XXV« INSTRUCTION
DU CRÉDIT ET DE SES FORMULES (Suite et fin]
Le Billet de banque non remboursable à présentation. — Papier-monnaie et Monnaie de papier. — Cours forcé.
Lorsque , par une cause ou par une autre , les banques d’Émission cessent d’acquitter envers les porteurs de leur Papier, rengagement qui doit se convertir en espèces « à toute réquisition, » ce Papier perd son caractère , en môme temps ((u’il doit être fatalement déprécié. Il en est de cela, comme d’un négociant qui ne payerait pas ses effets à l’échéance. Car les billets émis par la banque ne sont pas autre chose que la représentation de sa Dette envers « tout
porteur ,» dette toujours échue et partant exigible à présentation. La convertibilité « à vue, » c’est-à-dire le remboursement des Billets « à toute réquisition , » comme eût dit Paterson, est donc la condition fondamentale de l’Émission , et c’est à ce prix seulement , on vient de le dire , que le Billet de banque se maintient , comme « Comptant , »
symbolisé, au pair « du Comptant » dont l’Or, l’Argent monnayés forment le fonds.
Dans cette façon de battre monnaie dont usent les banques par l’emploi d’un Papier remboursable « à présentation , » il ne faut jamais perdre de vue qu’elles font , de leur côté, appel « au Crédit » ni plus ni moins qu’un simple particulier. Leur Papier n’est, comme la Lettre de change, ou le Billet à ordre , ({u’une « assignation » sur leur encaisse ou « promesse » de payement , et cette promesse n’équivaut pas plus à la Monnaie elle-même , considérée dans sa suJ>stance, que tout autre papier de crédit commercial ou
autre.
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Ce qui différencie ces deux « formules » de crédit , c’est que l’effet de commerce est payable à un moment donné, qu’il a généralement une échéance « fixe , » tandis que le Billet de banque ou bank-note est exigible « à présentation, » c’est-à-dire , et pour parler le langage du comte Mollien, « toujours échu, » Cette distinction estde conséquence. C’est pour ne pas s’y tenir invariablement qu’on force trop souvent la nature des clioses , de façon à lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. D’une part, et lorsque la Monnaie de banque est dès longtemps accréditée, que « ce Comptant » circule sans peine , la foule se fait illusion sur la puissance d’un Papier (}u’elle croit susceptible d’une émission sans bornes ; de l’autre , on lui reproche de constituer quelque chose comme une adultération de la Monnaie prise en masse.
L’un de ces aperçus n'est pas plus exact que l’autre. L'Émission répond , en effet, écu pour écu à ce que représentent ensemble, suivant qu'il a été dit, le Portefeuille qui l'a nécessitée et l’Encaisse faisant office d’appoint en vue de la convertibilité. Conséquemment , cette façon de monnayage a des bornes qu’on ne saurait franchir sans tomber, à l’instant même, dans l’opération à découvert ou emprunt pur et simple. Comme le Billet de banque n’aurait sa contre-valeur ni dans les effets pris à l’escompte, ni dans les espèces ([ue possède l'établissement, il en serait de cela comme d'un effet de commerce qui ne répond à aucun achat et (|u'on ((ualifie de valeur « sans cause » ou mieux d’effet de circulation.
L’Émission péchant par la base puisqu’elle serait dépourvue de « contre-valeur, » cesse d'être alors de la Monnaie de papier pour passer, presque aussitôt, à l’état de Papier-monnaie ou billet non remboursable. Cela est fatal , puisiiue ce billet ne répond à rien comme « cause » d’Émission. C’est donc méconnaître ici entièrement ce qui se
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passe , que de croire à un monnayage en banque illimité. Le jour où l’on en arrive là, l’on peut dire qu’il se passe exactement ce qui avait lieu dans le système de l’altération des monnaies. Plus on y mettait d’alliage , plus , par cela même , cette Monnaie perdait de sa puissance d'achat. L'Émission qui ne répond pas à une bonne Contre-valeur dans le Portefeuille ou dans l'Encaisse , altère fatalement , par cela même, la vertu « du Comptant » qu elle est censée représenter. C’est de l’alliage en banque à plus ou moins
haute dose ou Monnaie « rognée , » comme disait si bien Paterson.
