‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 34 sur 60 · XIX* INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XIX* INSTRUCTION

DE l’Échange et de la monnaie

( Suite )

I, La Monnaie, produit essentiellement utilisable. — II. Comment elle est un simple intermédiaire. — III. Des Prix, ou expression, en Monnaie, de la Valeur relative des utilités.

La Monnaie présente cela de « fondamental, » on l’a dit en terminant la dernière instruction , qu elle consiste en un produit généralement « utilisable » c est-a-dire plus que tout autre chose susceptible d’etre aisément accepté en retour de ce qu’on abandonne. Celui qui consent à « troquer » pour l’heure ce qu’il possède « en trop » contre un produit reçu, comme « Monnaie » — Sel , Cuir, Fer, et finalement de l’Or ou de l’Argent sous forme de "’isques pouvant passer de main en main, — sait à n en

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pas douter , qu’alors même que tout ou partie de « ces produits » lui seraient complètement « inutiles , » il parviendra aisément, tôt ou tard, à s’en défaire, de façon à obtenir lui-même par un deuxième « Troc •> quelqu’une des choses qu’il aura en vue.

Comme je l’ai dit, et ceci rend exactement la pensée «lu’il importe ici de préciser, l’homme qui se contente « provisoirement » d’un produit ((u’il ne saurait employer à son usage personnel , sait fort bien que dans ces conditions, « Vendeur» aujourd’hui, il pourra être « Acheteur » demain grâce à l’emploi de ce Produit-monnaie. De même qu il (( l’accepta » sans difficultés, il n’aura pas de peine à le faire « accepter » tôt ou tard.

Tel est, je le répète, le sentiment qui fut déterminant chez le « Vendeur. » — Mais sur quoi repose cette conviction; d’où part-elle, si l’on veut remonter ici de l’effet à d la cause? Sur quoi s’appuie, enfin, l’individu qui se montre d’assez bonne composition pour croire qu’il lu^ sera facile » de compléter» ultérieurement ce Troc par une deuxième opération? Cette conviction provient simplement de l’idée où est notre homme que le Produit par lui « accepté » est généralement tenu pour » utilisable, »

c’est-à-dire qu’il répond à quelque Besoin sur lequel tous sont d’accord.

L’Or , l’Argent en pièces monnayées ou en lingots ne sont d’aucune « utilité » à la plupart des personnes qui consentent a « les accepter » en retour de quelque autre Produit ou d’un simple Service. Mais ceux qui s’en contentent savent de science certaine fondée sur un long usage, que si, « personnellement, » ils n’ont aucun besoin de certaines quantités de l’un ou de l’autre métal et s’ils n’en sauraient tirer pour eux-mêmes parti, d’autres ne sont point dans le même cas. La pratique des affaires leur a appris, par exemple, que « le Luxe » aidé de l’orfé-

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vrerie et des arts, est l’Acheteur constant, autant dire l’orifice, par où s’écoulent journellement ces métaux précieux pour répondre, sous forme de vases, d’ornements, de bijoux, aux exigences et aux fantaisies de ceux qui les recherchent.

Ces Produits-Monnaie sont donc généralement tenus pour « utilisables » dans le monde des alfaires. Et si « la Monnaie » faite de substance aurifère ou argentifère ne condense pas, comme le Sel, le Fer ou le Cuir, un genre « d’utilité >> qui s’adapte journellement aux besoins ordinaires et immédiats de la vie, elle rachète et compense, on l’a pu voir, ces désavantages par des propriétés autres, fort appréciées et dont manquent absolument les produits ci-dessus rappelés. Gela est si vrai , que sous cette forme, dans des conditions meilleures « d’Homogénéité » parfaite, « d’inaltérabilité » et partant de durée, « de Divisibilité » extrême, enfin, sans perte ni déchet, « la Monnaie» obtiendra une faveur qui, élargissant comme jamais auparavant, le cercle infime du Troc, lui fera trouver tout facile et particulièrement expéditif.

Donc, il est vrai de dire, non-seulement qu’on part dans 1 institution de la Monnaie « de l’utilité » reconnue des produits qui remplissent ce iVde, mais que la propriété de pouvoir être un jour ou l’autre « utilisés » est, en quelque sorte la base « de l’acceptabilité » à laquelle chacun croit ici et se prête incessamment.

