XXI® INSTRUCTION
DE l’Échange et de la monnaie
(Suite)
De l’Étalon monétaire ou prétendue commune Mesure
de la Valeur.
Il ressort de l’exposé qui précède, que l’Or et l’Argent monnayés, en s’aidant chez nous d’une troisième Monnaie à bas titre, dite « billon, » purent répondre aux dégradations de valeur qui distingue les utilités échangeables. C’est dans ce système qu’on arrivera à « diviser » la substance monnayée en quantités ou poids qui se « proportionnent » à ce que la chose vendue et achelee est censée « valoir. » De là résultent « les Prix » qui ne sont dès lors , suivant qu’il a été dit, autre chose que l’expression en Monnaie, de la valeur « relative » ou puissance d’acquisition de tout ce qu’il est possible de contr’échan-
ger.
En d’autres termes, «les prix» se trouvent traduire plus ou moins fidèlement, par des poids d’un certain métal,
me PARTIE. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 323
« les rapports » de Valeur qui existent entre les utilités diverses, pouvant faire la matière d’un Troc. Il suit de là, que la Monnaie doit être regardée, en ce qui touche « la valeur » ou puissance d’Échange des produits et des services, comme un terme « de rapport » Commun, ce qui ne veut pas du tout dire, on le verra bientôt, qu’elle constitue « une commune mesure » de la Valeur.
« Sans la Monnaie , remarque le savant auteur de VHis- . foire de la Révolution, on ne saurait jamais au juste si ce fju’on donne est Yéquîvalent exact de ce qu’on reçoit. »
— Cette remarque fait ressortir, en quelques mots, tout ce qu’a de particulièrement infirme le Troc. — M. Villiaupié complète ainsi sa pensée :
« La Monnaie est l’objet « de comparaison » ou le moyen, comme le moyen terme du syllogisme sert à prouver une proposition. Dès que celui-ci fut inventé ou formulé, on dut inventer la Monnaie qui est le syllogisme de l’Échange (1). »
Nous ne rencontrons nulle part, dans les nombreux travaux auxquels l’Instrument des échanges a donné lieu, trace de ce dernier aperçu.
Un autre point veut être particulièrement noté dans , l’Instruction précédente. C’est que la préférence donnée généralement à l’Or et à l’Argent, si loin que l’on remonte dans l’histoire, est surtout due à cette circonstance que leur prix ou valeur « relative » est infiniment plus stable que la Valeur de n’importe quel produit ou service échangeable. Parmi les circonstances ((ui firent choisir ces métaux précieux comme devant former le fonds de la Monnaie, M. Michel Chevalier signale surtout celle-là.
(1) Nouveau traité d’ Économie politique. — 4® édition, Paris, 1864. — Lacroix, Verbockhoven et C®, éditeurs, 2 vol in-8. — 11 entre plus de vraie science de la Monnaie dans ces quelques lignes, que dans une foule de gros livres compendieusement écrit, sur ce sujet. On sait que Rousseau avait des premiers clairement entrevu ici ce qui se passe.
C’étaient, remarque-t-il, deux marchandises dont la Valeur, par rapport à toutes les autres, était moins sujette à varier. » Il ajoute presque immédiatement pour donner plus de force à sa pensée :
« Pour qu’une matière conserve la même Valeur sur le marché, diverses conditions sont à remplir. Il est nécessaire qu’elle s’obtienne à peu près toujours avec une même somme de frais ( les frais de production ). — Il faut, en outre, qu’elle soit l’objet d'une demande et d’une offre égales parmi les hommes ; ou, si elle cesse d’être offerte et demandée en quantité constante, que la proportion de l’Offre à la Demande demeure la même. (En d’autres termes qu’elles soient dans un rapport i lentique. )
« Ces conditions se trouvent passablement remplies par l’Or et par l’Argent, du moins lorsqu’on embrasse un intervalle de temps qui excède même la durée des transactions habituelles les plus longues ( 1 ). »
Or, suivant qu’il m’est arrivé de le dire, c’est là surtout ce qui importe. Il suffit que, dans un « temps donné, le prix, ou expression de la puissance « d’Achat » de l’un et de l’autre métal, se maintienne, pour qu’ils soient, l’un aussi bien que l’autre, investis du rôle d’agent monétaire au grand avantage du marché des échanges. Gela posé, on a peine à s’expliquer comment ces mêmes esprits arriven*' à conclure en faveur de l’Or ou de l’Argent monnayé « exclusivement. » Il y a là un manque de logique qu^ aurait lieu de surprendre s’il ne s’agissait ici, je le répète, d’un sujet qui exige, plus qu’ailleurs, qu’on n’en perde de vue aucun des aspects essentiels.