D'un autre côté , l’on se trompe en qualifiant cette même émission d'adultération du stock métallique qui existe dans un pays. Le Billet de banque est , avant tout, un papier ou formule « de Crédit. » Cela ne se confond pas avec la Monnaie , et partant cela « ne s'additionne » pas avec elle, 11 ne faut donc point parler ici de Monnaie adultérée à concurrence « d’un tantième, » Si l’on faisait l’inventaire de la fortune d’un pays, on ne devrait pas plus y faire entrer les billets de banque , qu’on n’y devrait comprendre les effets de commerce en général, les effets publics, tels que la Rente , les bons du Trésor. Tout cela constitue autant « d’assignations » sur la richesse et sur les biens , en quoiqu’ils consistent, argent, marchandises, meubles et immeubles. C’est affaire de passif et non d’actif.
C’est dès lors à tort qu’on ferait le procès, de ce chef, au Billet de banque. Il n’ajoute rien à la Richesse publique pas plus qu’il ne la diminue. Le jour où la Banque de France viendrait , par exemple , à liquider , elle retirerait peu à peu son Papier à l’aide, tantde son encaisse que des réalisations de son Portefeuille; et comme elle « n’émettrait » pas d’autre Papier, en moins de cinquante jours, tout serait dit. Car il est généralement connu que l’échéance moyenne du Portefeuille n’excède guère quarante-cinq jours. Cela
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38H COURS d’économie industrielle.
fait , il n’y aurait en France , ni plus de Richesse , ni plus d’Espèces, ni plus de Monnaie moins bien affinée et au titre voulu qu’auparavant.
Donc, l’Émission se traduit en un simple appel « au Crédit; )) elle se distingue essentiellement de ce qu’est et de ce que représente cette richesse éminemment échangeable qu’on nomme « la Monnaie. » Seulement, le Billet de banque répond à une formule supérieure dont le mérite consiste, on l’a vu, à faciliter, dans une large mesure et bien mieux qu’on ne le ferait sans cela , l’escompte du papier de commerce. Non-seulement on peut obtenir davantage, dans ce système , mais on opère à meilleur marché puisqu’on peut notablement réduire le taux de l’intérêt en banque ou « taux de l’escompte. »
Réduite à ces termes et opérant dans les limites que lui assigne la nature des choses, c’est-à-dire l’élat d’un Portefeuille bien constitué et celui de l’Encaisse, l’Émission est un bien pour les afiàires dont elle étend la marge sans qu’elles aient par ailleurs à en souffrir.
Remboursement en masse : Cours forcé.
Ces raisons n’étant pas de celles qu’on puisse détruire en les abordant de front , le Billet de banque s’est vu en butte à un genre d’attaques , qui montre , chez des adversaires souvent mieux inspirés , jusqu’où peut aller l’oubli de certaines choses dès que l’esprit de système domine. — Voici le grief relevé contre l’Émission et dont on s’étonne que des intelligences d’éli te se fassent encore de nos jours l’écho.
« Peut-on nier, s’écrient à l’envi les adversaires delà Monnaie de banque , » — et ils sont là particulièrement à l’aise, — (( que ces mots ; « payable à vue et au porteur , » n’impli([uent une vaine et vide promesse ? Quelle est la banque , en Angleterre aussi bien qu’en France , qui pourrait résister à la redoutable épreuve d’une demande de
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remboursement « en masse ? » Il n’en existe pas. L’histoire a d’ailleurs montré maintes fois à quel point cette assurance est téméraire et combien elle constitue , dans le fond des choses , un leurre. Donc, le Billet de banque équivaut à un danger public : ce que l’on qualifie ici d’heureuse application est quelque chose d’assez semblable, comme remboursement toujours « exigible » à une épée de Damoclès qu’on dirait suspendue sur la Banque et qui peut la frapper mortellement.
