‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 39 sur 60 · V. — Du Crédit et de ses formules au p)oint de vue · texte numérisé non relu

V. — Du Crédit et de ses formules au p)oint de vue

de la Production.

Considéré comme « Tnstrumenl )> de travail el de richesse, le Crédit permet de faire à l’aide de l'écrüiireou en

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usant de simples assurances verbales ce que les espèces dont on dispose seraient impuissantes à procurer et faire obtenir. C’est dans les affaires , « le suppléant « naturel autant que nécessaire de la Monnaie.

Dans cette exposition aux aspects multiples autant que divers l’on s’attachera à mettre trois choses particulièrement en relief. — Il conviendra d’examiner, en premier lieu, quel est le rôle du Crédit et quelle est la place qu’il tient dans les affaires; 2° je m’appliquerai ensuite à en donner l’idée la plus nette possible , en considérant de quoi il est fait , c’est-à-dire comment il s’établit, se maintient ou se perd ; 3® cette étude portera , e nfm , à propos des formules qu’il emploie, sur ce qui , à l’époque où nous sommes, tient le plus de place : j’ai nommé le Billet de banque payable à vue et au porteur.

De la place que tient le Crédit dans les affaires

et de son rôle.

.l’ai posé en principe, qu’à l’aide du Crédit, et grâce aux formules aussi nombreuses que diverses , dont chacun use toutes les fois qu’on n’opère pas argent en main, c’est-à-dire « au comptant, « l’on fait une foule d’affaires qui , sans cela ne se feraient pas. 11 suffît d’un simple coup d’œil jeté sur le mouvement de plus en plus actif des échanges pour s’en convaincre. Je laisse pour l’instant, et naturellement de côté, les emprunts ou prêts de numéraire, tant dans l’ordre privé ([u’au point de vue de l’État, de la Cité, àlais on serait dans une grave erreur si l’on mesurait à quel([ues prêts d’argent l’œuvre immense qu’accomplit le Travail libre, lorsqu’il s’aide , à défaut de mieux, de ce puissant levier qu’on nomme « le Crédit» et dont chacun apprend tous les jours davantage à se

servir. Les emprunts proprement dits , c’est-à-dire le prêt pour plus ou moins longtemps de quelques espèces, constituent, malgré le développement qu’ils ont pris, à l’endroit surtout des besoins de l’État moderne , la face infinement secondaire, ou mieux le champ relativement étroit dans lequel se meut, aujourd’hui comme hier, le Crédit. Examinons.

Comment travaille-t-on au sein de l’atelier; comment sont livrés les services de l’homme dans l’Agriculture , de même que dans l’Industrie? à crédit. L’ouvrier , par exemple, est payé- chaque semaine ou tous les quinze jours; mais il est évident qu’à ce compte , son travail est une marchandise qui est payée « à terme, » c’est-à-dire plus ou moins longtemps après la livraison. Le maître et l’ouvrier sont donc ici placés sur le terrain du Crédit.

Si l’on faisait le compte , en France ou dans la Grande- Bretagne, des affaires qui se traitent sur ce pied, tant pour la Main-d’œuvre que pour les traitements des employés et des fonctionnaires payés « au mois , » on arriverait bien vite à des milliards. La seule ville de Manchester, en faisant, il y a de cela quinze ans, pour 1,200 millions d’affaires, put voir s’en aller en salaires annuels plus de 300 millions de francs. Dans le même temps, tel imprimeur sur étoffe , en Alsace , \ersera dans les mains de ses ouvriers , un million de salaires. Et il ne s’agit pas ici d’un atelier hors ligne.

Ne sait-on pas, enfin , chez nous qu’à part le grand chapitre de la Dette publique dont le service en intérêts fut porté à plus de 700 millions dans ces derniers temps, la paye et les traitements dont l’État est grevé montent à 1,800 millions sinon 2 milliards, dans un budget qui atteint près de 3 milliards? Nous y comprenons les dépenses dites « spéciales » ou qui intéressent le Département et la Commune. Dans le civil, en effet, de même

(jue pour l’armée, la presque totalité de cette dépense consiste en salaires, en traitements, et il s’y mêle fort peu d’achats proprement dits , outre que lorsque l’État se fait Entrepreneur il use « du Crédit » ni plus ni moins qu’un simple particulier.