Pour être parti d’un faux principe, à savoir que l’Instrument des échanges est pareil « au mètre » notamment, et qu’il constitue, pris dans sa substance et comme puis-
(1) Métaux précieux. — Dictionnaire d’ Économie politique , Guillaumin, éditeur.
sance « de Troc » ou valeur relative de cette substance, UNE MESURE, voici comiiient l’on fut logiquement conduit à n’admettre qu’un seulmétal-Monnaie dans le maniement des utilités échangeables, les autres métaux monnayés et monnayables servant simplement « d’appoint. » C’est du reste, ainsi que s’affirmait, au sein de l’École, à une époque dont nous sommes loin, puisque cela date de la fin du dix-septième siècle, la thèse particulièrement fausse qui consiste à voir dans l’Instrument monétaire « la commune Mesure » de la Valeur. Cette thèse conclut naturellement à l’emploi exclusif de l’Or ou de l’Argent comme « étalon » de la Valeur , c’est-à-dire à la condamnation, par le fait de l’emploi d’une double substance monnayée, de ce qu’on nomme improprement et par un singulier abus de mots, « le double étalon (1). »
Suivant ma constante habitude, et contrairement, d’ailleurs, à ce qui est d’usage dans l’exposé des lois d’un certain ordre, j’irai ici, non de la thèse abstraite aux faits qu’il s’agit d’étudier, mais de ces faits eux-mêmes à ce qui est posé en principe. Cette marche est celle que suit en toute chose l’esprit, qui observe d’abord, et qui se détermine ensuite. La méthode inverse le trouble, puisque ce n’est pas la marche qu’il suit habituellement ; c’est ainsi qu’il nous est à peu près impossible de remonter de l’effet à la cause, chose qui seule nous éclaire et nous instruit.
De l’instrument monétaire considéré comme Mesure
commune de la Valeur.
Qu’observait-on dans cet Instrument suivant que l’Or,
(1) Cest à Locke, dont les travaux sur cette matière furent un moment remarqués et souvent à juste litre combattus , qu’est surtout imputable cette erreur dans Tordre économique. — L’auteur célèbre de V Essai sur V entendement humain occupa depuis le poste de Commissaire du Commerce et des colonies.
COURS d’économie industrielle.