L’on a dû s’attacher à ne pas amoindrir ici la force de l’objection. En y répondant, nous ferons en sorte de contenter les esprits les plus difficiles.
Nous sommes placés , il ne faut pas l’oublier, sur le terrain du « Crédit, » c’est-à-dire des engagements résolubles à plus ou moins long « terme. » Or, que penserait-on d’un commerçant qui aurait toujours exactement fait face à ses obligations négociables ou autres ; qui verrait ses affaires prospérer , dont le crédit, enfin, serait entier mais à qui , tout à coup , les divers porteurs de ses engagements, billets ou lettres de change, s’en viendraient demander, bien avant « l’échéance , » le même jour et à la même heure le payement de ces mêmes effets recouvrables à époque fixe ? — Est-ce ({ue le négociant sur lequel on fondrait ainsi « bien avant » l’heure, serait, en conscience, tenu de s’exécuter ? Supposé qu’il s’y refuse , prétextant qu’on excède les termes du contrat qui le lie envers ceux qui lui ont fait crédit pour plus ou moins de temps , est-ce que l’on serait fondé à induire de ce refus que le négociant a perdu de de son crédit, que sa signature ne vaut rien, et qu’il côtoie de près « la faillite ? »
Évidemment, non. Le commerçant serait ici non-seulement dans son droit, mais « son crédit » sortirait de cette épreuve hors d’atteinte. — L’on sérail , en effet , unanime , dans le Commerce aussi bien qu’ailleurs , pour dire que
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nul ici n’était en droit de montrer de telles exigences. Chacun prendrait ainsi parti pour celui à qui l’on vint soudain demander « plus et autre chose » que ce qu’il a promis.
Or bien , que fait-on , lors([u’on se croit fondé à exiger d’une banque d’Émission, en se livrant à des hypothèses non moins fantastiques qu’arbitrairement imaginées, un payement « en masse , » sous le vain prétexte que le Billet remis aux mains de divers porteurs est « convertible » en espèces à volonté , c’est-à-dire « à présentation ? » On fausse simplement la convention passée avec la Banque et on en force , sans raison, sans équité, sans nécessité, entin, et sans prétexte , les termes. — Où, et ([uand a-t-on vu , en effet, ([lie l’Émission ait jamais promis [lareille chose? Nonseulement elle n’a pas fait une telle « pi‘omesse , » mais elle fonctionne d’après un principe de tout point contraire, puisqu’il est bien connu qu’en regard de 3, par exemple , de son Papier elle ne possède que 1 d’Espèces pour y faire face comme remboursement journalier.
Donc on méconnaît , dans l’hypothèse d’un payement « en masse , » l’essence et la nature de cet organisme: Et ([uand on demande 4 ou davantage , au lieu de 1, c’est à peu près comme si l’on demandait la lune. — Qu’on me permette cette façon de m’exprimer dont la vulgarité pourrait choquer les esprits délicats, mais qui seule peut rendre ici exactement la pensée.
Oui, lorsqu’on se rue soudain sur une banque d’Émission jusque-là bien conduite, pour exiger d’elle un remboursement « en masse , » on lui demande plus et autre chose que ce qu’elle a promis et du promettre ; on perd de vue son programme, on fait acte de pur arbitraire, absolument comme feraient les porteurs d’effets ([ui , sans motifs avouables et du reste sans droit , voudraient , à un moment donné, devancer l’échéance. — Et ceci , je le prouve.
III® partie. — DES INSTRUMENTS DE PRODUCTION. 389
Je dis qu’on « devance , » en fait, l’échéance, car, dans une Banque , de même que dans le Commerce , il y a des échéances échelonnées, sans qu’il y paraisse. Et , de même que pour les effets souscrits , chacun se garde bien de s’engager pour une seule et même époque ; que l’on dispose à la file ses obligations , c’est-à-dire en vue de rentrées ou réalisations « successives ; » — - de même la Banque opère , du chef de l’Émission , « successivement » en se fondant sur les réalisations instantes, journalières de son Portefeuille. Comme elle «recevra,» elle s’engage et s’attend « à payer; » comme elle « escompte, » elle fait acte« d’Émission , » c’est-à-dire graduellement.