Maintenant, veut-on passer au chapitre immense des loyers et des baux à ferme dans un jiays où la propriété foncière équivaut à une richesse de plus de 100 milliards? Voyez où cela mène , en mettant le produit annuel sur le pied moyen de 4 0\Q ?

Et cependant il s’en faut que ce soit tout. Faisons maintenant le bilan de la Marchandise comme payements « à terme , » pied sur lequel sont faits la plupart des achats. Jetez seulement un regard sur le chiffre des escomptes auxquels se livre journellement la Banque de France. Il s’agit de 8 à 9 milliards mis successivement en portefeuille.

Or, nul ne croira que l’importance des effets de commerce qui forment la contre-partie de la Marchandise achetée, soit exactement mesurée par ce chiffre. Non-seulement toute la matière escomptable n’aboutit pas au riche et puissant entrepôt de crédits commerciaux figuré ici par la Banque; et l’on peut affirmer, sans trop paraître s’avancer, que la moitié des effets de commerce choisit d’autres stations , — mais que de vendeurs attendent patiemment l’échéance pour rentrer dans « le Comptant » dont on s’est momentanément privé?... Beaucoup d’entre eux préfèrent se soustraire ainsi à la charge de l’escompte et réaliser eux-mêmes « le Profit, » dont est faite la fortune du banquier.

Voilà donc, de ce nouveau chef, quelque chose comme 18 à 20 milliards, sinon davantage d’affaires traitées « à Crédit. » Et nous ne parlons ici, ni du rôle que joue le Warrant ou prêt sur marchadises, ni des simples mandats

OU dispositions payables « à vue » sur certaines caisses, ni de l’intérêt des capitaux engagés dans les grandes compagnies et qui, pour l’actionnaire , se résolvent « en profits » ou dividendes éventuels, comme tous ceux qui participent de l’esprit d’entreprise. Ce n’est pas « un prêt » qui s’est là opéré comme pour les emprunts de Chemins de fer ; c’est « l’achat » d'une portion de Capital industriel , achat né de la confiance ([u’inspire le maniement d’une opération (jiii attend tout de « l’avenir. »

L’acheteur d’une « action » de Chemin de fer, ou portion de Capital exploitable au point de vue de l’industrie |des transports, « fait crédit » à cette nature d’entreprise , dont il accepte sa part de co-propriété , absolument comme le marchand de gros « fait crédit » au détaillant auquel il livre à découvert de la marchandise qui lui sera payée plus tard. L’un livre son argent, l’autre un lot d’étoffes ou de produits chimiques , sans recevoir autre chose en retour « qu’une espérance.» Sans doute, dans le dernier cas il s’agit de deux industriels, tandis que le porteur de quelques actions est le plus souvent l’homme de l’Épargne, c’est-à-dire ce qu’on nomme en général un capitaliste. Mais leur situation est semblable en ce sens que l’un comme l’autre court « des risques, » ([u’il se place sur le terrain des futurs contingents , et qu’au lieu de recevoir la Contre-valeur de ce qu’il donne , argent ou marchandises, il se contente d’une simple assurance, se repose sur « l’avenir » et vit provisoirement, je le répète, d’espérances.

Il est donc considérable, le rôle du Crédit, abstraction faite des emprunts de numéraire qui, pourtant, tiennent tant de place. On n’a ([u’à voir de quel poids pèse chez nous la Dette hypothécaire. Elle était généralement portée à plus de 10 milliards, il y a de cela vingt-cinq ans, toute défalcation faite des inscriptions prises à titre de

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simple garantie du chef des femmes ou des mineurs. Il n’est guère présumable que ce chitfre ait beaucoup fléchi depuis lors. Et cependant ce n’est pas tout. A côté de là , viennent se placer la Dette publique, avec ce qui reste encore dû à la Banque et la Dette flottante. La première engage un capital nominal de plus de 18 milliards, tandis que l’autre fait peser une charge annuelle de 28 millions sur nos finances, d’où, avec les 400 millions de bons du Trésor que l’État est autorisé à émettre, plus d’un milliard dont le Crédit public bénéficie éventuellement.