D’où il faut conclure, en terminant sur ce premier aspect des choses, que là où il n’y a pas trace « d’utilité » généralement reconnue, c’est-à-dire où l’on ne rencontre pas « un produit » éminemment « utilisable, » il n’existe et ne saurait exister « de monnaie » ou moyen pratique « (l’Achat. » Non-seulement nous le répétons , c’est là une vérité fondamentale, mais l’histoire prouve en divers pays que c’est pour l’avoir méconnue qu’on dut aboutir

à des difficultés pleines de mécomptes. C’est ce qui sera rendu sensible en avançant dans cette étude. On verra surtout comment , alors (lue la Monnaie est portée à son point de perfection, et (lue son service est particulièrement facile, à ce point , qu’elle n’apparaît dans l’Échange que comme un simple « intermédiaire, » l’illusion est telle à cet égard , qu’elle fera perdre de vue le tait qui forme ici point de départ.

Que la Monnaie, sous figure de produit évaluable, constitue un simple intermédiaire ou moyen d’Échange.

Ce n’est pas pour « la garder » indéfiniment, pour l’appliquer , comme dans le « Troc » à un usage personnel , à ses Besoins qu’on accepte le produit— Or, ou Argent — dont est faite la Monnaie portée à son point de perfection. Non; « le Produit » est simplement pris ici comme « instrument » d’achat, suivant que cela a été exposé, et celui qui s’en contente, pour l’heure, compte pouvoir s’en défaire , à un moment donné , de façon à se procurer « avec » ces quelques pièces monnayées , ce qu’il lui arrivera de désirer.

\' oici comment les choses se passent dans tout échange ; il n’est pas sans utilité de rendre cela pratiquement sensible.

Alors qu’il s’agissait « du Troc » pur et simple, avec les nombreuses difficultés qui en sont inséparables , l’on a pu voir notamment l’embarras que soulève tout marché ([ui porte et roule sur des corps certains: des meubles, des outils et ustensiles, des bêtes de somme ou de labour recherchées pour les services qu’on pourrait en attendre. Par cela même que de tels objets sont considérés, abstrac-

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tion faite de toute « divisibilité , » en d’autres termes, dès qu’ils doivent rester ce qu’ils sont et qu’ils constituent des « individualités » définies , il faut , pour que le Troc d un bœuf contre un cheval , par exemple, puisse aboutir , que les deux termes se fassent équilibre dans l’esprit de ceux qui veulent traiter ensemble. Il existe, sans doute, quelque moyen « d’égaliser » les choses par voie de « soldes » tirés d’autres utilités: mais, la difficulté ne ferait souvent que se. déplacer à ce compte. Et celui à qui on offrait un peu de'blé ou d’orge pour compenser, eu égard « h l’equivalence, » ce que laissait h désirer, dans le cas présent, le cheval, pouvait se refuser par plus d’un motif à ce

moyen « d’égaliser » les choses.

Voilà donc mis en présence deux particuliers , A et B (jui, désireux d’avoir, — l’un, A, le cheval qui lui est nécessaire alors ([u’il a plus de bœufs qu’il ne lui en faut, ce dont B manque avec quelques chevaux en exces, - peuvent parfaitement échanger ensemble ce qu’ils ont « de trop. » Seulement la difficulté sera des plus grandes, vu (lue dans leur esprit, les objets dont il s’agit sont loin

d’être équivalents.

Tel est, de première face, l’aspect des choses sous le régime particulièrement embarassant « du Troc. » Mais dès qu’on passe , grâce à la Monnaie , sur le terrain de l’Échange , U n’en est plus ainsi. Mettons , pour un moment, en regard , A, le possesseur de quelques bœufs et B l’individu qui a plus de chevaux qu’il ne lui en faut. La situation sera celle-ci : l’article possédé en trop par ceux (lui voudraient pouvoir traiter ensemble et qui ne parviennent pas à se mettre d’accord est désigné par un

exposant comme suit ;

