XIV« INSTRUCTION
CONDITIONS ORGANIQUES DE LA PRODUCTION
(Suite et fin.)
§ V. — Des divers modes de Travail ou louage
d’industrie (1).
Travail rémunéré à temps. — Travail aux pièces ou à façon. — Part au produit ou Participation. — Dos avantages ou des inconvénients attachés à tel ou tel mode de travail. — Ici. comme toujours, point de règle absolue. — De la Suisse et de ses ouvrières à l’année.
Celui qui utilise « les services » d’autrui, traite de ce louage d’industrie à des conditions qui diffèrent et entre lesquelles il aura à choisir. Ces conditions peuvent être ramenées aux trois ci-après :
^ Premièrement. — Les services qu’on entend utiliser sont rémunérés sur le pied du « temps employé ». C’est ainsi que le salaire proprement dit répond à l’idée d’un payement soit en argent, soit en denrées, quelquefois même mipartie de chaque chose ; mais dans tous les cas, il implique une rémunération « fixe. » On traite ainsi à la journée j au mois ou à l’année.
Deuxièmement. — L’ouvrier, en retour d’une-quantité « fixe » d argent ou de produits, quelquefois même à raison d’un service rendu , peut s’engager à livrer « une quantité » de travail répondant à un objet convenu. Ce qui est ici déterminé, ce n’est pas l’étendue du temps et
(1) Nous empruntons cette formule aux auteurs du Code civU. Elle nous a paru moins scienüfîque et se fait dès lors mieux comprendre que les mots de « Contrat de Prestation de travail » dont on s’est parfois servi.
des services , mais « l’ouvrage » à faire pour une rémunération « fixe. » Tel est le cas du travail payé « à la pièce » autrement dit à façon. Là, suivant qu’il sera plus loin expliqué, l’ouvrier est « Entrepreneur. » Quelque temps qu’exige, en effet, l’œuvre dont il s’est chargé, il devra l’exécuter pour le prix qui fut à l’avance convenu et qui ne saurait varier.
Dans ce travail « aux pièces », de même que pour le louage des services payés sur le pied « du temps » employé, la matière première, — bois ou fer, tissu, laine ou coton, — est fournie à l’ouvrier. Ses avances consistent , sans parler de la peine qu’il prend, de l’aptitude qu’il doit déployer pendant plus ou moins de temps, en ce qu’exige son entretien.
Troisièmement. — Le louage d’industrie est, enfin, susceptible d’une troisième combinaison qui s’écarte, en un point essentiel, des autres modes d’emploi du travail « d’autrui ». Ce louage consiste à allouer à l’ouvrier, outre la rémunération fixe convenue, une part dans les bénéfices, d’ailleurs incertains, de l’entreprise. C’est ce qu’exprime dans le Commerce et l’Industrie , de même que dans l’atelier Agricole la participation du salarié, — commis ou homme de main-d’œuvre, — aux bénéfices. Cette forme du « louage » d’industrie constitue en apparence une association , entre l’ouvrier et celui qui fait faire, c’est-à-dire, l’Entrepreneur pour le compte duquel le salarié s’emploie.
Nous disons qu’il s’établit là « une sorte » de société, car l’existence d’une société civile ou autre implique , en même temps que le partage des Profits, dans telle ou telle mesure, « la contribution » aux pertes. Sans cela, point de Contrat de société.
Le choix de l’un ou de l’autre de ces modes d’activité, pour utiliser les services « d’autrui » n’a rien d’absolu. C’està-dire que la rémunération du travail, en traitant « à la
si
pièce » ou à façon, peut présenter de moindres avantages, dans un cas, que si l’on payait l’ouvrier « à la journée. » D’un autre côté, il peut-être infiniraent préférable pour l’Entrepreneur qui attend surtout son bénéfice de l’exécution prompte et, du reste, bien réussie d’une commande de trouver dans la Participation du « salarié » aux profits espérés un élément de force, un stimulant que ne sauraient ofii’ir ni le paiement du travail « aux pièces » ni la fixité du salaire « à temps. »
Il faut se régler dans ce choix sur les circonstances. C’est aux qualités de l’ouvrier, c’est à l’espèce plus ou moins ardue, plus ou moins délicate du travail qu’on devra regarder. En d’autres termes, l’on doit, plus que jamais peut-être, partir de la nature des choses, car c’est à cette condition seulement que la Dépense représentée par la rémunération du travail sera « productive. »
Du Travail qui fait l’objet d’un louage à temps.