Comme il est reconnu, d’autre part, que la richesse métallique, Or, Argent monnayés, qui existe en France et qui va , d’ailleurs s’entreposer de plus en plus à la Banque, n’excède guère 4 milliards, ce chiffre, — mis en regard de ce qu’exige , d’une part , le mouvement de la Marchandise et des affaires, de l’autre, le service des emprunts publics et particuliers , — témoigne de l’action « du Crédit » sur une échelle immense. Il est trop évident qu’ici « le Terme » distance largement « le Comptant » et que, dans ce courant d’affaires, les Espèces doivent être considérées comme un simple « Appoint. »

Elle est, 011 le voit, immense, la sphère « du Crédit, » et celui qui croirait que le Comptant domine serait à cet égard dans une grande illusion. Le rôle ([ue remplit la ^Monnaie est sans doute fort grand, mais il ne faut pas se l’exagérer. Sans la confiance que chacun peut inspirer et faire naître, tant pour ce qui a trait aux capacités spéciales qu’on possède que pour l’honnêteté du caractère, confiance qui permet de rejeter sur un avenir plus ou moins éloigné l’exécution d’un engagement, l’on peut affirmer que les cinq sixièmes des affaires qui se traitent avec la plus grande facilité ne se feraient pas. S’aider du Crédit et des diverses formes d’engagement auxquelles ils se prête, par écrit ou sur parole , c’est donner naissance

me partie. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 359

à une foule d’affaires qui, non-seulement n’auraient pas lieu, mais c’est allonger, dans une mesure plus ou moins grande, l’Instrument par excellence des Échanges, c’està-dire « la Monnaie » qui serait, sans cette ressource, un levier trop court.

On peut dire du Crédit, par la façon dont il s’agence avec « le Comptant, » qu’il établit, sur la route parcourue par les Espèces, de nombreux « relais, » lesquels relais permettent à la Monnaie de se trouver au rendez-vous qu’on lui donne et de mieux répondre aux nécessités de son rôle.

L’on a beaucoup agité , suivant l’occasion et dans tous les pays , la question de savoir s’il est vrai que le Crédit , qui affecte de nombreuses formules , « multiplie » les Capitaux. Question oiseuse autant qu’elle semble mal posée ; car c’est quelque chose comme un non-sens qui se cache sous des dehors scientifiques. Sans doute, le Crédit, pas plus que la Monnaie elle-même, ne saurait avoir cette vertu rare d’opérer à la façon des cinq pains de l’Écriture et de faire que, là où il n’y a rien, il surgisse à l’instant même quelque chose. De même, là où le Capital est 1,1e Crédit n’a, pas plus que les Espèces, cette propriété surnaturelle de faire que ce même Capital soit 2 ou 5 dans le même temps. Il est trop évident que, si vous prêtez une portion de votre outillage, métier à tisser ou espèces faisant partie de votre fonds « roulant, » le prêt n’aura été qu’un déplacement de force ; le « Capital » aura simplement changé de main. Il n’est pas besoin de toute la science de J.-B. Say pour faire toucher du doigt cela. Car de telles vérités côtoient de fort près ce qu’en Angleterre, on nomme truism ou vérité dans le genre de celles prêtées à feu M. de Lapalisse.

Mais si l’on entend nier que le recours au Crédit noue et dénoue heureusement quantité d’aftaires; qu’étant, par exem-

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pie, dispensé de payer « comptant, » l’on s’engage dans des achats auxquels on ne se livrerait pas sans cela ; si l’on conteste qu’il « circule » dans ce système , beaucoup plus de Produits et de Services, qu’il se débite bien plus de Salaires, et qu’il se développe ainsi bien plus de « richesse » que si l’on opérait forcément, argent en main, — il est clair qu’on se débat — contre l’évidence.

La place que tiennent les affaires « à Terme » est à tel point immense , comparée à la sphère « du Comptant , » qu’il résulte de cet heureux engrenage , dans lequel sont la Monnaie et le Crédit, un déploiement de force , de richesse, une production et partant un contingent « de Capitaux » infiniment supérieur à ce ({ui existerait si l’on se devait borner à opérer Espèces en main. Laissons donc là les questions , qui n’en sont pas , et tenons-nous aux faits pour voir combien sont considérables, quoique de nature et de condition diverses, les fonctions que remplissent tour à tour l’outillage dont se sert le Crédit et celui non moins précieux de la Monnaie. Leur rôle, la place qu’ils occupent, ainsi précisés, il convient d’examiner à quelles conditions répond l’usage du Crédit, en d’autre terme, comment il se Fonde, se Maintient et se Perd.

