la maladie ne calcule pas mieux. Il aura

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peut-être épargné 10 francs à ce compte. Mais quand le médecin arrive , il est généralement trop tard. — Et voilà, pour avoir voulu « économiser » outre mesure, la famille privée de son chef, sinon pour toujours, du moins pour bien longtemps. D’où une « perte » double, ; au point de vue des frais et de l’incapacité de travail

durant une période plus ou moins longue.

L’Économie consiste, non à s’interdire telle dépense, mais à la mesurer « aux nécessités , » soit de la Produc- ! tion, soit de la Conservation des biens en général. Bonne

renommée, Crédit, Santé, Richesse et tout ce qui en vient. 11 faut ne rien négliger pour maintenir ces choses en bon état, de même qu’on ne doit rien épargner pour travailler et produire dans les meilleures conditions possibles. L’Économie bien comprise s’éloigne autant de ce qu’on pourrait appeler « le faux Bon marché, » qu’elle est peu compatible avec les superfluités par lesquelles plus d’un , industriel pense éblouir la vue.

f L’on prend du reste souvent pour le Bon marché ce qui

; n’en a que l’apparence.

j Qu’espère le marchand établi d’hier avec un splendide

étalage où le rabais « impossible » fait tourner toutes les têtes?... Croit-il en un jour déplacer des clientèles qui , depuis longtemps, suivent la même route ? L’épreuve' est périlleuse; pour un qui réussit, on compte en général dix faillites , c’est-à-dire dix naufrages. Ceci s’explique

aisément.

Ou le nouvel arrivant, fidèle à son progremme'ira jusqu'au bout, et c’est la ruine à très-courte échéance; — ou bien ce n’est qu’une amorce, une « invite » trompeuse, et l’industriel sera lui-même pris au piège qu’il tend à la clientèle de passage à laquelle il s’adresse. Voici ce qui ce passe dans l’un ou l’autre cas.

Comme les prix de l’établissement nouveau présentent

un notable écart , à qualité égale , avec ceux « marqués » par les- concurrents ; que ces prix sont avantageux , l’acheteur accourt et la faveur du public lui est acquise dès le premier jour. Cependant, le fonds est fatalement en perte. Outre qu’on fit de plus grands frais pour attirer la foule, les profits sont moindres sinon nuis puisqu’on vend « moins cher ? » Les maîtres nouvellement installés n’ontpoint sans doute « un secret » particulier pour pouvoir livrer à un rabais fabuleux des produits qui ne laissent pas plus qu’ailleurs à désirer comme « qualité? »

■ Ils trompent le public ou ils se trompent.

Qu’ils persévèrent durant quelques années en dépensant plus que d’autres et recouvrant beaucoup moins , puisqu’à « qualité égale » on vend moins cher, et l’on peut prévoir le jour où les ressources diminuant, ils seront fatalement conduits à fermer boutique après avoir vécu « de l’emprunt. »

Mais la fin de ce prétendu « Bon marché » est généralement autre. Comme tout cela constitue un simple appât, une amorce qui n’a d’autre but que de détourner la clientèle de quelques maisons honorablement connues , et de jeter ainsi le fondement d’un riche achalandage, ce résultat atteint, et le public habilement « aff riandé, » l’on change de système. C’est ici qu’apparaît la phase du fallacieux « Bon marché » contre lequel chacun doit être en garde.

Élever les prix , il n’y faut pas songer puisque c’est par cette route que sont arrivés en foula les clients. Vendre plus cher, ce serait les forcer à la retraite. Mais si l’on renonce à « démarquer » la marchandise en vendant plus cher il n’en saurait être de même « de la qualité. » On use, donc de sophystication et de fraude ; on mêle à certains produits des substances qui en altèrent, comme dans l’épicerie et la droguerie le poids, lè degré de force, pour tout dire , la bonté. De cette façon l’on pourra continuer

Il® PARTIE. — LA PRODUCTION ET SES LOIS.

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de lutter avec ses concurrents jus({u’au jour où chacun s’apercevant qu’il est trompé , prend le parti de renoncer « à un bon marché » qui n’est que duperie (1).

Défions-nous du faux Bon marché qui consiste à ne pas vouloir mettre le prix aux choses. Rien ne revient généra- ' ment plus cher. Il en est de même alors que par un faux calcul l’on s’attache « au nombre, à la quantité » au lieu de regarder « à la qualité. » C’est surtout pour les objets pouvant être d’un long usage qu’il est d’une fausse économie de regarder au prix. Un meuble bien travaillé , irréprochable comme façon et comme matière conserve de sa valeur, même après qu’il a longtemps servi dans la ferme ou dans la maison. « La qualité est la qualité » et il en reste toujours quelque chose. — Au contraire, l’objet de fabrique médiocre se détériore en assez peu de temps. Main-d’œuvre, matière première , tout n’était qu’artifice, que masquait un peu de vernis ou d’élégance. Quelques années sont à peine écoulées que ce meuble se disloquée! qu’il tombe à l’état de non-valeur.

Rien n’est plus cher, nous le répétons, que ce Bon marché éphémère dont trop de gens sont éblouis par une économie mal entendue que rehausse le désir d’un vain luxe.

Prévenons en terminant une objection.

— « Mais ces choses n’ont rien de bien nouveau, va-t-on dire. Elles sont connues de chacun. C’est prendre un soin inutile que de les exposer avec cette étendue. Ramenée à ces termes, la Science ne se distingue pas des vérités qu’on pourrait qualifier jusqu’à un certain point de

(1) Nous n’ignorons pas quelle marge peut ici laisser l’intelligente pratique « des frais généraux » suivant qu’il sera en son lieu expliqué. Mais où de fort grands industriels ont trouvé le secret de gagner de l’argent en conciliant le bas prix extrême de la marchandise avec « la qualité, » d’autres, en bien plus grand nombre, se ruinent, après avoir fait médiocrement l’affaire du public. C’est pour ceux-là que nous écrivons.

banales. Pourquoi tant insister sur ce qui est su de tout le monde, après tout ? »

-Est-il en effet quelqu’un* qui ignore qu’il n’est pas « de petite économie ; » pas plus qu’il n’existe , en affaires , de ces « petits profits » qui, à la façon des petits ruisseaux, forment « des rivières » et qu’il n’est pas dès lors permis de dédaigner? Qui donc né va pas répétant sans cesse qu’on n’arrive à rien« sans Ordre », et que le Bon marché coûte généralement « fort cher? » Et cependant que d’industriels , que de simples particuliers , que de mères de famille croient pouvoir impunément enfreindre quelqu’une de ces règles ? On sait l’une et l’autre chose; mais ce qu’on ne sait pas assez, c’est que tout cela forme un faisceau ou mieux une trame. Laissez se rompre ou seulement se relâcher une maille , celle de l’Ordre ou celle de l’Économie, celle du bien Vendre ou du bien Acheter, celle du soin nécessaire ou du bon entretien constant, et vous verrez aussitôt passer à travers le tissu qui , en un point ne présente plus assez de résistance , tout ce qu’il enfermait.jusque-là de gains péniblement rassemblés.

La vie est une « trame » où tout se tient, et c’est à le faire voir que la Science économique doit particulièrement s’attacher si elle veut faire chose de conséquence.

De cette exposition sur les conditiens générales ou simplement organiques du Travail, il convient de passer à l’étude des différents modes de production dont chacun a le choix toutes les -fois qu’il s’aide des services « d’autrui. »

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