‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 43 sur 60 · TV · texte numérisé non relu

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se suffire ou se contenter qu’en « troquant » ce qu’il a produit en trop contre ce qu’il désire obtenir de ceux qui ont à leur tour , des excédants , cet état comparé de la Production et de la Consommation conduit à formuler des vérités (jui se déduisent , comme suit , l’une de l’autre :

1» Chacun est « Producteur » d’une ou plusieurs sortes d’utilités bien moins nombreuses et diverses que celles qui lui manquent et dont il fait généralement usage.

C’est ainsi que le tailleur, le fabricant de tissus ou de filés, le médecin, l’homme de la main-d’œuvre , le marchand, le cultivateur lui-même « produisent» en plus grande quantité qu’ils ne sauraient « les consommer » une ou plusieurs natures d’articles ; mais ils ont besoin journellement de produits bien autrement « variés » que ceux qui proviennent de leur industrie ou qui, comme mode d’activité, constituent « le fonds «même de leur travail (1).

2" D’où suit que chacun est « Consommateur » d’objets ou utilités beaucoup plus nombreux et divers que ce qu’il « Produit » ou peut produire.

3" Nous sommes donc tout cl la fois et tour à tour, généralement parlant « Producteurs » de certaines choses et « Consommateurs » de choses autres, et ces deux qualités se confondent dans le même individu. — Mais ce qui prime ici comme là , c’est-à-dire partout , c’est « le Consommateur » d’utilités autres que celles dont on est l’artisan. D’où l’Échange instant, universel.

« Le Producteur » qui se trouve ainsi par les excédants dont il dispose travailler au profit d’autrui , travaille finalement « pour lui-même , » puisque ce dont on manque tient tant de place. Mais ce qui est dit là ne va pas seule-

(1) Lorsque nous parlons du marchand comme « Producteur cela doit s entendre du genre « d’utilités » que représentent chez ces intermédiaires, de même que dans la main-d’œuvre et dans l’industrie des transports, les Services qu’ils sont appelés à rendre.

ment à condamner comme un non sens la thèse qui consiste à faire deux classes distinctes des Producteurs et des Consommateurs; rien ne fait mieux voir combien on se trompe lorsque sous prétexte de ménager ou de favoriser « la Production, » l’on met « à la Consommation » de telles entraves et 011 lui inflige par l’Impôt , les taxes diverses des restrictions telles, que « le Dut » visé par le producteur est pour lui presipie hors de portée». C’est à quoi faisait allusion Adam Smith lors <]u’à propos du Système mercantile et des encouragements prétendus donnés à la Fabrique sous forme de primes, il s’écriait:

« La Consommation est le but, l’iinique terme de toute Production ; l’on ne devrait jamais s’occuper du producteur

qu’autant qu’il le faut pour favoriser l’intérêt du consommateur. »

Nous irons plus loin. Dans ces temps pleins de trouble où il semble qu’on ait, en haut comme en bas, perdu le sens des plus simples notions de l’ordre économique , il convient de déployer ici la plus grande clarté. Non-seulement c est le comble de la déraison de séparer, comme on le fait trop souvent, l’intérêt du Consommateur de celui du Producteur, et de croire par exemple que ce dernier ne doive pas fatalement souffrir du poids et des entraves qui retardent la marche de l’autre ; mais ce (lu’il faudrait enfin comprendre, c’est que l’attention mise à ne pas gêner, à favoriser même l’essor des consommations, se traduit immédiatement partout en richesse plus grande. C’est donc là qu’il faut par-dessus tout regarder , avoir l’œil incessamment ouvert, car s’il est vrai, suivant qu’il nous est arrivé de le rappeler au début de ces études, que« la raison d’être de la Production » c’est le besoin qui peut se satisfaire, et qu’on « ne produise que parce ({ue l’on consomme, » la Consommation n’est pas seulement « le But » dont parle Smith, c’est le levier qui élève l’un des plateaux

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de la balance dans lequel plus le Producteur peut mettre,

plus il MET.

Lorsque les consommations sont dans un bon train, qu’elles ont pris une ferme et puissante allure , que l’argent circulant sans peine, fait passer de celui-ci à celui-là tout ce qui se peut vendre , louer , s’échanger, n’ayez crainte que le Producteur souffre et qu’il se plaigne. Quel sujet en auraitil puisque « les utilités » dont il disj^wse trouvent leur place, et que « son but » est atteint ? C’est donc aux Consommations qu’il faut incessamment regarder ; s’il y a là quelque sensible ralentissement, si chacun compte plus qu’auparavant avec ses besoins et sa dépense ; si celle-ci , enfin , est plus qu’avant restreinte, ne doutez pas que la Production avec ses excédants soit paralysée à l’instant même. D’où un arrêt fatal dans l’essor de la Richesse qui par cela même cesse de monter.

Comme cette vérité est de celles qu’on semble par le jeu de l’Impôt enclin journellement à méconnaître, il faut demander ici plus que jamais aux faits l’enseignement qu’ils renferment. Nous prendrons pour exemple ce qui s’est passé depuis vingt-cinq ans dans le service Postal.

Avant la réforme opérée en 1848 dans les tarifs de ce grand service et qui introduisait le principe « de l’uniformité » de taxe dans le prix du transport des correspondances, le coût de ce transport était réglé d’après la distance d’un lieu à un autre en ligne droite. C’est le système exposé notamment par la loi de 1827. La lettre simple du poids de 7 gr. 1 /2 par exemple payait20 c. pour une distance parcourue de 40 kilomètres et au-dessous. Pour une distance double, la taxe montait à moitié en sus, soit 30 c. Enfin , les prix seront gradués de telle sorte , qu’une lettre parcourant plus de 500 kilomètres jusqu’à 600, distance qui est celle de Paris à Bordeaux payera 90 c. Au-dessus de 900 kilomètres, la taxe ressortait à 1 fr. 20.

Un tel système n’est pas seulement contraire aux notions les plus élémentaires de l’ordre économique en ce sens qu’il grève d’une taxe relativement lourde la transmission delà pensée d’où naîtrait, avec des relations faciles, un déploiement de richesse et de force toujours plus marqué. Le principe de l’égalité souffre dans un même pays de ce que la faculté de communiquer ensemble par la voie de la Poste coûtera plus ou moins cher, suivant qu’on est placé plus ou moins à portée de celui qui écrit. Il semble qu’on n eût pas dû attendre en France l’exemple donné à cet égard par divers pays , tels que l’Angleterre , l’Autriche , les Etats- Unis pour entrer a leur suite dans la voie de rabaissement notable des tarifs. Lorsque l’unilormité de la taxe prévalait chez nous par la taxation à 20 c. cette réforme avait déjà fait l’objet des réclamations d’ailleurs inutiles de 77 Conseils généraux. Il est pénible d’avoir à déclarer que le jour où, au prix d’une révolution, de telles réformes peuvent chez nous aboutir, il n’est pas jusqu’à l’Espagne ((ui n’ait déjà pris sur ce point les devants. Voici, du reste , quels

seront les fruits de cet abaissement de taxe en assez peu de temps.

En 1847 , le nombre des lettres affranchies ou non, et les premières forment environ 10 0/0 du chiffre total , monte à 126 1/2 millions. Cela donne un produit de 45 millions de francs. Notez que cette année se fit remarquer par un mouvehient commercial exceptionnel.

L’abaissement de la taxe à 20 c. pour toute la France , l'Algérie et la Corse comprise, remontant, comme il a été dit , à 1848 , cela n’aura d’effet que l’année suivante. C'était l’époque d'une stagnation générale d’affaires , conséquence du changement opéré dans l’ordre politique. Le nombre des lettres s'accroît toutefois notablement; il monte, pour 1849 , à 158 millions au lieu de 124. Si le Trésor est en déficit, par suite d’une recette dont les éléments ont subi une

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réduction de moitié en moyenne, les relations et le mouvement des affaires par suite sont sensiblement devenus plus actifs.

Il ne s’écoulera pas en effet , plus de cinq ans avant que

l’ancienne recette soit plus qu’égalisée de ce chef. En 1853, on avait dépassé de beaucoup par 185 millions d’articles

transportés les chiffres les plus élevés que l’ancien système eut pu fournir ; et la recette se rapprochait sensiblement, par près de 43 millions , du chiffre obtenu en 1847. Mais, en 1854 l’on arrivait à 46 1 /2 millions, et l’on dépassait largement à tous égards en transportant 233 millions d’articles, les résultats conquis par la taxe multiforme réglée sur le pied de la distance.

Chose remarquable et qui montre à quel point la matière imposable se ressent des moindres atteintes comme des moindres modifications qui peuvent l’affecter en sens contraire.

En 1850, un génie aveuglément fiscal, — nous ne voudrions pas qu’on pût appliquer ces paroles, si méritées qu’elles puissent paraître, à l’esprit qui domine chez nous en matière d’impôt , — crut devoir porter la main sur la taxe édictée en 1848 pour le port d’une lettre simple. On fixa, en conséquence , à 25 et 50 c. au lieu de 20 et 40 c. le prix du transport des lettres simples d’un poids de 7 grammes 50 ou au-dessous. — Certes, c’était relativement peu de chose que cette addition de 5 ou 10 c. îi la taxe ciavant établie.