De l’essence du Crédit dans l’ordre public et privé.

A quoi répond ce grand mot « de Crédit » qu’on rencontre à chaque pas dans les affaires ? Comment le définir avec quelque exactitude ; qu’elle est, en un mot, l’idée qu’on peut se faire de sa vertu plus ou moins prolifique ?

Suivant mon habitude, et obéissant ici aux lois d’une méthode que j’estime parfaitement d’accord avec la logique et le bon sens, je me garderai bien de hasarder.

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dès l’abord une définition dont le moindre tort serait de ne rien apprendre à ceux qui m’entendent. En m’expliquant sur sa marche constante , sur les faits du sein des- f

quels il émerge et sur ce qui est cause qu’il décline et •'

sombre, je suis bien certain de fournir là-dessus plus de lumièies que si je m appliquais à découper assez lentemeut la silhouette du puissant engin figuré par le « Crédit. » ,

Si, comme on le répète, le Crédit est l’âme des affaires; si la confiance qu’inspire à celui avec lequel il traite la puissance de « réalisation » à jour fixe de l’individu qui s'engage à faii*e ou à donner quelque chose est la raison d etie d une toule d affaires qui, sans cela, n’auraient pas lieu; s il est vrai, enfin, que les opérations qui se traitent « au comptant » tiennent le moins de place , on comprend combien il importe de répandre sur ce sujet des lumières qui permettent de faire ici, comme toujours, un juste départ entre l’Offre et la Demande, c’esta-diie entre les Besoins et les Forces mises en regard.

Vous avez pu voir de ^quelle façon s’y était pris l’immortel Franklin pour arriver, de la condition de modeste ouvrier imprimeur, à la plus haute fortune eu même temps qu il devint le lien et la foi’ce de la jeune Amérique avec l’Ancien monde. Sa frugalité était extrême ; elle allait de pair avec son amour du travail et de la lecture. Rien qui fasse mieux voir que l’exposé auquel on s’est livré, à propos de lami de Washington, comment ce qu’on nomme « le Crédit » se dégage de reslime que tel homme inspire , de « la confiance, » enfin, que fait naître la vue d’uiie conduite bien ordonnée et où l’application au travail double les garanties ofïertes.

L’on pourra reprocher à « ces Instructions, » de replacer sous les yeux le tableau des mêmes choses. Mais le spectacle des vertus rares et des grands caractères est un

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de ces spectacles sur lesquels ou aime à revenir, tant l’esprit y puise, avec l’amour du bien, des lumières de plus en plus vives. — Rappelez-vous l’entrée de notre jeune ouvrier dans l’imprimerie de Palmers et Watt, d’où il sortait riche de (iuel([ue épargne et de la sympathique estime de ses chefs et de ses compagnons de travail. — Voyez-le , plus tard , inspirant assez « de confiance » à ses compatriotes pour devenir, lui aussi, le chef d’une imprimerie qui laissera bien loin derrière elle , en Amérique, tout établissement rival. Sa conduite, son ardeur au travail triomphent de toute « défiance. » Il va brouettant par les rues son papier , et il est , pour une foule d’articles , son propre fournisseur. C’est de tout cela que sera faite , au bout de peu de temps , « la confiance » d’où naît, à son tour, le Crédit.

J’étais témoin, il y a quelques années, du débat qui s’élevait entre un propriétaire , à propos de sa boutique en location et un petit ménage de détaillants. La femme, fort vaillante et remplissant bien ses engagements, était établie comme petite marchande séparément de son mari, simple porteur aux halles. Mais ce dernier , plus fourni de vices que de bonnes qualités , dévorait en boissons et au jeu les cinq francs par jour que lui. procurait son travail. Et la pauvre femme joignant à grand’peine, comme

on dit, les deux bouts, travaillait « pour deux. » — Le propriétaire ne l’ignorait pas. — Comme il était survenu quelque brouille dans ce ménage mal assorti , et qu’on était afin de bail; que le mari voulait, entin, garder le fonds et l’exploiter, pendant que sa femme s’établirait

dans un autre quartier; à l’otfre de louer et passer bail faite par l’homme, le propriétaire se contenta de répondre par ces paroles : « Vous ! mon locataire ; vous! un bail ? Oh pour cela non. Mais pour votre femme, c’est autre chose, j’en passerai par où elle voudra. » — Voilà en quoi

‘Consiste encore le Crédit et qui dispense, d’en donner des définitions, assurément, précises.

