‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 40 sur 60 · DU CRÉDIT ET DE SES FORMULES · texte numérisé non relu

DU CRÉDIT ET DE SES FORMULES

(Suite)

Des Effets de commerce. — Crédit personnel et Crédit réel. — Du Billet de banque remboursable à vue et au porteur.

Par cela même , qu’au lieu de payer « comptant » ce qu’on achète, on peut remettre à plus tard le payement, celui qui ajourne ainsi l’exécution de ce à quoi il était tenu, recueille, en réalité, le fruit de « la confiance » qu’il inspire pour faire ce ((u’il n’aurait pu entreprendre sans cela. « Le Crédit » permet donc « d’anticiper » de plusieurs semaines , souvent même de plusieurs mois sur l’avenir , et de s’avancer bien plus loin, dans le champ des affaires , ((ue si tout devait se passer , « argent en main , » de façon à opérer immédiatement « un troc » véritable. Non-seu-

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lement cela n’est pas toujours possible, d’où une foule d’affaires pour un temps et peut-être à jamais supprimées ; I mais il est clair que si l’on devait , ;i l’instant même , donner « l’équivalent » de ce qu’on reçoit , il faudrait bannir de l’usage général et constant les prêts de particulier à particulier, de même que ceux de la Cité ou de l’État. k

L’usage et l’emploi bien réglés « du Crédit » présentent f donc cet avantage de suppléer à l’absence, au manque d’Es- ÿ pèces, en d’autres termes, « de Comptant, » et, par un 1

nombre plus grand d’échanges , d’amener la formation de 1

nouvelles et plus grandes richesses. |

C’est en considérant de ce point de vue l’usage du Crédit î

et des diverses formules dont il se sert , qu’on est conduit à !

le ranger parmi les « Instruments » de Production. 11 opère I

parallèlement à la Monnaie dont il semble, en quelque sorte , « le prolongement. » Comme cet aperçu pourrait être qualifié de pure théorie, et qu’il existe, h cet égard , des partis pris qui tendent ii renfermer son action , ou mieux , l’efficacité de ces mêmes formules dans d’étroites limites , ■ il n’est pas inutile d’aborder le problème de front. On voit mieux ce qui se passe , lorsque la Monnaie et le Crédit sont mis en face l’im de l’autre, que s’ils étaient examinés isolément.

« Lorsque dix personnes payent en Espèces, sur-lechamp, le prix de ce ({u’elles vont consommer ou utiliser, et que, dans le même temps, dix, vingt autres personnes achètent, non loin de là, « à Crédit, » un certain nombre d’articles semblables ou autres, lesquels seront payés dans huit , quinze jours ou dans trois mois ; — lorsque ce qui se j passe là chez le marchand, le fabricant, le débitant ou détenteur de services a lieu, au même instant, dans vingt, dans cent autres maisons de la même ville et à la ronde ,

« le mouvement » des affaires ou puissance d’Échange des produits et des services ne consiste pas seulement dans la

vente «au comptant, » mais il est représenté: t®par ce qui se paye sur l’heure ; par ce qui sera payé plus tard, en Espèces ou autrement.

« Soit , par exemple , M, le mouvement dont il s’agit ; A, l’argent délivré comptant , a' , a" , n"' , etc. , la Monnaie représentant les diverses solutions ou payements rejetés sur l’avenir. L’état du Marché, au moment où toutes ces affaires ont lieu , sera exprimé par la formule que voici : M = A -f a' -I- a" + a"', etc. , ce qui répond à la somme des Espèces reçues et à recevoir dans un temps donné.

« Sans doute, il y aura, plus tard, lieu de retrancher de cette formule tout ce qui ne s’accomplit pas à l’échéance de la façon et avec la ponctualité convenues , engagements qui sont au Crédit et à ses solutions , ce ([ue l’excès d’alliage est à la Monnaie. Mais ces retranchements opérés, l'état du Marché, pour le jour où l’on traite , n’est véritablement représenté que par « le Comptant » d’une part , puis par les successifs ajustements, si l’on peut ainsi dire de la Monnaie s’aidant du Crédit et de ses formules.

