XX-» INSTRUCTION
DE l’Échange et de la monnaie
(Suite)
1. Des divisions et du surhaussement de la Monnaie. — II. De la valeur relative de l’Or et de l’Argent. — III. De l’Étalon monétaire ou Mesure prétendue de la Valeur. — IV. Jeu de l’Offre et de la Demande.
J’ai dû m’appliquer, en premier lieu, dans l’exposé qui précède à faire voir comment, le jour où la Monnaie s’introduit dans les affaires, on part, pour résoudre la plupart des difficultés qu’oppose « le Troc, b de produits éminemment utilisables : Sel, Fer, Cuir, notamment. Par l’emploi de Produits si généralement « acceptables » en retour d’autres utilités, l’Échange se substituait au Troc. En d’autres termes, ces mêmes produits étant pris le plus souvent comme « moyen b d’achat plus ou moins prochain, passeront à l’état de « Monnaie » ou Instrument général de Trocs successifs , car c’est là ce qui arrive. D’où suit que sur ce terrain , les mots : Produit plus généralement « acceptable b pour son utilité en retour d’autre chose, et «< Monnaie, » ou Instrument de Troc choisi comme général « intermédiaire, b sont des mots qui expriment la même idée.
J’ai, d’autre part, fait remarquer que la substance qui forme le fonds de la monnaie est une substance par-dessus tout « utilisable, b Si cette substance, — Or, Argent, Fer, Cuir , Sel , — fut préférablement appelée à servir d’agent monétaire, c’est qu’elle parut, plus que toute autre chose, « acceptable » en Troc , c’est-à-dire douée de puissance « générale » d’acquisition.
Ceci» je le répète, est fondamental. Si l’on n’est bien pénétré de cette double vérité, l’on n’aura jamais sur la
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Monnaie d’idées claires et nettes, car ces vérités ne se séparent pas. C’est parce qu’on les isole , même au temps où nous sommes, qu’on aboutit à des difficultés sérieuses, de même qu’on tombait autrefois en des confusions donnant lieu aux plus grands désordres.
J’aurai occasion , dans le cours de ces dernières Instructions , à propos de'ce qu’on nomme , aujourd’hui encore , si improprement « l’Étalon monétaire , » de montrer comment, pour avoir perdu de vue le sens des choses an départ, c’est-à-dire alors que la Monnaie s’introduisait dans les affaires, on se livre à des applications, on s’épuise en tâtonnements qui ne prouvent que trop à quel point la lumière est peut faite chez quelques esprits sur le sujet qui nous occupe.
Pour le moment, j’ai à recbercber dans quelles conditions doit être construit l’appareil monétaire , ou, comme dirait M. Michel Chevalier, « la grande machine, » dont rOr et l’Argent forment, suivant qu’on le verra plus loin, indistinctement la substance. Ces conditions seront telles, en effet, que la Monnaie pourra aisément répondre, dans une échelle des plus étendues , c’est-à-dire par des « divisions » ou fractionnement de substance comme « poids » allant du fort au faible , aux nécessités aussi nombreuses ([ue diverses de l’Échange. C’est là qu’il deviendra de nouveau particulièrement sensible, selon la belle expression de Turgot, que toute monnaie « est marchandise. « Ce qui veut dire, que pour être fidèle à son rôle et pouvoir constituer un moyen suptM’ieur « de Troc, » il est nécessaire que la substance dont est faite la Monnaie, soit par elle-même « un équivalent, » c’est-à-dire un produit « acceptable » en retour des utilités qu’on abandonne pour les remplacer par d’autres.
Des divisions et du surhaussement de la Monnaie.
Pour que ITnstrument monétaire facilite, comme « équivalent » général des produits et des services, les échanges, en quoi que ces « utilités >> échangeables consistent, il faut que la substance, — Sel, Fer, Or ou Argent, — dont est faite « la Monnaie » se présente en quantités ou poids plus ou moins torts, autrement dit proportionnels à la puissance de Troc ou Valeur « relative » de ces mêmes utilités. C’est à ce cela que répondent, suivant qu’il a été observé, « les Prix » ou expression en Monnaie de cette Valeur comparée des utilités journellement objet de vente ou do louage, c est-a-dire échangeables. Ces Prix peuvent etre considérés, au point de vue du poids de substance monétaire, comme une série « *d’exposants » de ce que valent, comparés 1 un a l’autre, les Produits et les Services qui font la matière « de l’Echange. »
C’est ainsi, par exemple, que sous le régime du sel-Mon. naie, un poids donné de cette substance formera « le Prix » ou valeur d une certaine quantité de blé « comparée » à telle mesure de vin ou à tel autre produit, meuble, outil, vêtement. Si l’on donne, dans ce système, 100 de sel pour obtenir en poids 25 de ble, et que par ailleurs une mesure ou quantité de vin ne puisse « se troquer » que contre 50 de sel, il est clair qu’à ce compte « le prix » ou Valeur comparée d une quantité donnée de blé, ressortira « en sel » ou troisième produit, pris pour point de comparaison, au double de ce (lue représente, dans le même temps, telle quantité ou mesure de vin.
En d’autres termes : tel poids de blé « se troquant » contre 100 pesant de Sel, tandis qu’une quantité donnée de vin ne peut « se troquer » à l’heure même que contre la moitié de ce poids de Sel, on devra conclure de
ce fait, au point de vue « des Prix » ou valeur en Sel des deux produits , qu’un certain poids de l)lé représente « en la Monnaie « ici choisie , le double de ce que représente telle quantité de vin. Si cela ne dit rien au point de vue du mérite intrinsèque de chaque produit, cela dit beaucoup et dit tout ce qu’on voulait dire, au point de vue de leur puissance « de Troc » ou valeur relative exprimée en Monnaie.