S il est peu de sujets aussi controversés, il en est peu d autre part, qui prêtent autant à des exagérations en sens contraire. — Les uns voient dans le Crédit la baguette magique a l’aide de laquelle on peut tout tenter; d’autres ne seraient pas éloignés de vouloir enfermer l’industrie humaine dans le cercle étroit « du Comptant ,> comme pour en bannir les opérations « à Terme. « C’est ainsi que Jean-Baptiste Say, qui reconnaît d’ailleurs les avantages i qu on retire de l’usage du Crédit, déclare qu’il est pour lesprit d’entreprise une condition « plus favorable. » G est celle où cbacun ayant amassé assez de Capital dis-

I ponible pour taire face « aux Avances que la profession

i exige : PERSONNE n’a besoin de crédil. »

Si 1 éminent économiste veut simplement dire qu’il est ) avantageux pour l’Entrepreneur de pouvoir opérer avec

II ses seules ressources, nul n’y contredira. Le loyer des

il capitaux, sous quelque forme qu’ils se présentent, Ar-

!- gent ou Marchandises payables dans un temps donné

constitue une Charge dont se trouve beureusement affranchi celui qui peut opérer « au comptant » avec sa seule pargne. Mais telle n’est pas la pensée à laquelle se 1 reporte Jean-Baptiste Say lorsqu’il parle d’une situation ou PERSONNE ii’a bosoiii de Crédit.

(iette assertion ne constitue pas seulement une pure utopie, vu (lue la pratique du Crédit se lie à l’existence meme de riiomme; mais une telle thèse semblera, - à tous les points de vue,— anti-économique. La Production J et la Consommation qui y répond ne se comprennent pas sans la faculté de remettre à un temps plus ou moins éloigné 1 execution de ce qu’on s’est engagé à faire ou à j donner, en retour de quelque « utilité » cédée sur l’heure.

I Non-seulement cette manière de traiter est aussi ancienne

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que le monde, mais comme la pratique du Crédit est émi^ nemment moralisatrice; qu’elle fait que chacun déploie, avec riiabitude de rÉpargne et de l’Ordre, des qualités, une force supérieure, on peut dire que la Société prise en masse gagne bien plus qu’elle ne perd à ne pas se borner aux affaires où l’on reçoit sur l'heure « l’équivalent » de ce qu’on abandonne. Turgot, mieux inspiré, dira bien avant Jean-Baptiste Say :

« Il n’y a pas sur la Terre une place de Commerce où ia plus grande pat lie des entreprises ne roulent sur l’Argent emprunté. 11 n’est pas un seul négociant peut-être qui ne soit souvent obligé de recourir à la bourse a’autrui. Le plus riche en capitaux ne pourrait même s’assurer de n’avoir jamais besoin de cette ressource, qu’en gardant une partie de son fonds o/.s//* et en diminuant, en conséquence, l’étendue de ses Entreprises (l). »

Je parlais tout à l’heure de la sphère étendue que les loyers et les baux à ferme occupent ici , sphère dans laciuelle le Crédit se meut journellement. On peut voir, par ce qui précède, si j’exagère ou si je me suis fait illusion. Non-seulement c’est un cercle d’activité où chacun peut déployer à l’aise tous ses moyens avec ses forces, mais l’on a pu comprendre comment le Crédit « se fonde, » comment il « se maintient, » et comment enfui, il n’existe pas ou peut « se perdre. »

Je le répète , le Crédit a pour base et pour point de départ c( la confiance » qu’on inspire, et cette confiance s’appuie elle-même aux (puilités les plus solides : l’Ordre , rÉconomie, l’amour et la pratique du Travail , l’observation fidèle de sa Parole, le sens judicieux et sage avec lequel on opère. — Voilà à quoi « se mesure » cette confiance qui fait qu’on n’hésite pas à vous accorder « du

(1) Mémoire sur les Prêts d'argent.

me PARTIE. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 365

temps » pour remplir un engagement et qu’il est permis de rejeter sur « un avenir « plus ou moins éloigné l’accomplissement d’une obligation exigible à l’instant même. — Il est aisé de voir dès lors , que le Crédit est d’essence « complexe » et qu’il serait , par cela même , téméraire de vouloir en préciser brièvement l’objet.