l’Argent en faisaient le fonds ou la substance, le jour où l’on voulut, pour la première fois, raisonner scientifiquement de ce sujet, si éminemment complexe, qui s’appelle « la Monnaie ? » Quelles idées fera naître tour à tour dans les esprits chercheurs, comme il s’en trouve à toutes les époques, l’emploi simultané ou distinct de l’Or et de l’Argent-monnaie ? Le voici :
On est surtout frappé de cette circonstance que ces deux « moyens » ou instruments de Troc hors ligne, en tant que général « équivalent » se recommandent également et on peut dire « seuls » entre tous les autres produits échangeables, parce qu’ils présentent l’as^emô/a^e des qualités exceptionnelles suivantes :
1° lis sont également « utilisables » comme ornement, objet de luxe, de parure, outre qu’on en peut faire des ustensiles particulièrement gracieux, délicats ;
2“ L’une et l’autre substance est remarquablement « homogène, « c’est-à-dire une, semblable à elle-même ;
3° Chacune d’elles, également « inaltérable » à l’air et à l’eau ; le feu pourra en changer la forme, mais pas plus que le temps, il ne la détruit ou ne l’altère ;
4° L’Or et l’Argent sont également « divisibles » sans perte, c’est-à-dire sans subir d’autre diminution, comme « valeur, » que celle qui résulte de l’affaiblissement proportionnel du poids ;
5° Tous deux ils condensent une grande valeur ou puissance « relative » d’acquisition, sous un volume qui, comparé à tout le reste, est peu de chose, c’est-à-dire relativement peu encombrant et d’un plus facile déplacement par suite. Sans doute, cette puissance « de Troc » est plus grande par l’Or que par l’Argent; mais, en somme, ce dernier métal, comparé à tout le reste, se trouve renfermer généralement sous un petit volume ou masse beaucoup plus de valeur. S’il est donc inférieur à l’or,
comme métal plus ou moins apprécié, il reste infiniment supérieur à tout autre « utilité » échangeable. — Est-ce à cela que se bornent les inappréciables qualités « communes >) à ces deux substances ? Nullement ;
6“ En ce qui touche le plus ou moins d'abondance du métal, c’est-à-dire au point de vue, ici de si grande considération de « la rareté, » il arrive qu’on est, en quelque sorte, garanti contre « l’avilissement » possible de cette double substance. Les difficultés de l’extraction, non moins que les frais qui en sont inséparables pour l’Argent ; l’état parcellaire, « à petite dose » qui distingue les gissements aurifères et qui fait que les alluvions , les roches quartzeuses où l’Or se rencontre n’en donnent relativement « qu’une quantité très-bornée, « expliquent pourquoi Ton n’a pas à craindre que le prix de Tun ou de l’autre métal baisse outre mesure. Sans doute suivant que le remarque fort judicieusement, à propos de « la Valeur, » M. Hipp. Passy, » la Rareté » ne saurait être érigée « en principe » inhérent à la valeur des choses ; elle est, en quelque sorte, « extérieure » à leur puissance échangeable au lieu d’y être « incorporée » à l’exemple de TUtilité, de la Dureté, de la Divisibilité et de l’Homogénéité de substance. Mais , comme le dit cet homme éminent par le caractère et le savoir, leur plus ou moins «d’abondance» influe sur le prix des produits et des services ; il détermine l’abaissement plus ou moins grand de niveau de leur « valeur » relative, et c’est là un élément d’un fort grand poids.
On peut donc dire, au point de vue de la qualité maîtresse, en quelque sorte, qui consiste , pour TOr comme pour l’Argent, à condenser relativement beaucoup de Valeur sous « un petit » volume, que leur peu d’abondance fait qu’on n’a pas à craindre une notable et « persistante » dépréciation de Tun ou de l’autre de ces deux métaux.
Telles sont, en raccourci, les propriétés hors ligne qui
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sont « communes » à l’Or et à l’Argent et qui les recommandèrent spécialement k l’attention, au choix de chacun comme double substance « également » propre k fournir le fonds de la Monnaie dans divers pays. Ce fait est d’essence universelle, s’il est permis de dire, car si l’un des deux métaux obtient chez un peuple la préférence sur l’autre, suivant que cela existe, notamment, dans l’Inde et k la Chine pour l’Argent , ailleurs , c’est l’Or qui sera appelé k remplir exclusivement, comme en Angleterre, l’office de Monnaie. Et ce qui montre bien qu’ils possèdent comme Instrument d’achat, des titres « égaux » k la confiance , c’est qu’il existe plus d’une contrée où les deux substances monnayées sont ensemble, depuis des siècles, dans un constant concours, ou mieux dans la plus parfaite entente.
En France, par exemple, malgré que le fonds principal de la Monnaie ait consisté jusqu’k ces derniers temps en argent , est-ce que l’Or n’a pas rempli sans fieine k coté de Ik son office d’agent monétaire ? Est-ce que le louis de 24 livres ne « se reliait » pas , de même qu’aujourd’hui la pièce en or de 20 francs, k la monétisation de l’argent dans un mode de numération d’ailleurs autre que notre système métrique? Non-seulement le passage de l’un k l’autre métal-monnaie ne présentait alors aucune difficulté, mais comme l’Argent constituait « le fonds » principal ou stock de notre monnaie ; que l’Or monnayé restait relativement « rare, » le louis d’or fit prime, c’est-k-dire qu’on en donnera, comparativement k ce (jue valaient relativement ces deux métaux, quelque chose déplus, soit 80 centimes k 1 franc pour 100 francs par exemple.