Cela reconnu, qu’un troisième personnage, G, se pie-

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sente sur ce même Marché ; et que le nouvel arrivant qui désire un cheval absolument comme A, soit, à la différence de ce dernier, possesseur d’un « troisième » produit ou marchandise tierce ,, comme on disait dans l’Antiquité, produit qui remplit, à titre « de Monnaie, » le rôle d’instrument « d’Échange. » La situation va devenir autre. C’est ainsi que B devra bien plus facilement qu’avant pouvoir obtenir l’im des bœufs que A possède en trop. Voici presque aussitôt, par suite de l’arrivée de C, possesseur en quantité suffisante de la Monnaie qu’il sait ici être nécessaire , le nouvel aspect que prendra le Marché. C, avec sa Monnaie, occupe ici naturellement la place du milieu, puisqu’il arrive armé du troisième élément ou terme, qui va faciliter les choses. Soit donc :

A® — Cm — B*’

Voilà dès lors C qui, grâce à « la Monnaie » dont il dispose , pourra entrer à son tour en marché avec B pour lui « acheter » un de ses chevaux. On discute , on débat plus ou moins longtemps « la quantité » de produit-Monnaie que C devra abandonner pour avoir un des chevaux (pie l’autre est tout disposé « à vendre » puisqu’il en a « un excédant. » Mais comme B sait à n’en pas douter, « qu’avec » la Monnaie obtenue, en retour d’un de ses chevaux , il lui sera infiniment plus facile qu’auparavant de se procurer le bœuf dont « il manque, » tout le porte à se montrer plus traitable.

Donc , après avoir bien discuté , après avoir même obtenu de G qu’il abandonne un peu plus de son produit- Monnaie qu’il n’avait d’abord offert , — chose facile » puisque la Monnaie est par essence « Divisible » et que c’est une des propriétés qui font généralement « accepter » la substance dont elle est faite , — Ton s’accorde.

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tioii faite de toute « divisibilité , » en d’autres termes, dès qu’ils doivent rester ce qu’ils sont et qu’ils constituent des « individualités » définies , il faut, pour que le Troc d’un bœuf contre un cheval , par exemple, puisse aboutir , que les deux termes se fassent équilibre dans l’esprit de ceux qui veulent traiter ensemble. Il existe, sans doute, quelque moyen « d’égaliser » les choses par voie de « soldes » tirés d’autres utilités: mais, la difficulté ne ferait souvent que se, déplacer à ce compte. Et celui à qui on offrait un peu de blé ou d’orge pour compenser, eu égard « à l’équivalence, » ce que laissait à désirer, dans le cas présent, le cheval, pouvait se refuser par plus d’un motif à ce moyen « d’égaliser » les choses.

Voilà donc mis en présence deux particuliers , A et B qui, désireux d’avoir, — l’un, A, le cheval qui lui est nécessaire alors (lu’il a plus de bœufs qu’il ne lui en faut , ce dont B manque avec quehiues chevaux en excès, — peuvent parfaitement échanger ensemble ce qu’ils ont « de trop. » Seulement la difficulté sera des plus grandes, vu que dans leur esprit, les objets dont il s’agit sont loin d’être équivalents.

Tel est, de première face, l’aspect des choses sous le régime particulièrement embarassant « du Troc. » Mais dès qu’on passe , grâce à la Monnaie , sur le terrain de l’Échange , il n’en est plus ainsi. Mettons , pour un moment, en regard , A, le possesseur de quelques bœufs et B , l’individu qui a plus de chevaux qu’il ne lui en faut. La situation sera celle-ci: l’article possédé en trop par ceux qui voudraient pouvoir traiter ensemble et qui ne parviennent pas à se mettre d’accord est désigné par un exposant comme suit :

Ab — B*^

Cela reconnu , qu’un troisième personnage , C , se pré-

sente sur ce même Marché; et que le nouvel arrivant qui désire un cheval absolument comme A, soit, à la différence de ce dernier, possesseur d’un « troisième » produit ou marchandise tierce, comme on disait dans 1 Antiquité, produit qui remplit, à titre « de Monnaie, « le rôle d’instrument « d’Échange. » La situation va devenir autre. C’est ainsi que B devra bien plus facilement qu’avant pouvoir obtenir l’un des bœufs que A possède en trop. Voici presque aussitôt, par suite de l’arrivée de C, possesseur en quantité suffisante de la Monnaie (^u il sait ici être nécessaire , le nouvel aspect que prendra le Marché. C, avec sa Monnaie, occupe ici naturellement la place du milieu , puisqu’il arrive arme du troisième élément ou terme, qui va faciliter les choses. Soit donc:

A.B Cm — B*--

Voilà dès lors C qui , grâce â « la Monnaie » dont il dispose , pourra entrer à son tour en marché avec B pour lui « acheter » un de ses chevaux. On discute , on débat plus ou moins longtemps « la quantité » de produit-Monnaie que C devra abandonner pour avoir un des chevaux que l’autre est tout disposé « à vendre » puisqu’il en a « un excédant. » Mais comme B sait à n’en pas douter, « qu’avec » la Monnaie obtenue, en retour d’un de ses chevaux , il lui sera infiniment plus facile qu’auparavant de se procurer le bœuf dont « il manque, » tout le porte à se montrer plus traitable.

Donc , après avoir bien discuté , après avoir même obtenu de C qu’il abandonne un peu plus de son produit- Monnaie qu'il n’avait d’abord offert , — chose facile » puisque la Monnaie est par essence « Divisible » et que c’est une des propriétés qui font généralement « accepter » la substance dont elle est faite , — Ton s’accorde.

COURS d’économie industrielle.

G prend et emmène l’un des chevaux que B avait l’intention de vendre, et il disparaît.

Restent en face l’un de l’autre, comme auparavant mais dans des conditions fort différentes , A et B. Celuici , par exemple , a toujours besoin d’an bœuf; mais il a , au lieu et place du cheval qu’il possédait « en trop, » assez de monnaie M , pour pouvoir acheter l’un des bœufs de A ou à défaut celui d’un autre. Voici l’aspect nouveau que présentera le Marché :

Ab - Bm’

Or, maintenant que B s’est défait de l’animal qu’il n’eût jamais pu parvenir peut-être à échanger but à but contre un des bœufs que A avait « en excédant, » — qui pourrait l’empêcher de chercher à traiter avec ce dernier pour un des bœufs dont il ne doit pas demander mieux que de se défaire? Pourquoi , surtout A ne ferait-il pas ici le même raisonnement qui conduisit B « à vendre » son cheval à G afin de pouvoir se procurer, « avec » le produit-Monnaie qu’on lui offrait et qu’il savait « généralement » acceptable , la chose dont il manquait ? La situation, le Besoin, le Produit offert comme « moyen » plus facile «.de Troc » successif, c’est-à-dire d’échange étant les mêmes, le raisonnement de A doit être absolument pareil. B donnera plus ou moins « de Monnaie » pour avoir un des bœufs qu’il convoite ; mais comme le maître du bœuf n'ignore pas que B, en s’aidant de « sa Monnaie, peut traiter facilement avec d’autres possesseurs de bé- Jtail, Ab ne perdra certes point par sa tante l’occasion: 1® de se défaire d’un animal qui lui est à charge ; 2® de se procurer avec le produit de cette « vente » ce dont il a Besoin.

Et les choses arrivées à ce point , la Monnaie de G sera passée successivement de celui-ci dans les mains de B ,

des mains de B dans celles de A, en attendant le jour prochain où elle passera aux mains d’un quatrième individu, D, qui a plus qu’il ne lui faut de chevaux, et qui ne demande pas mieux que « d’en vendre » un pour pouvoir à son tour, se procurer ce dont « il manque. » D’où des passages successifs et transmigrations de la Monnaie comme suit :

G» B«’ A“” D«’” etc.

La Monnaie exécute, d’ailleurs, comme simple « intermédiaire » un trajet en sens inverse « des utilités » qu’elle tu incessamment circuler. — Si elle sert à « acheter, » à droite, le cheval de B, ce cheval se rend en G, c’est-àdire à gauche, pendant qu’elle s’avance en sens opposé. Si, maintenant, B traite argent en main, avec A du Prix d’un de ses bœufs, la Monnaie revenant sur ses pas se dirige vers la gauche, c’est-à-dire en A, pendant que l’un des bœufs possédés par celui-ci se rend en B , c’est-àdire à droite. Mais dans quelque sens qu’opère « la Monnaie, » quelque direction qu’elle prenne, son rôle est toujours celui d’un intermédiaire. » En d’autres termes, c’est celui d’un « Produit >■. qu’on prend , non pour luimême et pour se l’approprier, — mais pour pouvoir « AVEC » cela, obtenir ce qu’on désire.