Faut-il ajouter en terminant, comme pour rendre cette étude plus complète , ((ue le Crédit « public, c’est-à-dire la confiance dans l’exécution d’une promesse émanant de 1 État ou de ta Cité ne s’Établit et ne se Maintient que de la même façon , c’est-à-dire aux mêmes conditions que dans le particulier?... On en a des marques si nombreuses à toutes les époques qu’il doit suffire de les rappeler.

L’État, de même (|ue la Cité , n’est pas autre chose , on le sait, que la famille aggrandie. Les règles de la Science économique sont applicables ici comme là , et il n’y a pas , à proprement parler , deux sortes d’Économie , d’Ordre, de Travail intelligent plus ou moins assorti à la nature des choses. Tout cela ne diffère donc que par l’étendue. Aussi voit-on des États, à toutes les époipies qui jouissent d’un Crédit a peu près sans bornes, parce ((ue leurs mesures sont toujours bien prises et ([u’ils ont le « Pouvoir » en même temjis ({ue la « Volonté » de remplir leurs engagements, tandis ((ue d’autres, à côté de là , se trouvent sans cesse à bout de ressources. La différence des situations s’explique par une conduite tout à tait différente. Je me borne à rappeler ici deux circonstances que l’histoire a notées et sur les([iielles il faut revenir.

Lorsque l’immortel Turgot arrivait, en 1774, au Contrôle des finances , le Crédit de l’État était anéanti ; l’on était aux portes de la banqueroute. Moins de deux ans après, les finances, remises dans une sorte d’équilibre par le bon ménagement de l’impôt, avaient permis d’entrer en négo. dations avec la Hollande pour contracter un emprunt sur

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le pied de 4 0/0. — C’était un taux d’emprunt jusque-là inconnu en France.

Voilà ce qu’avaient fait, en* quelciues mois, l’Ordre,

l’Économie, le bon agencement de l’Impôt introduits dans le département des finances.

Autre fait caractéristique et déjà rappelé.

Quinze ans plus tard, Necker est appelé au gouvernement financier du pays , pour faire la lumière et relever, du profond discrédit dans lequel ils étaient tombés , les billets de la Caisse d’escompte dont on avait abusé. Sa présence rassure tous les intérêts -, elle fait rei>rendre « confiance » aux capitaux qui s’étaient jusque-là tenus loin. La Caisse d’escompte pourra reprendre bientôt ses payements. Là encore, et par la seule influence des grands principes d’Ordre , d’Économie avec lesquels on savait l’ancien associé du banquier Tliélusson dès longtemps familiarisé, il s’était produit un revirement semblable à celui dont on

avait été témoin au temps de Turgot.

De nos jours , enfin , la France vaincue , aux frois quarts dévastée par un ennemi impitoyable ; la France affligée du fléau de la guerre civile a pu retrouver son Crédit entier. Elle a recueilli cinq milliards, là où d’autres nations fort riches d’ailleurs, mais mal administrées, n'auraient pu trouver le dixième de cette somme.

A quoi tiennent ces différences? Toujours aux mêmes causes, c’est-à-dire à ce que l’homme de l’Épargne, qui tient disponibles les ressources aux((uelles l’État, la Cité font appel dans certains moments, est convaincu qu’on PEUT ou qu’on ne peut pas , qu’on veut ou ([u’on ne veut pas remplir les engagements que les circonstances forcent de

prendre.

Je ne saurais trop le redire ; l’essence du Crédit est « double. » Il est fait de « Puissance » et « de Volonté » tout

ensemble , aussi bien dans l’État que dans l’ordre pr

II1« partie. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 367

Ce n’est pas tout que de « Vouloir » accomplir une promesse et d'être animé, à cet égard, d'une entière bonne foi ; il faut encore que celui envers lequel on est sur le point de se lier, ait assez de « confiance » pour croire que l'oir « Pourra » remplir sa promesse en temps voulu. En d'autres termes, tout acte de Crédit suppose chez celui qui y a recours, « la Volonté » en même temps ((ue « la Possibilité )) de tenir sa promesse au moment convenu.

J’examinerai, dans la prochaine Instruction, le rôle (jue remplit, de nos jours , le Billet de banque, formule particulièrement importante du Crédit moderne.

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