‹ Cours d'économie industrielle à l'École Turgot [microform]; instructions graduéesChapitre 46 sur 60 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Du Risque, considéré comme principal élément des Profits.

Si la perspective d’un gain proportionné aux efforts de celui qui « Entreprend , » à l’emploi du temps, aux aptitudes, à l’intelligence requises, et plus que tout cela, « aux ris([ues » inhérents à toute entreprise n’était pas généralement entrevue, nul ne serait tenté de se placer sur « un teri’ain » qui est pour le plus grand nombre l’inconnu.

A quoi bon, en effet, se livrer à un certain trafic, en d'autres termes « acheter pour revendre? » pourquoi s’occuper, d’autre part, dans Tindustiie, de déplacer des Produits ou de transformer certaines matières premières en manufacturés plus ou moins utiles de façon à se mettre « en .\vances » inpliquant de plus ou moins grands « ris- ({ues », si, à propos des services rendus ainsi à tout ce fini consomme et travaille, l'on ne peut compter, en retour, sur de particuliers avantages ?... Quoi ! voilà des « utilités »

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((ui vont pouvoir répondre à de certains besoins; en voilà d’autres qui seront de nature à satisfaire le goût, la fantaisie d’une classe de consommateurs ; cela doit « profiter » à celui-ci, à cet autre dont on satisfait ainsi les exigences, et le créateur de la plupart de ces Produits , celui qui les rend utilisables ou qui les met à portée « d’autrui » serait à vrai dire le seul qui ne trouverait pas ici son compte en recouvrant , outre le montant « de ses Avances » et le prix de son temps, de ses efforts, une rémunération en rapport avec « les Risiiues » auxquels il a exposé tout ce qu’il est et tout ce qu’il a?

Use serait de lui-même placé sur un terrain semé de plus ou moins d’écueils en tout genre ; il aurait aventuré , non-seulement tout ou partie de ce qu’il possède mais ce ([ui appartient à d’autres et dont il lui fut loisible de disposer par la confiance qu’il fît naître; son temps, son repos, tout ce qu’il possède, son avenir, enfin, seraient mis « en risque, » sans qu’il put compter, en retour « du service » qu’attendent ici ses semblables sur une compensation suffisante autant que légitime?...

Gela ne se comprendrait pas. Et si l’esprit se refuse à l’idée d’un tel pacte dans le champ sans bornes de l’Industrie et du trafic, c’est que qui dit « Entreprise, » dit <}uelque chose dont la rémunération, sous couleur « de Profits, » est essentiellement mesurée à l’étendue des efforts (ju’il faut faire, à l’intelligence qu’il faut déployer et, plus qu’ailleurs, « aux Risques » aux([uels on s’expose.

Pour s’en faire quelque idée , examinons ce qui se passe ici et quelles sont les conditions au milieu desquelles se meuvent tour à tour « l’Entrepreneur » d’une part, de l’autre « b Salarié. » Dans ce but, il convient d’aborder ici comme toujours « les faits » des([uels seuls peut jaillir surtout la lumière.

Voilà par exemple deux groupes d’ouvriers terrassiers.

Leurs ressources consistent en outils de leur état principalement , et ils sont également habiles. Il s’agit de creuser à trois, de part et d’autre un puits de quelque profondeur. L’un de ces groupes offre de travailler sur le pied de 4 fr. par homme et par jour. Mais le deuxième groupe, plus « Entreprenant, » conclut avec le propriétaire un marché par lequel le puits sera creusé à telle profondeur pour un prix déterminé : 150 fr. par exemple. Ce groupe qui offre de traiter « à forfait » comme on dit, l’emporte sur l’autre, vu que le propriétaire put savoir ainsi d’avance quelle est la dépense fiu’il aurait à supporter.

Les ouvriers qui ont fait ce marché savent, à très-peu de chose près , le nombre de mètres de terre ([u’ils doivent déplacer. Ils connaissent par (luelque longue habitude ce genre de travail; ils ont enfin étudié la nature du terrain. Tout bien calculé , et si rien ne vient les 'entraver, ils se flattent de pouvoir porter ici à 5 fr. au lieu de 4, le prix de leur journée. Mais ce qu’ils ignorent c’est quelle est juste la profondeur où se doit rencontrer le courant ou nappe d’eau qui doit alimenter le puits? Tous pensent, et c’est ce que croit également le maître du fonds, que l’eau sourdra à 13 ou 20 pieds de terre, mais ce n’est là (pi’une supposition ; point de « certitude. «L’on peut être forcé d’aller jusqu’à 30 pieds, et ce serait pour les ouvriers , un surcroît de travail qui les constituerait relativement en « Perte » loin qu’il y eut bénéfice.