Sans doute. Et voilà pourtant que les chiffres vont se modifier presque aussitôt de façon à ce que le mouvement ascendant chancelle et soit notablement ralenti. De 1847 à 1849, c’est-à-dire d’un régime à l’autre. L’accroissement du nombre des articles transportés, atteignait 32 millions, soit 126 en regarddel58;enl850,la recette monteàl59millions. Et l’année après , on arrivera fort péniblement , à 165

millions de lettres , soit environ le 6“® du progrès jusque-là réalisé !

Voilà ce qui advient dans la matière imposable toutes les fois qu’elle est inconsidérément remaniée en vue de produire davantage.

Ce que voyant, à quelques années de là notre fiscalité émérite, elle revient sur ses pas, rétablit la taxe de 1848 à 20 c. ; et presque aussitôt, au lieu du progrès relativement insensible qui, de 1850 à 1854, se mesurait par 6 millions d’articles annuellement en moyenne , l’accroissement

ancien s’accentue de nouveau par 20 et 25 millions. C’est ainsi que 1854 donne, non plus 185 millions, mais 212 millions de lettres transportées ; 1855 dépasse 233 millions, et 1856 par 252 millions d’articles, dépasse de près de 3 millions la plus forte recette d’auparavant.

Le Bon marché, dans le débit des services comme dans la

vente des produits, que ce soit l’État ou les particuliers qui

en trafiquent a Consommations,

toujours été l’irrésistible stimulant « des «c’est-à-dire de la Demande. On en a eu la

preuve par 1 abaissement de prix qu’amenait un jour dans l’industrie cotonnière l’action des machines. — Tant que cette idée n’aura pas pénétré plus avant dans l’esprit de la Finance moderne , il est inévitable et fatal que l’Impôt opère a rebours. Ce qui le prouve, c’est le remaniement, de date assez récente , auquel n’a pu de nouveau échapper cette môme taxe accrue d’un quart et reportée pour la seconde fois à 25 c. au lieu de 20. Le résultat de ces prouesses financières ne se fera pas attendre.

On était arrivé, en 1869, à 364 millions de lettres donnant un produit de 75 millions de francs. Voilà quels étaient avant la Guerre, les résultats obtenus. Naturellement ces chiffres devront presque aussitôt fléchir. Mais, dès 1872, le progrès s’accentuant de nouveau par 349 millions de correspondances transportées au lieu des 305 de 1871, — chiffre

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qui donne en recette, non plus 74, mais 89 millions, — tout semble rétabli dans son premier et puissant état.

Mais, comme la taxe postale s’est pour la seconde fois notablement aggravée dans le courant de ce même exercice ; qu’elle grève de 25 p. 0/0 en sus la Consommation de ce genre de services, cette Consommation opère de nouveau par une retraite fort accentuée , et l’annee 1873 se clôt en déficit sur l’exercice antérieur comme suit. Au lieu de 349 millions de lettres on tombe à 334, chiffre qui, comparé à l’exercice 1871, fait perdre une notable partie du progrès réalisé depuis lors. Et comme la recette doit flécliir en proportion, ce ne sont plus les 89 millions de 1872 qu’on retrouvera , mais quelque chose comme le 12™« en moins , soit 82 millions.

Or remarquez bien que, dans ce système, le service postal fut forcé en recette de 23 p. 0/0, puisque la taxe était d’autant aggravée. — Il est vrai que la fiscalité qui se mit ici en frais de calculs se fait de cela un argument et qu’elle répond ; l’on perdit à ce compte 7 millions ; mais on aurait perdu bien davantage , si la taxe n’eût pas été sui haussée. N’en déplaise à la gent bureaucratique à laquelle sont dues de telles choses , cette façon de raisonner est doublement fautive.

D’abord, il n’est pas du tout prouvé ([u’en se tenant à la taxe ordinaire et si bien assise de 20 c., le service Postal eût fléchi doublement. C’est même le contraire qui est supposable, outre que celapeut s’induire de l’essai malencontreux de 1830. Mais alors même qu’il en eût été ainsi, et l’accroissement qui s’était déjà produit en 1872 montre à quel point cette hypothèse manque de base. — Qui ne voit qu’on se place ici sur un terrain autre que celui où l’on croit être ? Où donc a-t-on vu que l’agence postale soit moins un « service « organisé en vue des affaires et de

l’essor de la Production qu’une pure et stricte matière imposable ?

Loin que l’État doive considérer cet important Service comme une mine ou source du revenu public, il n’en détient le monopole qu’à la condition de réduire les frais à leur plus simple expression. Que le Trésor rentre dans ce qu’on nomme « le Prix de revient et il gagne immensément par cela même. Son profit ne gît pas , en effet , ici dans la différence de la Déjjense à la Recette comme par exemple lorsqu’il se fait débitant de Tabacs , de Poudres , de Salpêtre ; non. Le gain est ailleurs pour nos ünances, outre qu’il sera « autre. »

« Le Profit » consiste en matière postale dans l’impulsion plus vive, plus marquée, générale, enfin, que ce service bien fait, sûr autant que prompt , donne aux affaires. Plus le transport des lettres ressort « à bas prix, » et plus le public est tenté d’y recourir même aux occasions moindres. — On exige au contraire 23 p. 0/0 en sus de ce qui existait auparavant? c’est si peu de chose « qu’un sou » en plus, diront d’une voix unanime les financiers à systèmes ! — « Un sou » c’est peu sans doute ; mais si ces hommes peu pratiques et à l’esprit fermé, voulaient bien se souvenir de

cette parole du Bonhomme Richard, qui dit en sa non vaine et non moins vide science « qu’un peu répété c’est beaucoup, » ils ne tiendraient pas un tel langage ?

Le public compte avec lui-même au moins autant que les hommes auxquels on fait ici allusion. Il pourrait expédier une leltre si le prix était resté le même ; mais du moment que cela coûte plus cher , il s’abstient. Une lettre écrite sans grande nécessité, cela peut d’ailleurs conduire plus loin. Il s’en suit une réponse à laquelle il faut soi-même répondre. Double raison pour vivre de réserve et d’abstention , alors que les choses restées sur l’ancien pied , on eût comme auparavant, sans hésiter, suivi sa pente, satisfait

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son envie, songé enfin à lier quelque atfaire à distance, tutelle peu ou point en passe d’aboutir.

Et voilà comment, pour avoir considéré l’agence Postale, moins comme un engin puissant ou mieux comme un convoyeur de la pensée et de la Richesse formée ou en formation , que comme une pompe aspirante des moindres ressources, l’on sape par la base le revenu public , puisqu il se tait dans ce dernier système beaucoup moins

« d échanges » de toute sorte , et que « la Production » doit etre dès lors peu de chose.

Car c’est « L’échange » rendu plus prompt, plus facile et finalement plus actif , soit par « la Monnaie » bien agencée, soit par les franchises dont jouit le commerce aidé dii Crédit, soit par « le déplacement» facile et à prix réduit

< des utilités » c’est-à-dire la promptitude avec laquelle Mies circulent » tant à l’intérieur que du dedans au

ehors et réciproquement , — c’est, devons-nous le redire,

< l’Echange » possible ou plein de difficultés qui fait que lans un pt^s le niveau de la Richesse monte ou fléchit.

Et ces échanges seront d’autant plus fréquents qu’ils limitplus ou moins vivement sollicités par « le Bon marché, »

o’est-a-dire par le prix relativement modéré des Produits

t‘t des Services. Ce qui est dit ici de la taxe postale on peut

le dire de tout Impôt mal assis ou mal réparti. Comme la

Consommation tend alors fatalement à se restreindre,

la Production hésite et s’arrête puisiiu’elle est menacée de

I erdre sa raison d’être en devenant sans objet , c’est-à-dire «' sans But. »

Cette action, à rebours de l’Impôt, un homme de grand

sans, publiciste éminent, la caractérisait d’un mot qui rastera. — Que paiie-t-on, remarque M. de Girardin, d’imp jts de consommation^ impôts « contre la Consommation » qu’on entend dire (I). Ilest,en effet, fortpeu de taxes

;i) L’Impôt. 1849 et 1851. - Michel Lévy, éditeur.

qui ne soient pas , chez nous, un obstacle à l’usage et à l’emploi des richesses en train de se former.

Si l’on s’étend plus particulièrement ici sur ce qui tient au service Postal, c’est qu’il en ressort une preuve éclatante à l’endroit de l’influence « du Bon marché » sur les Consommations et par cela même sur la Richesse. Rien (jiii conclue mieux dans le sens de l’évidence, là où il semble cependant que la lumière soit faite pour chacun alors que les manufacturés devront à des prix extrêmement bas la faveur dont ils jouissent et partant leur débit croissant.

