‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 28 sur 60 · XVI« INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XVI« INSTRUCTION

§§ I®*" et IL — Du Capital et de VÉpargne,

(Suite.)

Dans l’instruction qui précède et qui est relative à ce double objet, l’on a pu voir à quels signes le Capital est particulièrement reconnaissable. Il se distingue de la Richesse en ce qu’il constitue par-dessus tout « un instrument » de production. Aussi , les capitaux de tout ordre et de toute espèce, qu’il s’agisse de bêtes de labour, de métiers à tisser, de batiments de ferme, d’art médical ou de professions artisti(iues, sont essentiellement destinés à produire, action qui tend à augmenter le fonds existant.

Tout ce qui représente simplement de la Richesse s’use et dépérit a la longue , — chevaux , meubles , maisons d’habitation, ustensiles; — tandis que si cette même Richesse fait fonction de Capital , elle se reconstitue avec le temps par les fruits mêmes qu’elle donne , et répare ainsi bien an delà des pertes que le Capital peut éprouver par un trop long usage.

C’est ainsi, par exemple, que la semence, les outils aratoires , le matériel d’une usine procurent des profits tort supérieurs à la diminution de richesse résultant de l’usure ou de Temploi de ces capitaux. Non-seulement il

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est de l’essence du Capital de donner par la coopération du Travail un revenu, c’est-à-dire « de produire ; » mais il est reconstitué en assez peu de temps , outre qu’il fut 1 occasion d’un revenu plus ou moins notable.

On reconnaît d’ailleurs le Capital à ce signe: c’est qiTil est, dans la main du Travail, l’instrument suprême autant ([Lie nécessaire de la Production. Cela ressort de l’examen au((uel j’ai dû me livrer sur « 1 alliance » eti oite et intime (|ui rattache ces deux facteurs l un a 1 autie.

Ceci rappelé, il me reste à examiner : 1° quelle est la source du Capital , d’où il vient ; 2- j’aurai à préciser quelles sont les formes sous lesquelles il se montre; puis, enfin, l’on pourra voir comment l’Épargne, qui a sa place maniuée dans cette étude, se trouve avoir aciiuis , de nos jours, une importance qui en fit, dans certains États, un levier de premier ordre.

D’où vient le Capital.

L’Épargne, telle est la grande et on pourrait presque dire l’unique source du Capital. C’est de la (pi il procède et ([u’allié au Travail il devient incessamment productiL Aussi , Rossi a-t-il pu dire avec raison (lu’on ne « devrait donner le nom de Capital qu’aux produits épargnés et destinés à la reproduction. » Malthus exprime le même sentiment lorsqu’il dit que le Capital représente « cette portion des biens d’un pays que l’on conserve ou que l’on consacre, en vue d’un profit, a la reproduction et a la

distribution des ricliesses. »

On voit par là que le Capital n’est nullement représente

par la masse entière des richesses d’un pays. 11 n en tonne qu’une « portion » plus ou moins grande , et cette

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portion est destinée à « se reproduire, » si même elle n’est

entrain de créer, avec l’aide du Travail, de nouvelles richesses.

Mais il ne suffit pas d’avancer que le Capital procède essentiellement de l’Épargne, que là est sa principale source. 11 faut montrer comment l’Épargne elle-même se forme; comment elle se constitue grâce à l’Économie aidee de l’Ordre. Car, ces choses, on a pu le voir ne sauraient se séparer.

“ Voici, par exemple, un ouvrier tisserand. 11 nourrit l’ambition fort légitime de travailler un jour à son compte. Comment arrivera-t-il à s’établir en acquérant ici « l’instrument» de travail nécessaire, c’est-à-dire le Capital représenté par un outillage ou métier à tisser? Il 11 a pour cela que deux voies à prendre ; mais c’est l’Epargne seule qui , de façon ou d’autre , lui donnera les moyens de se procurer le Capital indispensable. xNotre ouvrier peut, en efiet, ou bien louer un métier dont il payera la location avec les épargnes ((u'il a pu réunir ; ou bien ces mêmes économies seront assez notables pour lui permettre d’acheter un métier. — [ci, comme là l’Épargne intervient. Elle est le fruit d’une sage éconoinii!