Toutefois, il y aurait un certain danger à forcer le sens de cette remariiue appliquée à la Monnaie. G’est ici surtout qu’il faut montrer , en entrant plus avant dans l’examen théorique de certaines vérités, ce qu’elles impliquent de délicatesse, on pourrait presque dire ce qu’elles cachent de difficulté sérieuse. — L’bomme périeur qui, à travers des fautes nées de Teàprit e’t des entraînements de son temps, donna s^ir la Monnaie comme sur le Grédit des enseignements dont jvhus d’un qui l’insulte et le raille, de nos jours, sut pro-ùter, Law

émet à ce propos , une doctrine contre laquelle on doit être en gai‘de. Elle avait le tort de grandir « rinterinédiaire, » aux dépens du Produit « utilisable. » — Voici comme.

« La Monnaie, remarque l’auteur du Système en ses Considérations sur le numéraire^ n’est pas la valeur pour laquelle les marchandises sont échangées, mais par laquelle les marchandises sont échangées (1). »

Ce qui est vrai , c’est que la Monnaie est l’imc et l’autre chose. Elle n’est meme « un moyen » d’Échange , c’est-àdire l’intermédiaire « par » lequel on arrivait à triompher des divers embarras dont le « Troc » est comme hérissé , que parce que sa substance est éminemment « utilisable » d’une part, et que, de l’autre, le prix qu’on y attache pour ses propriétés exceptionnelles lait qu’elle est généralement « acceptée , » c’est-à-dire échangeable. Si Law eut le tort d’exagérer ici le rôle « de rintermédiaire, » et de taire abstraction de ce que le choix de la substance dont est faite la Monnaie a de déterminant comme « produit» utilisable généralement reconnu, — d’autres s’exagérant les propriétés de la substance ainsi choisie, ont abouti à cette conclusion fausse qui leur fera voir , bien moins dans l’Or ou dans l’Argent, « un Instrument » d’Échange que le type accompli et, en quelque sorte, im-

muable de « la Valeur. » Rien de plus ordinaire en un sujet de si subtil examen, — tant les aspects en sont nombreux et l’essence par cela même complexe , que de voir négliger l’un de ces aspects.

M) L’éminent financier s’exprimait avec beaucoup plus de Justesse quelques pages auu* qu’il disait (nous faisons ici abstraction de l’idée de mesure sur laquelle il y aui,"a à ^evenll^ ;

« La ^-lonnaie est 'a mesure par laquelle on évalue les marchandises et la Valeur POUR laquenj0 ejjes sont échangées. »

Rien ne

voir comûe ces contradictions à quel point U est facile de s’égarer

en un tel sujet^

C’est pour n’avoir vu dans l’emploi de certains produits qu un moj^en d échangé ou « intermédiaire » incessamment destiné à passer de main en main et ne laissant nulle trace de son passage qu’on en vint à regarder comme indilïérent le choix de la substance monétaire. — Qu’importe que ce « moyen » d’échange ou medium circulans fut d’Or, de Cui\ie surfait ou simplement un Papier à vignettes, du moment qu on ne prenait pas la Monnaie « pour » elle-même, mais dans 1 intention de s’en défaire à un moment donné? Chacun dut bientôt penser ainsi, à cet égard. Autant se servir de la première chose venue pouvant, sans s’user trop vite dans un tel service, opérer, comme agent de

transport, la transmission des utilités de celui-ci à celuilà.

« Dans tout « Échange » comprenant une vente et un achat à l’aide de « la Monnaie » de même que dans « le Troc » ce qui se contr’ échangeait véritablement et ce que chacun avait eu en vue, ce n’est pas « la Monnaie » en quo^ qu’elle consiste, mais bien tel produit ou tel service constituant ici « une disponibilité » à charge et plus loin la chose dont on manque.