Lui demander un payement « en masse , » à un moment donné, c’est donc vouloir qu’elle paye , qu’elle s’exécute, ([u’elle se libère, enfin, sur un pied autre que celui sur lequel elle a de toute façon opéré, escompté et, du reste, emprunté. — Mais il y a mieux. Comme son Portefeuille est ‘recouvrable à différentes dates, c’est l’obliger de se libérer AVANT que ceux ([ui sont tenus envers elle aient eux-mêmes rempli leurs engagements, et qu'ils l’aient mise par là en mesure de s’ac([uitter ?... On commet donc, par de telles exigences, une véritable injustice, outre qu’on aboutit à un inqualifiable non-sens.
On oublie, en effet, — et cela ne semble pas suftisainment compris, — que « le débiteur » n’est pas ici la Compagnie ([ui émit le Billet et ([ui n’est là qu’un intermédiaire, mais bien l’obligé au Portefeuille dont elle a pris le papier. Or, comme «ce débiteur» ne se libère que «successivement, » c’est-à-dire clia([uejour, à vue d’échéance, la Banque ne peut elle-même se libérer que « successivement, » autant dire comme on dut s’acquitter envers elle. — Est-ce clair?
Parler de remboursement « en masse à propos de billets payables à vue et au porteur , c’est donc violer l’essence
des choses , c’est dénaturer le contrat qui lie l’un à l’autre la Banque et le Commerce ; c’est exiger, je le répète, « plus et autre chose » que ce que promit et put promettre l’Émission. — J’ai comparé un jour ces exigences folles à celles qui se produiraient dans une gare de Chemin de fer , où toute la population voudrait effectuer « en masse ?> un départ, qui n’a pu être prévu et pour lequel il est trop visible que le matériel dont dispose la Compagnie est et doit être « insuflisant. » Rien n’est plus exact. La Banque paye comme le Railway transporte , c’est-à-dire au fur et à mesure que le Portefeuille et les Wagons se vident.
Aussi, quand, sans motif avouable et sans nécessité, d’ailleurs , les porteurs se précipitent aux guichets d’une Banque bien administrée pour être remboursés simultanément , » il ne reste à faire qu’une chose. C’est fermer les guichets et s’opposer à ce que le payement devienne ici «le prix» de la course. C’est alors que, dans l’intérêt même du Commerce, qui doit, lui surtout, avoir à cœur, de maintenir un établissement au moyen duquel il se fait à un prix modéré quatre fois plus d’escomptes et dix fois plus d’affaires que si l’on était obligé de payer « comptant, » — c’est alors, dis-je, que la Puissance publique prend sur elle de décréter ce qu’on nomme le « Cours forcé , » c’està-dire l’obligation pour chacun de recevoir à titre de payement la Monnaie de papier.
Cette mesure , qui a pourœffet de mettre tout un pays au régime «du Papier-monnaie, » au lieu de rester dans les termes d’un Papier « convertible » en Espèces à présentation , constitue , par cela même , une grave atteinte au crédit des bamiues. Il est assez difficile ({ue le Billet ne perde pas de sa puissance en pareil cas. — Mais, dans un État dont les finances sont bien conduites, c’est-à-dire qui n’est pas condamné à profiter de la circonstance pour « emprunter » abusivement sous le couvert de la Banque,
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l’Émission se ressent peu ou point de ce brusque changement.
C’est ce qu’on put voir en France, à deux époques particulièrement critiques. — En 1848, rébranlenient causé aux affaires par les troubles survenus dans l’ordre politique ayant mis la Banque sous le coup de demandes de remboursement auxquelles onn’eût jamais dû la soumettre, le Gouvernement (jui est dans son rôle toutes les fois qu’il se porte au secours d’un intérêt légitime menacé, dût intervenir. On coupa court , presque aussitôt à toute exigibilité de conversion et l’on proclama « le Cours forcé. » Cette mesure, loin d’ébranler le crédit de la Bain ;ue, lui permit de reprendre en assez peu de temps son assiette. Non-seulement les escomptes purent continuer , mais moins d’un an après , les Espèces avaient tellement afflué à ce grand établissement, que le chiffre de l’Encaisse débordait incessamment sur celui de l’Émission. On devra, en consé- (j[uence, renoncer , au bout de quelques mois, au maintien du Cours forcé. Ceci est de l’histoire.
