‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 33 sur 60 · IV · texte numérisé non relu

IV

Des qualités distinctives de la Monnaie.

C’est un point acquis au sein de l’École, et sur lequel dès lors chacun est d’accord que les métaux « précieux » ont joui à toutes les époques et dans les divers pays d’une grande faveur. L’Or, de même que l’Argent, devra cette faveur, d’une part à l’éclat dont brillaient ces deux

substances, de l’autre à la difliculté qu’on éprouvait à les obtenir, en d autres termes « à leur Rareté » relative. Ces matières étaient d’ailleurs « de garde» facile; ni l’air, ni l'eau , ni le feu lui-même n’en pouvaient altérer le fonds, la substance. Il y avait donc là un triple motif pour expli-

quer la recherche dont les deux métaux étaient l’objet. Cela devient de plus en plus sensible à mesure que la civilisation se développe chez chaque peuple et que le

Commerce avec les arts ajoute chaque jour davantage à la délicatesse des mœurs.

C’est ainsi notamment qu’à l’époque de la découverte

de l’Amérique , on put voir à quel point l’Or entrait dans

la fabrication des objets de luxe. La facilité avec laquelle

on 1 obtenait fit qu’on était en quelque sorte prodigue

d’une ^ matière fort appréciée dans d’autres pays. On va

jusqu’à en faire , non-seulement des ustensiles , mais des

meubles relativement lourds. Cette prodigalité même

prouve, lorsqu’on voit les régions qui en sont le siège,

que « le luxe » sert comme de débouché à cette nature de produits.

C était une façon « d’utiliser » des substances que distinguent des propriétés singulièrement attirantes. Combien d’ailleurs l’Or et l’Argent l’emportent, à d’autres égards, sur le Fer lui-même d’un usage presque universel Comme ce métal ils sont « Divisibles » et leur Rareté est telle que les moindres fragments acquièrent de l’importance comme objet de parure et d’ornement. Mieux que le Fer ou le Cuivre ils sont d’une facile conservation, puisque ni le temps ni l’air n’ont de prise sur l’une et , 1 autre substance. S’il est vrai que dans les produits de même que dans les services « l’Utile » est ce qui domine, combien doit être généralement apprécié un genre « d’utilité » qui n’a rien de périssable , outre que la nature s’en montre particulièrement avare?

Homogénéité, — Divisibilité sans perte, sans déchet, — Inaltérabilité, — substance, enfin «Utilisable » dans ses moindres parcelles vu « sa Rareté , » tels sont les côtés exceptionnels qui recommandaient l’Or et l’Argent. Ils

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COURS d’économie industrielle.

suffiraient, je le répète, à expli([uer la faveur dont ces métaux furent l’objet dans tous les temps.

Cela posé : si pour échapper aux difficultés que présente « le Troc, » on dut s’attacher à « des produits » plus généralement « acceptables, » c’est-à-dire que nul ne refusera de prendi*e, même en quantité excédant ses besoins , par la certitude où l’on est de pouvoir se défaire « de cet excédant, » — ne sera-t-on pas logiquement conduit à abandonner ce qui pèche ici par quelque côté — Sel, Fer, Cuivre, pour donner la préférence « aux produits » qui ont, sous le rapport de l’écliangeabilité de . meilleurs litres?

La réponse ne saurait faire doute.

Par la force des choses, ou mieux, par la logique qui mène le monde avec les affaires, l’Or et l’Argent seront, on le voit, désignés à la faveur générale comme particulièrement doués de la puissance « d’Achat, » c’est-à-dire comme « Monnaie » d’essence supérieure. Bien mieux que le Fer ou le Sel, ces métaux pourront parcourir l’échelle « des prix >» si haut que l’on monte, en fait, « d’utilité » échangeables et si bas qu’on descende. La matière dont est faite ici la Monnaie, pour l’un comme pour l’autre métal , est d’une telle « rareté, » et elle implique des frais, des travaux tels, qu’il en faudra une quantité « moindre » que les produits jusque-là employés pour équivaloir aux choses de tout ordre, de toute importance qu’il s’agit de ' contre-échanger.

C’est ainsi qu’à volume égal, l’Argent, par exemple, condensera infiniment plus « d’utilité » généralement acceptée en troc, c’est-à-dire « échangeable » que le Sel , le Fer ou le Cuir. Et cela sera encore plus vrai de l’Or, vu qu’il coûte relativement plus cher que l’autre métal, outre qu’il est infiniment « rare. » On ira donc, dans ce système de Troc, plus haut qu’auparavant, la matière étant

bien moins encombrante et de plus facile earde sans perte aucune au surplus. De là suit qu'on ne saurait craindre d’en prendre un poids plus ou moins fort. Une

s agit mcime plus ici, comme pour le Sel, de consulter ses propres besoins pour savoir comment se défaire « de l’excedant. » Le luxe est le grand débouché incessamment ouvert par lequel s’écouleront les portions de substances aurifère , argentifère qui seront « de trop .comme instrument monétaire; et ce débouché, autant dire ce déversoir fait que nul n’est occupé ici que d’une seule chose •

« Vendre ,1 ce qu’il a d’inutile pour pouvoir, . avec . l’.ir-

gentou l’Or obtenus en retour, «Acheter . ce qui lui fera besoin ou envie.

Donc nul ne regarde « aux quantités » plus ou moins grandes de mêlai qu’ii recevra, que pour s’assurer si ces quantités correspondent en poids à ce qu’il peut exiger comme . équivalent . de ce qu’il donne ^

Et de rnême qu’en usant ici de i’un ou de i’autre métal on traita de plus grosses affaires qu’auparavant, puisque sous . un moindre .. voiume la matière condense re\ltivement plus « d’ulilité » échangeable qu’en usant de Sel

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nn a, ^ ‘i“e renferment ,, d’utilité .

P die de limailie de Fer, ou quelques grains de Sel’ Rien absolument. Au contraire, si peu que vous ayez de bmaille d Argent, d’Or en poudre, vous pourrez obtenir en retour quelque chose « d’utile. » Donc, l’un et l’autre métal renferment, si haut que i’on monte, et si bas que

ivxkf “"if P“‘ssance .< de Troc, . d’acquisition qui

n existe nulle part ailleurs dans cette mesure.

double état à tous les points de vue, — Divisibilité extreme sans perte. Homogénéité , Inaltérabilité, Duree exceptionnelle, Puissance échangeable, enfin.

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d’un moindre volume — une Monnaie infiniment plus parfaite que les monnaies primilives qui avaient dû supprimer par « l’Échange » la plupart des obstacles inhérents « au Troc. »

On peut voir par cet exposé, où l’Échange ne se séparé pas d’une étude sur la Monnaie, que chacun tendit par « des produits » de plus en plus généralement « acceptables » à obtenir, en retonr de ce qu’il pouvait avoir « de trop » et partant d’inutile, ce dont il pourrait « manquer. » Cette idée de recourir à des produits plus généralement reçus « en Troc « est le fondement même de la Monnaie suivant qu’il sera plus amplement établi.

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