Lorsque A et B, dont il vient d’être parlé et qui « manquent » l’un d’un cheval, l’autre d’un bœuf, parviennent par (( l'entremise » de C, détenteur d’un poids d’or ou d argent monnayés suffisant, à se procurer l’animal qu’ils lechei client, ce qu ils ont filialement « troqué, » ce n’est pas, de la Monnaie, mais bien. A, — un de ses bœufs contre un cheval, et B, l’un des chevaux qu’il avait « en Trop » contre un des bœufs possédés par A et qui était recherché par le susdit B. — De Monnaie, nulle trace ; —

d où suit qu’elle « marqua » comme une fiche le Troc accompli?...

La Monnaie, a ce compte, serait donc simplement « le signe » de ce qui s’échangeait véritablement. Et comme dit

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Law, ce n’est pas « pour» elle-même qu’on la prend, mais comme « moyen » d’échange, c’est-à-dire, vu que « par » elle tout Troc est infiniment plus facilité.- — Sans doute, ce n’est pas « pour » soi-même qu’on prit, soit « un excédant » de Sel, soit des espèces d’Or, d’Argent dont on n’a que faire ; mais si personnellement l’on ne saurait « utiliser » ces choses, comme cela rentre dans la classer des utilités » généralement reconnues, outre qu’elles ne s’acquièrent pas gratuitement puisqu’il y entre du travail, du temps dépensé, le produit-Monnaie répond par cela même aux besoins de quelqu'un qui « l’utilisera » un jour ou l’autre, c’est-à-dire qui le prendra, non plus comme « Monnaie, » mais « pour » le garder et s’en servir.

Tel est « l’acheteur » du vase, du bijou d’or ou d’argent dont la Monnaie forme le fonds et se trouve avoir fourni la substance. Il n’est donc pas vrai de prétendre que la matière dont elle est faite n’entre en nulle considération

dans une « acceptabilité » plus ou moins grande. Son rôle est, par le fait, celui « d’un intermédiaire » auquel est dû le déplacement des Produits et des Services ; mais si c’est « par » elle qu’on triompha des difficultés incessantes du Troc, c’est aussi par suite de ce qu’elle constitue « un produit » utilisable, c’est-à-dire pour elle-même, et à raison des services que peut rendre sa propre « substance, » qu’on ne fait nulle difficulté de prendre, en retour d’autres utilités, cet agent monétaire. S’il ne représentait pas à son tour, pris dans « son essence, >> un genre d’utilité, nul ne consentirait à faire « un tel Troc. »

Nous n’entrerons pas dans le détail des funestes applications qu’amena trop souvent l’erreur ([u’on commettait sur le rôle et l’essence de la Monnaie. Dès que « le Signe » consistant, généralement, en papier dit Papier-Monnaie ou en métal monnayé surfait, tient lieu « de produit » utilisable, c’est-à-dire venant faire équilibre « aux utilités »

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contre-échangées, on dut l’employer abusivement. Rien qu on incline a prodiguer, comme ce qui ne coûte presque rien, surtout quand cela sert à obtenir ce qui a coûté infiniment davantage. C’était le vol érigé en principe; car si la toute aveuglee et ignorante se laisse prendre un instant à ce mirage, celui qui, le premier, usait de ce « moyen » fallacieux d’echange ne se faisait aucune illusion sur ce qu 11 recelait de faux, d’inconsistant. Il n’ignorait pas que, dans ce système, l’Échange, ou mieux « le Troc » était purement nominal. L’un abandonne, en etfet, quelque

chose pour ne recevoir rien en retour, ou beaucoup moins qu il n a cede du sien.

Pour faire justice d’un si dangereux usage de l’agent monétaire, on a parfois prétendu que la Monnaie est un « Signe . de la valeur, en m(me le-:ps qu’elle en serait .< le Oage. » L’eclaircissement n’est pas heureux. La Monnaie n est pas plus . un Signe » qu’elle n’est un gage . et qu’on serait ainsi assuré que « la Valeur » réside en 1 Echange. Comme tout autre produit « utilisahie » et qui n est pas .< gratuitement . fourni à l’homme en quantité ilhmitee, ce Produit condense, à plus ou moins hante dose

maisparfaitementéqnivalente.delapuissance échangeable’

c est-à-dire de la Valeur. Laissons donc là, une fois pour toutes, « le Signe » et le langage figuré.