Mais c’est précisément de ces régions industrielles, lesquelles on crut en possession des clartés qu’apporte une longue expérience, que partent les plus fausses initiatives dans l’ordre financier. — S’agit-il de tarifs prétendus protecteurs et qui n’ont d'autre but que de fermer 1 accès d’un Marché aux produits de l’industrie étrangère? ces grands exportateurs calculent à 2 centimes , a 1 centime près, c’est-à-dire au 100'"'' du prix de vepte ce dont l’Impôt est fautif. « Un demi-centime » en moins , et c’est fait pour eux de tout profit , ou mieux « c’est la ruine. « Qu’on se reporte aux enquêtes parlementaires qui ont eu lieu à cet égard, on sera frappé du soin avec leiiuel l’action de l’Impôt est calculée lorsqu’on espère tirer de cela quelque avantage.

Au contraire , s’agit-il de faire ressortir au plus bas prix possible le prix « du service » rendu par l’État en matière Postale, ([u’importe alors une augmentation de taxe de 20 ou de 25 p. 0/0? que peuvent faire ici 5 c. en plus ou en moins? — Il faudrait s’entendre cependant.

Si, fiscalement parlant et au regard de l’Impôt, la perte et le profit tiennent à si peu de choses dans certaines industries, comment n’en serait-il pas de meme pour la Production considérée en masse? Comment, par exemple, faute de

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pouvoir s’écouler, se débiter comme auparavant parce que le poids de l’impôt force cliacim à se n-streindre , comment la marge « des Profits » ne serait-elle pas dès lors fatalement réduite ?

Non-seulement il n’existe pas deux ordres de Science économique, c’est-à-dire des vérités d’essence, de caractère autres, suivant qu’on appartient à la grande ou à la moyenne industrie ; ce qui blesse en haut ne saurait trouver ceux qui sont « en bas, » insensibles ; mais l’État, lorsqu’il trafique de ses services ou, ce qui est bien mieux dans son rôle, lorsqu’il administre, ne saurait reconnaître d’autres lois d’agencement et d’Économie que les simples particuliers. — Plus il fait payer cher « les utilités » dont il dispose, moins il doit s’en faire une grande consommation. — Plus au contraire, il se relâche de ses exigences, plus, non-seulement il attire à lui la Demande, mais plus il trouvera son compte par ailleurs à cette extension alors surtout qu’elle est déterminante, comme tout service de transport, d’un déploiement de richesse plus ou moins grande.

L’Impôt au surplus, qu’il soit le prix d’un service rendu spécialement comme en matière postale, ou qu’il soit le prix « de la sécurité » que chacun obtient pour sa personne, pour ses biens, doit se résoudre en charges strictement mesurées, d’une part à ce que tous doivent en supporter, eu égard à ce qu’ils possèdent, de l’autre à ce qui est nécessaire pour que l’intérêt dechacun, dans ce qu’il a de légitime, soit sauvegardé. C’est le minimum « de sacrifice » individuellement exigible, de façon à ce que la Richesse puisse incessamment s’accroître, monter, s’épanouir.

Pourqiu'i disons-nous que l’Impôt implique dans un bon gouvernement « le minimum » de sacrifice ou de contribution proportionnelle exigible? Parce que l’industrie privée s’entend bien mieux que n’importe ([uel corps politique,

République ou Monarchie, à tirer parti des richesses , des biens et des forces dont le maniement lui revient de droit.

En d’autres termes, et c’est le cas de répéter une parole que nous mettions il y a quelque vingt ans à l’adresse des monopoles tro^ souvent constitués au grand dommage de la masse et qui exproprient le pays tout entier sans nulle

nécessité.

« Le peuple est plus riche parce qu’on lui laisse que par ce ([u’on prétend ainsi lui donner; il est plus pauvre parce qu’on LUI PREND que par toutes les largesses qu’on prétendit

lui faire (1). »

Ce qui signifie, et c’est par là qu’il faut finir, que, loin (lue l’Impôt soit, comme on ne craignit pas un jour de le dire, (( le meilleur des placements , » moins il plonge avant dans l’Épargne ou dans le nécessaire des particuliers, plus ceuxci possèdent de ressources pour répondre, par une Production large et à bon marché aux exigences naturellement plus vives et instantes de la Consommation. C est un constant va-et-vient, et ce qui est effet devient cause à son tour, pour se traduire en plus de richesse et plus de bien-

être.

XXVII' INSTRUCTION IL — Des Charges de la Production.

I. Chapitre des Avances. — II. Frais de production ou prix de RevienU Frais généraux et frais ayant Spécialement trait à 1 achat de la

Marchandise.

Des Avances,

On range et l’on doit comprendre sous ce titre tout ce Qui, comme fonds plus ou moins avant « engagé » dans une opé-

(1) La Sol et la Haute banque, ou les intérêts de la classe moyenne. — Paris, 18o0. — Guillaumin et G*, éditeurs.

-il 2 COURS d’économie industrielle.

ration, — achat de matières premières, location d’appareils on de services, frais d’entretien et autres, est nécessaire à la Production, soit que cela entre directement ou non dans le prix de Pievient.

Le jour où il s’est arrêté à l’idée d’aborder la carrière de l’Industrie ou du Trafic, « l’entrepreneur » a dû mesurer du même coup l’étendue « des Charges » que comporte le genre d’alfaires dont il fit choix.

Moyens et But, — nature de l’affaire, envisagée à l’endroit des ressources dont il faut pouvoir disposer ; — période de temps plus ou moins longue que l’on verra s’écouler avant d’être en bénéfice , telles sont les faces qu’a dû étudier, considérer avec soin le futur industriel, s’il ne veut aboutir à plus d’un mécompte parfois douloureux.

Les voies de l’Industrie, comme celles du Commerce, sont hérissées de tant de difficultés, les obstacles sont si divers et nombreux qu’on ne saurait trop compter dès l’abord avec les nécessités, les conditions de tout ordre.

Au lieu de cela, on s’illusionne êt l’on se berce d’un espoir qui ne repose sur rien. Il devra suffire de s’installer d’une façon plus ou moins brillante pour changer les habitudes du public acheteur. On n’a en quelque sorte ({u’à paraître et à prendre position. Où d’autres mirent vingt ans à se faire accepter, on se flatte qu’il suffira d’assez peu de temps pour conquérir la faveur générale.

Cependant cette faveur ne vient pas. Le succès rêvé se montre sous l’aspect d’un mince filet d’affaires. Les forces s’usent, entre-temps , dans une lutte inégale ; et c’est ainsi ([ue pour n’avoij' envisagé qu’un ou dmix cotés de l’opération, l’on échoue bientôt tristement. — Voilà ce ([ui se voit bien souvent, là où l’on crut qu’il n’y avait « qu’à se baisser » pour faire, comme on dit, une riche moisson.

C’est surtout en ce qui concerne « les Avances » indispensables, c’est-à-dire le fonds plus ou moins avant « engagé »

1V« PARTIE, — FIN ET CHARGES DE LA PRODUCTION. il3

et frappé par cela même d’indisponibilité pendant plus ou moins de temps, que l’erreur est commune et les entraînements à craindre.

Par quelles ressources et pour combien d’années, de mois, à quelles conditions va-t-il falloir faire face aux premières dépenses sans rien recevoir? Supposé qu’on ait tout ce qui est ici nécessaire, a-t-on mesuré exactement ce qui tient et touche à la réglementation administrative dans un cas donné? Qu’il s’agisse de l’achat d’un fonds. Épicerie, Boulangerie, Meunerie, Charge d’agent de change ou Office ministériel ; voilà une somme d’argent plus ou moins forte qui va se trouver comme « immobilisée » jusqu’à fin d’opération dans l’affaire qu’on voulut entreprendre. Que si l’on crut pouvoir se faire sa place en fondant quelque nouvel établissement, tout sera à créer, soit sous le rapport du matériel, soit pour approprier les lieux au genre d’affaires qu’on eut en vue.

C’est donc toute une installation à faire , sans parler des frais de publicité, de correspondance, déplacements, envois de circulaires jugés indispensables pour poser les premières assises d’un achalandage toujours lent à se tormer. D’où, comme s’il s’était agi de l’achat d’un fonds, des sommes définitivement « engagées » c’est-à-dire qui auront cessé d’être disponibles.

C’est à cette nature d’ Avances ([ue répondent les frais « de premier établissement. »

‘ Mais ce n’est pas tout que de prendre position, de s’installer. Les choses mises sur un bon pied, au départ, le local convenablement approprié, l’usine ou l’établissement manufacturier muni de l’outillage nécessaire, il faut pouvoir marcher. Si le Capital « fixe, » est constitué de toutes pièces, il faut, d’autre part, s’assurer d’un fonds « circulant » ou Capital « sur le(}uel » on puisse journellement opérer. Cela s’applique à tout ; Meunerie, Épicerie, atelier

de Tissage, maison de Banque faisant le prêt à plus ou moins long terme, sous forme d’escompte. 50 ou 60,000 fr., par exemple, furent nécessaires pour constituer, dans de bonnes conditions, le fonds» fixe » qui représente en fabri(|ue « rinstrument » de travail appelé à fonctionner; mais comme cet instrument ne se sépare pas, on le sait, des Marchandises — ou Capital circulant — « sur lequel » on doit opérer, de nouvelles ressources sont encore ici nécessaires pour fournir au Capital « fixe » l’aliment dont il ne saurait se passer.