Le traité, au surplus, est àcet égard précis et formel. Le puits sera creusé jusqu’à ce que l’eau se montre, et il aura des dimensions dont l’ouvrier ne peut s’écarter. Comme le groupe compte que ce travail sera terminé , au bout de dix jours, — et il pense faire ici large mesure, — ce sera 30 francs, c’est-à-dire 3 fr. par jour que chacun des

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ouvriers aura retiré de « son Entreprise. » Cela représente ili en sus de ce que lui aurait valu un Salaire payé à temps. Mais aussi, ({ue ces espérances, que ce calcul soient déçus ; qu’il faille par un motif ou par un autre plus de temps pour rencontrer l’eau ({u’on ne le supposait, c’en est fait à l’instant même, non-seulement de tout bénéfice, mais « rEntrepreneur » peut se trouver, nous le répétons , plus ou moins en « Perte; » à cet égard, rien « d’assuré. »

Or , c’est précisément cette dernière « éventualité » qui se réalise.

Il est arrivé en effet, pour avoir rencontré, par exemple, à moitié parcours un quartier de roche, que le creusement du puits a nécessité un plus grand nombre de journées ({u’on ne l’espérait. C’est ainsi qu’on a mis 14 jours à faire ce qui devait être effectué en 10 jours. Tout bien calculé , chacun des tâcherons aura reçu , non point 5 fr., mais une paye intérieure aux 4 fr. qu’eût rapportés la journée ordinaire. Le prix de la journée ressort en effet ici à 3 fr. 60 environ , ce qui est fort loin de ce que chacun espérait.

Voilà ce qui peut résulter pour l’industriel du rôle qui lui lit rechercher certains avantages, au lieu d’une rémunération « fixe. » On compta, sans doute, sur un résultat plus satisfaisant ([u'un simple « Salaire. » Et ces visées se réalisent le plus souvent. Mais c’était là quelque chose « d’éventuel » c’est-à-dire d’incertain. C’est ainsi que la rémunération reste cette fois « au-dessous » de ce même Salaire; d’où l’Entrepreneur relativement « en perte. »

Maintenant , si l’on veut partir de ce fait palpable et en quehjue sorte brutal pour analyser ce ([ui se passe ici de façon à voir comment la théorie rend raison « d’une Perte » survenue, au lieu du gain rêvé, voici à quoi répond le résultat qui s’est produit :

Entre le travail payé « à temps » et dans lequel tout est

ive partie. — FIN ET CHARGES DE LA PRODUCTION. -449

« déterminé , » se répond et ne saurait « varier : » — nature , étendue de la tâche , prix , c’est-à-dire quantité d’arpnt à recevoir en échange d’une quantité d’heures par pur employées à remplir cette même tâche ; — entre ce mode de rémunération du travail , et celui où l’on traite « du prix » d’un ouvrage qui exigera « plus ou moins » de temps , et où dès lors la quantité d’argent à recevoir peut ou non répondre à la quantité de temps mise à opérer, on opta pour ce dernier mode de louage de travail? Fort bien. Le prix est « fixe » dans l’un et l’autre cas. Mais si pour le simple salarié ce prix « mesure » exactement le temps et la peine mis à travailler; si ces deux choses sont payées a ce compte , puisque Prix et Services « se répondent » mvariablement , il peut ne pas en être de même au second cas.

Pourquoi ? à quoi cela tient-il ? C’est que si pour le Salarié, « le temps » donné au travail et « le Prix » dont ce temps est payé sont « des quantités » qui, en tant qu’utilités échangeables , se repondent dans le fait comme en théorie , c’est-à-dire se mesurent , — pour « l’Entrepreneur » le Prix est une quantité « fixe » d’argent qui se rapporte a une quantité d’ouvrage « indéterminée » quant au temps ici nécessaire. Cette tâche, c’est X, c’est-à-dire que

« l’inconnu » va ici « mesurer » fort imparfaitement le prix.