Autre fait. — La guerre franco-allemande aura vingt ans plus tard pour effet de faire suspendre l’exigibilité de la conversion. Ce passage de « la Monnaie de papier » au « Papier-monnaie » s’effectuera, non-seulement sans que la puissance de ce Papier de crédit en souffre, mais il s’est si heureusement maintenu au pair «des Espèces, » que le cours du Change lui-même devra à peine se ressentir de cette suppression de « la convertibilité. » Tout cela conclut, sans doute , au crédit d’une institution sagement gouvernée et à l’éloge de certaines finances. Mais ce n’en est pas moins une grave atteinte portée au mécanisme de l’Émission dont les ressorts, parfois tendus à l’excès, par suite d’exigences venant de l’Etat, peuvent être pour longtemps faussés et ne plus pouvoir rendre au Commerce les services qu’il a le droit d’attendre.
COURS d’économie industrielle.
Il existe de cela de trop nombreux exemples pour qu’on doive être tenté de faire sortir les banques d’Émission de leur modeste rôle , en convertissant l’engin créé , dans l’intérêt du Commerce et de l’Escompte « à prix réduit , » en un grand atelier de Papier-monnaie chargé de secourir l’État en détresse. Cette alliance du Crédit public et du Crédit commercial est , non pas seulement pleine de périls , mais c’est là que gît véritablement « l’adultération » de la ôlonnaie par voie de faux monnayage. Il en est du Papiermonnaie comme de la Guerre; on sait quand et comment on y entre; mais , quant à en sortir, nul ne le saurait dire, et les années avec les emprunts arrivent à la üle dans ce système.
Au résumé ; la Monnaie de banque a cette vertu précieuse et rare ([u’elle supplée, en cours d’Escompte, les Espèces, et que, bien gouvernée, elle constitue « une formule » supérieure qui permet de faire, avec du Papier, non-seulement plus d’escomptes que n’en feraient les banquiers avec les espèces dont ils disposent, mais qui fait que le Taux de l’escompte ressort à bien plus bas prix que si l’on usait « exclusivement »de matières monnayées. Mais si l’on veut que le Billet de banque conserve toute sa puissance et ([ue ce mode de « Comptant » reste au pair des'Espèces, il faut qu’il s’appuie invariablement « à la Convertibilité. «Seulement, les exigences de cette convertibilité sont excédées, et l’on viole la loi de l’institutron, toutes les fois qiTon entend traduire, sans motif légitime, par une demande de paiement « en masse » l’obligation de rembourser et d’éteindre graduellement une Dette qui s’est « successivement « formée et ([u’on ne peut acquitter, nous le répétons, que comme elle est née, — c’est-à-du’e « successivement. «
Cette thèse, rappelons, en terminant, qu’elle s’affirmait pour la première fois dans le livre publié, en 1857,
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sous ce titre : La Monnaie de Banque, et auquel le suffrage d’un membre éminent de l’Institut a fait croire qu’il pouvait être utile de se reporter (1).
§ VI. — Des voies de coînmunication et des nioi/ens de transport considérés comme Instruments de Production.