De là, indépendamment de l’argent employé, soit à fâchât d’un fonds ancien, convenablement outillé, approprié, soit à l’installation d’une affaire appelée à se faire sa place, la nécessité d’autres « Avances » plus ou moins fortes. Sans doute, ces ressources « disponibles » qui peuvent s’écarter plus ou moins de la dépense de premier établissement, ne sauraient être confondues avec le fonds immobilisé à concurrence par exemple de 30,000 fr. C’est là un fonds fixe ou définitivement engagé, « à demeure. » Au contraire, comme la marchandise qui représente par ailleurs le fonds « circulant » doit se renouveler sans cesse, c’est-à-dire sortir et rentrer alternativement, ensuite de ventes, d’achats successifs, cette nature « d’Avances, » constitue un fonds essentiellement mobile.

Mais, tout mobile que soit ce fonds par suite du va-etvient constant auquel il est soumis, ce n’en est pas moins un fonds frappé jusqu’à un certain point « d’indisponibilité » puisqu’il répond à une situation donnée. Si le Capital fixe constitue l’Instrument même de la Production, et si la puissance de l’instrument doit se mesurer sur le produit à obtenir et que représente ici « la Marchandise, » l’on ne saurait retrancher de celle-ci, autrement dit du fonds « circulant, » sans déranger le juste é([uilibre qui doit

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exister entre ce qui est moyen, d’une part , et but de l’autre ou richesse en formation. Produisant moins qu’il se peut et doit faire avec tel outillage et cela, faute de ressources venant renouveler à propos le tonds « circulant, » le fonds « fixe » constituerait dans quelque mesure un fonds « mort » en d’autres termes, une force perdue.

Voilà comment se trouvent , dans une étroite dépendance, le Capital « fixe » et le Capital « circulant », puis, d’autre part, le fonds « de Roulement, » qui est à tout le reste ce que « le moteur » est à l’usine. C’est d ailleurs un fonds d’espèce essentiellement « libre. »

Achat de matières premières formant , comme le coton, les filés, le minerai, dans une filature, un tissage ou un établissement métallurgique ce dont « le Produit » sera fait ; dépenses de combustible, d’huiles ou essences éclairantes et de fournitures autres, tout aussi nécessaires à la Production; frais d’entretien, réparations de l’outillage, impôt et assurance, frais de bureaux, correspondances, etc. ; paiement, enfin, des salaires et traitements , loyers, intérêts des capitaux, autant de chapitres aboutissant à la formation du Produit représenté par la Marchandise ou fonds « circulant. » Si l’on joint à cela le renouvellement du matériel mis hors de ser\ice elles pertes ou charges imprévues, tels sont les chefs de dépense auxquels doit faire journellement face, à défaut de rentrées suffisantes en temps voulu, le fonds « de Roulement. » Que dans l’entreprise dont l’installation exigea un fonds « d’Avances » de 30,000 fr. l’on assigne un chiffre d’affaires de 300,000 fr. annuellement, quelles seront, dans ces conditions, les exigences du fonds « de roulement ? » Pour résoudre cette question, il faut, d’une part, considérer le genre d’industrie auquel s’appliquent ces ressources disponibles ; de l’autre, tenir compte, dans des mains différentes chez deux industriels plus ou moins bien

il6 COURS d’économie industrielle.

doués, de la puissance d’écoulement de produits d’ailleurs de même espèce. Il y a donc ici à faire la part de la iiature des choses et des aptitudes « de l’Entrepreneur. » Chez l’exportateur qui opère, à de grandes distances et

à long terme, par suite, les réalisations se feront longtemps attendre. De là des disponibilités obligées dont l’importance égale successivement à peu de chose près , le coût des envois de marchandises de toute une année ou fonds « circulant. » Si l’industriel, en effet, armateur ou fabricant, attendait pour opérer à nouveau ou faire ses achats, en vue d’autres expéditions, que la marchandise exportée se fût convertie en rentrées suffisantes pour « re-

nouveler » un fonds en partie dégarni, il en résulterait des interruptions de travail ou de négoce, en d’autres termes, un chômage plus ou moins long et partant onéreux. Le Capital « fixe, » en effet, cesserait de fonctionner dans la fabrique, et pour ce qui est de l’armement, les frais généraux tels que loyer, impôt, traitement des commis continuant à grever le négoce opéreraient dans le vide.

Plus « les rentrées, » avec le profit espéré, se feront attendre, plus il devient nécessaire de suppléer par d’autres ressources à ce qu’exige ici le fonds d’opération. Le fonds « roulant » que figurent ces mêmes rentrées faisant défaut.

l’argent disponible sera appelé pour un temps à grossir h fonds « circulant ; » et l’importance des sommes qu’il fau de nouveau « avancer » se mesurera sur le temps (|ui doii s’écouler entre « la « sortie » de la Marchandise et les retours ou réalisations sur lesquelles on compte. Si ces « Avances » montent par exemple pour l’ouverture de l’exercice à 25,000 fr. , comme il s’écoulera six ou huil

mois avant de pouvoir rentrer dans cette portion du fonds « circulant, » l’on devra, durant cette période, pour un chiffre total d’affaires de 300,000 fr., se livrer à des opérations qui absorberont quelque chose comme 175,000 fr.,

.lOrUMIUTBl

IV® PARTIE. — FIN ET CHARGES DE LA PRODUCTION. ii1

soit pour les deux tiers de l’exercice une « avance » d’ensemble 200,000 fr.

Arrivé là, comme les rentrées s’effectuent par 20 ou 30,000 fr., sinon davantage, le fonds dit « de roulement» opère à due concurrence. Il est, en effet, fourni par des sommes « qui rentrent » après être « sorties, » et que restitue le Capital de 200,000 fr. figuré par -< les Avances » dont on s’occupe ici.

Dans le Détail, c’est toute autre chose. Loin que la présence d’un fonds « roulant » soit à ce point retardée, le Capital « circulant » et le fonds de « roulement » se touchent dès l’abord jusqu’à se confondre. D’où pour un chiffre d’affaires de même importance, des « Avances » infiniment moindres de ce chef.

Au lieu qu’il.puisse, par exemple, s’agir d’un fonds « circulant » pour achat de marchandises, paiement de salaires, frais divers, constituant successivement l’industriel « en Avances » qui pourront aller à 150 ou 200,000 fr., c’est tout au plus si l’on consacre à cet objet le 10® de ce chiffre. Mais comme en vertu de ventes et de rentrées journalières (c immédiates, » ce fonds d’Avances « roule » sur lui-même quinze et vingt fois dans le même temps que l’autre accomplit son « unique » évolution , il arrive que le Capital circulant « restituera » presqu’immédiatement , au chapitre des Avances les sommes employées en achats ou frais de toute sorte. — 1 tient ici lieu de 20, comme découvert ou Fonds opérant.

Le fonds « d’Avances » qui alimente le Capital « circulant » devra donc être représenté par des « disponibilités » d’autant plus grandes qu’on opère, non-seulement sur une masse d’affaires plus considérable, mais que la conversion de la marchandise en fonds « de roulement » est plus lente à s’effectuer par suite des réalisations attendues. Ces Avances figurent quelques chose cumme un levier. Il devra « s’al-

418 COURS d’économie industrielle.

longer » d’autant plus, c’est-à-dire répondre à des ressources disponibles d’autant plus étendues qu’il soulève et met en branle une masse plus lourde et lente à se mouvoir.

Non-seulement il y a lieu ici de faire la part « du métier, » c’est-à-dire du genre d’industrie auquel s’appliquent les ressources « disponibles » pour en nuîsurer le chiffre à révolution plus ou moins rapide du fonds « circulant, » mais là où il s’agit de plusieurs sortes de marchandises, — Fabrique, Gros, Détail. — Ce chapitre,» des Avances » est influencé par l’écoulement plus ou moins prompt de tel ou tel article comparé à tel autre.

Par exemple dans l’Épicerie ou dans la Nouveauté on aura remarqué, et cela ne saurait échapper à l’industriel bien avisé, que tel produit de grand débit» évolue » dix fois sur lui-même alors qu’à côte de là un autre article de même dépense, toutes choses égales d’ailleurs, est renouvelé une ou deux fois au plus dans le même temps. L’un « restitue » ainsi dix fois au fonds » d’Avances » la somme dont on dut se découvrir. Comme « le Prof) t » se trouve être le même à dépense égale, on a dès lors lieu de le voir se ((uintupler, sinon même devenir décuple dans un cas, de ce (}ui se voit dans l’autre. Il y aura donc là pour le négociant un double motif d’appliquer « de moindres » Avances à l’article qui immobilise, en quelque sorte, son fonds sans grand profit, et d’alimenter au contraire en grand la Marchandise qui se convertit avec un extrême facilité en Fonds « roulant. »

Tout cela est, ce semble, d’une pratique vulgaire. Et pourtant que de fois le trafic, la fabrique s’attardent dans des voies où le vicieux aménagement du Capital constitue un débours doublement onéreux. Car on grève ainsi, nonseulement le fonds d’opération « d’intérêts » qui réduiront d’autant le bénéfice, mais on perd à ce compte tout ce qu’on ne gagne pas et qu’on pourrait gagner.