Dans le cas du Salariat, le temps et la peine seront invariablement payés, puisqu’ils répondent « au prix » dont on est convenu et qu’on peut dire avec vérité qu’ils le « mesurent » comme ils sont par lui « mesurés. »

Dans le cas de « l’Entrepreneur, » comme c’est seulement , uniquement « l’ouvrage » fait et parfait qui sera payé , abstraction faite du temps nécessaire ; comme cet ouvrage est « l’inconnu » au regard du temps qu’on y doit mettre , — le Prix , précisément parce qu’il est dé-

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terminément fixe, « inflexible, » qu’il ne tient nul compte « du temps » mis à travailler , doit par cela même mal « mesurer » , on le répète , ce qui est ici « l’inconnu » c’est-à-dire le travail auquel s’est engagé « l’Entrepreneur. »

Si donc celui-ci met « plus de temps » qu’il ne supposait à creuser le puits, comme « ce temps » n’est d’aucune considération dans le marché, mais seulement « l’ouvrage » à faire , l’Entrepreneur sera fatalement en perte , — cet excédant de temps et de peine n’étant pas plus « payé » que « payable , » ou mieux entré en ligne de compte.

Si le contraire fut arrivé, que « l’Entrepreneur » eut mis à faire son œuvre « moins de temps » qu’il pensait , comme on eut alors payé le temps et la peine « non employés » au creusement du puits , il aurait « bénéficié » d’autant.

D’où résulte que selon qu’ils entrent on non en considération dans « le prix » et que l’ouvrage à faire qui est « l’inconnu » est ou non « uniquement » considéré, le Prix « varie » relativement , c’est-à-dire qu’il peut être ou n’être pas « rémunérateur » des Services dont on a traité.

Maintenant , si l’on veut se rendre compte du genre « de perte » qu’a ici déterminé l’accord portant moins sur «la quantité »> de temps exigée par l’ouvrage en question , i[ue sur « l’inconnu « représenté par ce même ouvrage , il est aisé de voir que « cette perte » est d’essence complexe. D’où suit que « le Risque » au devant duquel va l’Entrepreneur, présente des aspects divers.

Plus de Temps » mis à opérer qu’on ne supposait ? — Des soins , des fatigues subis sans compensation, puisque rien ne s’y rapporte dans « le Prix. » Cela est à l’état d’excédant » et n’est pas payé : — l®*" élément « de Perte. »

« Plus de Temps» employé qu’on ne pensait? — « Des vivres dépensés en plus et restant de ce chef impayés,

puisqu’ici encore rien n’y répond dans « le Prix : »

2® élément « de Perte. »

Est-ce tout? non. — L’excédant « de Temps et de Peine » eut pour cause l’obstacle qu’opposait un quartier de roche qu’il a fallu percer pour arriver jus(}u’à l’eau. Là se sont (hHériorés, brisés des outils maintenant hors de service. Mais cet outillage c’est « le Capital » de l’Entrepreneur qui est en partie détruit pour avoir été ainsi « aventuré ? » Voilà donc un autre élément « de Perte » parfaitement distinct de ce qui précède. Ceci explique d’ailleurs « le plus » de Temps et de peine employés.

Voilà comment le temps « risqué » et dont l’emploi trompa tout calcul , implique à l’occasion de doubles , de triples « pertes » éventuelles. En d’autres termes , c’est ainsi que « le Risque » en prenant divers aspects, tient «une place » plus ou moins grande ([ui , correspondant à « des pertes » plus ou moins étendues, fait (lu’il doit impli({uer par suite « des profits » plus ou moins grands.

Et nous ne faisons pas ici entrer en compte « le risque » ([u’on court par cet emploi « de plus » de temps de ne pouvoir aborder « à propos » quelque autre affaire. L’Occasion mainiuée ne se retrouve pas. D’où , pour un Profit mince, sans parler de la Perte réalisée , un gain sérieux qui peut échapper.

On le voit : « c’est le Risque » qui fait la différence entre les deux modes d’activité auxquels se livrent d’une part « l’Entrepreneur » et à une très-grande distance de lui l’homme « du Salariat. » Le terrain, nous le répétons, est tout à fait autre; c’est de là qu’il faut partir pour se faire une juste idée de ce que représente dans l’un et l’autre cas « la rémunération » des services. L’une devra s’élever d’autant plus haut qu’elle est problématique, « incertaine, » et l’autre tire « de sa fixité » même son apparente « infériorité , » car cela ne saurait entrer en comparaison.

