‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 45 sur 60 · SECTION · texte numérisé non relu

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De l’Entrepreneur et de celui qu’il emploie. — Ce qui caractérisé

l’homme dê l’Industrie.

Le Salarié, à temps, ou en raison de l’ouvrage ((u’il consent à livrer, se distingue de « l’Entrepreneur » par le TERRAIN sur lequel ils sont l’un et l’autre placés. De meme que l’employé ou l’ouvrier, de meme que le domestique ù gages , l’industriel vil , sans doute , du fruit de son travail. Mais riiomme qui « entreprend » se soumet d’avance à des éventualités que décline et (|ue repousse, — soit qu’il ne puisse faire autrement, soit qu’il y répugne , — celui qui a traité d’une certaine nature ou f[uantité de travail pour une somme « fixe » d’argent ou pour toute autre chose en retour.

Le premier, en effet achète pour « les revendre» plus ou moins cher, «ksespérils et risques, » soit certains produits, comme le marchand, soit des matières premières qu’il convertira en filés, comme le filateur, avec l’aide et le concours d’autrui. De cette « Entreprise » plus ou moins délicate et difficile, il peut résulter, suivant les circonstances, c’est-à-dire suivant les besoins du Marché et le plus ou moins de mérite de la fabrication , un avantage pour l’industriel. Il peut vendre ses produits « plus » qu’ils ne lui ont coûté , comme achat de matières premières, principal et accessoires, et comme louage de services. Mais il peut aussi obtenir , en réalisant « moins » qu’il n’a dépensé, outre que sa peine sera perdue.

C’est à cette double « éventualité » que répondent, d’un côté, l’excédant du prix de Vente sur le prix de Revient qui est représenté par « le Profit; » de l’autre, la différence en moins qu’exprime « la Perte. « Dans le premier cas, non-seulement l’industriel recouvre le montant « de

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ses Avances, » mais il recueille « le prix » de ses efforts, de son temps, du soin qu’il a dû ici déployer. Au contraire, s’il y a « Perte, » le moins qui puisse arriver c’est que l’industriel ait travaillé « pour rien , » comme on dit en langage ordinaire. Mais à ce compte il se trouve avoir perdu avec son temps et sa peine , tout ou partie du fonds « avancé » en vue de l’affaire dont il s’occupait.

Or, qu’il y ait perte ou gain pour « l’Entrepreneur, » l’homme du Salaire n’aura pas moins louché, dans les deux cas, le Prix de son travail sur le pied convenu. 11 y a donc cette différence entre l’industriel qui se livre à quehiue « Entreprise » — tissage, affaire de banque ou de transport, — et celui dont il loue « les Services, » que celui-ci recueillera, quoiqu’il arrive, la rémunération de son concours ; en d’autres termes , il est « assuré » de recevoir « le prix » de son temps et de sa peine, tandis que l’homme de l’industrie n’est rien moins « qu’assuré » de recouvrer : 1° ses avances; !2° le prix de son temps et de ses efforts. — L’un devra toucher par exemple, qu’il y ail gain ou perte, 5 fr. par jour, soit 1,200 fr. par an, tous chômages déduits, tandis que l’autre, qui comptait réaliser « un Profit, » en lin d’exercice de 10, de 15, de 20,000 fr. , non-seulement aura travaillé « pour rien,» mais arrive à retirer de son industrie « moins » qu’il n’y avait mis , puis((u’il n’est pas meme rentré dans « ses Avances. »

Sans doute, il arrivera quelque autre jour que ce même industriel , en réalisant un gain de 20,000 fi*. par exemple , atteint un résultat de beaucoup supérieur à celui obtenu par le Salarié. Mais cette rémunération n’a rien < d’assuré, » outre qu’elle peut être infiniment moindre sinon nulle. Cela dépend des circonstances. C’est donc chose de toute façon , « incertaine ; » tandis que celle sur laquelle compte le simple travailleur est, non-seulement

« fixe, » mais nullement « éventuelle, » aléatoire. Ce ([ue le Salarié obtient pour « prix » de son concours est peu sans doute , eu égard à ce cjne « pourra » dans l’occasion recueillir le chef d’Entreprise ; mais ce « peu de chose » est dores et déjà accpiis à l’homme du salaire, quoiqu’il arrive , alors que celui qui le paye n’est « assuré « de rien. Une seule chose ne fait pour l’industriel aucun doute: c’est qu’il se trouve avoir « engagé, » outre son temps , ses soins et ses peines de toutes sortes , un chiffre « d’Avanc*es » constituant des Charges dont ils n’est nullement «certain» d’être relevé indemne, pas plus qu’il n’est « sûr » d’être rémunéré « de ses Services. »

De cette inégalité ou différence de condition qui distingue l’Entrepreneur du Salarié, il ressort que ce dernier, en recevant une rémunération faible mais « fixe » ((ui n’a rien d’aléatoire, jouit d’une « sécurité » pleinière , alors qu’ailleurs tout est « incertain. » Pareil à « l’assuré, » on peut dire qu’il aquitte, par un minimum de rémunération lixe, la prime de « la sécurité » dont il jouit, en d’autres termes, le prix « du risque » qu’il n’a pas voulu ou pu courir et auquel s’expose « l’Entrepreneur » qui l’emploie et qui le paye.