On peut voir par là que le Chapitre » des Avances » tient dans toute entreprise une fort grande place. Soit qu’il s’agisse de Capital « fixe » et définitivement engagé, soit qu’on les considère au point de vue du Fonds « circulant » destiné à se traduire plus ou moins vite en fonds » de Roulement, » il y a à faire la part d’un découvert qui exige des ressources en rapport avec l’affaire qu’on entreprend et qui restent plus ou moins longtemps frappées » d’indisponibilité , soit relative , soit absolue.

C’est ce dont on n’est pas suffisamment pénétré au début de toute affaire et qui se traduit en des embarras dont il n’est pas toujours facile de triompher.

Des frais de Production ou prix de Revient.

Frais généraux. — Frais spéciaux ou relatifs à l’achat , au louage

des choses. ^

« Les Avances » constituent un fonds dans lequel puise plus ou moins avant » le prix de revient. »

Si l’industriel possèdes des immeuble, terres,- maisons, usines plus ou moins appropriés à son entreprise, et qu'il dispose, en outre, de l’outillage nécessaire, il y a là évidemment un « Instrument » de production qui réduit d’autant le chiffre des Avances ou dépense » d’entrée. » Mais par cela même qu’on est en possession » d’un outillage » plus ou moins complet, l’on devra compter avec » les services » que peut rendre ici le Capital, ni plus ni moins que si on l’avait loué ou acheté.

« L’utilité » dont va être ce Fonds, la charge qu’il eût fallu supporter si l’on en eût été dépourvu; pour tout dire d’un mot, « l’intérêt » qu'il eût fallu servir, si pour se procurer le nécessaire on eût dû contracter quelque emprunt devra entrer dans « le prix de Revient « qu’il

COURS d’économie industrielle.

s’agisse de soi-même ou des autres. Ceci dit à propos des ressources dont on est en possession dès l’abord, en quoi qu’elles consistent, il convient de procéder, par ordre dans l’analyse des chefs, « de dépense » qui forment les éléments divers, plus ou moins nombreux « du prix de Revient » c’est-à-dire du coût de la Production.

Ces éléments forment deux catégories parfaitement distinctes ;

1“ A la première classe, appartiennent les frais qui ont « Spécialement » trait à l’achat de la Marchandise. C’est le fonds « sur lequel » on opère, ou Capital circulant. A celte même nature de dépense viennent ce rattacher les salaires ou prix du louage « des services » en général ;

— Main-d’œuvre, contre - maître, ouvriers d’équipe ou autres, rétribués « à temps » ou « à façon. » Ces frais constituent de même que ceux de la catégorie qui suit u-ne dépense « courante, » mais ils ont un caractère qui en fait une dépense essentiellement « Spéciale » à tel ou tel objet;

2" Au contraire, les frais dits « Généraux » s’appliquent, suivant que le mot l’indique, à l’opération prise dans son ensemble. — Tel est, par exemple , ITmpôt, tels , d’autre part, les loyers, les frais de bureaux proprement dits, ceux enfin, qui touchent à l’entretien des choses et à la réparation de l’outillage.

Voilà ce qui compose l’ensemble des frais de Production ou « prix de Revient. » Les éléments de chaque catégorie, surtout en ce qui touche « les frais généraux, » sont plus ou moins nombreux et divers, mais de leur réunion est tonné ce qu’on nomme « le Prix » des choses, au point de vue de ce que leur production a nécessité « de dépense, » et abstraction faite du rapport dans lequel sont l’Offre et la Demande.

Dans toute entreprise bien conduite et qui donne jusqu’à

IVe PARTIE. — FIN ET CHARGES DE LA PRODUCTION. 421

certain point ce qu’on s’en est promis , c’est-à-dire qui « rémunère » plus ou moins largement celui ou ceux qui en sont les maîtres, « le Profit » doit pouvoir s’ajouter à ce chiffre de dépense. L’on devrait même , en bonne logique , comprendre le bénéfice parmi les éléments « du prix de revient, » vu que toute peine mérite salaire. Pas plus que , l’homme de la Main-d’œuvre , ou que l’employé qui reçoit * un traitement fixe , « l’Entrepreneur » n’est tenu de s’employer , d’engager, « ses services » ici ou là, pour n’en pas recevoir de récompense. « Le Profit » devrait donc former une troisième catégorie ou élément « du prix de Revient. »

^ Mais, suivant qu’il sera exposé prochainement, dans 1 œuvre de la Production, il y a à considérer, outre ce qu elle coûte de « dépense , » le résultat plus ou moins avantageux auquel on aboutit dans l’Échange , en d’autres termes « le prix de Vente. » Non-seulement ce dernier résultat se distingue de l’autre par le bénéfice plus ou moins grand réalisé , mais « la Perte » établira parfois une

différence entre « le prix de Revient ou coût «de production et « le prix de Vente. »

C est en regard de cette double éventualité qu’opère et que procède 1 art du comptable dans toute industrie. On sait que c’est le compte dit « de Profits et Pertes » qui balance les opérations et par lequel vient finalement se solder toute entreprise.

Dans l’industrie, de même qu’ailleurs , chacun travaille, sans doute , en vue « d un Profit. » C’est ce qui récompense l’homnie de ses efforts , en même temps qu’il reçoit le prix attache à 1 emploi d’un tonds de richesse qui est plus ou moins aventuré, outre qu’il s’use et se détériore. Mais comme tout bénéfice est par essence incertain; que cela

O U n aléa , — car on peut , non-seu-

lement ne rien gagner, mais perdre tout ou partie de son avoir, l’on ne saurait comprendre ce futur contingent

422 COURS d’économie industrielle.

parmi les éléments précis et « certains » du coût de production.

Voici qui peut donner quel(iue idée nette du « prix de Revient. » Prenons par exemple une maison de banque.

' En première ligne on voit ügurer le Papiei pi is a 1 es- ‘ compte. C’est là, en effet, le Capital « circulant » ou marchandise qui est l’objet de constants achats et « sur laquelle » le banquier opère. — D’un autre côté , 1 argent que l’escompteur prend des mains de l’homme de l’Épargne et qu’il achète « ou loue » en servant un intérêt généralement minime eu égard au prix du louage qu’il sait devoir en retirer , cet argent est pour l’escompteur un deuxième lot de Marchandise. Il opère « sur » ces Espèces, soit par des avances , des crédits en compte , soit par la transformation journalière « du Comptant » en effets recouvrables à plus ou moins long terme et réciproquement. C’est ce qui constitue en banque la matière escomptable.

On peut dire de ces deux sortes de fonds « circulants >> qu’ils sont dans un inévitable et parfait engrenage. — L’homme de l’escompte opère tour a tour « sur » le Papier et « sur » l’Argent, de même que dans la métallurgie, on opère « sur » le minerai et « sur » le coke ou le charbon pour en obtenir de la fonte de première ou de seconde fusion , et pouvoir ensuite « transformer » la fonte en rails , en ustensiles, en machines,.

Voilà pour les frais de la première catégorie ou dépense ayant « Spécialement » trait a 1 achat de la marchandise comme principal élément « du prix de Revient. » Passons maintenant aux frais dits « généraux; » car le louage « des « services » de la main-d’oeuvre, qui constitue ailleurs, suivant qu’on le verra, une dépense « Spéciale, » ne tient dans - le trafic dont on s’occupe ici que peu ou point de place. Tout se réduit à des traitements de commis et d’employés ,

dépense qui se répartit sur l’ensemble des opérations et qui , par cela môme , n’a rien « de Spécial. »

C’est une distinction qu’on ne fait pas assez dans la pratique, où il n’est pas rare, d’ailleurs , de voir ranger l’achat de la Main-d’œuvre, ou louage d’industrie, à part de V achat de la marchandise , soie ou coton , « sur laquelle » on opère. Si c’est affaire de comptabilité , c’est au mieux. Mais « le prix de Revient » n’est formé que de « deux » catégories de dépense et nullement de « trois : » — Les frais d’achat ou Spéciaux et les frais « Généraux. »

Dans la Banque et l’Escompte dont il est ici question , les frais « généraux » comprennent :

1“ La charge résultant de l’Impôt et notamment celle que supporte la presque généralité des commerçants du chef de ce qu’on nomme en France « la Patente. » A côté de cette Charge viennent se placer, dans un bon système de négoce, le coût de l’assurance ; 2» le loyer de la maison et celui des bureaux ; 3° l’intérêt du Capital , fonds engagé ou fonds d’opération ; 4® les gages des commis et employés ; 5° les frais de bureaux et écritures généralement quelconques : chauffage, luminaire, papier, taxe postale et télégrammes, transport et envoi d’espèces, voyages plus ou moins indispensables, etc. ; G® enfin les frais judiciaires plus ou moins irrécouvrables, restant à la charge de l’opération dont il s’agit et qui entrent , avec le réescompte ou achat de la marchandise, dans le « prix de Revient. »

C’est en faisant masse de ces « deux » natures de dépense , — frais « d’achat » des choses sur lesquelles on trafique en banque , et frais que nécessite , à des titres divers , le maniement de ces mêmes choses ou le changement qu’elles ont dû subir, — qu’on voit, d’une part, à combien « Revient » le résultat obtenu pris dans son ensemble , et, d’autre part, combien il doit « Rendre » par delà ces frais de Production , c’est-à-dire « en sus » du prix

rt

COURS d’économie industrielle. ÿ

de Revient. On s’assure ainsi que l’industriel est plus ou moins payé de sa peine , de ses efforts , de l’emploi de son temps, enfin, et qu’il est, en outre, dédommagé des hasards qu’a pu courir le fonds qui lui appartenait ou

non en propre.