Au point de vue de ce que représentent les services en général, c’est-à-dire de ce qu’ils coûtent, comparé à ce qu’ils rapportent, « le Temps, » dont on fait plus ou moins exclusivement état pour le louage d’industrie, est une assez mauvaise « mesure » de ce que peuvent valoir ces mêmes « services » à un moment donné.
Ce n’est pas le plus ou moins « de temps » mis à faire une chose ; ce n’est même pas la peine plus ou moins grande qu’on a pu prendre, mais le Résultat qui importe, c’est-à-dire jusqu’à quel point le temps et la peine employés ont abouti. V’oilà véritablement ce qui peut donner du prix « au produit », car c’est ce qu’a surtout en vue 1 individu qui « fait faire. » Ce qu’on entend vendre ou
« utiliser » pour soi-méme, en effet, ce n’est pas l’emploi
« e services » plus ou moins nombreux, mais ce qu ont procuré , ces mêmes services.
En ce sens, on peut dire que le travail « d’autrui » payé à tant le métré, qu’il s’agisse de tissage ou de maçonnerie • le travail à lant le mille d’une lettre prise pour type’ comme dans l’imprimerie, ou celui qui, dans la ganterie est tarife par douzaines d’articles cousus, ressort bien mieux a son véritable prix que si Ion opérait pour le rémunérer sur le pied « du temps » qu’a nécessité telle quantité donnée de main-d’œuvre. Lorsque vous payez simplement « le temps » mis à faire une chose, il arrivera dix fois sur quinze ou vingt que vous paierez beaucoup de temps passé « à ne rien faire » ou pis encore. Car I ouvrier rémunéré « à temps » gaspillera, non-seulement partie de sa journée, mais si son salaire se compose d’argent et.de subsistance, il pourra avoir coûté bien ‘plus à
nourrir en étant oisif, qu’il n’eut dépensé pour lui-même en bien travaillant.
Le temps mis à faire quelque chose ne saurait donc « mesurer » exactement la rémunération du travail « d’autrui » , pas plus qu’il n’est une bonne « mesure » du prix quon attache aux fruits du travail en général. Mais d’où partir par exemple pour rémunérer « le service » rendu par le conducteur de train, le chauffeur d’une machine à vapeur, l’inspecteur d’un service public ou autre, le omestique a gages ou le valet de ferme, le chef militaire ou le chef de bureau, l’instituteur, le commis aux écritures ou dans le Gros, le Détail, l’employé des douanes, le acteur, enfin, de la poste cfui, de même qu’un fort grand nombre d’autres agents, ne laissent nulle part l’empreinte ou la trace de leur travail ? Comment s’y prendre pour asseoir ici la rémunération, si l’on ne part « du temps » employé en ayant d’ailleurs égard à la peine prise et à tout
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ce qui, comme difficulté vaincue ou risque couru, ajoute i j
au mérite de la tâche?... '•
Tout cela ne saurait prendre un corps , « s’individualiser » sous lamaindu travail, comme il arrive dansle salairepayé « aux pièces, » qu’il s’agisse de nombre ou d’étendue. —
L’ouvrier qui, dans un atelier de brochage, coud ou plie des imprimés, se trouve par le fait « individualiser » son travail dans un nombre de brochures dont on peut traiter j
à tant le cent ou le mille, de même qu’en Agriculture, s’il , j
s’agit de défoncer un terrain, on fera son prix par are ou • (
par hectare. Là, rien de plus facile, rien de plus naturel |
même que de faire abstraction « du temps » pour [
asseoir la rémunération du service sur « l’emploi » de ce i
temps, c’est-à-dire, en partant de l’ouvrage fait. C’est l’in- .
térêt de celui qui paye autant que du salarié lui-même : |
qu’il en soit ainsi, outre que cela est Juste et rationnel. |
Mais il n’en saurait être partout de même, et « la nature ■
des choses » y apporte d’invincibles obstacles. i
La conclusion qui se tire de cela est double en ce qui touche « le louage » d’industrie.