Quant à être simplement un Gage de valeurs contreechaugees, la substance dont est faile toute Monnaie digne

plique du plus ou moins comparé à la chose qu'on est enu de donner ou de faire et qu’il est censé garantir. Tous les jours .1 arrive, notamment, que des marchandises données « en gage, . ou des biens hypothéqués sont vendus pour une somme moindre que la créance dont ils constituaient la garantie. Or, l’instrument monétaire, considéré comme produit « échangeable » ne rappelle en rien

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cela. Car la Monnaie, en quoi qu’elle consiste, — Sel, Fer, Or ou Argent, — n’est acceptée et acceptable que parce qu’elle est censée équivaloir, au point de vue du Troc, à la chose cédée en retour, c’est-à-dire « vendue. » Il n’est donc là nullement question « de gnge » de la Valeur, mais « de valeurs » se faisant équilibre. Sans cela point de « Troc, » c’est-à-dire ni vente, ni achat, puisque là où l’agent monétaire apparaît on est en plein dans l’Échange. »

Si nous insistons sur ces particularités , c’est qu’en une matière si parfaitement délicate , tout doit être, avec soin, ramené au sens exact des choses. Car les mots sont, ici plus qu’ailleurs , de grande conséquence dans l’application, suivant qu’il est prouvé par l’histoire. — La Monnaie, quelle qu’en soit la substance, fut, avant tout et pardessus tout , un produit utilisable. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle peut remplir son rôle « d’instrument » des échanges, c’est-à-dire d’intermédiaire. Non-seulement elle est par essence « un Produit, » mais pour être mise à son point de perfection, il faut que ce produit réunisse « des propriétés » telles, qu’il soit généralement « acceptable » en retour de ce qu’il achète, c’est-à-dire éminemment « échangeable. » C’est à quoi répondaient mieux que les monnaies primitives, l’Or, l’Argent monnayés, indistinctement, suivant qu’il sera établi en son lieu.

Ce n’est donc point uniquement « par » l’entremise de certaines substances monnayées que l’on arrive à échanger plus facilement ensemble les diverses « utilités » de l’ordre physique ou de Tordre moral ; c’est « pour » le parti, c’està-dire l’utilité qui se peut tirer de ces mêmes substances qu’on devra généralement s’en contenter, en retour de ce qu’on donne sur le pied de la plus parfaite « équivalence, » autant dire d’un Troc perfectionné.

Comme il ressort de cela même, que la matière dont est faite la Monnaie est un produit « évaluable, » le moment

III* PARTIE. — DES instruments DE PRODUCTION. 293

est venu de montrer comment TOr, l’Argent monnayés correspondent en quantités proportionnelles, dites» Prix, »

à la puissance d’échange des biens de toute sorte et de tout ordre.

Des prix, ou valeur « relative » des clioses qui forment

le fonds des échanges.

Puisque la substance monétaire, en quoi qu’elle consiste , remplit , comme produit généralement acceptable en Troc, le rôle « d’intermédiaire » dans l’Échange, il suit de là que la Monnaie est un terme « de rappoid » commun ou de comparaison entre les utilités diverses pouvant être contre-échaugées.

Les quantités « ou poids » qu’on recevra de telle substance monétaire, en retour de ce qu’on abandonne, marqueront, dès lors, le degré « d’échangeabilité » des utilités cédées , non-seulement eu égard au Troc dont la Monnaie est un des facteurs, mais quant à tout le reste, puisque la Monnaie est un terme de rapport « commun. »

« Ces poids » ou quantités de substance monnayée formelont ce qu on nomme « les Prix. » On doit donc entendre par PRIX, un poids d’Orou d’Argent monnayé qui traduit la puissance d’échange ou valeur « relative » d’une utilité donnée. Voici qui peut donner une idée assez exacte de cet agencement général des Prix :

Le blé , par exemple , se vend un jour 23 francs Thectoliti e, pendant qu à cote de la on a pour la même somme, tout compte tenu de ce que «Valent, » relativement TOr, l’Argent monnayés, — deux hectolitres de maïs. Supposez , en outre , que dans le même temps la journée de l’ouvrier tilateur ou autre ressorte à 4 francs. Voici dans quel rapport « de Valeur, » c’est-à-dire d’échangeabilité au

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