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liNTRODUCTlüN.
nous jiroiéger contre les misères dont je suis témoin. Cette dépense ne sera pas la millième partie de ce ((u'il faudra ac({uitter, si nous laissons le peuple dans l’ignorance. » (Paris 1786.)
On sait jiisqu’oii s’est élevé le peu])le des États-Unis par plus de lumières. La sécurité dans laquelle il vit n’a d'égale que la liberté dont il jouit dans ce système des grandes cultures qui fait qu’en matière d’instruction le Sol est partout cultivé au lieu de laisser apparaître d’immenses friches.
l’école a défaut de la famille.
pu R PO (ju’oa n’apprend pas enfant et dont il faut que chacun soit
instruit, on ne l’apprendra jamais. — Éducation et Instruction.
Si dans un champ ([ni pèche par le défaut d’étendue, renseignement, dont on s'occupe ici, ne s’adresse jias à tout le monde, le bien produit sera médiocre sinon nul. On aura des savants, comme il en existe à toutes les épo(|ues, des lettrés, des philosophes d’élite, tels ({n’Erasnie, Montaigne, Jean Bodin, La Boétie, Commines, Descartes; mais il existera partout alentour des foules ignorantes. Or c’est là l’obstacle à tout Progrès, car « c’est le Soldat ((ni fait l’Armée » et non (luelqiies capitaines, suivant ([u’il nous est arrivé un jour de le dire.
Ces conférences où le public se porte suivant l’idée ou riiumeur du jour, qu’en peut-on attendre, si l’instruction l)èche par la base? La curiosité satisfaite et l’oreille charmée, chez un peuple amoureux du bien dire, il ne reste rien de cette semence jetée par les chemins.
L’esprit est séduit, mais d reste vide. — \'oih'i pour la [)artie éclairée de la Société.
Il faut d’ailleurs songer aux obstacles (]ira[)i)orte le fonds d’idées sur lequel chacun a jusques-là vécu. Ces idées ou mieux ces préventions ont envahi le cerveau. (7onimenl croire qu’un nonvean mobilier pourra trouver place là où res[)ace, d’abord libre, est maiiilcnant occupé?
Le cerveau ressemble, plus ([u’oii ne saurait le croii’e, à un appartement ([u’on aura meublé tant bien ((ue mat.
L’on entend tous les jours déclamer avec plus d’emp(jrtenient ([ue de sagesse contre ce qui prit chez nous le nom de « Socialisme. » Mais les théories socialistes les plus avancées, de imuiie (jue celles qui présentent un C()té pra-
tique décèlent trop souvent, chez celui qui les professe, une complète ignorance des lois de l’ordre économique. A défaut de la Science, c’est-à-dire faute d’instruction puisée à la Source, c’est le moins que l’on déblatère à perte de vue sur ce qu’on ne connaît pas et dont il faudrait être instruit.
Lorsque des hauteurs du Sinaï, Dieu dit à son peuple : !
« ïu ne le feras point d’image taillée... Tu ne te feras pas j
des dieux d’argent ou d’or, » l’idolâtrie perdra par cela i
même sa raison d’être. Le peuple, en effet, est mis en f
possession d’une loi divine. Le Dieu d’Israël et de Moïse |
ne se bornera même pas à dresser « un Décalogue. »> Il i
donne des règles sur les Cérémonies du culte, sur ce qui j
doit ou non entrer dans la fabrication du Tabernacle. Tout 1
est prévu, avec soin noté ; et c’est de ce jour que le règne ;
des « gentils » recevait un choc mortel.
L’homme est possédé d’un esprit de recherche qui le fait s’engager (3n des sentiers qu’il suppose devoir le conduire à la vérité, alors que trop souvent il s’en éloigne.