D’une part : rémunérer « les services » sur le pied du temps employé, c’est recourir à un mode d’appréciation du travail et conséquemment à un système de production aussi défectueux qu’il est abusif. — Rien de moins exact, on l’a dit, comme « mesure » de ce que vaut en réalité, c’est-à-dire comparativement aux autres « utilités, » le service rendu. Mais ce mode de rémunération s’impose dans une foule de cas qu’il faut le plus possible restreindre en opérant d’autre sorte.
D’un autre coté , précisément parce que ce mode de « louage » du travail est particulièrement défectueux et qu’on n’est pas toujours le maître de s’y soustraire, l’on doit s’attacher à en diminuer les inconvénients par tous les moyens possibles. Or, le plus sûr est encore de mettre
en jeu comme, lorsqu’on passait du travail servile au travail libre, « l’intérêt » personnel. Intéressez celui qui loue ses services « à temps, » soit qiTil s’agisse de l’homme de journée, soit de celui payé « à l’année ; » faites que le salarié soit satisfait de travailler « pour autrui, « en ce sens qu’il sait travailler à de bonnes conditions pour lui-même, et vous aurez ôté beaucoup de ses défauts à un mode d’activité auxquel on ne peut se soustraire la plupart du temps , et qu’il faut dès lors s’appliquer à rendre meilleur.
Plus une chose olfre d’inconvénients, dès qu’elle est inévitable, plus on doit faire en sorte que ses défauts soient atténués s’ils ne peuvent entièrement disparaître. Le louage d’industrie payé à raison « du temps » employé est de ces choses. Là où il peut être avantageusement remplace par un autre mode « de louage, » soit en opérant ( « aux pièces « soit en comptant autrement, il faut le
faire. Tout vaut mieux que ce mode d’achat du travail d’autrui. Mais dès qu’on est fatalement rivé à ce système,
1 on doit travailler à l’améliorer , et cela n’est possible, on le répète, qu’en faisant équitablement la part de celui qui loue « ses services » et de celui qui les paye.
Se conformer à ce principe , c’est finalement activer le travail qui, stimulé, est plus productif. Il n’est que cela pour développer ce qu’un écrivain appelle justement k le principe d action (1). » Mais c’est surtout dans le louage d’industrie « à temps » que la nécessité s’en fait sentir. Car pour le travail « aux pièces » le salarié est incessamment poussé à faire davantage dans un moindre temps, c’est-à-dire à obtenir d’autant plus qu’il aura employé moins d’heures, moins de jours à faire la chose demandée.
(1) M. CouRCELLE-Sfi^EüiL. -—Traité des Entreprises. Paris, 1855, — Guillaumin et éditeurs.
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La conduite est autre, mais le calcul est le même dans les deux cas.
* A quoi tend l’ouvrier d’imprimerie qui en est arrivé
; « à lever, » comme on dit en termes d’atelier, 2,000 lettres
1 alors que son camarade n’en pose dans le même temps
I que 1,800 ? Le but qu’il a atteint c’est d’obtenir une paye
[ supérieure eu égard au temps dépensé à côté de lui. Il a ' donc réalisé à ce compte une économie « de temps. » — Que
• fait d’autre part, l’employé payé au mois sur le pied de
î 150 fr. par exemple soit 5 fr. par jour, qui reste oisif une
bonne partie de la journée, pendant (jiie non loin de là un autre employé recevant le même salaire fait moitié ; plus de besogne, parce qu’il ne perd pas un instant? Il
esi clair qu’ici l’employé qui travaille à peine n’a qu’un but qu’il atteint aussi parfaitement que dans le travail aux
II pièces, quoique par un autre chemin.