Car, du moment que l’homme « subsiste » d’échanges , qu’il est constant, d’autre part, que « la Monnaie » est l’Instrument « nécessaire des Échanges; » que c’est « par elle » qu’on parvient, non-seulement à se procurer ce dont on manque en abandonnant ce qu’on a de trop, mais que « pour » obtenir cet instrument général d’Èchange ou moyen facile et assuré « d’acheter, de louer » ce ([ui fait besoin ou envie, on donne en retour plus ou moins de ce qu’on possède, — il suit de tout cela deux choses :
La première, que « plus » on obtient d’un produit-Monnaie pris pour Instrument général d’ac((uisilion, en retour de ce qu’on donne, — « plus » on pourra, par cela même» acquérir de ce qu’on peut avoir en vue tôt ou tard; plus dès lors la chose abandonnée « vaut, » puisqu’elle s’est traduite en une grande puissance « d’Échange » c’est-à-dire d’acquisition.
Puis la seconde conclusion à tirer de ce qui précède et qui, posée en thèse doit surtout être ici mise en relief : c’est que du moment que la chose troquée contre le produit-Monnaie procure plus ou moins de cet Instrument général «< d’acquisition, » de ce moment là, on peut dire que cette même chose condense, relativement à « tout le reste, » une plus ou moins grande Valeur ou puissance <( de Troc ^1). »
(1) Le mot « Échange » répond à une idée complexe. Dans une matière de si délicate et difficile élucidation , il faut simplifier en usant d’une technologie nette et
Donc, et dans le cas ci-dessus posé, « du Troc » de 100 de Sel contre un poids donné de blé, et de 50 de Sel seulement contre une certaine quantité de vin, ce qui est prouvé, en ce qui louche les quantités susdites comme Valeur « relative » ou puissance d’acquisition de chaque produit, c est que le lot de blé susdit, « vaut » plus que le vin mis en regard, car la quantité qu’on en donne procure « plus » de substance monétaire, et plus de choses dès lors pouvant etre achetées, louées, etc., que ne le pourrait faire, dans le même temps, telle « quantité » de vin.
Voilà ce (lu’on eut surtout ici en vue d’établir. Et c’est ainsi ([ue sur tel Marche, à un moment donné, « les prix » du blé et du vin seront respectivement fixés, — mesure pour mesure, a l’aide d’un troisième produit qui donne, sous figui’e (f de Monnaie » une juste idée « de leur Échangeabilité » ou puissance de Troc comparée.
« Les Prix » ou poids de substance monnayée, par cela meme qu ils traduisent la puissance « d’acijuisition » des utilités qui passent de celui-ci à celui-là, sont donc par essence « proportionnels » c’est-à-dire à l’échelle de ce <iue « Valent » respectivement ces mêmes utilités dans des ((uanlités données ou en lant que corps individualisés,
« certains, » comme on dit ailleurs. Il suit de là, que la substance dont la Monnaie est faite devra être éminemment « divisible, » vu la nécessité de descendre aux valeurs les plus infinies, suivant qu’on l’a dit, tout en s’élevant trèshaut dans certains cas.
Mais l’Or de même que l’Argent se recommandent, sous ce rapport, d'une façon toute particulière. Non-seulement, ainsi qu’on l’a pu entrevoir, la division mécanique s’opère sans difficulté pour l’un et l’aulre de ces métaux, mais ils sont éminemment divisibles sans perle, sans déchet, à ce
Claire outre qu’elle est prise de la nature des choses. - C’est ce qui me fait préférer le mot « Troc , » suivant une précédente remarque.
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point que les moindres parcelles expriment « de la Valeur » ou puissance de Troc, et parlant d’acquisition. Il n’en est ainsi, répétons-le, ni du Cuir, ni du Sel, ni du Fer lui-même. Leur abondance est telle comme « produit » facile à obtenir qu’il en faut une assez forte quantité ou poids pour « équivaloir » à ce que représentent des objets d importance et partant de valeur minime ; d’où suit qu’un faible poids de ces produits-Monnaie « équivaut » h presque rien, ou ce qui est la même chose fut dénué « de puissance »
d’acfiuisition.
L’Or, ainsi que l’Argent présenteraient plutôt le défaut contraire. Mais ce qui est certain , c’est qu’en si petite quantité qu’ils soient, ils condensent « de là Valeur » ou écliangeabilité.
Prenons , par exemple , l’Argent. Le boucher ([ui vient d’acheter un bœut pour en faire des parts de subsistance appropriées aux besoins de chacun , a dû donner en 1 roc un poids d’argent monnayé de 3 kilog. 1/2, représentant dans notre monnaie courante un nombre de francs ((ue Je supposerai de 700. Mais « la divisibililé » du métal-Monnaie est telle ici qu’on pourra en former df^s parcelles relativement on ne peut plus faibles, de façon a éciuivaloir, comme puissance « d’achat » ou de Troc a des portions minimes de viande. C’est ainsi que 2 gr. 1/2 de ce métal , soit le 1700“® du poids d’argent qu’a coûté l’animal pourra s’échanger contre une portion utilisable quoi- ([ue faible de substance alimentaire. On est donc ici monté très-haut à l’aide de la Monnaie dans ce qui constitue « la Valeur » ou puissance d’Èchange , de même qu’on est descendu très-bas. Il est douteux que 1 emploi du Sel ou du Fer en eussent fait autant. Dans le cas présent, on eût dû livrer pour «Prix » de ce meme bœuf> des masses de Monnaie parfaitement embarrassantes par leur volume même; tandis que dans maint autre cas, il se-
rait arrivé' que le poids de Sel, de Fer, la parcelle de Cuir offerts n’auraient pu descendre au-dessous d’une quantité donnée sans perdre aussitôt toute puissance d’acquisition ou valeur « relative. »
L’Argent sera donc ici « un diviseur » parfait au point de vue de « l’Échangeabililé , » car il servira à faire des parts ou portions minimes « utilisables , » de l’animal en question, parts contre lesquelles il sera échangé pour fournir plus tard au boucher « un moyen » nouveau d’acquisition.