S’il est vrai, dirons-nous avec un Belge de grande autorité en cette matière, M. Malou, que la Monnaie soit surtout « l’œuvre du temps , » ne ressort-il pas d’une expérience non interrompue k travers les siècles que l’Or et
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l’Argent, monnayés ensemble ou séparément, ont rempli k la satisfaction commune leur rôle d’instrument de Troc?
Quels sont, dans n’importe quel pays, quels sont les maux ou seulement les inconvénients qui sont résultés de leur emploi distinct ou simultané , Ik où la Monnaie , droite de poids et d’aloi , comme on a coutume de dire , constituait un terme « de rapport » ou expression de la Valeur « relative » des utilités échangeables? Ils sont nuis. Aussi , après l’examen on ne peut plus approfondi que nécessite, au début de ce siècle, le changement introduit dans notre système de numération, l’on n’hésitera pas k faire entrer ensemble l’Or et l’Argent dans la construction de l’appareil monétaire que nous possédons.
Et comme l’écart de valeur qui existe entre les deux métaux, 15 k 1 ou 15 50, sinon même 15 5/6'"«®, suivant que cela se voyait alors en Espagne, est tel qu’il faut, ou renoncer k compter en nombres « ronds » de francs dans l’un et l’autre métal , ou se priver des deux côtés de poids exprimés en chiffres « ronds, » on dut se ranger au parti anciennement pratiqué qui consiste k faire surtout acception de sommes ou divisions rentrant exactement pour l’Or comme pour l’x\rgent dans le nouveau système de numération qui prévalait. C’est ainsi qu’on aura la pièce de 5 francs dont la pièce de 20 francs en or est un multiple comme valeur « comparée » sinon comme « poids » de même que l’écu de 6 livres était un diviseur exact du louis de 24 livres.
Partant comme toujours « de l’expérience » qui, en ces matières plus qu’ailleurs, doit être tenue en grande considération, l’ancien commis principal du Trésor, Gaudin, depuis duc de Gaëte , dont on avait eu l’heureuse pensée de faire un ministre des finances, songera moins alors k s’inspirer de la théorie pure, pour aboutir k l’absolu, qu’k se conformer k ce que réclament véritablement les affaires.
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Il repousse , en conséquence , le système du double franc en or et en argent exprimé en un poids de 5 grammes et oui aboutirait à des pièces de lo et 30 francs en or, de même qu’il ne sera pas un instant dupe du système qu’une assez courte tentative opérée en l’an III avait définitivement fait condamner.
On sait que la législation de cette époque avait essayé de frapper des pièces d’or d’un poids déterminé, 10 grammes , sans indication de la Valeur ou dénomination « en francs. » C’étaient de simples lingots dont le commerce libre devait seul « fixer » la valeur nominale ou monétaire. On ne pouvait pas mieux conclure à l’effacement de la Monnaie, comme le remarque judicieusement Léon Faucher, combattant ici l’inqualifiable écart auquel s’était laissé aller l’esprit généralement judicieux de J. -B. Say. — Si quelque chose doit surprendre , c’est de voir que quelques économistes se puissent encore, de nos jours , rallier à une théorie condamnée h la fois par la science et par l’expérience.
Gaudin, doublement en garde contre « l’absolu » s’attachera particulièrement à agencer ensemble l’un et l’autre métal de façon à ce que la Monnaie faite d’une double substance, s’adapte le plus possible, comme il s’en explique, « à nos vrais besoins, à la commodité des comptes, à des usages enfin et à des idées généralement reçus parmi le peuple pour qui la Monnaie est principalement faite. »
L’ancien ministre des finances aurait pu ajouter « de qui » elle tire et reçoit son autorité dans le monde et partant sa Valeur ou puissance « de Troc. » Car tous les décrets du monde ne sauraient donner « puissance » d’Échange, c’est-à-dire faire « accepter » pour plus qu’elle ne « vaut » et ne sera généralement prise « en Troc » une monnaie quelconque. Voilà ce dont on ne saurait assez se pénétrer.