qui, transformée en Capital, va de nouveau fruclifier, « se reproduire. »

Il peut même se faire, et le cas n’est pas rare, que cet ouvrier ait emprunté la somme destinée à l’achat du materiel nécessaire ; mais l’argent prêté constitue lui-même par ailleurs un fonds épargné. Ces épargnes seront donc appli- (juees a l’achat d’un instrument de travail qui fera fonction de Capital. Au résumé : que l’ouvrier use de ressources peisonnelles, ou qu’il ait recours à quelqu’un, c’est toujours « une portion » de richesse épargnée qui devra fonctionner comme Capital et ([ue l’on destine à accroître la somme des biens existants. Ce qui se passe là a également

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lieu dans l’Atelier agricole. Le terrain change , mais non le phénomène.

Qu’il s’agisse, en effet, d’un cultivateur à l’état de colon paritaire, suivant (pie cela se voit communément dans le Midi delà France. Jus(pie-là, il a fait valoir le champ dont il partage les fruits avec le propriétaire, sans posséder luimême le moindre Capital foncier. Terre, instruments aratoires, hôtes de labour tout se trouve appartenir à celui dont il tait valoir le bien. Cependant notre travailleur vit, de même que l’ouvrier tisserand dont il est ici question, dans la pensée d’acquérir (iueh[ue lambeau de terre dont il recueillera seul les fruits grâce à son travail. Dans ce but, il vit d’économie, il met chaque année sou sur sou; il s’impose les plus rudes privations jusiiu’à ce (pi’il soit en possession d’une « épargne » assez forte pour pouvoir acheter une parcelle de terre à proximité.

Ce jour-là, notre homme est devenu possesseur d’un capital foncier dont son travail mettra en œuvre la puissance productive. Qu’il dispose en outre d’assez de ressources pour se procurer les outils nécessaires à l’exploitation du champ, — outillage ([ui impliipie une assez faible dépense comparativement à ce (pCil a dû débourser pour l’achat du fonds, et voilà de nouveaux Capitaux mis dans la main de ce travailleur par la pratique de l’Économie , lesquels se traduiront à leur tour en épargnes autres.

Si loin que Ton remonte dans la comiuête ou dans la constitution du Capital, c’est toujours l’Épargne (jui, manœuvrée par le Travail, existe au début. Cette terre, qui fait fonction de Capital dans les mains du paysan, hier encore simple ouvrier participant aux fruits sous couleur de colon partiaire, ce môme champ n’a pas toujours été à l’état « de Capital » c’est-à-dire de fonds productif. C’était, par exempte, il y a ([uehpie cent ans un terrain vague, une simple friche dont un énergique travailleur s’emparait sans

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que nul songeât à le lui disputer vu le Travail et la peine, la Dépense exigés pour en obtenir quebjue cliose. — Mais le premier que n’a pes rebuté cette perspective n’a pu aborder l’exploitation du fonds qu’avec l’aide de quelque « épargne » destinée à son entretien, pendant qu’il se livre à un tel travail, outre que les outils, c’est-à-dire le Capital dont il se sert, il n’a pu se les procurer qu’en économisant sur les fruits d’un travail antérieur.

C’est donc « l’Épargne, » si avant que Ton fouille, qui se rencontre partout où il s’agit d’acquérir un Capital, de le constituer sur de nouvelles et plus larges bases ou seulement d’en tirer parti, de l’exploiter. Et cette épargne, elle est, je le répète, le fruit de l’Économie.

Ceci s’applique avec non moins de raison au Capital immatériel. Le médecin, l’architecte, l’ingénieur, le légiste, le professeur auxquels leur Savoir ou leur Art ont procuré les moyens d’ajouter journellement aux richesses existantes soit par des découvertes, soit par des fondations nouvelles, soit par l’instruction plus répandue ou par l’entretien, l’amélioration de la santé publique, ne doivent qu’à un fonds « d’épargnes » lentement accumulées d’avoir été conduits au point où ils sont. Je ne parle pas seulement du fonds de subsistances mis pendant des années à leur disposition ; c’est là une de ces charges sociales dont profitent indistinctement l’être inutile de même que celui ([ui doit compenser, par certains services, la déperdition à kuiuelle il donne lieu et qu’il occasionne.