Ce qu’on dit de l’Argent, on pourrait et on peut le dire de rOr. Pas plus que l’autre métal-Monnaie , il ne perd, en effet , « de sa valeur » ou puissance proportionnelle d’échange ensuite d’une divisibilité infime. Seulement, comme par les dépenses que son extraction , sa manipulation , son affinage nécessitent ; comme par son peu d’abondance dans la nature , comparativement à la richesse et au nombre des gîtes argentifères, l’Or condense, à volume « égal , » plus de puissance de Troc que l’Argent , suivant qu’on le verra bientôt, outre que cela est bien connu ; — s’il est vrai r[ue , même réduit en poudre , ce métal conserve un pouvoir exceptionnel « d’acquisition, » il est non moins vrai que la substance éminemment précieuse arrivée à cet état parcellaire ne saurait faire fonction « de Monnaie. »
L’une des qualités de tout outillage , et ceci s’applique au roi des Instimments figuré par la Monnaie , c’est d’être facilement maniable. Cela est même d’autant plus nécessaire, que « l’outil » dont il s’agit doit mettre en mouvement les utilités diverses. 11 faut donc qu’il se prête et se plie avec la plus grande facilité aux diverses évolulions de l’Échange. Or, si la substance monnayée et monnayable condense à tel point « de la Valeur, » sous un faible volume, qu’elle se troque surtout contre « des
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utilités » d’un grand prix pour tomber ensuite à l’état de parcelles peu ou point maniables comme Instrument « de Troc, » il est évident que l’emploi d’un pareil « outil » s’arrête là où il ne pourra plus « instrumenter. »
Tel fut à l’origine le cas de l’Or. — Avec lui , on dut sentir le besoin de recourir, comme auxiliaire, à un métal moins précieux «relativement» et pouvant, par cela même , descendre infiniment plus bas dans l’écbelle de la Valeur que n’aurait pu faire TOr monnayé. Cet auxiliaire , on le devine , ne sera autre que l’Argent. Et c’est ainsi que «l’appareil» monnétaire, en se complétant, verra s’étendre sa sphère d’empîoi, d’activité. — La puissance de ces deux « diviseurs » fut plus grande , puisqu’elle s’étendait à plus d’utilités, en haut comme en bas.
Mais ce qu’on remarque de TOr , on devra le dire à certains égards de l’Argent. Car lorsqu’on est descendu pour ce dernier « instrument » de Troc au cinquième d’un poids fixe de 5 grammes, tel que le figure la pièce dite de 20 centimes équivalant à la moindre fraction de notre Franc, il est évident qu’ici encore on a atteint l’extrême limite d’un Instrument monétaire maniable.
Et cependant, que d’atfaires traitées, que de produits utiles et échangeables au-dessous de la « Valeur » condensée dans le 5'"® du Franc ?... Outre l’impérieux besoin de ces échanges, que « d’appoints » nécessaires, par suite des nombreux fractionnements « de la Valeur, » ce qui force, par voie de décalque, en quelque sorte , « de fractionner » savamment la Monnaie , pour qu’elle soit faite à l’image des Utilités « échangeables « et qu’elle apparaisse, sous tous les angles en quelque façon, comme un parfait « é(piivalent? »
Ainsi s’explique l’intervention d’un deuxième auxiliaire, le Cuivre , à côté du monnayage de TOr et de l’Argent. Ce
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métal , à l’état de corps simple ou d’alliage , constituera , dans la construction de l’appareil monétaire, une sorte de pièce d’ajustage. Mais, si ce fut une nécessité que d’y recourir dans le jeu des échanges, Técueil, on Ta pu voir, est tout près de là , puisque le surhaussement de la Monnaie fait qu’on tombe ici en plein faux monnayage.
On sait que par l’emploi de la juonnaie « de billon, » le métal est surfait de moitié environ, eu égard à la valeur commerciale ou intiânsèque de la substance ici employée. Mais, dans le système d’une parfaite équivalence , on aboutissait à des pièces d’appoint démesurément lourdes. En sens inverse de ce qui a lieu pour la monnaie d’Or ou d’Argent, qui cesse d'être maniable dès que son poids descend au-dessous d’un gramme , le monnayage du Cuivre , sur le pied de ce qu’il vaut réellement eut fait de « cet Instrument » des échanges un outil particulièrement pesant , incommode dans la pratique. La pièce de 5 centimes eût dû être, comme dimension et comme poids, double environ de ce qu’elle est ; et quant à celle de 10 centimes, comme elle ne se serait pas beaucoup écartée du volume de Técu de 5 francs qui pèse 23 grammes, il eût fallu renoncer à la fabriquer. Cette Monnaie singulièrement lourde , encombrante aurait rappelé à certains égards celle de Sparte fabriquée, on le sait, non en vue des affaires et pour favoriser l’essor de la richesse par le Commerce, mais pour éloigner, au contraire, la population de toute pensée de trafic et lui inspirer à cet égard la plus grande aversion.