Il faut qu’il marche et se prenne à quelque chose. Si la lumière du vrai Culte lui est refusée , il tombe aussitôt dans ridolalrie et s’accommodera des croyances de la pire |
espèce. Gela est fatal. I
« La vérité, a dit un grand écrivain dont le témoignage |
ne saurait être suspect, est le premier bien des hommes ; i
sa recherche est le premier besoin de leur esprit. » (De '
BonaM),
Ceux qui, niéconnaissant ces « besoins, » s’élèvent contre le Socialisme, sont à peu près aussi s'ensés que ;
1 homme qui etalerait des fruits, des mets divers devant i
1 enfant prive de nourriture et qui voudrait qu’il ne touche a rien. Ce qu’on refuse contre toute raison à l’enfant, il le î
prend et peut faire ainsi autant de tort à lui-même qu’aux i
autres. Nous ne voudrions pas, à propos de ce manque de culture intellectuelle, charger le tableau de couleurs trop sombres ; mais les conséquences d’un tel système, là ou la Famille est condamnée à, une trop réelle impuissance pendant que d’autre part l’École lui reste fermée, sont déplorables.
Uni ne se souvient de l’abominable drame dont le péni- i
tencier des îles d’Hyères fut le théâtre, il y a de cela dix I
ans ? Ces jeunes détenus, dont l’âge variait de 13 à 19 ans, ■
n hésiteront pas à faire périr dans les tlammes de pauvres enfants suspectés de délatioii. Le capitaine est âgé (Je 16 ans; il commande à des lieutenants qui, idus jeunes, !
rivalisent ensemble de férocité.
Éi.;rTsiÊrj
INTRODUCTION
Malheur qui voudra s’interposer. Un liomme généreux, victime cle son courage , tombe mutilé pour le reste de ses jours.
On dira: c’est d’un pénitencier (ju’il s’agit, c’est-fi-dire d’un de ces petits bagnes où les enfants perdus, que la Société repousse et rejette font l’effet de scories dans l’œuvre de la fonte. — Comment, déjà le bagne, pour des adolescents que la Loi et la Justice supposent avoir agi « sans discernement » et qu’on dût renvoyer absous ? Que parlet-on» d’enfants perdus» là ou aucun d’eux n’est encore né à la vie commune ?
Mais puisque ce mot de pénitencier est ici prononcé, où donc ces asiles du crime à ce point précoce se recrutentils ? Qui fournit cette graine, sinon le change, c’est-à-dire le milieu social où renfance, dénuée de soins efficaces, est fatalement livrée, presque dès la naissance, à tous les hasards de la vie ?
Tandis que la Famille ([ui vit dans l’aisance peut se décharger sur le Lycée ou sur ITnstilution primaire « siqiérieufe » des soins de rinstruction, celui ([ui est rivé au Salarial ploie sous un fardeau trop lourd pour ses épaules. Où sont chez nous les Mec/ianisc’s, les lilrbe' k’s Schuols ({m s’occupent d’élever et d’instruire solidement l’enfance ouvrière ? L’autorité de la Famille s’use dans un combat in-
cessant, inégal, et l’enfant livré sans défense au mortel de quelques jeunes compagnons d’oisiveté é Dieu sait pour combien de temps , à tutelle.
contact chappe, une impuissante
Seule l'École serait ici de taille, (fest par là, seulement ([u’on peut suppléer heureusement la Famille de façon à ouvrir à de jeunes intelligences un champ d’activité “dont elles ne sauraient pas plus se passer que d’air ou de lumière. L’enfance n'est pas autre, selon qu’on fouille ici ou là. Qu’on en prenne soin et l’on verra le bien (pie cela peut produire. Sans parler de ce qu’un homme de bien lit à Mettray, lui ipii plongea avec tant de succès au fond de « la Maladrerie » des jeunes détenus, est-ce (pi’oii n’a pas vu ce (pie Fellemberg avait, bien avant lui, réalisé dans un tel svstème ? car c’est aussi aux enfants « abandonnés » (pie àe petit-tils de l’amiral Tromp s’adressait de préférence (1).
C’est qu’on peut beaucoup obtenir de cet âge, lors(iu’on
(1) La mère de cet homme généreux, qui comptait parmi les amis de Inhumanité, était hollandaise. C’est elle qui répétait à son fils : « Aimez, soutenez les pauvres ; l'homme riche a toujours assez d'amis. »
INTRODUCTION
l’entoure des soins nécessaires. Sans cela, il y a tout à craindre.