Inutile de faire observer que ce qui est dit là d’un groupe d’ouvriers traitant « à forfait , » c’est-à-dire à leur risques et périls d’un certain « ouvrage , » s’applique avec encore plus de raison à « des entreprises » qui , comme la Fabrique, la Bamjue, l’industrie des Transports ont un champ plus vaste impliquant, avec des éléments plus diversifiés et nombreux, de plus grands « risques. »

Ce serait surtout se tromper gravement que de baser la distinction qui existe entre le lot du Patron et celui de l’Ouvrier sur la possession « d’un Capital. » Rien n’est plus loin de la vérité. Il s’agit, en efiet, de regarder, non aux instruments que celui-ci ou celui-là possède ou dont il peut disposer , suivant qu’il les obtient par voie de louage de la confiance qu’inspire sa personne , — mais de considérer les situations, le mode d’activité , pour tout dire la nature «des choses.» Où les conditions du travail sont autres par « le Risque » qui plane sur l’œuvre entière, — Avances et Rémunération, tandis qu’ailleurs rien de semblable ne se voit, — ceux qui s’emploient plus ou moins utilement ne sauraient être mis en parallèle, qu’ils soient ou non en possession « d’un Capital.» Le fossoyeur qui est payé à la journée et qui préfère, de meme que l’ouvrier des champs, manier l’outillage au([uel il est fait, ne cesse point pour cela d’être un Salarié. Nul ne s’avisera de le confondre avec le filateur ou le tisseur (|ui fabri([ue à ses risques et périls ce qu’il a « acheté » en vue de « le vendre » sous une autre forme. L’un poursuit, en effet, « des Profits » incertains, alors que l’autre a traité d’une somme « fixe » pour prix de ses services. Ce n’est donc pas ici de ce qu’on « a » ou de ce dont on dispose qu’il s’agit , mais bien de ce qu’on « fait » ainsi que des suites.

Ce n’est pas davantage le plus ou moins de lumières et de connaissances qui fait qu'on distingue « l’Entrepreneur «

de l’homme de la Main-d’œuvre. Tous deux, à peine de ne pouvoir rendre les services qu’on en attend, auront ici le savoir, Tliabilelé qu’exige leur état. Tous les jours, par exemple, il arrive qu’on rencontre chez un contre-maître ou chez un chef d’équipe, des connaissances fort supérieures à celles de ses compagnons de travail. Il n’est même pas rare qu’on le voie l’emporter par maint côté sur les chefs, qu’il supplée et représente à l’occasion. Ce n’est là cependant qu’un simple ouvrier ; comme le personnel de l’atelier, il est payé « à temps » et recevra par mois ou par quinzaine une somme « fixe. »

Proposez à ce maître-ouvrier d’Entreprendre à son tour? Donnez-lui ce qu’il faut pour s’établir, travailler à son compte , lui d’ailleurs si parfaitement dressé au train de la fabrique. Il refusera. Pourquoi? c’est qu’il préfère une rémunération modeste , sans doute , mais « assurée » à des profits de leur nature incertains. — « Le Risque » l’effraie et le fera reculer.

Autant pourrait-on en dire du Commis principal de l’escompteur. Certes, par une longue expérience, il connaît aussi bien que son chef la valeur du Papier offert à l’escompte, les garanties que présente telle ou telle signature, l’état enfin du marché, au point de vue de l’Épargne disponible. Cependant, il est payé au mois, sur un prix « fixe, » et nul ne voit en lui la doublure d’un chef d’Entreprise.

Mais le jour où ce même Commis, renonçant à un traitement « fixe, » veut, à l’exemple de son Patron «Entreprendre, » c’est-à-dire opérer à ses périls et risques pour poursuivre un profit « incertain, » ce jôur-là, <c le terrain » est pour lui complètement changé. Il n’est plus, en effet, « assuré » de recevoir le Prix de son temps, de ses efforts ; tout cela est aventuré, de même qu’il « aventure » le peu qu’il possède et les ressources qu’on ne craindra pas de lui confier.