« D’où l’on voit que la monnaie courante ou disponible, si elle exprime pour l’heure et traduit « en Prix » la valeur de cha([ue chose considérée en elle-même , ne saurait donner ([u’uiie idée fort imparfaite de ce (lui se fait et qui se traite à l’instant même. — Le Crédit remplit donc , je le répète , « parallèlement » aux Espèces disponibles , c’est-àdire en mouvement , une fonction bien autrement étendue que celle remplie par « le Comptant » argent en main (1). »

Ce mécanisme double , dont il m’est arrivé de décrire un jour la marche à propos des bam[ues d’émission , et cela à une époque dont nous sommes loin, j’ai dû le remettre en ce moment même sous les yeux. Rien ne fait mieux voir, en effet, à quel point l’on se trompe, lorsqu’on pense que la

(1) La Monnaie de Banque. — Paris , '8a7. — Guillaumin et C», éditeurs.

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Monnaie peut sufüre sur l’heure, à toutes les exigences d’un Marché pour peu qu’il soit actif, étendu. Elle joue incessamment , on ne saurait trop le redire , le rôle « d’appoint , » et c’est le Crédit qui tient ici chaque jour davantage le plus de place.

Maintenant , ce n’est pas tout que d’inspirer assez « de conliance » ii celui avec lequel on traite, pour qu’il remette à plus tard l’exécution de la promesse qui forme comme « l’équivalent » de la contre-valeur de ce qu’on obtient de lui sur l’heure. Cette « confiance » a plusieurs façons de se traduire, de se « formuler. » Ou bien elle donne naissance à des engagements ((ui prennent une réelle consistance , suivant que cela a lieu par la création de ce qu’on nomme t< les effets de commerce ; » ou bien elle se traduit en un engagement « verbal » et où la parole seule intervient. C est ainsi qu’ont lieu quantité de ventes de marchandises , de biens meubles ou immeubles; de même qu’il se fait des prêts d’argent, d’appareils, de machines, de denrées. L’on n’agit point autrement dans une vente à crédit que dans le bail d’une maison, dans le louage d’un cheval ou d un meuble. Ici, de meme que là, le Crédit s'aflirme. S’il est question du simple usage des choses dont on paye un prix de location plus ou moins élevé , ce n’est pas seulement a le prix » du service rendu qui est aventuré , mais la propriété môme « de la chose » remise pour un temps en d’autres mains. 11 en est de cela comme d’un produit ou d’une marchandise payable dans un temps donné , et dont le Prix peut être perdu pour n’avoir pas été acquitté sur l’heure.

Les engagements formulés à l’aide simplement « de la parole » présentent d’ailleurs , nul ne l’ignore , des iiicon- 'vénients de plus d'une sorte. Comme il n’en existe aucune trace, l’on peut dire que, dans ces conditions, celui ([ui « fait crédit « ne met pas seulement son bien en risque , vu

que l’avenir est incertain, mais il se trouve livré de toute façon à la merci des circonstances. Voici comme.

Des difficultés peuvent, par exemple, s’élever entre ceux qui ont traité ensemble de fort bonne foi, sans avoir précisé autrement que par quelques paroles, les termes, le mode d’exécution. Supposez , entin , ici égales la sincérité de môme que la mémoire , l’obligé mort ou disparu , voilà que celui auquel le liait « sa parole » sera désarmé vis-à-vis de ses héritiers. Nouveau péril. De là, dans tout ce qui tient et touche au Crédit, une variété « de formules » à l’aide desquelles l’engagement de faire , de donner , devra prendre une réelle consistance.

S’il peut rester des doutes, en elfet, sur « la solvabilité relative » de celui qui s’engage et sur l’exécution de sa promesse au moment voulu , il ne doit y avoir nulle incertitude sur l’existence môme de la convention , au point de vue de ce (tu’ont voulu et entendu ceux qui ont contracté ensemble. L’usage» du Crédit » implii^ue de tels risques, qu’il faut bien se garder d’en augmenter le nombre en paraissant se contenter d’assurances dont il n’existerait ni preuve , ni trace. C’est ce dont le Trafic et l’Industrie ont , à juste titre, le sentiment lorsiiu’ils mettent un soin particulier à préciser, soit par voie de correspondance, soit par la remise d’engagements « écrits , » ce dont on convient et à quoi l’on s’engage.

Crédit personnel. — Crédit réel.