Car ce n’est pas tout pour celui qui exerce quelque in- • dustrie que de rentrer dans le chiffre de ses déboursés ; il ne suffit même pas que son temps soit payé eu égard à la peine qu’il a prise et dû prendre. L’Entrepreneur a des [ visées plus hautes on l’a pu voir. Il faut qu’à son « Salaire » s’ajoute « un Profit » qui, en s’accumulant, donne naissance à un fonds de richesse supérieur à celui qu’il possédait. Tel est, nous le répétons, le prix « du Risque » qu on court dans toute entreprise et qui explique les efforts qu’on fait, outre que c’en est la Juste récompense.

C’est en comparant la somme » des achats « de marchandise, représentée ici par la matière escomptable , à celle du recouvrement de ce même papier, tous autres frais préalablement déduits , qu’on peut voirjusiiu’à quel point

l’industrie est en bénéfice ou en perte. — Supposé par exemple ([u’on ait escompté 500,000 fr. de papier et qu’il se mêle à ce chiffre pour 100,000 fr. de crédits faits ou non « à découvert. » Si les rentrées qui s’effectuent montent , d’autre part, à plus de 700,000 fr. il y aura à déduire de cette recette « brute » les frais , les intérêts, le réescompte, et la différence pourra représenter par 60,000 fr. environ « le Profit. » D’où l’on voit que « le prix de Revient » exprimé ici par 640,000 fr. environ ne diffère « du prix de Vente, » suivant qu’il sera plus amplement exjiosé, (pie par le béné-

fic6 récilisé*

Maintenant, (pi’au lieu de trafiquer sur le Papier et sur le loyer de l’Argent , il s’agisse d’une filature, d’un tissage, d’iine exploitation rurale ou d’un fonds de commerce dans l’Épicerie ou dans la Nouveauté ; les éléments « du prix de

IV« PARTIE

Re\ient » seront autres et plus ou moins nombreux, mais il formeront invariablement comme en Banque une double

catégorie de frais Généraux et de frais autres ou Spéciaux.

Dans une Filature , par exemple, le paiement des services de la Main-d’œuvre tient une grande place. Il en est de même du Capital « fixe. » Ce fonds n’est pas d’ailleurs uniquement représenté par l’immeuble sans lequel l’atelier ne saurait exister: il y a la un outillage plus ou moins puissant. Or, ce matériel s’use ; il perd de « sa valeur » à mesure qu il sert. Si l’on ne tenait compte de la détérioration qui s’opère ici, en plus ou moins de temps, il est

clair que là ou le fabricant

pense avoir réalisé un béné-

fice , il serait finalement induit en d’assez notables perles par la nécessité de renouveler « un Capital » ou partie de

Capital mis hors d usage. — C’est ce ([u’on appelle manger

son fonds avec son revenu.

11 existe donc, de ce chef, dans le chapitre « des frais Généraux, » un nouvel élément « du prix de Revient. » A côté de « l’intérêt >> du fonds vient se placer, dans la Fabrique une retenue plus ou moins forte qui doit c()mpenser la dépréciation ou moins-value qu’on sait ici inévitable. C’est à cela que répond l’idée d’un fonds « amortissant » dont l’action consiste à reconstituer par degrés le matériel d’entrée. « Reconstituer » dans ce système l’outillage, au furet à mesure qu’il perdde sa valeur, ou diminuer « jusqu à extinction » par des retenues annuelles lors de l’inventaire, « la valeur » de ce même Capital, c’est au fond poursuivre le même résultat, à savoir : le maintien, par voie de reproduction, d’un Fonds de richesse sur le pied où il était au moment de s’en servir.

On exprime alors ce qui se passe en disant que le capital est « amorti » ou aux trois quarts « amorti » suivant que l’œuvre de « reconstitutron » ou celle de la moindre

COURS d’économie industrielle.

« évaluation » en cours d’inventaire est poussée plus ou moins avant. Cette « retenue » n’a rien d’uniforme dans la pratique. Tout dépend du milieu dans lequel on opère. La raison dit entin qu’il faut en mesurer le chiffre , 5 ou 10 0/0 à la nature de l’outillage plus ou moins exposé à perdre de sa valeur, dans un temps donne. De nouvelles méthodes, des machines plus expéditives peuvent du reste faire mettre au rebut , bien avant le temps , un matériel

qui est loin d’être « amorti ».

Mais ceci rentre moins dans les exigences d’un fonds « amortissant » qui doit réparer les brèches faites à l’outillage , que dans ce qu’on nomme « l’imprévu. » Aussi n’est-il pas rare de voir figurer aux frais Généraux une somme qui, venant en déduction des bénéfices, soit qu elle forme ou non un fonds « de Réserve , » se trouve diminuer d’autant, suivant le cas, la Perte éprouvée.

La création d’un fonds « de réseiTe » dans les entre-

prises où il s’agit de manier de grands capitaux, notamment là où le crédit tient comme en banque une grande place, a le double avantage de maintenir à un certain niveau la répartition des bénéfices, en même temps qu’il est fait face à de graves sinistres sans augmentation de Capital ou ce qui est pire, sans recourir à l’emprunt.

Dans l’atelier Agricole, pour le fermier qui exploite par un bail plus ou moins long une étendue de terres, la nature des Charges qui entrent dans « le prix de Revient » ne diffère pas autant qu’on pourrait croire de ce qui se voit dans la Fabrique. Si l’industriel n’est pas propriétaire de l’immeuble qui est le siège de l’atelier , il payera des loyers qui correspondent exactement au prix « du fermage » convenu avec le maître du fonds. — Au contraire, le fabricant ne doit-il aucun loyer, vu qu’il exploite son propre Capital ? mais , suivant que cela a été observé, il ne devra pas moins comprendre dans les frais Généraux,

« l’intérêt » de ce même Capital, sur le pied du prix de location courante. C’est un « loyer » qu’il se paie à luimême; et c’est sous cette forme que cela figure pour le marchand, le banquier, l’homme de négoce dont tout ou partie de la maison est occupée soit par ses bureaux, soit par son magasin.

Enfin, et d’autre part, dans l’Agriculture comme dans la Fabrique, « l’Entrepreneur » devra compter avec les Charges que fait peser sur lui le maniement du Capital « circulant. » Payement des salaires et de 1 assui ance , achat des semences et des engrais, pailles, toins en quantité par trop insuftisante et qu’il faut se procurer, intérêt du Capital « fixe » représenté par ce qu’ont pu coûter le bétail, les bêtes de somme, l’outillage; réparation et entretien de ce matériel, tonds amortissant, chapitre « de l’Imprévu » autant de chefs de dépense « générale ou spéciale » qui sont communes à « l’Entrepreneur » dans le Sol et dans l’Industrie. -

Ce serait d’ailleurs se tromper gravement que de considérer comme fonds « amortissable » la dépense à la([uelle donnent lieu (luelques travaux tendant à améliorer le fonds agricole. Tels sont notamment ceux qui tiennent à l’irrigation, aux tranchées, aux nivellements de terrains, au drainage lui-même. U n’est pas rare de voir traiter ces divers chefs de dépense foncière ou autre, — que cela tienne (( à l’appropriation » du Sol ou du Magasin, comme on ferait d’un matériel qui s'use et qui doit être u reconstitué. » — Des travaux faits sur une plus ou moins grande échelle ne sauraient être assimilés « au Capital » affectant la tonne d’un bétail, de machines, de gares, d’appareils de chauffage, d’éclairage, de ventilation , etc.

Le fermier induit en une dépense plus ou moins grande pour opérer les nivellements, les remblais ou les tranchées indispensables « achète « ünalement les services de la

i28 COURS d’économie industrielle.

Main-d’œuvre; il acquitte des salaires, absolument comme le filateur « achète » les services de l’ouvrier pour surveiller, conduire ses machines, activer ou ralentir le fende ses moteurs, faire enfin tout ce qu’exige l’atelier. Ici comme là, il s’agit d’une, dépense courante plus ou moins forte qui se mesure à l’importance « du Produit » dont on s’occupe. Non-seulement cette dépense est de nature « Spéciale, » et l’on' n’a affaire, à ce propos, que de l’intérêt du fonds « circulant, «mais comme ce Capital se retrouve parcelle à parcelle dans les fruits que donne le Sol, il ne s’agit nullement là d’un fonds « fixe » ou engagé, et il n’y a pas dès lors matière « à amortissement ».