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Ni la possession « d’un Capital » plus ou moins riche, ni les Connaissances acquises ne sauraient donner ici une pleine « assurance. » Tout cela sera, sans doute, d’un grand secours; mais la situation, les fins sont autres que là où tout est déterminément stable et « borné. » On en eut la preuve par l’exemple de Franklin. — Le jour où il fondait une imprimerie dans la même ville que son ancien patron, deux choses étaient à remarquer dans cette lutte qu’on dirait inégale à première vue. D’une part, Kesner a sur le jeune homme, hier encore son ouvrier, l’avantage de « l’antériorité, » et d’autre part, il possède un fonds amplement pourvu de l’attirail nécessaire. Et pourtant le nouvel imprimeur partait de là pour conquérir fortune , considération , tandis que celui qui eut sur le jeune ouvrier une si grande avance côtoyait bientôt après la faillite.

Telle est l’iiistoire éternelle de l’Industrie, aux aspects divers. — Où l’un prospéra, l’autre se ruine et réciproquement, ce qui montre bien que les situations sont là ce qui domine.

Un grand industriel a réussi jusques-là dans Tindiennerie. Mais voilà que la mode change. Le goût du public , au lieu de se tenir comme pendant longtemps aux tissus de coton, s’est tourné soudain avec un ensemble fait pour désespérer toute une branche de produits , vers « les mélangés » laine et coton. L’on repousse de plus en plus , ce qui jouissait hier encore d’une « vogue » aussi générale qu’elle était ancienne. — Le fabricant va-t-il modifier sa manière de travailler, changer son outillage, son mode d approvisionnement, ses prix « de Revient, » en même temps que ses prix c de Vente ? » Mais pour quelques-uns qui se placeront résolûment dans ces conditions « autres, » le succès est plus problématique, moins « assuré » que jamais. Les plus sages céderont la place à d’autres craignant de voir s’amoindrir une fortune lentement acquise.

— Cependant, ce ne sont ni « les Capitaux, » ni l’expérience etla Connaissance du métier qui manquent ici encore. Mais <c l’affaire » est devenue en quelques heures complètement « autre. » Pour tout dire, « le terrain » est changé. De là des éventualités, « des risques » autres et partant plus grands. Si ([uelques-uns d’entre eux persévèrent, une liquidation qui s’impose bientôt leur laisse entrevoir plus d’une Perte douloureuse en place du Proüt espéré.

Ces retours sont fréquents. Ici ce sont les mélangés qui portèrent à l’indiennerie les plus rudes coups. — Plus loin, c’est le fer fabriqué au coke qui fermera nombre d’usines où l’on opérait à l’aide du bois. Et tout cela, en attendant la révolution amenée par Dessiner dans la métallurgie.

A une époque où l’agencemenl du Travail et du Capital est couvert d'ombres qui font qu’on est porté a s’exagérer les avantages que peut donner la possession d’un fonds « d’Avances, » il convient de dissiper à cet égard des illusions toujours funestes. C’est « le maniement» du Capital qui importe bien plus que « sa possession. » Car ce Capital constitue par-dessus tout « un instrument. » Or, ici, plus ({ue nulle part ailleurs peut-être , tant vaut l’ouvrier, tant vaudra « l’outil. » Que de fois cette disponibilité si enviée des ressources premières s’est retournée contre les entraînements auxquels est trop sujet Thomme le mieux doué comme industriel. — On a fait souvent cette observation que dans le nombVe de ceux qui se noient, ce sont surtout les excellents nageurs qui périssent victimes d’un excès de confiance dans leur habileté et dans leurs forces. L Industrie et le Commerce sont semblables à l’Océan ; comme lui, ils cachent maint écueil, et celui qui s’écarte du rivage pour s’avancer à la haute mer s’aperçoit bientôt des dangers qu’il court, dès qu’il a, comme on dit, perdu pied et ([Lie la terre ferme est loin.

Les Ressources dont on peut disposer dans toute « Entre-

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prise,» les Connaissances que l’on possède, le coup d’CEil, enfin, qui caractérise le chef d’une exploitation, entrent pour beaucoup dans le résultat qu’on s’en promet. Mais ce n’est pas là ce qui fait qu’on distingue des modes d’activité aussi distants l’un de l’autre que celui où s’emploie « le Salarié, » et plus loin celui qui court après une rémunération « incertaine. » Placés en quelque sorte aux deux pôles de la Production et du Travail, non-seulement la récompense est autre là où s’étale « le Risque» en regard de « la Sécurité, » mais cette récompense, pour être juste et paraître suffisante, doit se mesurer à « l’intensité » de ces mêmes risques, plus ou moins divers et nombreux.

C’est ce Taux général « des Profits qu'il convient maintenant d'examiner.

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