V. t. I. Il" 51. note
l'organisation sociale actuelle, l'inégalité économique est la conséquence nécessaire des différences d'aptitudes entre les hommes, et aussi des chances bonnes ou mauvaises qui accompagnent tout acte de production. Dans une société collectiviste, oti la répartition des valeurs produites s'opérerait entre les individus en proportion du travail de chacun, l'inégalité apparaîtrait encore et tiendrait à la nature différente des travaux. Alors même qu'un pouvoir social instruit et vigilant parviendrait, — contre toute vraisemblance — à établir entre les travaux de diverse nature une échelle équitable de valeurs, l'inégalité persisterait à raison de l'habileté différente des individus. Même sous un régime communiste, oii la répartition n'aurait d'autre règle que le besoin, l'inégalité se manifesterait «ncore entre les hommes au point de vue du rapport existant, pour chacun d'eux, entre les facultés productives et les besoins. Dans l'ordre économique, comme dans tout autre ordre de phénomènes, l'inégalité est donc une loi de nature. Bien que les effets de cette loi puissent quelquefois contrarier notre sentiment de la justice, elle est bienfaisante au fond, parce qu'elle est la condition même de l'effort et du progrès. Suivant l'ingénieuse observation de Bastiat, « l'inégalité n'est qu'un aiguillon qui nous pousse malgré nous vers l'égalité ».
Ce qui est choquant d'ailleiu's, c'est moins le fait même de l'inégalité économique que le contraste, parfois saisissant, de l'extrême opulence et du paupérisme, l'existence simultanée d'un petit nombre de grandes fortunes et de la misère générale. Une semblable situation a généralement des causes multiples et de divers ordres; parmi ces causes peut figurer l'organisation de la propriété, son régime légal, mais le principe même de la propriété ne saurait être incriminé. Ce n'est pas parce qu'il y a des propriétaires dans un pays que le fléau du paupérisme peut y sévir, mais tout au contraire parce que les institutions do ce pays ne permettent pas à un assez grand nom])re d'hommes d'y devenir propriétaires. Là oii la propriété foncière notamment est très concentrée, où la tradition et la loi contribuent à la maintenir dans les mêmes familles, à l'empêcher de se diviser, l'inégalité économique peut devenir excessive. Le plus sûr remède à cet état de choses consistera précisément dans la diffusion de la pro})riété, dans sa généralisation.
(jîM). Quant à l'hérédité, il ne saurait être (juostion d'y j)()rter atteinte sans dénaturer du même coup la propriété et sans lui