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faire perdre la plus grande partie de sa valeur.sociale. Ce qui pousse en effet les hommes à éparjïner et à travailler, c'est moins peut-être le souci d'assurer la satisfaction complète de leurs propres besoins que le désir de transmettre après eux à leurs proches le fruit de leurs efforts. Et c'est la raison pour laquelle, dans les affaires, on voit fréciuemment les pères de famille, a'près fortune faite, continuer à produire, alors que dans les mêmes conditions, les célibataires et les individus sans enfants cessent bien plus tôt de travailler. En sui)])iiinant Tliérédité, on risquerait donc de détruire le stimulant le plus énergique et le plus efficace de l'activité économique.
Il est d'ailleurs impossible, si l'on admet la légitimité de la propriété individuelle, de contester sérieusement celle de l'hérédité, qui en est la conséquence nécessaire. Le propriétaire pouvant consommer à son profit exclusif l'utilité de sa chose, peut à plus forte raison la réserver pour en faire bénéficier d'autres personnes. Ayant le droit d'en disposer de son vivant, il peut la léguer, la donner au dernier moment de sa vie : et c'est le testament. S'il ne la pas fait, le législateur peut le faire à sa place, d'après ses instructions présumées et en tenant compte des liens du sang; c'est alors la succession ah intestat. La transmission héréditaire ne se justifie donc i^as seulement par les avantages qu'elle présente pour la Société elle-même; elle se justifie encore par la nature et par les caractères essentiels du droit de propriété.
Elle se justifie en outre ijar le lien très étroit qui l'unit à la conception même de la famille. Si, par l'effet de l'hérédité physique et morale, les qualités et les tares, les aptitudes, les vertus et les vices sont, dans une certaine mesure, susceptibles de se transmettre de génération en génération, comment n'en serait-il pas ainsi du patrimoine pécuniaire, accessoire obligé de ce patrimoine physique et moral ?
Il y a d'aillem's quelque injustice dans les griefs allégués contre l'hérédité. Grâce à elle, un certain nombre d'hommes naissent riches et peuvent, dit-on, se trouver dis])ensés de tout travail. Beaucoup, parmi ces prétendus oisifs, seront sans doute appelés à rendre à la société de signalés services '. Il existe, en effet, divers ordres de fonctions fort utiles dont l'apprentissage
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est long et coûteux, et auxquelles on ne peut se préparer qu'à la condition de se trouver placé au-dessus des nécessités matérielles immédiates. Ce sera notamment parmi ces hommes auxquels rbérédité aura procuré les loisirs et les moyens de s'assurer une instruction plus complète, que se recrutera le personnel des professions libérales. D'autres pourront, grâce à l'hérédité, se consacrer aux recherches désintéressées, aux carrières artistiques. Quant à ceux qui, méconnaissant lem- devoir social, ne sauraient ou ne voudraient faire de la richesse dont ils ont hérité un usage utile et conforme à l'intérêt général, ils ne tarderaient sans doute guère à en subir eux-mêmes le châtiment. Il n'est pas exact en effet que, de nos jours, lïnégalité économique puisse indéfiniment se perpétuer en s'aggravant par le seul fiut de l'hérédité. Trop de risques divers menacent les fortunes acquise» pour qu'elles puissent se maintenir sans travail pendant un nombre quelque peu élevé de générations.
(iî)l. *^o La propriélo st'rail conlradicloire dans sou fonofionneinoiit: examen critique de ci'tte objection ^ — Le travail est, d'après les économistes, Torigine et le fondement de la propriété. Tout travail devrait donc être, pour son auteur, le principe d'une propriété légitime. Or, il n'en est pas ainsi, précisément parce que la propriété existe. l'^n certain nombre d'hommes s'étant attribué un droit exclusil sur la matière, objet de tout travail, et celle-ci étant limitée dans sa quantité, il en résulte que les mitre^ hommes se trouvent, par cela même, placés dans l'impossibilité de travailler. La contradiction, signalée par Proudhon, consiste donc en ceci (|ue la propriété, fniit dn travail, tarit sa source et engendre le privilège. C'est surtout contre la pro])rié(é foncière (jue cette objection a été dirigée. î'n grand nombre de philosophes et d'économistes, Herbert Spencer, Stuart Mill, J.-V>. Say lui-même, ont conçu des doutes sur la légitimité de la propriété appliquée au sol; Rousseau et Proudhon l'ont nettement condamnée. Cette xn'opriété a pour effet, pensent-ils, de })lacer les non-propriétaires sous la dépendance étroite des propriétaires, sans le consentement desquels les premicis ne j)ourraient ni travailler, ni même exister. A quoi tient donc cette contradiction relevée entre le principe de la propriété et son fonctionnement"? A ceci que les propriétaires
1. V Cauwès, Cours </' lù;jn<,mie i,»liliiinc. l. III. ii"« <^07 et 971 à 975.