Un jour, par suite de l’émotion qu’avaient fait naître ses projets de réforme, le grand législateur de Sparte fut victime d’un attentat ([ui lui fît perdre un œil. L’auteur de cet acte delviolence fut saisi par la foule ([ui laissa Lycurgue
nul ne s elait occupe et ((u on avau cru mon ;
« Je vous rends cet homme (|ui est maintenant bon et juste, fit-il, au lieu d’être dangereux comme lorsiiuevous me l’avez donné. »
Voilà ce ([lie produit, dans des mains intelligentf*s , et, faut-il le dire, chez celui qui aime la jeunesse , l’Éducation. Il arrive bien souvent de confondre celle-ci avec rinstruction proprement dite. Mais l’iiiie couronne le faîte de l’édifice (font l’Éducation forme la base.
« On façonne les piaules par la culture, dit excellemment liousseau, et les hommes par l’Éducation. » Il ajoute comme [lour faire toucher du doigt sa pensée : « Celui ([ui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé. D’où il suit ([ue la vérirable éducation consiste moins en préceptes qu’en exercices. »
Telle est , à toutes les époques , chez tous les peuples, la liremière condition de l’Ordre. Jamais l’Instruction ne tint lieu d’Éducation première. Où celle-ci man(|ue, tout se trouve à la merci des circonstances. Ces crimes, ces désordres, ([ui sont chez l’enfant ou le jeune homme un sujet d’épouvante, trahissent bien plus lè défaut de soin là où l’àge et le sang sont pleins de fougue, qu’un maiKiue de lumières. L’un des plus audacieux criminels — Lacenaire,— sur ([ui la main de la justice se soit, de nosj()urs, appesantie, était un lettré. Oh a de lui des stances écrites dans sa prison et ([ue plus d’un poète en renom eût signées, tant cela est ex([uis comme forme et comme fond.
Mais^rinstruction avait simplement allongé les ongles d(^ la bête , ou pour parler comme Joseph de Maistre , là où l’Éducation n’avait pas fait son œuvre, les connaissances ac([uises eurent pour effet « de faire couper les rasoirs. » L’on s’étend avec complaisance sur nos 70 ou 75,000 écoles gratuites comprenant "2 millions et demi environ d’él(''ves; mais, outre que ces chiffres ne répondent [las aux nécessités de rinstruction primaire, puis([ue beaucoup de pères de famille sollicitent en vain la faveur de taire admettre leurs enfants dans les écoles communales , où est
fr;.’
INTRODUCTION
dans cet enseignement public la part faite à rÉdncation ? N’est-ce pas là surtout le côté faible de la plupart de ceux qui sont chargés d’instruire l’enfance? Ils sont emportés, violents dans leurs manières et dans leur langage; dénués, enfin, de mesui’e et surtout de patience. Comment imprimeraient-ils aces jeunes intelligences les habitudes de retenue et de sage réflexion, dont eux-mêmes sont dépourvus? ils leur inculqueront bien plutôt l’intolérance et le despotisme pédagogi({ue qui éclatèrent dans leurs moindres actes.
Ici, comme toujours, nul ne peut donner que ce qu’il a.
Si le côté éducateur avait été là l’objet de véritables soins dans le premier âge ; si , à la différence de ce qui se voit dans d’autrespays, l’on n’avait point paru croire que tout est dit quand on a jciint à la Lecture, à l’Ecriture, les premières notions du Calcul, la connaissance du Système métri(}ue, un peu de Grammaire, d’Histoire, de Géographie, avec les éléments du Dessin, l’enfant et l’adolescent pourraient ac(iuérir, par la force de l’habitude, ce.rtaines qualités indispensables. Car l’Éducation git surtout « en habitudes » qu’il convient de contracter ou dont on doit se défaire.