Dans le gouvernement du Crédit , il n’y a pas , d’ailleurs , seulement à considérer la façon dont on procède, suivant ([uc l’engagement résulte d’une déclaration écrite ou verbale. C’est ainsi que celui « qui fait crédit » peut se contenter des garanties morales, en ([uelque sorte, que présente l’acheteur , tandis que s’il traitait en vue de l’Avenir avec toute autre personne , il se montrerait plus exigeant. De là,

la distinction , qui existe entre ce qu’on nomme le Crédit «c Personnel , » lequel a sa source dans la confiance qu’inspire celui avec qui l’on traite, et le Crédit « Réel » ou qui tire sa force avec sa raison d’être de garanties matérielles, c’est-à-dire du fonds de Bicliesse sur lequel repose « la confiance » d’où on est parti.

C’est ainsi , par exemple , que le prêt hypothécaire impli(}ue une confiance basée à peu près exclusivement sur la valeur des biens immobiliers offerts en gage. C’est là ce qui chez le prêteur , fut déterminant « du crédit » qu’il consentit à faire en abandonnant , pour plus ou moins de temps , l’usage d’une somme d’argent à autrui. Je dis que cet acte de crédit est presque entièrement déterminé par la nature et l’étendue delà garantie « réelle » ici offerte , quoiqu’il s’y mêle , bien plus qu’on ne le croit , des considérations toutes « personnelles. » Il arrive , en effet , tous les •

.lours qu’on décline de semblables offres , quelles que soient les garanties de fortune possédées par celui qui veut emprunter. Sa profession est de telle nature , sa réputation est si mauvaise , d’autre part , (pi’on répugne à de semblables affaires.

Celui ([ui fait crédit , » quelle que soit la nature des garanties matérielles et la solidité du gage , n’est donc jamais , à vrai dire , uni({uement déterminé par cette considération à exposer , en quel([ue sorte , son avoir. L’on ne peut nier ([ue ce ipii porte le nom de « crédit Réel » se complique, jusqu’à certain point, de particularités tenant à la « personne. » Tout ce qu’il est permis de dire , c’est que' pour le prêt hypothécaire , de même ((ue pour les emprunts de chemins de fer, par exemple, ce sont surtout les garanties matérielles ([ui sont déterminantes; elles constituent, en tant que « gage, » le fait sur leipiel repose « la confiance » d’où part , en pareil cas, celui ([ui « fait crédit. »

Je n’entrerai pas dans le détail « des formules » aussi nombreuses que diverses qui figurent commercialement parlant, le maniement du crédit « Personnel. » Cela mènerait beaucoup trop loin, outre que ceci rentre plus particulièrement dans le cadre d’un Cours de législation usuelle. Je me bornerai à rappeler que la Lettre de change diffère du Rilletàordre en ce point essentiel et caractéristique, qu’elle rend nécessaire le concours de « trois » personnes , au lieu de « deux », et qu’elle constitue « une remise » de place en place ou moyen de payement sans envoi d’Espèces. Quand j’aurai ajouté que le mandat « de cliange » ne diffère de la Lettre dite « de change » ([u’en ce ([u’il s’applique à des sommes généralement minimes ; quand j’aurai fait , enfin, cette remarque, à propos du AVarrant, qu’il constitue un mode négociable d’emprunt sur des marchandises données en gage et (jifil participe, dès lors, avec le prêt hypothécaire « du crédit Réel , » je crois ((ue j’aurai dit tout ce qu’il était , ici, utile de noter plus particulièrement.

Autre chose est le Rillet de banque sur lequel il convient surtout de s’étendre.

Du Billet payable à vue et au porteur.

Ce Billet était connu dès le siècle dernier sous le nom de « Monnaie de bam[ue, » dénomination ({ue le comte Mollien, ancien ministre du Trésor, a couverte de l’autorité de son nom. C’est cette formule (Rii doit surtout fixer notre attention. Il s’est répandu sur ce mécanisme de l’Émission, si heureusement conçu, de telles obscurités ; le Papier-monnaie et la Monnaie de papier donnent encore lieu à une confusion telle; les bornes dans les((uelles doit se tenir, enfin, l’Émission, les garanties sur lesquelles repose le Papier d’une banque bien conduite sont parfois à tel point méconnues, qu’il est de la plus grande importance de faire ici la lumière. Pour plus de netteté , et suivant qu’il

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m’est arrivé de le faire dans les sujets d’une exposition particulièrement délicate, je demanderai aux faits qui présidèrent à la création de ce puissant organisme de nous éclairer sur ce qu’on en peut attendre et exiger.