Avant d’aborder la dernière partie de ces «instructions, « il convient, outre que c’est ici le lieu, de porter un regard sur le rôle que remplissent ces forces dans l’œuvre double de la formation et de l’emploi des richesses. La Monnaie, on l’a pu voir, et tout près de là le Crédit qui s’en vint la suppléer avec ses formules, — se distingue du Capital et de l’Épargne, en ce qu’elle est moins un élément, si Ton peut ainsi parler, de la Richesse en voie de formation, qu’un agent de « Circulation. « C’est par elle, en effet, que les Produits, de même que les Services, se déplacent, qu’ils passent de celui-ci à celui-là, puisipTil est vrai que son rôle est celui « d’un intermédiaire. «
L’Argent, TOr monnayés sont donc, à vrai dire, des agents de transport en vue de l’Échange, dont le fonds « circule « ainsi et se déplace. C’est par là que l’agent monétaire se rattache à la Production, ou Richesse qui se forme, se distribue, se classe. Ce qu’on dit de la àlonnaie, il faut le dire, je le répète, du Crédit, qui en tient lieu, car c’est par lui également que se troquent et changent de main une foule « d’utilités. » Et puisqu’il est question de ces agents considérés comme moyens de translation, il est à propos de dire un mot des Voies de communication et des Instruments de locomotion en général.
Tout ce qui fait que les choses dont chacun a besoin ou qu’il désire arrivent plus ou moins vite à destination,
(1) Voir le Rapport de M. Hip, Passy , sur la 2® édition de ce livre accompagnée de la Vie de William Paterson. — Paris , 1863-1864.
importe par cela même à l’essor de la Richesse et du commun Bien-être. De là vient le prix qu’on attache dans tous les pays, a mesure que les notions de l’ordre économique sont plus répandues, à l’établissement des Voies de communication, à leur bon entretien, qu’il s’agisse de routes, de fleuves ou de canaux. Chacun sait bien que les échanges seront ainsi rendus plus prompts, plus faciles.
Un économiste de la Grande-Bretagne, fort souvent cité, James Mill, qu’il ne faut pas confondre avec John Stuart- Mill, rôminent penseur enlevé de nos jours à la Science économique et à la philosophie dont il était une des gloires les plus pures, a dit, à propos des moyens de locomotion et des voies de transport : « L’homme ne dispose que d’une chose sur la Terre : le Mouvement. » C’est cette grande vérité de l’ordre économique, dont on n’était pas suffisamment pénétré, alors qu’existaient sur les fleuves, sur les rivières et sur les routes une foule d’impôts, de droits de péage, « de long et de travers, )> de pontonage qui étaient autant d’obstacles à ce que les biens pussent se déplacer, circuler, et conséquemment s’accroître.
Aussi, c’est là ce qui attira, on s’en souvient, l'attention de ïurgot dans son gouvernement de la Généralité de Limoges. Quelques années s’étaient à peine écoulées d’une administration réformatrice et remarquablement active, que 1 aspect de cette province, jusque-là renommée entre les plus pauvres, était complètement changé. C’est que l’intendant du Limousin avait surtout veillé à l’état des routes et qu’il assurera leur bon entretien en substituant à
la Corvée un système de taxes aussi équitable que bien conçu.
Le rôle que joue la faculté de locomotion est, de nos jours, de mieux en mieux compris. L’importance qu’on y attache s est successivement traduite, non pas seulement en Voies de communication plus nombreuses et mieux
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entretenues, tant du chef de l’État, qu’en ce qui touche le Département ou la Commune , mais en construction de Raihvays qui ont accru, dans une notable mesure, la richesse de divers pays, et notamment celle de la France. L’on en a eu la preuve, à propos de ce qu’il m’est arrivé de dire sur l’Épargne et sur la place qu’elle tient chez nous de plus en plus. L’immense réseau de nos Chemins de fer, en permettant et facilitant de nombreux échanges d’une des extrémités de la France à l’autre bout, a développé par cela même la puissance de Production et donné naissance à des richesses chaque jour plus grandes.
Ce que les Chemins de fer ont fait en ce qui a trait à la majeure partie des Produits et des Services, les Fleuves, les Rivières et les Canaux l’ont de leur côté accompli à l’endroit des matières particulièrement encombrantes. Ce fut le complément naturel et nécessaire d’un bon système de Voies de communication, car c’est ainsi que le transport peut s’etfectuer à des prix relativement bas. — Enfin, le régime Postal, qui favorise, plus ou moins, par la modération ou l’exagération de ses tarifs, réchange des correspondances doit être considéré comme formant une annexe de cet immense appareil ou Instrument de Circulation. Certains pays, l’Angleterre, par exemple, l’ont si bien compris, que la réforme postale a fixé de bonne heure l’attention des esprits pratiques qui gouvernent cette nation puissante.