Mais comment agiraient-ils sur l’enfance, alors qu’on ne voit ici, nous le répétons, nulle trace de culture morale ? Chez eux, l’Instruction n’e.st pas seulement courte, elle est creuse. Nulle part, sauf de rares exceptions , les lois qui sont comme l’apprentissage de la vie ne leur furent expliquées. — Parlez leur de la puissance de l’Épargne, des vertus (pie la pratique de l’Économie engendre et développe; appelez un moment leur attention sur l’Ordre, ce fondement de la fortune publicpie et privée ; demandez à ces gui(les de la .Teunesse qu’elle place tient le Crédit dans là Famille, dans le Commerce, dans l’État, comment il se fonde, se maintient ou décline; recherchez avec eux
enfin, d’en tirer quelques lumières sur la Cherte dont on souffre ici, tandis qu’un peu plus loin et à la même heure les Prix sont avilis, et vous reconnaîtrez bientôt à quel point ces Instituteurs de l’Enfance sont chez nous ignorants de ce qu’il faudrait par-dessus tout connaître.
Car si vous franchissez le détroit qui nous sépare du pays des Galles , vous pourrez vous assurer qu’il ii est pas de chef d’école primaire ou autre qui n’ait pu bénéficier, répétons-le, en temps opportun, de l’exposition de ces vérités utiles. Même chose en Irlande et en Écosse sur cette
INTRODUCTION. XXVTI
Science économique, qui au lieu d’être, comme chez nous mise à l'index, est l’objet d’une vulgarisation large et surtout féconde.
Une science qui fait « des honimes, » — pour parler le langage des élèves plus haut cités, — mise à l’index !
La France ne sait pas le tort qu’elle se fait lorsqu’elle prive des générations entières d’un fonds d’instruction qui est au gouvernement de la vie ce que l’art nautique est au navigateur. Remarquons d’ailleurs, suivant le dire d’un savant homme de bien qui fut pendant quarante ans estimé pour son caractère, que celui qui est initié aux vérités de l’oi'Rre économique puise dans ses lumières une mesure, un empire sur soi-même à l’épreuve des circonstances (I). C’est la que l’observation développe et fortifie cette vertu trop rare qu’on nomme « l’esprit de conduite » et qui fait qu’on marche du même pas au but qu’on s’est une fois posé. Tel est l’effet « d’une gymnastique intellectuelle >> (lui accoutume les organes de l’intelligence à plus de souplesse en môme temps qu’ils prendront plus de force. Qu’on s’étonne si de jeunes esprits s’y attachent en assez peu de temps et s’ils s’ouvrent ici comme d’eux-mêmesà la lumière.
« J’ai fait beaucoup d’attention à ce travail , lit-on en marge d’une analyse de fin d’année sur le sujet si particulièrement délicat de la Monnaie. C’est, ie crois, ajoute l’auteur de ces lignes , la meilleure maniéré de prouver à un professeur qu’on l’a écoulé et qu’on » aime son cours. » (1873. — V'^oir à V Appendice le travail placé en tête, page 303).
Celui qui s’exprimait ainsi est un adolescent que la Science aura touché durant quelques mois à peine de sa divine baguette.
La Jeunesse est toujours ce plant de l’avenir qui produit d’autant plus qu’il fut bien cultivé. Aussi , quelle impression elle garde et comme elle se ressent des soins qu’on prit d’elle. —Près d’arriver à l’âge d’homme, tous se reportent par la pensée, avec un plaisir toujours nouveau, à ce fonds de connaissances dont on comprèndra mieux Futilité. Les vieux cahiers , les notes confuses dont on dut partir pour répondre aux exigences d’une analyse plus ou moins fidèle , sont feuilletés , fouillés, non sans émotion. La seule vue du Maître, auquel revient une part dans ces travaux, illumine de joie ces jeunes fronts.
L’on dirait des fils rencontrant leur père après une Ion-
(I) M. Charles Dunoyer, ancien conseiller d’État, membre de l’Institut, auteur de la belle étude consacrée à la Liberté du Travail, 3 vol, in-8®, 1845. — Guillaumin et C% éditeurs.