•] Ce qu’il veut, en effet, c’est gagner « le plus possible » en
R employant le moins de temps qui se peut à travailler. Et
1 de fait, le mauvais employé obtient dans ce système, un
’ salaire « supérieur » à celui que touche son camarade
' bien plus occupé que lui « dans le même temps. » Seule-
ment où gît la différence, dans cette rémunération du ! ' travail « aux pièces » ou « à temps » le voici. Et cela
regarde particulièrement le locateur des services, que ce soit l’État ou l’induslrie privée qui doive salarier celui
qu’on emploie :
Dans le travail rémunéré « aux pièces » chacun trouve son compte; et comme l’ouvrier ne vend en réalité, que « le temps » mis à s’employer utilement, celui qui salarie paye non le temps passé à ne rien faire , mais ce que la chose faite a véritablement nécessité de peine et de
temps.
Au contraire , lorsqu’il arrive que l’État rémunère sur le même pied le mauvais employé et celui qui est tout à
son affaire, le sacrifice fait dans un cas implique une perte. L’État achète, en effet, et salarie un temps passé le plus souvent à ne rien faire, et il aura dans ce système beaucoup plus d’employés qu’il ne faudrait, c’est-à-dire
qu’on souffre d’une dépense facile à éviter outre qu’elle est inutile.
Comment faire pour cela ? Quelle marche suivre? Celle qu’indique « la nature des choses. »
Puisque c’est finalement sur le bon ou mauvais emploi « du temps » que tout est monté dans la Production ; puisque c’est dans l’industrie de même qu’ailleurs « l’étoffe » en quelque sorte dont la richesse est faite, il faut que là où «le louage » des services n’est pas susceptible de « s’individualiser >. comme lorsqu’il s’agit d’un meuble, d’un tissu, d’un vêtement, d’une plantation à faire, d’une étendue de terres à défoncer, d’une moisson à récolter, le travail rémunéré « à temps » soit assez vivement stimulé par le chiffre du salaire pour développer dans toute son énergie « 1 action » industrielle. Il faut, en un mot, que cette
action trouve là un puissant mobile , suivant qu’il arrive dans le travail « aux pièces. »
La Concurrence, le Besoin de s’employer ne sont pas même ici suffisants. - Rien ne tient lieu de la prime qui fait que le travailleur trouve son avantage dans un redoublement de soins, « d’activité. »
C’est de là que partent, il ne faut pas s’y tromper , à létianger notamment, les grandes administrations qui multiplient bien moins les employés, c’est-à-dire les rouages dans la machine administrative qu’elles ne visent à ce que ces rouages fonctionnent bien. « Le temps » est relativement mieux payé qu’ailleurs; or il coûte moins en somme, car il est « bien employé » par un nombre d agents moindre, mais bien rémunérés. D’où plus de
COURS D’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE
besogne, c’est-à-dire des résultats « plus grands obtenus, » chose qui surtout importe.
L’employé, le commis à peine rémunéré de façon à pouvoir se suffire, travaille peu en somme. Mais il croit encore « trop faire » eu égard à ce qu’il obtient et qui remplit sa vie d’embarras outre qu’elle est une suite non interrompue de privations. Si l’on veut qu’il change de méthode , dans sa manière de louer ses prétendus « services » à temps, il faut en opérant sur une échelle autre, au point de vue de la rémunération, stimuler « l’activité » personnelle. Cela n’aura lieu, qu’en payant ce qu’il vaut, le temps, « bien employé; » c’est-à-dire en cessant de mettre sur la meme ligne le temps passé à ne rien faire et celui où le travail donne tout ce qu’on en peut attendre.
Il ne suffit même pas que la rémunération indemnise , en quelque sorte, le ti*availleur de l’elfort plus grand qu’il
a du faire. Il faut autre chose pour qu’elle produise ici tout son effet.
C’est ainsi qu’il devra exister, par la façon dont l’ouvrier est généralement traité, une cordiale entente de lui au patron. Le résultat sera que le salarié s’intéresse à son maître et partant a son œuvre ; il évitera avec soin d inutiles gaspillages dans l’usage des choses comme dans l’emploi du temps.