J’ai dit comment, d’une part, en limitant la fabrication de cette monnaie de Cuivre plus ou moins mélangé d’un autre métal, Tétain, qui coûte infiniment peu, — de l’autre en restreignant à un certain chitire les appoints, la Loi avait dû opposer une double barrière au faux monnayage. Ce qu’il importe, à ce propos, de faire voir
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partant de combattre , c’est la dangereuse pente à laquelle cèdent volontiers, en de tels cas, ceux qui voient bien moins dans la Monnaie un produit ou substance « évaluable, » en d’autres termes, une portion de la Richesse publique et privée « qu’un Instrument » de Troc. Dans ce système , la matière qui fait le fonds de la Monnaie importe médiocrement ; d’où suit qu’il n’y aurait pas à s’occuper, sous le double rapport du poids et « du titre, » de faire cadrer la dénomination, — Franc ou Livre, — avec l’essence des choses.
« Le Titre » exprime , on le sait , le degré de pureté des monnaies en général, c’est-à-dire dans ([uelle proportion se trouvent mélangés ou « alliés >> ensemble le métal. Or, Argent ou Cuivre, qui forme le principal fonds d’une pièce de monnaie, et la substance d’un prix moindre qu’on juge nécessaire d’y ajouter en cours de monnayage. Par exemple , notre monnaie d’ai’gent, où le cuivre entre pour 1/10« comme alliage, se trouve par suite « au Titre » de 9/10®s ou 900 millièmes de pur argent. C’est ce qu’on exprime généralement lorsqu’on dit que la Monnaie est à 9/10® <c de fin. » L’unité monétaire, chez nous, représentée par le Franc, ou poids de 5 grammes est constituée sur ce même pied; et quoiqu’on ait cru pouvoir parfois intérer de la Convention monétaire passée il y a quelques années avec divers États, « le titre » du Franc, au lieu de descendre à 835 millièmes, est resté ce qu’il était. Cet abaissement de titre a simplement trait aux pièces divisionnaires, et le Franc est bien toujours à 900/1,000™®®.
Lorsque le mélange des substances monnayées se tient dans les limites que lui assigne le bon conditionnement de la Monnaie ; qu’on ne fait pas plus entrer de cuivre, par exemple, dans la monétisation de l’argent qu’il n’en /aut pour donnei' à la pièce de monnaie plus de consistaiVce et faire qu’elle frafje moins, c’est-à-dire qu’elle perde \ .
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moins de son poids et du relief des empreintes par le frottement; comme la pratique de l’alliage se couvre ici de l’intérêt public, l’opinion ne fait pas difficulté d’accepter, dans des conditions dictées par la Nécessité, un Produit qui a le double mérite de faciliter les échanges et de représenter, dans la plus large mesure, « de la Valeur, » — c’est-à-dire une puissance d’Âchat proportionnelle de premier ordre.
Il en sera de même de l’alliage de cuivre et d’étain. Cela ne fera pas obstacle à ce qu’on accepte comme Monnaie auxiliaire, des pièces de bronze de 5, de 10 et de 1 centime, notablement surfaites. Nul ne se fait sans doute illusion ; et chacun se rend parfaitement compte que ces pièces, étant à bas « titre, >• c’est-à-dire formées de deux métaux de poids inégal, outre la valeur fort peu égale, le nombre de centimes ou « centièmes » inscrit sur chaque pièce est fort loin « d’équivaloir à 1 ou 5 centièmes « du Franc. » Mais comme on se reporte à la double nécessité de traiter, par ce moyen, des affaires relativement minimes en même temps qu’il est créé un instrument de Troc d’autant plus maniable qu’il est peu lourd ; comme, à la différence de ce qui s’est fait autrefois, la puissance publique ne songe pas à spéculer sur la fabrication des monnaies, soit en faisant varier incessamment « le titre, » soit en donnant aux pièces une valeur « nominale » supérieure à ce «{u’elles représenteni intrinsèquement, c’est-àdire considérées dans leur essence même, — le public n’hésite pas plus, je le répète, à accepter quelques centièmes en retour de ce qu’il donne, que s’il s’agissait d’argent ou d’or en quantités strictement « équivalentes » à ce dont on so défait.
L’opinion conclut, en effet, à bon droit de ces remarques et des limites auxquelles a dii s’astreindre « le surhaussement » ou surévaluation de la substance mon-
«■AintL-
nayée, que tout se tient, suivant qu’il a été dit, dans ce système, et que, du faible au fort, tout est relié par un lien puissant. Il n’y a dès lors aucune apparence que « les prix » changent , suivant qu’on devra délivrer , par un ou plusieurs centimes, des fractions « du Franc, » ou un nombre de francs plus ou moins grand en pièces d’Argent ou d Or. Non-seulement « les prix » qu’on exprime en francs ou en centièmes « surévalués » auront la même puissance « d’Achat » et partant le même pouvoir libératoire dès qu’il s’agit de dettes, mais comme il ne se mêle, nous le répétons, à cette façon de monnayage, aucune idée de lucre illicite par un artifice plus ou moins grossier, l’on ne songe plus à distinguer « le Franc » du franc,
comme on faisait auparavant pour « la Livre » de telle ou telle époque.