Non-seulement le législateur de l’an VI, prenant dans les faits son point d’appui, s’applique à « relier » dans le nouveau système l’Or à l’Argent, comme « Monnaie » exactement divisible, mais quant à la valeur « relative » des deux métaux, il s’en tient aux chiffres qui semblaient, moins de vingt ans avant , traduire assez fidèlement cet écart. La valeur « relative » de l’Or et de l’Argent restera donc fixée, comme lors de la refonte opérée sous Galonné, en 1783, dans le rapport de 13 30 à 1.
Et c’est sur ce pied que l’Or et l’Argent sont encore échangés de nos jours sans difficulté, c’est-à-dire qu’on n’hésite pas à recevoir indifféremment en France de l’Or ou de l’Argent-àlonnaie pour prix de ce qu’on entend vendre ou pour se payer d’une créance (1). Rien ne prouve mieux, d’une part, ([ue « le rapport » de valeur entre les deux métaux a été heureusement fixé , à un moment dont nous sommes loin , — de l’autre , combien ce même rapport, ou prix « comparé, » est peu sujet à « varier. » Ce qui expliquerait jusqu’à un certain point comment on s’es tenu ici dans une exacte et sage mesure, c’est que ce
rapport de 13 30 à 1 constitue à vrai dire «une moyenne» eu égard à ce (jui existait sur divers points au dehors.
Voilà comment il est arrivé, il a dû même se faire que, ni le temps écoulé depuis lors, ni l’invasion de l’or californien et australien, à partir de 1818, n’ont dérangé finalement « ce rapport » suivant que cela ressort d’un précédant exposé. D’où suit, que partant « d’une double » substance , comme fonds monétaire , c’est-à-dire en possession « d’un double » instrument d’échange, on dispose par le fait d’une Monnaie « unique, » puique les matières monnayées sont dans un « rapport » de Valeur comparativement STABLE. .
(1) Nous disons : Or ou Argent-Monnaie. Voir Y Appendice pour les changements survenus dans les mercuriales des deux métaux depuis que ceci est écrit.
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s agissant « de Monnaie , » c’est-à-dire de ce qui constitue dans la Production « un Instrument» de premier ordre, sur le terrain sans fin et incessamment parcouru des échanges, on comprend de quel avantage il doit ôtred’avoir, par ce double outillage « le choix » des Instruments. Évidemment mieux valait pouvoir passer sans peine, suivant la circonstance, de l’Or à l’Argent, et réciproquement, ([ue d’étre réduit à l’emploi d’un seul et même outil.
Voilà comment, pour le dire en passant, tout s’enchaîne, dans un bon sysfème d’exposition scientifique. Si l’on avait mieux présente à l’esprit cette vérité tangible, en quelque sorte, que la Monnaie, (luelque forme qu’elle prenne, et quelle ({ue soit sa substance, est de sa nature, et par la destination (jui lui appartient, « un Instrument, » on n’hésiterait pas à en conclure qu’il est préférable , au cours des échangés, d avoir , nous le répétons , 2^li^sieurs instruments, toutes les fois que cela est possible et qu’il n’en résulte aucun désavantage, que d’être réduit à l’usage d’un seul.
Ce serait assurément le cas de répéter avec fauteur de la Mêcanîqiie de V Échange, qui apporte en ces questions plus de sens pratiiiue que n’en mettent ceux (|ui cèdent à l’attrait puissant de la théorie pure : « mais que n’avonsnous la fortune de posséder dix métaux monétaires! Les variations dans la valeur de la Monnaie seraient presque impossibles. » — Et M. Cernuschi se place ici, on le verra bientôt, au cœur même de la question, qu’il a d’ailleurs traitée, dans ces derniers temps, de façon supérieure (1).