Deux observations trouvent ici place , — et c’est par là que je dois terminer ce qui restait à dire sur les agents de Production , dont le rôle consiste à faciliter le déplacement des « utilités » échangeables. — On a longtemps considéré le service Postal , dont l’État chez nous s’est réservé le monopole , à un point de vue étroitement fiscal , qui fait de l’exploitation du transport des correspondances une des principales sources du Revenu public. Dans ce système on semble beaucoup plus viser à des recettes qui donnent un
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notable profit, qu’à développer le Commerce et l’Industrie par rabaissement du tarif Postal. [C’est opérer à rebours, qu’on me permette de le dire. Le point qui intéresse les finances publiques n’est pas de gagner beaucoup sur le transport des dépêches, mais de faire qu’il y ait un si grand nombre de correspondances échangées d’un point sur l’autre, qu’il résulte de là une masse toujours plus considérable d’atfaires.
Or, comme cette masse constitue au plus haut point la matière « imposable , » — droits d’Enregistrement et droits d’Octroi perçus en plus ou moins grande quantité; Timbre pour etfets de commerce , ensuite de ventes , de prêts et location, connaissements, lettres de voitures , warrants , etc. ; taxes de Douanes , Patentes , dont le nombre s’accroît en même temps que s’étend la pratique du trafic , de l’industrie , — c’est faire le plus faux calcul que de viser spécialement « au Profit » postal en louant ce genre de services plus cher qu’il ne coûte. L’État serait ici « en perte » qu’il recueillerait, par l’extension même des affaires, et partant • de l’Impôt , des compensations plus que suffisantes.
Un tel Service doit donc moins être aux mains de l’État une branche de Trafic, et partant une source de Revenu public qu’un moyen puissant de développer , par l’Échange J. des correspondances , les affaires. C’est ce que l’Angleterre
; a on ne peut mieux compris le Jour où , cédant à l’inspira-
j tion de Rowland Hill, on établissait dans la Grande-Bre-
Itagne, à titre de penny-Post un tarif qui avait le double mérite de rendre la taxe « uniforme » en même temps qu’elle atteindra l’extrême limite du Bon marché.
Sous l’influence de cette intelligente mesure, l’idée de ' trafic pénétrait partout et la fortune publique s’élèvera à
\ . un niveau qu’elle n’aurait jamais atteint sans cela. Et, diu \ même coup, il arrive que l’Impôt rendra chaque jour da-
vantage. C’est que tout ne constitue pas invariablement
matière à Impôt; et ce qui représente bien moins un fonds de richesse qu’un « appareil» ou Instrument de Production ne doit pas être confondu avec la matière « imposable. » Ces choses ne sauraient, dès lors, être traitées de même.
Une autre considération, dont la justesse échappe à beaucoup d’esprits, c’est ce qui a trait aux embranchements de Chemins de fer ou lignes secondaires. On a le tort de considérer ces lignes comme constituant bien plus une Charge qu’un élément, ou occasion de Profits. C’est à peu près comme si, ne voyant partout que des fleuves et des ri-
vières, on pensait n’avoir pas à s’occuper de leurs affluents.
Ici comme là , tout se tient. Dans un bon système de Rail-
ways , les lignes de deuxième ou troisième ordre sont aux
grandes artères ce que sont aux routes de première classe et aux routes départementales les voies de simple vicinalité. Non-seulement celles-ci ne sont pas une pure charge , mais c’est d’elles que les grandes voies de communication tirent leur importance , autant dire leur raison d’être.
Cela observé sur les Instruments de travail , le moment est venu de passer à l’examen des Fin et charges de la
Production. Cela forme, on le sait, la dernière partie du plan de ce Cours.