« Le -Franc » répond, en effet invariablement à un poids de 5 grammes dont 4,50 d’argent et 50 centièmes de Cuivre, autrement dit 1 dixième d’alliage. Le kilogramme, unité de poids métrique, ne saurait, par exemple, donner un jour 200 de ces francs du poids de 1,000 grammes , une autre fois 250 francs sinon 1,000 ou 2,000, suivant qu’il arriva fréquemment lorsqu’on « taillait » dans un marc d’argent du poids de 8 onces, 3 à 47 divisions de la Monnaie dites « Livres. » Non , ces variations ne sont plus possibles, et l’on peut compter en tout temps, c’est-à-dire payer en francs, sous et centimes « de même poids et titre. »
« Le franc » actuel, en effet, comme qualité et quantité de substance, comme degré de fin ou alliage, est de tout point identique au Franc de l’an XI , époque de la création. C’est ainsi qu’un kilogramme d’argent affiné à9/10“« fournit 200 de ces mêmes « francs » ni plus ni moins qu’il y a soixante ans. Dans le système , au contraire, où l’on fait abstraction de la substance même, c’est-à-dire du
produit éminemment échangeable , pour forcer le rôle et la puissance « d’échange » de la Monnaie , on croira pouvoir impunément modifier, soit « son titre, » soit « le
poids « des pièces ou Livres comprises dans le marc.
Par exemple , au regard « du titre , » c’est-à-dire du degré de pureté des pièces d’argent monnayées , il n’était pas rare de voir le cuivre entrer pour plus de moitié dans la composition de ces pièces. Dupré de Saint-Maur , dans son Essai sur les monnaies, en donne une preuve empruntée au xii® siècle qui mérite d’être citée.
Certain comte voulant indemniser le seigneur de Montpellier et ses vassaux du préjudice qu’ils avaient éprouvé par l affaiblissement des monnaies, — remarquez bien ceci, — et du reste en considération d’un prêt de 18,000 sous qui lui avait été fait, donne en fief à ce même seigneur le droit de battre monnaie « à perpétuité » en faisant subir aux pièces ou sous d’Argent dont 16 étaient « taillés » dans le marc, un alliage de plus de 3/4. C’est ainsi que le marc, au lieu de donner 16 divisions ou sous permettra d en avoir 48 , sans parler des droits de seigneuriage ou retenue qui font que 16 sous monnayés équivalent à peine à 4 sous d’argent fin. Ceux qui recevaient, sans pouvoir la refuser, cette monnaie où le Cuivre s’alliait par plus des 3/4 au métal Argent, étaient ici manifestement dépouillés d une partie de ce (|ui leur était dû. Car cela profitait surtout aux débiteurs.
Quant au détenteur de tout produit ou marchandise qui voulait s en défaire, il avait un moyen à peu près certain de rétablir l’équilibre de façon à ne pas souffrir de l’abaissement « du titre » de la Monnaie. C’était d’élever d’autant ses prétentions comme vendeur ou locateur « d’utilités » et il n’avait garde d’y manquer. « Les prix » étaient donc haussés en proportion de ce que la i^îonnaie perdait de sa valeur. Voici, par exemple, ce qu’ils deve-
mm
COURS d’économie industrielle.
naient , en assez peu de temps , comme par un accord tacite général, là où le Titre était affaibli ou altéré, en alliant à l’argent moitié de cuivre. Supposons que jusque là, le blé, le maïs, tel vêlement à l’usage de l’homme, sa chaussure, la journée d’ouvrier enfin, ou chiffre de son salaire soient, comme « prix » ou expression en monnaie courante de la Valeur « relative, » dans les termes suivants ou proportions arithmétiques :
Blé et maïs... B : M : : uA (argent) : 12A soit : : 2 : 1 Maïs et chaussure M : C : : 12A — : 8 A — : : 1.50 ; 1
Chaussure ,
vêtement... G : V ; : s A — : leA — : : 0.50 : 1
Vêtement, salaire V : S : : leA — : 4 A — : : 4 : 1
Voilà dans quel « rapport » comme Valeur ou puissance de « Troc >< se trouvent respectivement ces utilités diverses, au moment même où « le Franc , » unité monétaire de notre système , sera mis à bas titre par un mélange de cuivre que nous supposons être de moitié au lieu de 1/10“«. — Les créanciers seront spoliés immédiatement à concurrence de la 1/2 de ce qui leur revient, puisque la Monnaie de titre et poids légal ne saurait être refusée; mais il n’en est pas ainsi de ceux qui sont jusqu’à certain point libres de vendre ou de louer. Us feront « leurs prix « en conséquence, c’est-à-dire qu’ils élèveront d’autant leurs prétentions. — La raison de cela ? — Elle est fort simple , puisqu’ils ont lieu de croire ({ue , devenant à leur tour « acheteurs , » on fera vis-à-vis d’eux semblable chose.
Nous l’avons dit, et c’est le cas de le rappeler: on « ne troque » des produits ou des services contre de la Monnaie , que parce qu’on la croit généralement « accepable. » Vendeur, aujourd’hui on veut pouvoir être « par
elle » Acheteur demain. Conséquemment, chacun s’applique a égaliser ici le plus possible les choses , c’est-àdire qu’on ne voudra donner de ce qu’on possède « en tiop » que tout juste autant que représente, comme puissance « d’achat » le produit-Monnaie ici offert. En d’autres termes , puisque ce produit est « surévalué » de moitié , l’on exigera moitié plus , ou ce qui revient au même on donnera moitié « moins » qu’auparavant de ce qu’on entend louer ou vendre.