% L’on s’ingénie à montrer d’où est né le « Salaire , » et dans ce but l’on forme des hypothèses qui tiennent bien plus du roman ([ue de la réalité. — C’est par exemple un « vieux pêcheur » qui, ayant besoin d’un auxiliaire pour sa pêche, forme avec son voisin « une association » de biens et de services dont le fruit, quoique inégalement réparti , reste pour l’un et l’autre « incertain. » Le salaire n’est pas encore né, sans doute; et le vieux pêcheur pas plus que son camarade n’est « assuré » par cela seul qu’ils sont *2 au lieu de l de faire bonne pêche, c’est-à-dire de retirer de cette « communauté » d’efforts, à laquelle vient s’ajouter l’emploi d’un certain outillage, de quoi

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subsister. Mais attendons, voilà que l’heure du Salariat va luire.

Estimant, sans doute, qu’en un semblable pacte sa subsistance court « risque » de se faire longtemps attendre , absolument comme s’il opérait seul , l’auxiliaire se ravise. Le voilà qui, renonçant à « partager, » dans telle ou telle mesure, les fruits d’un travail accompli en commun, il va se contenter d’une part, « moindre » sans doute, mais qui lui est de tout point « assurée. » Ce jour" là, le Salaire est né. Car l’auxiliaire « du vieux pêcheur » a converti en rémunération « fixe » les avantages qu’il s’était promis d’une association où il eut pu obtenir un Profit plus grand sans doute mais incertain. »

Toutcela est fort heureusement arrangé sans doute. L’on songe involontairement, enlisant cela, au Premier îîarîça" teur de Gesner, fameux par ses idylles. — Mais qui donc a vu ainsi à l’œuvre « le Premier salarié? » 11 était d’un tiers, par exemple, dans le résultat problématique de la pêche. Le voilà (pii passe à l’idée d’une rémunération infiniment moindre, mais « fixe, » c’est-à-dire de tout point « assurée. » Qui peut dire où et quand , comment s’est produit un tel changement dans faire du Travail?

Car 11 y a un monde entre ces deux modes d’activité. Qui peut savoir ce qui s’est passé là, de l’homme doué de facultés puissantes, pourvu d’instruments qu’il doit à la force ou à l’emploi de la ruse, à celui qui est plus faible et (pii manque de tout. Que fait-on, enfin, de l’Esclavage dans ce système? où se place-t-il et comment l’oublier, puisqu’on crut devoir remonter si haut?...

Il y a un médiocre avantage à user dans l’exposition d’une Science toute de faits, d’un procédé à ce point peu scientifique. L’on idéalise, et cela parce que « les faits » manquent, c’est-à-dire parce que le terrain semble se dérober et qu’on craint de ne plus voir assez clair ? mais

l’édifice ainsi construit n’est que pur artifice; chacun, le sent et nul n’est dupe. D’où une science qui gagne peu ou point à ce travestissement peu digne d’elle.

« Le premier » Salarié , de même que « le premier » homme qui s’élevait par l’Échange à l’idée de la Monnaie , se perd dans la nuit des âges. Tout ce qu’on en sait et tout ce qu’on en peut dire c’est que comme toujours la force des choses, c’est-à-dire l’intérêt, l’impérieux Besoin ont ici tout fait. La faiblesse dut capituler devant l’homme plus fort et mieux outillé. Celui qui était le plus favorisé a dû comprendre non moins que l’autre ([ue de leur étroite union devaient résulter, dans un commun effort, de plus grands avantages que si l’on opérait séparément. De là des Produits dont on dut compter ensemble, « du fort au faible, » c’est-à-dire sur un pied « inégal » puisque l’un mettait plus que l’autre.

Ce qu’a été dès l’abord cette part, si elle fut « fixe « pour le simple auxiliaire ou bien « aléatoire » nul ne le pourrait dire, puisque c’est la Force qui assignait à chacun son rôleen même temps qu’elle formera les lots. Il dut arriver là, ce qu’on vit par exemple se produire en pleine féodalité alors que riiomme libre « dégoûté d’une liberté dont il ne sentait que les inconvénients, abreuvé de vexations », car il ne sait comment se défendre; et voyant, d’autre part , « la tranquillité relative dont jouissait le vassal sous la protection d’un chef puissant, » offrira de changer « en rief » la terre allodiale qui jusque-là n’avait relevé de personne (1). L’inférieur, c’est-à-dire celui qui sentait plus vivement l'aiguillon « du Besoin, » dut se contenter de ce qu’on voulait bien lui abandonner en retour de sa coopération , et moins « il dépendait , » c’est-à-dire ])lus son concours lut « libre» autant que nécessaire, « plus» ilob-

(1) Mayer. Esprit, origine et progrès des institutions judiciaires en £■<«'0/36. — Paris, 1823.

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tiendra comme rémunération « fixe » ou indéterminée. Tout cela fut fort mêlé , fort divers , rien avant ou rien après systématiquement, comme on pourrait faire d’allées tirées au cordeau ou de belles et splendides théories.

Une seule chose reluit en tout cela sans acception de rang, d’ordre chronologique; à savoir, que « le Salaire » constitue une rémunération « fixe » qui acquitte, nous le répétons, par de moindres avantages « la prime» de la sécurité dont elle jouit, alors qu’ailleurs, — Avances et Rémunération , — tout est « incertain. »

La différence de « l’Entrepreneur » à l’homme du Salaire ainsi marquée, le moment est venu d’apprécier ce qui est fondamental dans « les Profits » et ([ui est représenté par le risque.

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