Oui, oui, reportons-nous, pour mieux voir et mieux comprendre, au début, car il me semble, qu’à mesure qu’on le perd de vue et (ju’on descend le cours du ruisseau, ses eaux se troublent davantage, suivant que le disait , il y a aujourd’hui vingt-sept ans , un esprit fort pénétrant auquel cette matièu’e fut particulièrement ouverte. C’est le cas de répéter avec le prince de la Moskowa , s’inspirant ici de la pensée des vieux maîtres : « J’aime mieux boire à la source que plus bas , l’eau y est plus pure (I). »

Ce furent les embarras croissants du Trésor britanni([ue, obligé d’organiser la ([uête « à domicile » pour faire face à des dépenses courantes, qui firent que le gouvernement de Guillaume III dut enfin prêter quebiue attention aux plans financiers d’un gentilhomme écossais, qui offrait inutilement, depuis des années, de dénouer de la façon lapins heureuse une telle situation, L’État était non-seulement

acculé à des difficultés qui l’empêchaient de conduire la guerre dans laquelle on était alors engagé contre la France, mais le Commerce , comme toujours , se ressentait de ces embarras. Les derniers emprunts souscrits au temps de Charles II avaient été contractés sur le pied de 30 0|0 , et la riche corporation des orfèvres , ces premiers banquiers de la Cité , ne pouvait plus suffire aux besoins du Négoce et de l’État , réduits l’un et l’autre à une complète impuissance.

Cela durait depuis plus de quatre ans et allait s’accentuant de plus en plus , lorsque le noble Écossais auquel je fais ici allusion , William Paterson, puissamment aidé par Michæl Godfrey, un des grands négociants de Londres,

^1 Dvl Papier-raonnale, — Paris , 1848.

ni® PAJITIE. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 375

avec lequel il était étroitement lié, obtint des ministres de Guillaume que les plans et l’idée du futur fondateur de la Banque d’Angleterre seraient examinés. Cet examen fut des plus favorables. L’engoûment du commerce et du public pour la création, dont le mérite revient tout entier à Paterson fut tel, que la souscription de 1,200,000 livres ouverte en vue de former le capital jugé nécessaire fut, en quelques jours, remplie.

Parmi les plus ardents à souscrire , Locke se fit remarquer; lui, dont William Paterson avait dû combattre, quehiue temps avant , les théories à l’endroit de la Monnaie. La souscription avait duré moins de dix jours , temps jugé nécessaire pour former le Capital fourni par l’Épargne.

Mais ce qui prouve à ([uel point le génie de William Paterson avait été bien inspiré , c’est (lue non-seulement le Commerce devait trouver , dans ce mécanisme de l’émission en banque, une précieuse ressource pour l’escompte , mais que le Trésor bénéficiera le premier largement de de celte invention. Ses besoins d’argent étaient, du reste , poussés si loin , que , sans vouloir attendre le résultat d’un si important essai , l’État avait songé dès l’abord à s’appliquer le fonds entier de la souscription. Et , comme à ce compte , la Banque allait se trouver sans Capital , l’on crut suffisamment la couvrir de cet emprunt en lui délivrant , à due concurrence , des bons de l’Échiquier productifs d’intérêt à 8 0/0. Ces bons du Trésor étaient eux-mêmes gagés par de nouveaux impôts votés à ce propos.

Il convient, d’ailleurs, d’ajouter que , dans le système de William Paterson, la Banque d’Angleterre restait chargée du recouvrement de l’impôt et du payement des services publics. — La remise entière à l’État de son capital , sauf à en loucher rintérêt sur un pied successivement réduit de 8 à 4 0/0, tel fut « le prix, » comme l’ajustement remarqué

M. CeiTiuschi, dont la nouvelle institution paya le privilège ù' émettre de la Monnaie de papier remboursable à présentation.