Les nouveaux prix devront donc, ici , se traduire par
des chiffres autres pour exprimer exactement , comme
toujours , la puisssance relative de Troc des utilités dont il s’agit :
Blé et mais... B : M : : aeA : igA soit toujours : : 2 : 1 Maïs , chaus-
M ; C : : içA : 12A — • • 1 KO • i
Chaussure ,
vêtement... C : V : ; i2A ; 24A — : ; o.50: 1
Vêtement, salaire V : S : : 24A : sA - ::A:\
« Le chiffre qui donne le Prix est different, mais « le rapport » de Valeur, entre les utilités échangeables, est resté absolument le même. C’est-à-dire que le produit- Monnaie « n’achète » pas plus qu’auparavant ce dont chacun peut avoir besoin ou qu’il désire. De cela découlent, en ce qui touche seulement l’altération profonde « du Titre, » les vérités suivantes bonnes à noter :
1“ C’est dans la substance qui fait le fonds de la Monnaie que réside essentiellement la puissance « de Troc » qui en fit « un équivalent » général hors ligne, c’est-à-dire
un « intermédiaire » plus ou moins apprécié , — « acceptable ; »
2 Toucher a la substance monnayée pour en altérer la qualité par un excès d’alliage, c’est toucher a tout. L’on
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change inutilement ainsi, en effet, l’aspect général « des Prix, » c’est-à-dire l’expression de la valeur relative « des utilités )) échangeables; celte « valeur relative » ou rapport de valeur reste ce qu’elle était ;
3” User de semblables pratiques, c’est se ménager des gains aussi éphémères qu’ils sont peu honnêtes ; car « les prix » ne sauraient tarder à se remeltre en équilibre malgré le trouble jeté pour un temps dans les affaires.
Ces abus s’étanl produits à l’occasion du fractionnement, c’est-à-dire des divisions de la Monnaie , c’était le cas non moins que le moment de montrer comment ils découlent de l’idée peu exacte qu’on se fait de son rôle. On sait , du reste, que « la Taille » de la Monnaie, c’est-àrdire le besoin de diviser le marc d’argent, du poids de 8 onces, en un certain nombre de livres, de sous et de deniers, donnait lieu à des variations non moins fréquentes et tout aussi déplorables. Dans l’espace d’une môme année, on put
compter ainsi jusqu’à huit ou dix changements, et le marc est divisé en un plus ou moins grand nombre de Livres, suivant qu’on passe d’un mois à l’autre.
Au quatorzième siècle , le 1" mai, le prix du marc d’argent payé à l’hôtel des monnaies ressort à 10 livres. Le 1®'' juillet suivant, on en donnera 12 livres. C’était faire subir à l’Unité monétaire une réduction d’un cinquième. Le U*" septembre de la même année , nouvelle modification en sens inverse. La Livre équivaut celte fois au environ du marc pesant d’argent, soit 6 livres 15 sous « taillées » dans le marc. Ce système se perpétue de siècle en siècle, •troublant les affaires et désolant par cela même la Production, puis([ue nul ne sait sur quel pied il pourra compter, c’est-à-dire acheter , louer et vendre , avec une Monnaie à ce point mobile.
Le dix-huitième siècle s’ouvre par des écarts, en fait de taille ou fractionnement monétaire, qui, partant de 34
me PARTIE. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 315
lü
livres au mois de janvier, portent en août suivant à 47 le nombre de pièces fournies par le marc. Puis, enfin, on arrive à 1714, année remarquable par le trouble jeté dans l’apncement de la Monnaie. Du mois de février à décembre, voici le nombre de Livres taillées dans le marc :
Février 41 livres 9 sous 5 deniers.
Avril 30 » 7 » 3 »
Octobre 36 » O » 0 »
Décembre 34 » 18 » 2 »
De tels changements ne pouvaient s’opérer sans jeter,
dans les affaires, le trouble qu’y eut dû causer, l’altération plus ou moins profonde « du titre » de la Monnaie. C’était, par une autre voie, c’est-à-dire en lui ôtant de son poids, lorsqu on augmentait le nombre des divisions du Marc , en diminuer « la Valeur » ou puissance relative d’achat! Aussi les particuliers, notamment l’homme du Négoce, laissant à l’écart cette monnaie changeante et partant dam gereuse , avaient pris le parti de ne traiter qu’en marcs pesants d or ou d argent. C’est ce dont témoigne un écrivain de l’époque. Secousse, lorsqu’il dit, dans la préface
mise en tcte de sa collection des Ordonnances des rois de France :
« Pour remédier à ces inconvénients , le public s’estoit accoustumé à ne plus contracter à livres et à sols, mais à marcs d’or ou d’argent, à florins ou autres espèces; c’està-dire, on ne disoit pas je vous preste 50 livres en monnoyes courantes, et vous me rendrez, dans un certain emps, cinquante livres qui auront cours alors; mais je vous preste tant de marcs d’or ou d’ai'gent et vous m’en rendrez autant; je vous preste une certaine quantité de
florins ou de bons gros tournois, et vous m’en rendrez le même nombre en nature. »
Rien ne prouve mieux à quel point l’Instrument monétaire , eu égard à la substance , doit constituer par-dessus
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tout « un Produit » doué de générale « équivalence » et qui puisse dès lors répondre , par des quantités ou poids proportionnels, à la Valeur des choses échangeables. — C’est parce que cela est trop généralement perdu de vue , suivant qu’il y aura lieu de le faire voir à propos de ce qui est si improprement nommé « l’étalon monétaire, » qu’on a dû s’étendre particulièrement à ce sujet.