L’on se trompe également lorsqu’on fait entrer dans « les frais Généraux» les déchets, les moins-val ues provenant du mauvais état de la Marchandise ou de ce qu’elle est i;eprésentée par « des soldes » plus ou moins dépréciés. C’est ce qu’on désigne dans la Nouveauté sous le nom de Rossignols et qui s’applique , du reste, à tout article « passé de mode. » Les maîtres en comptabilité plus ou moins autorisés qui font de cela un article « du prix de Revient » semblent oublier qu’on ne saurait traiter un article de dépense «courante» comme on fait de ce qui tient et touclie à une balance de fin d'année. « Les déchets » de môme, ([ue ce qui répond à luehjue sinistre ou ‘à la mévente, entrent dans le compte ( de profits et pertes » par lequel se solde , on l’a dit et suivant qu’il est d’ailleurs connu, toute oiiération.

On s’étonne de voir plus d’un grand industriel inéconlaître à ce sujet les principes élémentaires de la comptabiité. C’est ainsi qu’au cours de l’enquête jiarlementaire de 1870 sur l’industrie du coton, « les déchets » figurent pour )5,000 tV. 'lans un compte de dépense générale de t>25,000 fr. mviron. Les idées ne sont pas plus nettes à l’endroit du onds « de Roulement « ({ue l’on confond ici avec la Marchandise ou capital « Circulant. »

Il est presque inutile de faire observer, en terminant, qu’il faut distinguer en matière d’impôts, » suivant ([ue la Charge pèse sur l’opération entière, ou selon qu’elle affecte comme les- droits de Douane et d’Octroi, telle ou telle espèce de marchandise. L’accessoire suit, ici comme toujours, la condition du principal ; ces taxes figurent donc parmi les frais « spéciaux. »

Comment se comportent les frais Généraux et les frais Spéciaux.

Les frais qui appartiennent à la première catégorie sont qualifiés de « généraux, » on l’a déjà pu comprendre, parce qu’ils affectent l’ensemble de l’opération. C’est ainsi que l’Impôt, à la différence du Louage des services de la Maind’œuvre , constitue* une charge qui pèse d’une façon égale sur la production prise en masse. 11 est facile de faire voir par quelque autre exemple à quel point ce genre de dépense prend et garde un caractère « de généralité » qu’on chercherait vainement ailleurs, outre que dans l’application cela est de conséquence.

Prenons le combustible. Autre est son rôle dans la Métallurgie où il « se combine » avec le fer traité au bois ou à la houille, autres sont les services qu’il rend dans la Filature, le Tissage alors qu’on use par exemple de charbon de terre pour suppléer, par la vapeur, la force hydraulique. Tandis ([ue dans ce dernier cas la dépense en combustible plane sur l’opération entière, en ce sens que les frais seront les mêmes pour une machine de 50 chevaux, qu’il s’agisse de 100 ou de 200 à obtenir en filés ; là, au contraire, où le coke et le minerai constituent les matières premières delà fonte, les frais qu’on aura dû faire de ce double chef seront en raison de l’importance « du Produit » qu’il s’agissait d’obtenir. Cette dépense en coke a, on le voit, un caractère de Spécialité comme Charge « proportionnelle, » qui ne se rencontre pas dans l’action du chauffage.

COURS d’économie industrielle.

Et la dépense « proportionnelle » dont il s’agit portera, on le comprend , sur les divers éléments dont est fait le Produit. S’il faut le « double » de combustible, bois ou coke, pour 200 kil. de fonte l*"® fusion que pour 100 kil., il faudra acheter une quantité double du minerai employé dans ce dernier cas. Puis, comme « le prix de Vente » sera établi eu égard à ce qu’a pu coûter, do ce double chef, le kilogramme de fonte, la Dépense et la Pvecette seront strictement mesurées l’une sur l’autre en ce point. C’està-dire qu’elles varieront ensemble « proportionnellement. » C’est tout le contraire pour les frais qui affectent l’ensemble de la Production. Précisément parce que cette dépense a un caractère qui n’a rien de Spécial , le poids dont elle pèse sera en raison « inverse « de l’importance du résultat et de ce qu’il représente sur le Marché.

Voyons notamment ce qui se passe dans la Filature.

Dans le prix de Revient d’un kilog. de filés où l’achat du coton entre par exemple comme à certaines époijues pour 3 fr. 51, des industriels fort autorisés portaient à 9 c. environ la dépense en combustible. Quelquefois cela allait à 11 1/2 c. soit le 1/3 au lieu du 1/4 de ce que coûtait la Main-d’œuvre. Mais celte dépense, loin d’être strictement «proportionnelle» aux quantités de produit obtenu, peut être relativement beaucoup plus forte ou faible. Cela dépend de l’outillage. L’emploi de tel moteur, dans un atelier normal de 20 à 23,000 broches peut faire que le cheval-vapeur détermine une dépense en charbon qui ira diminuant par cela même qu’on dispose d’une puissance de premier ordre.

C’est ainsi qu’une machine de 10 chevaux consomme annuellement 680 fr. de charbon par cheval-vapeur. Or, dans le même temps , une machine de 50 chevaux n’occasionnera pas une dépense de plus de iOO fr. Si le moteur

IV« PARTIE

fin et charges de la production. 431

est de 400 chevaux, la dépense en combustible sera de 200 fr. environ.

D’où l’on voit que « l’achat, » de combustible, au lieu de représenter, comme lorsqu’il entre avec le minerai dans la formation de la fonte, une dépense « de quotité, » c’està-dire une Charge qui s’accroît à mesure qu’augmente l’importance des produits, est une dépense essentiellement « répartible. » Cela se distribue sur la masse des manufacturés de môme que se répartit, sur « le Produit » agricole et sur le prix qu’on en retire, le loyer de la terre ou fermage d’un immeuble rural. — « Plus » la récolte abonde, et se vend bien, « moins » le prix du fermage pèsera lourdement sur la Production ou « produit total ; — « moins » on écoule et l’on vend de produits métallurgiques, et « plus » au contraire, l’achat du combustible, qui servit simplement à alimenter et entretenir la force motrice, grèvera, de ce chef, la Marchandise.

Les frais « Spéciaux » représentés par l’achat du combustible, pris comme élément de la fonte croîtront à mesure que s’étendra ici « la Production; » ils seront exactement « proportionnels. » Mais la dépense qu’implique, comme chauffage, ce môme combustible gardant un niveau qui « varie » infiniment peu, quelque soit le nombre des produits et le prix qu’on en retire, « cette dépense « Générale » est d’autant « plus » lourde que l’on écoule « moins, » et elle ressort d’autant plus « bas » qu’on fait davantage.

C’est ainsi que dans la Filature on vient d’avoir la preuve que des moteurs « exceptionnellement» puissants, donnent, avec la même dépense en combustible, une quantité de manufacturés double ou triple de ce que donnera dans le même temps une force motrice infiniment « moindre. »

De là cette loi, en ce qui concerne les deux catégories de frais dont se compose « le prix de Revient : » Les

frais SPÉCIAUX sont « proportionnels, » c’est-à-dire qu’ils sont en raison « directe » de l’étendue de la Production, tandis que les frais généraux varient inversement, « et que moins on fait, plus ils grèvent la Marchandise.

11 convient, enfin, de faire observer qu’à l'endroit des frais Généraux il est un minimum de dépense et partant de Production au-dessous duquel on ne saurait descendre. Qu’on fabrique 100 de filés ou trois fois davantage, il faudra la même quantité de combustible pour donner le minwmm de force motrice nécessaire. D’où, si l’on tombe pour la Production au-dessous de 100, des frais relativement plus lourds à mesure qu’on descend davantage. Que l’atelier soit sur un bon pied de fabrication et d’écoulement ou que la Marchandise se débite à grand’peine dans des prix médiocres, « les frais Généraux, » qui marchent toujours, n’en existent pas moins, et ils se feront d’autant plus sentir qu’on sera tombé au-dessous « du minimum » d’affaires reconnu indispensable pour que l’industriel couvre, non-seulement sa Dépense, mais qu’il réalise un certain Bénéfice.

11 jest toujours aisé, d’ailleurs, de faire la part d’une dépense «Spéciale» puisqu’elle est d’essence proportionnelle comme l’est le Louage des services de la main-d’œuvre, l’achat de filés à transformer en tissus. Mais qui pourrait dire sur quoi porte plus particulièrement l’Impôt ou 1’Assui‘ance? A quoi reconnaît-on que l’Amortissement, les frais de Bureaux, etc., entreprennent exclusivement ceci ou cela dans le prix de V’ente ? Rien ne le dit.

G’est (jiie ce sont là des Charges « Générales » qui affectent, suivant qu’il a été dit , la Production tout entière. L’on ne saurait dès lors les confondre avec celles de la première catégorie.

« Plus » on achète, « plus » augmentent par cela même les frais ayant « spécialement » trait à la Marchandise ;

dans une industrie bien conduite, on se guide sur des faits qui se répondent la Sortie, devant commander l’Entrée.^ Mais la difficulté est autre, en ce qui touche les frais « généraux. » Non-seulement cela ne s’applique à rien en paiticulier, mais 1 action s’exerce en sens « contraire » de ce qu’on pourrait croire, puisque « moins » on fabrique, moins on vend dans de bonnes conditions, « plus » ces frais deviennent relativement lourds.