Le Billet de banque est né, on le voit, des embarras qu’éprouvaient en Angleterre l’État et le Négoce vers la fin du dix-septième siècle, pour remplir, chacun dans sa sphère, le rôle que leur assignaient les circonstances. Cela rappelé , si , de cet historique , où apparaissent clairement les causes qui présidèrent ù cette fondation , l’on veut passer à l’étude de cet intéressant organisme ; si l’on se demande en vertu de quelles lois et de quelles savantes combinaisons le gentilhomme écossais dont nous examinons l’œuvre arrivait à opérer, dans la constitution du Crédit, la plus grande révolution qui se fût vue ; si l’on veut , enfin, se faire une juste idée du rôle que remplit la Monnaie de papier et voir comment elle constitue , sous forme « de Comptant » d’un nouveau genre « une formule » de Crédit supérieure, dont la Production devra profondément se ressentir , voici ce que nous apprend , sur ce mécanisme particulièrement puissant et que les nations les plus riches eurent bientôt hâte de s’approprier , une expérience déjà longue.

De ses nombreux voyages à Venise , Gènes , Amsterdam , Hambourg, l’illustre promoteur de la Banque d’Angleterre avait rapporté une foule d’observations sur le Crédit qui devaient lui être plus tard d’un grand secours. Paterson avait surtout compris ce qui manquait à la Grande-Bretagne. De là, des études fort approfondies et qui l’avaient fait rechercher par les plus grands marchands de la Cité.

Je parlais, il n’y a qu’un instant, de la corporation, alors particulièrement puissante, des orfèvres. C’est chez ces hommes de banque et (|ui se livraient de plus en plus au commerce de l’Argent qu’affluaient généralement les

épargnes du public. En échange de ces fonds de caisse, ils délivraient à leurs clients un bon payable « à vue et au porteur, » c’est-à-dire réalisable à volonté. On a dit, non sans raison , et c’est l’opinion qu’a notamment exprimée j Gilbart, que ces billets des orfè\Tes ,i>u , comme on disait ! alors en Angleterre , Goldmith’s notes, servirent de modèle aux premières b'mk-notes émises par l’institution dont William Paterson fournira seul le plan. L’illustrf Écossais dont Law, chez nous, devait plus tard s’inspirer sans se tenir, d’ailleurs, dans d’aussi sages limites, ne pouvait manquer d’être frappé de cette circonstance. Il faut bien remaniuer seulement que le crédit de ces banquiers avait subi , à cette époque , plus d’une atteinte. Rien ne le prouve comme de voir les difficultés chaque jour plus grandes au , milieu desquelles se débattaient inutilement, depuis déjà longtemps, le Commerce et le Trésor britanniques.

Mais l’éminent antagonisme de Locke , du docteur Hugh

i Chamberlain, auteur, comme lui, d’un plan financier ayant fixé l’attention générale ; l’ami de Godfrey et de lord Montagne, celui-là même dont on fera bientôt un chancelier de l’Échiquier, n’était pas homme à se laisser détourner de sa pensée par le spectacle de quehiues échecs dans l’ordre privé. Jugeant , du premier coup, tout ce que recélait de véritable puissance « la formule » plus ou moins heureusement placée aux mains de quelques particuliers, Paterson n’hésitera pas à transporter dans la sphère du Crédit collectif et de la garantie « mutuelle, » sphère bien autrement consistante que celle du crédit « Personnel, » ce qui n’avait été jusque-là qu’un engin de médiocre portée. — C’est là le trait de génie de l’inventeur.

Comme « les orfèvres , » mais bien mieux qu’eux , l’établissement sans rival, et jusqu’alors sans modèle, dont il dresse le programme , remboursera « à présentation » son propre papier délivré en cours d’escompte ; comme ces

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particuliers chez qui afflue déjà , par une longue habitude, tout le numéraire disponible, la Banque projetée pourra escompter avec son papier, trois ou quatre fois plus d’effets de commerce ([u’elle n’a d’argent, car il est déjà attesté, par une pratique constante ((ui remonte loin, que riiomme de l’Épargne laisse longtemps dormir ses économies -, d’où suit « ((u’une fois » sur ti’ois , sinon davantage , on reprend son dépôt*; le reste pouvant s’engager ici et là. Le fondateur éminent de la Banque d’Angleterre est si parfaitement convaincu de cela, il se fait une idée telle de la puissance du Crédit « collectif » sur l’opinion , ({ir il ne verra pas d’inconvénient à ce que la Banque se prive de son capital pour en laisser provisoirement l’usage au Trésor public. Celui-ci éprouve de bien autres besoins que l’établissement ([ui est entrain de se fonder.