Puisque « la Monnaie, » considérée dans la matière qui en fait le fonds , est chose incessamment « comparable (i) " ù tout le reste, au point de vue de la\aleur intrinsèque , et qu’elle constitue ainsi un terme « de rapport » général et constant, il va de soi que la chose « comparable » ou terme de rapport doit être semblable à ellemême, au double point de vue de la qualité et des quantités ou divisions de substance dont on part pour en former « les prix » par des poids proportionnels. Ce n’est qu’à cette condition que la Monnaie est un Instrument « de Troc » de quelque précision et que « les prix » sont à l’échelle « d’une valeur » incessamment mobile , au surplus. Mais si la Valeur change suivant l’heure et le lieu, le point de comparaison ou terme « de rapport » ne saurait changer sans qu’un trouble momentané affecte par cela même « les prix. » A ce double point de vue, c’est-à-dire \ comme « titre » et comme « taille » ou poids immuable de substance monnayée, on peut dire que notre monnaie est un instrument de Troc perfectionné.
Nous croyons inutile , en ce qui touche le fractionnement de cette monnaie , tant en or qu’en argent s’aidant comme pièce d’appoint du billon de bronze, d entrer dans des détails connus de chacun. — Disons seulement, pour résumer les points ou aspects généraux relatiis à notre monnaie , que l’appareil offre ce double caractère qu il
permet, avec l'un des métaux, l’Argent, heureusement relié à l’Or, de former des « poids » ronds dans le système métrique, en même temps qu’on figure, à l’aide de ce même métal monnayé « le prix » ou puissance échangeable des produits et des services en général. C’est ainsi que l’unité monétaire dite « Franc » est représentée par une pièce a du poids » de 5 grammes, laquelle « achète » une certaine quantité de sel, de sucre ou un simple jouet d’enfant, en même temps que ces 3 grammes peuvent servir à peser une dose pharmaceutique d’un prix délerminé. Le
double franc, ou dix grammes d’argent, va, d’autre part correspondre exactement aupoids d’une lettre dont le port est tarifé chez nous à 23 centimes. Et si l’on veut mettre dans les plateaux d’une balance, d’une part, 200 fi-ancs d’argent- Monnaie, de l’autre du cuivre sous forme de poids dit kilogramme, on verra que ces deux « poids » de métal se font parfaitement équilibre.
Comme le billon de bronze s’ajuste exactement dans ce système par « le poids » et par la taille avec l’argent monnayé, l’on arrive ainsi à former des séries de poids métriques parfaitement exacts, lorsquales pièces ne sont pas altérées par le frai. — Dans l’argent, 1 gramme est représenté par la pièce de 20 centimes , et ce même poids par un centime pour le bronze ou cuivre allié d’étain. Si 10 grammes de billon répondent à 10 centimes ou lO*^*® du Franc, 10 grammes d’argent correspondent à 200 centimes ou 200 grammes de bronze monnayé, autrement dit 2 francs. Enfin, 1,000 pièces de 1 centime donneront le kilogr., de même que 1,000 pièces du poids de 1 gramme d’argent, soit 20 centimes, forment un poids de 1 kilogr., ou 200 francs.
Nous ne pousserons pas plus loin ce genre d’aperçu dont le côté pratique devait être signalé. Ce qu’on dit pour l’Argent et le billon , il eût fallu pouvoir le faire
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pour l’Or. Le système eût été alors complet. Mais la nature des choses, telle qu’elle résulte de l’écart fragmentaire de valeur qui existe entre les deux métaux, lesquels sont ensemble, suivant qu’on le sait généralement, comme 1 est à 15 50 environ , opposa ici des obstacles qui ne pouvaient être surmontés qu’au prix d’inconvénients peut-être plus graves que le bien qu’on pouvait avoir en vue. Comme le remarque un maître éminent, dès qu’on voulut avoir à la fois des pièces d’or et d’argent exprimant « un nombre rond de Irancs , on n était plus maître du poids (1). » Aussi, la pièce de 20 francs en or et ses dérivés par 5 et 10 francs ne fournit plus , comme pour l’argent , des poids ronds métriques correspondants. Si , par exemple , l’écu de 5 francs donne tout juste un poids de 25 grammes , 20 fr., 10 fr., 5 fr. en or répondent à des poids fractionnaires de 6 gr. 45, 3 gr. 226 et 1 gr. 613 , qui n’ont nul rapport avec « la Taille » de l’argent.
Nous devons dire, en ce qui touche la pièce d’or de 5 fr., que cette façon de tailler la Monnaie viole le premier principe de tout monnayage qui consiste à fournir un Instrument d’achat facilement « maniable. » La ténuité de cette pièce est telle, qu’on répugne avec raison, à « accepter , » crainte de la perdre , une si déplorable coupure, outre que pour les comptables cela est plein de difficultés et d’ennuis.
Tout ce qu’on put faire en Tan XI , et Ton y réussit pleinement, c’était relier Tun à Tautre TOr et l’Argent monnayés en faisant que le Franc, « unité monétaire, » existât ici de même que là. C’était beaucoup sinon tout, faut-il dire. On put ainsi passer, à volonté, de Tun à Tautre métal soit comme acheteur, soit en acquittant ({uelque dette. Il arrivera, dans ce système, qu’on n’a véritable-
(i) Dictionnaire du Commerce et de la Navigation y art. Monnaie. — Guillaumin et éditeurs, Paris, 1861.
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ment « qu’une monnaie. » Elle fut sans doute d’aspect autre, d’essence « double; » mais le franc. Unité monétaire , qui exprime en réalité la même valeur , se retrouve ici et là, dans TÜr comme 'dans l’Argent. D’où suit que les deux substances monnayées expriment invariablement partout la même chose, en d’autres termes, quelles condensent une puissance « de troc » ou Valeur relative de tout point identique. »
Donc, puisiiue le terme « de rapport » au point de vue des valeurs comparées est « identiiiue , c’est-à-dire un — il n’v aura véritablement qu’une monnaie. — C’est ce qui sera du reste plus amplement établi en terminant.
