phi'- liHiil, u
LA l'ROPRIKTÉ 277
ter que, pour assurer le contrôle effectif sur rexploitation des terres concédées, opérer la revision des taux de fermage en correspondance avec les changements survenus au cours de la période écoulée et préparer le renouvellement des concessions, il faudrait toute une organisation administrative coûteuse et compliquée. Même si on évitait les abus et les fraudes, toujours à redouter, un semblable régime seriiit loin de présenter, au point de vue de l'exploitation et du rendement, les garanties de la propriété foncière individuelle.
Quant à la solution préconisée ])ai' Henri George, et qui aboutirait à dépouiller la propriété foncière de la plupart de ses avantages pour ne plus laisser au propriétaire qu'une possession nue, la « coque de la noix », suivant Texpression dTEenri George lui-même, le moins qu'on en puisse dire, c'est que son injustice serait bien plus évidente que celle des résultats parfois reprochés à la propriété elle-même. En s'appropriant par l'impôt toute la plus-value qui ne pourrait être attribuée au travail, la collectivité profiterait des chances favorables, en laissant à la charge du propriétaire ainsi réduit les chances contraires, car il est peu à présumer que l'Etat consentirait à indemniser le propriétaire au cas 011 le revenu de celui-ci viendrait à diminuer par suite de circonstances extérieures. Comment, d'autre part, discerner avec quelque certitude la part qui, dans la valeur de la terre et dans son revenu, tient au travail des propriétaires successifs et celle qui ne peut être attribuée qu'à la conjoncture sociale, au milieu social ? Il y a là une difficulté qui paraît insoluble.
(>î)3. La propriété foncière individuelle se justifie donc, au point de vue de l'utilité sociale et au point de vue du travail, non moins facilement que toute autre propriété. Peut-on dire au surplus, comme le font quelques-uns de ses adversaires, qu'elle crée un privilège injustifiable en plaçant, les non-propriétaires sous la dépendance étroite des propriétaires ? Les faits actuels sembltMit donner à ce grief un singulier démenti. Dans certains pays on, comme en Angleterre, la propiiété foncière est très concentrée, beaucoup d'hommes trouvent dans la possession de capitaux mobiliers une garantie complète de leur indépendance. En France même, la richesse mobilière sous ses formes multi]>les représente aujourd'hui une valeur supérieure à celle de la propriété immobilière. Ce. qui place certains hommes dans un état de dépendance à l'égard des autres, et les oblige pour vivre à louer leurs services moyennant salaire, ce n'est pas, com-
278 TROI^lÈMi: PARTIE. CHAPITRE PREMIER
me on Ta prétendu, qnils ne xjo^^èdent auenne partie du sol, mais, plus simplement, qu'ils ne possèdent aucune prox^riété d'aucune sorte, ou, du moins, qu'ils ne possèdent, sous une forme quelconque, qu'une propriété insuffisante. L'inéoalité économique ne unît pas seulement de la propriété foncière, elle nait de toute propriété: nous avons vu d'ailleurs^ qu'elle constitue un fait naturel et se justifie par ses avantages sociaux.
(JH'î. i" La iMopriété serait incompatible a\ec le réjiinu' aciuel (le la proiiucCioii: exanieii «Tiliciiie. — C'est robjection marxiste. Il doit y avoir corrélation entre le mode de production €t le mode d'appropriation. La propriété individuelle pouvait être considérée comme le réoime normal d'apx)ropriation des richesses aussi longtemps que l'organisation de la i)roduction restait essentiellement individuelle, le type ordinaire, sinon exclusif de l'entreprise étant représenté jjar le producteur autonome, artisan, boutiquier, paysan. Mais l'évolution sociale, amène de plus en plus la disparition de ce type d'entreprise et lui substitue progressivement l'entreprise capitaliste, groupant en grandes masses les salariés, sous la forme notamment des puissantes sociétés de capitaux. Le mode de production étant devenu collectif, le mode d'appropriation ne saurait indéfiniment rester individuel. IJéjà, grâce à la fiction de la personnalité morale, le patrimoine des grandes entreprises échappe aux individus, aux actionnaires, pour appartenir à l'être collectif, à la société. La tendance aux progrès de l'appropriation collective s'accentue avec les x)rogrès de la concentration, la propriété des entreprises collectives elles-mêmes passant de plus en plus dans les mains des trusts constitués par leur groupements Le jour viendra, peut-être assez vite, oii l'Etat, la collectivité organisée, se substituera aux trusts, à la fois dans la direction de la })roduction et dans la propriété des capitaux. L'accord se trouvera ainsi rétabli entre le mode de x)roducti(»ii et le mode daitjjropriation les richesses.
(;î>r». On peut observer, en réponse à cette objection, (luentre la ])i'opriété actuelle des en1re])rises collectives ou des trust s et la propriété éventuelle de la collectivité sociale, de l'Etat, relativement aux cai)itaux. la difféiiMice ne tient }»as seulement au