Car pour William Paterson, le fonds « d’Opération » de la nouvelle banque ne consiste pas dans « ce Capital. » Il est évidemment ailleurs, outre qu’il serait iiisufüsant. C’est tout au plus « un cautionnement » ou fonds de garantie , comme on l’a pu voir dans la suite , et suivant que s’attachait, un jour, à le faire comprendre l’éminent comte Mollien, dont le nom revient ici fort à propos. v< Avec quoi » la Banque opère , en effet, ce qui lui est à la fois un levier et une addition de force instante, successive et, faut-il le dire , sans fin, c’est « l’Émission, » c’est-à-dire son propre Papier. Adossé à un Portefeuille avec soin formé et (jiii doit journellement en amener l’extinction par des rentrées constantes , ce papier est cause et effet tout ensemble. — C’est là que gît « le fonds d’Opération « d’une bam[ue formée sur le plan de celle qui date ici de 1694.

Il n’a pas fallu moins d’un siècle et demi pour faire ((ue cela fCit compris d’un trop petit nombre d’hommes. Ce que je dis là est si vrai, que le préjugé économiiiue inverse venait s’affirmer, il y^a de cela moins de vingt ans, lors du

renouvellement du privilège de la Banque de France. On sait qu’en 1859 , le Capital de cette institution fut doublé. C’était doubler sans raison l’épaisseur du mur dont la dépense allait peser tout entière sur le fonctionnement de l’usine, j’entends sur le taux de l’Escompte. Mais ce n’est pas la première fois qu’on fait confusion quant à l’agencement des forces et sur leur vrai rôle, dans un appareil où moins qu’ailleurs , peut-être, il doit exister, comme on dirait en statique, « des forces perdues. » La matière escomptable, c’est-à-dire les effets composant le « Portefeuille, » telle sera la contre-valeur du Papier émis par la Banque. Là est, comme il nous est arrivé de le dire un jour, dans l’étude qui avait pour objet les grands travaux de Paterson, là sera « le bief d’alimentation » de la Monnaie de papier, laquelle n’a sa raison d'être, comme sa garantie, que dans l’achat du bon papier de commerce. — Un billet de banque soRT/)flrrce qu’il est entré, dans le même temps par le guichet de l’Escompte, un engagement commercial, — billet ou lettre de change, — payable dans un temps donné, et sur l’encaissement duquel, au jour fixé, la Bam[ue n’éprouve généralement aucun doute. Car elle opère ici, en vue de sécurités, c’est-à-dire de garanties se greftant l’une sur l’autre par voie « d’endossement. » — Ceci est bien connu.

Que si l’on se croit assez bien approvisionné» d’espèces» pour pouvoir, d’un côté, faire face aux » remboursements » ou conversions en numéraire (|ui pourront se présenter ; et, d’autre part, pour escompter, « argent en main, » au lieu de recourir à l’Émission, alors et naturellement, les espèces qui sortent, auront, dans le papier « escompté , » leur Contre-valeur, sans que la dette de la Banque envers ses porteurs soit augmentée. Et ces mêmes effets de commerce au jour de l’échéance , feront rentrer à la Banque , soit son propre Papier, soit du numéraire en quantité supérieure à ce dont elle se sera découverte en escomptant. — Or, n'a-t-

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elle pas réalisé ici, en pi*eiiant ce papiei*, un profit de 3, i 5 ou 6 OiO, suivant le temps ? Si on la paye en monnaie d’or ou d’argent, son encaisse devient plus riche qu’auparavant. Et si c’est son propre Papier qu’on lui rapporte , sa dette sera diminuée d’autant. D’où sa réserve métallique « relativement » accrue.

Tout se répond donc dans ce système : Encaisse, Portefeuille, Émission. C’est de l’un îi l’autre de ces facteurs qu’on va sans cesse, et le Capital n’est là, sous couleur de fonds de garantie , ([u’un « appoint. »

Et comme on peut ainsi acheter, c’est-à-dire « escompter » trois et quatre fois plus d'effets de commerce qu’on ne l’eût fait, s’il eût fallu sans cesse user d’Or ou d’Argent monnayés ; que la Monnaie de papier, qui coûte infiniment peu à produire, s’en vient suppléer heureusement les métaux précieux, l’on pourra modérer, en conséquence, les conditions", le taux de l’Escompte.