Mais ce médecin ou cet ingénieur ne s’est pas instruit par ses seules forces dans TArt qu’il exerce avec plus ou moins d’avantage. Dans son enfance, il a fréquenté TEcole, et les frais de cette iiremière éducation ont été prélevés sur l’Epargne de la famille.

Plus tard, devenu un tout jeune homme, les frais d'enseignenient se sont accrus. Il a fallu suivre pendant plu-

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sieurs années des cours spéciaux, payer des droits d’examen et d’inscription, suivre une cliniiiue, s’il s’agit d’art medical, et si 1 on se destine au barreau faire un assez long stage pendant lequel on dépense beaucoup sans rien recueillir, c’est-à-dire produire. Et toute cette dépense, sur quoi est-elle prise sinon sur le fonds « d’épargne » de ceux qui s’emploient ainsi à constituer un Capital scientifique. C’est donc d’une épargne plus ou moins riche que sera finalement fait ce nouveau capital. Non-seulement c’est ainsi que le Capital s’est formé chez le sujet dont il s agit, mais ce n est pas autrement qu’il s’est constitué, (lu’il a journellement grandi chez les maîtres au contact desquels le jeune homme s’est instruil. Plus ces maîtres, en effet, possèdent de lumières, plus ils ont dû consacrer de temps et d’efforts, de patientes recherches, de profits « épargnés, » enfin, pour les acquérir.

C'est si bien l’Épargne qui permit de doter le monde de ce nouveau Capital, que le jeune liomnie a longtemps nécessité des frais de toute sorte sans rien produire en letoui. Or, si au lieu d avoir en vue une profession qui exige de telles dépenses, ce meme adolescent eût été employé soit comme ouvrier, soit en qualité de commis, le salaire obtenu eût pu suffire à son entretien. D’où il ne se fût fait nulle brèche dans l’Épargne d’autrui à son sujet.

C’est la remarque faite par Rossi et qui- nous semble ici décisive.

Le jeune homme na donc nullement ajouté à la somme des richesses existant pendant le cours de ses études. Bien au contraire. Il a dépense une foule de choses qui auraient pu l’accroître et cela pour couvrir les frais de son instîuction. Cest ainsi qu’a l’aide d’un certain travail soit au collège , soit à l’école de médecine , soit à celle de droit, il a accumulé en lui un fond scientifique, outre que ses aptitudes se seront développées. Mais ce fond

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est loin d’etre productif; il le deviendra quelque jour et constituera dès lors « du Capital. » C’est , du reste , en lisant des memes moyens que les maîtres sous lesquels il a étudié purent faire plus tard l’office de Capital scientifique puisqu’ils donnaient naissance à un fonds « reproducteur » qui sans cela n’aurait pu exister.

Le Capital immatériel est donc, de meme que les autres capitaux le fruit du Travail et de l’Épargne collaborant ensemble. C’est ce que Jean-Baptiste Say et Mac- Culloch qualifient de puissance « d’accumulation. » Le procédé dont on use ici c’est, on l’a dit, VÉconomîe.

« Les capitaux, remarque à ce sujet Adam Smith, augmentent par VÉconomîe... sans doute l’Industrie fournit la matière des épargnes que fait l’Économie ; mais sans celle-ci, qui épargne les gains et les amasse, le Capital ne serait jamais plus grand. »

L’auteur de la Richesse des nations ajoute:

«Un homme économe, par ses épargnes annuelles, non-seulement fournit de l’entretien à un nombre additionnel de gens productifs pour cette année ou pour la suivante, mais il est comme le fondateur d’un atelier public et établit en queh[ue sorte, un fonds pour l’entretien A PERPÉTUITÉ d’un même nombre de gens productifs. »

Cette pensée de « la perpétuité » du Capital, ([ui se reconslitue sans cesse en vertu de sa puissance reproductive, est parfaitement mise en lumière par Frédéric Bastiat, dans l’écrit étincelant de bon sons et de verve où il traite simultanément du Capital et de la Rente. Rien ne fait mieux voir la justesse de cette définition de Rossi que le Capital, immatériel ou autre, est « un produit épargné destiné à la reproduction. »

Cela dit sur la source d’où provient le Capital, les divers aspects sous lesquels il se présente! feront l’objet de l’examen qui suit.

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