Le travail bien fait, vraiment productif, ne peut résulter , la où « le temps » est pris pour mesure de la rémunération des services, que d’une mutuelle et constante satisfaction dans l’œuvre accomplie en commun. Il serait aisé de montrer que dans l’application cette façon de considérer les choses est la seule bonne. Écoutons làdessus un grand industriel dont le témoignage est d’un certain poids et remonte à plus de trente ans; c’est l’auteur cité plus haut qui reproduit ce qu’on va lire :
En commençant les affaires, remarquait en 1842
lie partie. — LA PRODUCTION ET SES LOIS.
l’Entrepreneur dont il faut rappeler les paroles, nous avons tout d’abord suivi les mêmes errements que ceux que nous avions vu pratiquer , errements qui consistaient !
à payer l’ouvrier le moins possible et à le renvoyer souvent pour la moindre faute. Cette manière d’agir nous a bientôt démontré que le bas prix de la journée et la rigueur produisaient un effet contraire à celui que nous voulions obtenir. Aussi, avons-nous changé promptement de système et-avons nous, en cherchant a établir la stabilité dans notre maison, rétribué plus raisonnablement la maind’œuvre.
« Ce moyen a eu un plein succès, aussi bien par suite d’un meilleur emploi du temps que par l’augmentation du produit et de la stabilité parfaite qui s’est établie. Elle est telle aujourd’hui que le père qui a un enfant mâle n’a d’autre pensée que de lui donner le même état que le sien. C’est au point que ces ouvriers en herbe me sont toujours annoncés plusieurs années à Vamme.
« Ces faits ne sont attribués par nous qu’à la stabilité dont jouissent nos ouvriers depuis longtemps. — La Stabilité a contraint le père à avoir de l’Ordre ; son état l’a fait vivre ; il fera vivre son fils : il n’ambitionne rien autre. La stabilité fait disparaître l’indifférence; elle attache l’Ouvrier à l’Entrepreneur avec lequel il a vieilli, au point qu’il y en a qui prennent à cœur les intérêts de celui qui les paie comme s’il s’agissait des leurs propres, v
Ce que rindustriel qui s’exprimait ainsi dans un temps déjà loin de nous, attribue « à la stabilité >> a plus haut son point d’attache, s’il est permis de parler ainsi. La stabilité conquise, loin d’être une cause, a bien pu être l’objectif sur lequel se fixaient les regards et l’attention de l’Entrepreneur. Mais il est sensible qu’elle fut 1er ésultat d’un meilleur agencement du travail et surtout d’une
COURS d’économie industrielle.
plus intelligente rémunération des services loués « à temps. »
La meme chose s est vue a Mulhouse, à une époque où
l’ouvrier « nomade » constituait une sorte de plaie pour cet atelier modèle.
Les industriels de cette ancienne cité libre ne pou- \aient réussir à garder, il y a de cela environ cinquante ans , leurs ouvriers. Le manque « de stabilité , » tel est encore l’écueil contre lequel chacun se butte. Les manufacturiers de la cité que nous avons perdue n’eurent pas de peine h. comprendre que s’ils arrivaient « à fixer » sur les lieux leur immense personnel et à l’attacher en quelque sorte à la fabrique, il en résulterait pour ce centre industriel le plus grand bien. — C’est de ce jour que date 1 idee de la création de la Cité ouvrière. Là le travailleur trouvera au besoin, non-seulement une habitation convenable avec jardin attenant, dont il lui est possible de devenii piopriétaire, mais encore toutes les commodités
de la vie telles que bains, lavoirs, séchoir, restaurants etc.
Ce n est pas tout. La sollicitude de cet intelligent Patronat s est successivement étendue à ce qui peut ici intéresser la grande famille ouvrière. Ce n’est pas seulement grâce à la création d’une société industrielle, chez nous la première en date, que la fabrique s’enrichit et s’entretient d’ouvriers habiles, d’artistes auxquels des cours de toute sorte sont gratuitement ouverts. ].e soin s’étend plus loin , ainsi que le prouve le simple détail qui suit :
Il existe, on le sait, non loin de Mulhouse, un village, celui de Dornach, centre et siège de l’industrie manufacturière si puissamment outillée de MM. Dolfus Mieg et C«.
C est la ({U existe au centre de la fabrique une salle d’asile
où les enfants des deux sexes sont reçus dès l’age de sept ans.