Tel est le premier avantage que recueillit l’Angleterre de l’emploi de ce nouveau mode « de Comptant. » Car ce Papier bien réglé, bien gouverné, pénétrait, en assez pende temps dans les affaires , où il se tiendra au niveau de la meilleure Monnaie. Comment n’en eût-il pas été ainsi, puisque la Banque le remboursait sans broncher « à présentation? » Elle fournira une preuve sans réplique de la solidité de ces assignations « à vue » sur son encaisse , dans une occasion que l’histoire a particulièrement notée et qu’il faut citer.

C’était en 1707, moins de quinze ans après la fondation. Paterson , dont on avait payé les services par la })lus noire ingratitude, comme cela n’est que trop ordinaire, avait renoncé à figurer au nombre des premiers directeurs composant le Conseil. Mais ce rare esprit aura ici déposé de tels germes, que la jeune institution triomphera de tous les obstacles. On était al >rs dans de vives appréhensions tou-

chant le prochain débarquement du Prétendant, dont l’apparition menaçait la maison d’Orange, nouvellement établie. La corporation des orfèvres saisit cette occasion pour sevengersurla Banquedece qu’elle considérait comme une spoliation. Ces riches marchands se regardaient, en quelque sorte, comme expropriés sans droit des avantages de l’Émission. Espérant faire crouler la Banque sous la masse des demandes de remboursement, ils réunirent tout ce qu’ils peuvent se procurer de bank-notes , et en réclament, à la même heure, la conversion en espèces.

Mais la nouvelle Compagnie avait sans doute pu pressentir le danger qui la menaçait. Elle fera un suprême effort, et, répondant sans le moindre retard à cette criminelle et peu patriotique demande, elle sortira à son honneur d’une aussi redoutable épreuve. — A partir de ce jour, non-seulement le Billet de bainiue ne rencontrera plus d’obstacles dans sa circulation active, incessante, mais il est mis « au pair » des espèces dont il triple et quadruple les services, en se prêtant mieux qu’elles à toutes les nécessités du Marché.

Il arriva ici ce qui arrive toujours dans la région des échanges. Par cela même que la Banque fit plus d’escomptes (lue si elle avait été condamnée au régime de la Monnaie exclusivement, non-seulement les affaires furent infiniment plus actives et nombreuses ; mais il y aura de cela « une double » raison, puisque le prix de l’escompte est notablement réduit. C’est ainsi quelàoùon eût escompté péniblement à 10 et 12 p. 0[0, la Baii((ue escomptera à -i et 5 couramment. Ce n est donc pas seubnnent le Trésor qui gagne à ce compte, puisi^u’il trouvera à un prix modéré l’Argent nécessaire. Le Commerce est remarquablement secondé, et il pourra aller infiniment plus loin qu’auparavant.

Le même phénomène s’est produit lors de la fondation de nos premières caisses d’escompte, et plus tard, lorsque

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devançant la Banque de France, celle qui s’établissait à Rouen, vit immédiatement tomber à 4 p. 0/0 le taux de l’escompte jusque-Ki hors de prix.

Mais pour que l’institution brille d’un solide éclat, il faut que le Billet de banque soit lidèle k ses lois. En d’autres termes , la conversion , ou remboursement » à vue et au porteur » devra rester hors d’atteinte. Ce n’est qu’à ce prix que les deux modes « de Comptant » qui consistent en Monnaie réelle et en Monnaie de papier , se feront équilibre. C’est ce qu’exprime clairement William Paterson , lorsqu’il parle de « payable in coin on demanda » c’est-àdire convertible en espèces à toute réquisition :

« Le véritable avantage des bank-notes pour le public , ajoute-t-il, — ce qui leur a d’abord donné le caractère de Monnaie dans les affaires, était basé sur la confiance. Cette « contiance » eut sa source dans la connaissance du fonds sur lequel reposent ces billets ( le Portefeuille ), en meme temps qu’on se lit une haute idée de la capacité et de l’intégrité des hommes chargés d’administrer ce — Tant que reflet répond à la promesse, le Crédit reste entier, et le Papier passe pour un excellent payement; dans le cas contraire , 011 le verra perdre de sa valeur. Il devient alors , parmi nous, comme une nouvelle espèce de Monnaie rognée ( a new spec/es of clipped money among us. )

On ne pouvait mieux dire , et il est aisé de reconnaître à ce ferme' langage , l’esprit supérieur qui avait eu la gloire de doter l’Angleterre d’une institution restée pendant plus d’un siècle et demi sans rivale.

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