^ Aussi, est-ce là-dessus que se porte, dans l’industrie, l’attention des esprits pratiques. Tout ce qui a le caractère d’une dépense « Générale » sera avec soin réduit à 1 extreme limite, tant cet article est de conséquence. Pour en mieux juger, on n’a qu’à voir la place qu’occupent dans l’industrie cotonière ces mêmes « frais Généraux. »

Voici par exemple une filature dont le fonds en partie amorti « et toutes dépréciations opérées » représente une valeur de 575,000 fr. Son Capital « circulant » et son fonds « Roulant » sont portés à 500,000 fr. pour 6 mois de marche, d’où une charge annuelle de 25,000 fr. L’industriel dont on emprunte ici les chiffres arrive ainsi, pour « les frais généraux, » à une dépense totale de 227,000 fr. Mais ce chiffre impli({ue une double erreur.

D’une part, il fait entrer « les déchets, » tout compte tenu du prix d’achat au prix de vente, dans les dépenses générales par 65,000 fr., tandis que cela constitue de même que les frais de transport un article de dépense « Spéciale » puisque cela se proportionne au nombre de kilogr. ’ dQ matière première achetée ; puis d’un autre côté. Ton a le tort de comprendre le traitement des employés dans la somme des frais « Spéciaux. » Gela se distingue essentiellement de l’achat ou louage des services de la Maind’œuvre. Gomme ces traitements coûtent, par an 25,000 fr., il suit de cette double erreur que les frais Généraux, au lieu de se chiftrer par 227,360 fr., montent à 187,260 fr.

COURS d’économie industrielle.

D’un autre côté, la dépense en main-d’œuvre, soit 3,300 fr. par to"', ressort pour lafilature de 18,500 roc les

dont on s’occupe ici iv 838,000 fr. par an. porte par ailleurs à 854,000 fr. le prix d acliat de la Ltiére première, et que l’on en déduise ce qu ont produ I « les décliets » vendus comme tels par 63,000 ti., es üc Lu^Te ce chef monteront à 791,000 fr., soit par kilogr.

‘'I 49 et non 2. 70, comme on l’établit faute dapp icaion evaite de la dépense au chapitre auquel elle appartient Il suit de là que les frais Généraux sont a l achat de la Main-d’œuvre’ dans le rapport de 187,260 à comme 2. 11 esté 1 ; qu’ils sont, d’autre part ‘‘ I la Marchandise ou matière première comme 1 est a . •

supposé par exemple, que le prix de

hp filés ressorte à 3 fr. 871, suivant (lu on 1 établissait en

1870, la marchandise proprement ™ “

par 2 fr. 499, la Main d’œuvre par 0 ti. 3/7 et les

“ L’on peut voir par là quelle place tiennent en toute affaire et notamment dans la Fabrique - les Généraux. . .\près rachat de la matière première , cet ai ticle

remporte de beaucoup sur ce

Main-d’œuvre, .àiissi, c’est par l’immense débit de manu fecturés qui atteigne l’extrême limite du bon marche

qu’on s’attache . à répartir, .. la dépense

msse d’affaires telle que la charge sera > ela ive^

amoindrie. C’est ce qui a lieu notanimenl dans 1 inipi es

sion des tissus OU

Ces belles tentures , ces riches étoffes aux splendid

dessins, aux vives couleurs constituent - ^^c ; te

fabricant , tant la double charge des f'’)','"

Généraux pèse lourdement sur des ar Ucles de luxe

d’un débit fatalement restreint. Cela s adresse, e .

à un petit nombre d’acheteurs qui peut a gi and p

1V« PARTIE

y mettre le prix, malgré qu’ils soient vendus moins qu’ils ne content. Mais ce qui rétablit par ailleurs l’équilibre au point e vue du « profit » qui se doit rencontrer en toute entreprise, c’est que le meme fabricant arrive à débiter par 20 OU 40,000 pièces de 80 ou 100 mètres, des manutactures dont le prix ressort en fabrique à 30 , 35 , 40, 60 c. le mètre. 11 réalise là-dessus un bénéfice, variant ’de 1 à 2 centimes par mètre. C’est sur cette masse d’affaires que va « se répartir » le chififre d’une dépense « générale » qui trouverai! dans la vente de l’aticle de Luxe une marge notablement insuffisante.

« Si nous étions réduits à ne faire que de la marchandise line , est-il dit dans l’enquête de 1868 qui précéda de quelques mois l’enquête parlementaire déjà citée, nous ne pourrions continuer ; nous serions absorbés par nos frais Généraux. » Ces paroles sont celles d’un fabricant emérite de notre regrettée et industrieuse Alsace. Les Anglais connaissent bien cela. Aussi , travaillent-ils pour « les masses » à prix on ne peut plus réduits. Le bénéfice de 1 centime , sinon moins , qu’on se ménage dans ce système, est d apparence minime et cela semble peu de chose. Mais « ce peu répété, » comme dirait Franklin, c’est-àdire se reproduisant à propos de millions de mètres de marchandise vendue, constitue finalement le producteur en de gros bénéfices. Car c’est ainsi que « les frais généraux » disposent d’une marge à tel point étendue que leur action se fera à peine sentir.

C est cette théorie qui , chaque jour mieux comprise par certains industriels, est féconde en bénéfices et qui fait qu’ils défient la concurrence.

Dans la Nouveauté de même que dans la Métallurgie, dans 1 exploitation des gîtes Houillers de même que dans 1 Impression des tissus où les frais de dessin , de gravure sont relativement si élevés, dans la Banque comme dans

COURS d’économie industrielle.

l’Armement, c’est à ce point de vue ((u’on se place par le concours d’immenses Capitaux. L’intérêt des fonds engagés ou opérant est considérable, mais , outre qu’on a le choix de la marchandise comme matière première, on achète au comptant, c’est-à-dire à lion marché, et Ion s’assure en assez peu de temps un courant d’affaires tel, qu’à des frais généraux relativement « moindres « correspond un bénéfice qui va grandissant.

Car c’est « au chiffre » des affaires , on l oublie trop dans les régions modestes du Commerce et de l Industiie, que se mesure « le Profit » par suite du poids plus ou moins lourd dont pèsent sur l’Opération entière « les frais Généraux. « - Si l’on achète bien et que l’on vende de même « la Marchandise , » - Main-d’œuvre ou Matière première, — paye toujours la Marchandise. I\Iais ce qui rompt l’équilibre, c’est le chapitre « des frîfis, » qui, grevant la production en masse, n’ont nulle part leui équivalent ou élément compensable , précisément parce que cela s’applique à tout.

En se résumant sur ce que comprend « le prix de Revient, » l’on peut préciser comme suit les points ci-dessus exposés ;

[O En distinguant les frais qui ont Spécialement trait « à l’achat » de la Marchandise et au « louage » de la Main-d’œuvre de ceux qui affectent l’Opération entière, l’on voit que la première de ces dépenses est « de quotité » et par cela môme essentiellement « variable. >> Elle est en raison « directe » du nombre , de la qualité , de l’importance , enün , des produits et des services sur lesquels on dut opérer et qui constituent le Fonds « circulant. ))

Au contraire, la dépense (Rii, ne s appliquant exclusivement comme les frais de bureaux, la correspondance, ni à ceci ni à cela, a un caractère « général,» est essentielle-

ment par cela même « répartible. » C’est-à-dire que variant fort peu, eu égard à l’extension que prennent les affaires, elle se fait plus ou moins sentir suivant i[ue leur cercle d’activité s’étend ou se resserre ;

!2o S’il est de l’essence des frais « Spéciaux » dès qu’on a bien opéré que l’achat et la vente soient « balancés , » il n’en est pas ainsi des frais Généraux; ceux-ci sont à vrai dire, « en surcharge. » C’est donc à leur importance, à la façon dont ils se « répartissent » sur un chiffre d’affaires plus ou moins étendu que tiennent le Profit et la Perte qui séparent « le prix » de Revient « du prix de V’'ente;

3° Ce profit , cette perte , tiennent à des causes de nature complexe et d’essence double. Il ne suffit pas, en effet, que l’Opération soit bien conduite; que l’Ordre, fÉconomie, reluisent partout. Il ne suffit même pas de savoir bien « acheter » et bien « vendre. » Précisément jiarce que la dépense générale « varie » trè-s-peu, ([u’il ne faut point par exemple deux caissiers , de doubles écritures , un local impli([uant comme loyer une double dépense , parce qu’on fera le double ou le triple d’affaires, mais qu’il faut autant pour faire 30 que [>our faire 100 ou davantage, cette même Dépense implique « un minimum » d’affaires au-dessous diuiuel on ne peut descendre sans être aussitôt « en Perte » vu le poids afférent aux frais Généraux. »

C’est donc de là qu’il faut partir ; c’est sur cela qu’il faut avoir l’œil pour mesurer « la Charge » à ce que l’affaire peut supporter, non-seulement « sans perte » mais en procurant les bénéfices qu’elle est faite jiour donner.

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