Mais ici l’on nous arrête. — Tirant argument de ce (pii s’est passé, non-seulement lors de la découverte du Nouveau Monde , mais ensuite de l’exploitation de gîtes auri-
(1) O/' et Argent. — Henri Cernuschi. Cela parut sous forme de lettres, à propos du débat que soulevait la question du double étalon. — Paris 1874. — Guillaumin et C‘, éditeurs , broch. in-8®.
III** PARTIE. — DES instruments DE PRODUCTION. 333
fères d’une immense richesse, il y a de cela vingt-sept ans, richesse qui amena un trouble momentané dans le marché des métaux précieux, l’on réclame, au nom de la Science, contre l’emploi de ce qu’on nomme ici le double étalon ou double « Mesure » de la Valeur. L’on invoque sur ce point les théories scientifiques et fort peu exactes, au surplus , d’un autre âge. L’on dit par exemple qu’il ne saurait pas plus exister « deux » Monnaies , dans le vrai sens du mot, c’est-à-dire un double instrument d’échange, (pi’il n’entre dans la pratitiue en ce qui nous concerne , d’employer alternativement deux mètres ou « unités » de longueur pour mesurer l’étendue. De même qu’ici on se sert « du même » mètre , celui auquel chacun se reporte figurant une portion de l’étendue non sujette « à varier, » de même la Monnaie, appelée « à mesurer » la valeur, doit ne pas pouvoir « varier. » Or, cela devient impossible, si elle est faite « d’une double » substance dont le prix est « inégal , » suivant qu’il est reconnu, et du reste variable.
Laissant pour ce qu’il peut valoir l’argument pris des arrivages d’or californien , lesquels n’ont pas tellement tiré à conséquence ((ue « le rapport « de valeur de l’Or à l’Argent s’en pût ressentir dans la suite, il convient de dire tout d’abord, ([ue cette façon de raisonner implique une double erreur. Et cetle erreur, d’aspect comme d’es-
sence double, conduit par des chemins dilférents aux plus fausses applications , suivant que cela est ordinaire pour tout ce qui touche et tient à l’ordre économique.
D’une part, l’on perd de vue ce fait généralement reconnu à toutes les époipies quel (pie soit le pays , que si l’Or cl l’Argent ont été préférés à tout le reste pour fournir la substance de l’Instrument « de Trocs » jusque-là pleins de difficultés, c’est ([u’on s’était assuré ipie de toutes « les utilités » pouvant être troquées, ces produits
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étaient ceux dont «la Valeur » ou puissance d’acquisition « variait » le moins , c’est-à-dire était le plus stable , comparativement à tout le reste. Cela est si vrai , qu’on fera de nos jours cette observation qu’on emprunte encore à M. Michel Chevalier, que les variations « de prix » qu’on vit se produire , tiennent beaucoup plus à la mobilité de valeur dont se trouvent en général affectés les produits et les services, — objet constant et presque général de vente i et d’achat, qu’aux variations qu’éprouvent, comme puissance de Troc direct ou valeur « relative, » l’Or et l’Argent considérés dans leurs substances.
A ce point de vue, il n’y avait donc pas à se préoccup er outre mesure d’une inégalité de valeur particulièrement instable. — Les faits, au surplus , donnent, on Ta pu voir , dans un long espace de temps , des assurances en sens contraire.
Mais Terreur commise , à d’autres égards , est d’autant plus notable qu’il en découle de pires conséquences au point de vue économique. Elle consiste, en effet, à voir dans « la Monnaie » et dès lors dans la substance dont elle est faite,— Or, Argent, Sel, Fer, et autres produits pliés à ce rôle , une sorte de mètre « ou mesure » de cette chose impondérable, impalpable, et partant non mesurable qu’on nomme « la Valeur. » Cette dernière erreur est de telle conséquence, elle jette dans les esprits un tel trouble, qu’il est indispensable d’en faire l’objet d’un examen spécial. — C’est ce qui aura lieu dans la prochaine Instruction.
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