De la valeur relative de TOr et de TArgeut.
Ces observations faites sur des points de premier ordre, tant le bon condilionnement de TInstrument des échanges , tient, d’une part, à la constante uniformité du point de comparaison ou terme « de rapport , » de Tautre , à la division plus ou moins heureuse de là substance choisie comme « éiiuivalent » général supérieur et hors ligne , — il reste peu de chose à dire sur « le rapport » de Valeur dans lequel peuvent être les métaux précieux utilisés généralement comme produits monnayés. Il a été déjà constaté qu’à volume égal , TOr condense « une valeur » qui est à celle de l’Argent comme 15 50 environ est à 1. En
d’autres termes , si un poids d’argent achète, par exemple, 1 hectolitre de blé , le même poids d’or achètera , dans le même temps , 15 50 hectolitres de ce même blé.
Ces rapports «de valeur» sont médiocrement instables, c’est-à-dire mobiles. Les deux métaux dont il s’agit ont même à toutes les époques tiré la faveur qui s’y attache et qui les fit préférer, comme « instrument » de Troc, de
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COURS d’économie industrielle.
cette circonstance ([u’ils se distinguaient entre les autres ;
produits ou substances par une grande stabilité ou « fixité »
de valeur « relative. » On peut donc dire , qu’ils se font in- |
cessamment équilibre comme valeur comparable, sous
des quantités ou poids qui varient, non-seulement moins
que les autres denrées ou substances, mais qui «varient»
fort peu dans une période de quelque étendue.
L’on ne pouvait dès lors mieux faire que de demander , à l’un ou à l’autre de ces métaux, le point de comparai- ' son ou terme « de rapport » constant des utilités en général pour ce qui est « de la valeur » ou puissance d’achat respective.
Ce rapport « de valeur » entre l’Or et l’Argent n’a, en effet, subi qu’un seul changement assez notable dans le cours des siècles. Gela est connu de tout le monde. Ce fut le jour où par la découverte du continent américain , l’Europe se trouva comme inondée par l’arrivage de substances aurifère et argentifère dont l’afilux fit non-seulement baisser le prix du métal , eu égard à tout le reste , mais (jui s’en vint modifier profondément leur valeur « relative. » Sans cloute, depuis lors cette valeur est loin d’être restée immuable, quand tout changeait autour d’elle ; mais l’histoire prouve que les dégradations sont à tel point ménagées , qu’elles furent presque insensibles dans le cours d’une longue période. S’il fallait fournir de cela quelque preuve, on n’aurait ici que le choix de l’époque dans un pays donné. Il faut surtout bien se garder de partir, en ce point, des altérations et surhaussements de monnaie dont le passé est riche en France , suivant qu’on l’a pu voir.
Pour se faire ici quelque idée juste, il n’est qu’une méthode. Il faut considérer l’écart de la valeur qui s’est produit entre l’Or et l’Argent depuis le jour où , ce qu’on nomme « prix , » s’en venait traduire en poids de l’une I
OU de l’autre substance monnayée la valeur « relative » de tout ce qui constitue le fonds de l’Échange. — Par exemple, en remontant pour nous jusqu’à l’an XI, époque de l’adoption de notre système décimal , le rapport de valeur des deux métaux n’a pas sensiblement « varié. » Aujourd’hui comme alors , et malgré la découverte des riches gîtes de la Californie et de l’Australie l’Or est à l’Argent comme 1350 est à l. Durant soixante ans, leur prix respectif a oscillé dans la mesure d’un 60"»® autour de ce prix qu’on dirait, en quelque sorte, « fixe. »
D’un autre côté, si l’on consulte les mercuriales empruntées au marché de Londres, ce grand marché de métaux précieux , suivant que le gouvernement des Pays- Bas l’a fait dans ces derniers temps , il est facile de voir que les maxîma et les minima relevés , dans une période de trente ans, confirment cet aperçu. Le plus haut prix, en effet , que l’Or ait atteint dans cet intervalle , eu égard à l’argent, n’excède pas 15 91 ; et, dans le même temps, sa valeur « relative » tombait à 15 20. C’est ainsi que, durant les dernières années qui viennnent de s’écouler on arrive à des moyennes comme 15 58 et 15 62.
Lorsqu’entre deux produits , le rapport de la valeur est à ce point peu instable , on peut dire que le métal-Monnaie, — qu’il s’agisse de l’Or ou de l’Argent ou même , comme il arrive chez nous de leur emploi simultané, — fournit « un moyen » d’échange ou terme « de rapport , » au point de vue des valeurs comparées et comparables , également exact (1).
D’où suit , selon qu’il sera plus amplement exposé dans la prochaine Instruction, qu’il n’existe aucun juste motif d’opter entre les deux métaux, comme substance mon-
(1) L’écart qui s’est produit entre ces deux métaux, dans ces derniers temps, tient BurtoutàTaction aussi peu rationnelle qu’à d’autres époques des gouvernements. Voir sur ce point et pour plus de détail ce qui est dit à V Appendice,
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nayable et de s’en tenir à l’Or ou à l’Argent « exclusivement. » Dire, comme on le répète encore à l’occasion, que la matière dont est faite « la Monnaie » permet de constituer, sous celte forme, une commune « mesure » de la valeur, et que cette Mesure doit, ici comme toujours, être « unique » à peine d’être instable et partant fausse, c’est partir d’un faux principe. — 11 n’y a pas de « mesure » de la Valeur dans le sens vrai du mot, et partant , il n’y a ni double ni unique Étalon monétaire.