‹ Cours d'économie politiqueChapitre 165 sur 280 · V. plus haut, n»« .S 17 et suiv · texte numérisé non relu

V. plus haut, n»« .S 17 et suiv

2. V. Gide, Cours d' Economie poilique, 4* édition, t. I, pp. 238 et suiv.

ductiou se heurte à une série d'obstacles susceptibles d"entraver son développement.

C'est en premier lieu la difficulté de constituer le capital initial de l'entreprise. Les ouvriers ne pourront, la plupart du temps, fournir eux-mêmes ce capital et, s'ils le pouvaient, ils ne s'y résoudraient peut-être pas volontiers, à raison des risques de perte inhérents à toute production. L'association devra donc recourir à l'emprunt. Mais elle ne trouvera pas facilement des prêteurs parmi les capitalistes ordinaires à raison du peu de garantie qu'elle leur offre et si quelques-uns, alléchés par les chances de succès, consentent à se risquer, ils exigeront sans doute pour leiu's avances un taux d'intérêt élevé. Aussi, les entreprises coopératives, en dehors des cas où elles procèdent de la copartnership, ne peuvent-elles le plus souvent se fonder que si elles obtiennent le concours financier de certaines institutions spéciales, banques coopératives, sociétés coopératives de consommation, ou les subventions des pouvoirs publics.

Une fois créées, les associations ouvrières ne peuvent se maintenir et prospérer que par la prudence et l'habileté de leur direction. Il faut donc que les ouvriers sachent choisir de bons gérants, les attacher à l'entreprise par des avantages matériels suffisants, les armer de l'autorité nécessaire et se soumettre docilement à cette autorité. Pour réussir, la coopération de production suppose, en un mot, chez ceux qui la pratiquent, un ensemble de qualités rares, d'intelligence, de discipline et de raison.

Elle suppose également chez eux des quahtés de patience et de persévérance, car les premiers résultats sont ordinairement des plus modestes, étant donné surtout que les coopérateurs ont dû prélever et imputer sur les frais généraux, au cours de la production, le salaire indispensable à leur existence.' Ce qui reste après ce prélèvement est ordinairement peu de chose et, une fois partagé, ne laisse à chacun des membres de l'association qu'un chiffre très minime. On a même pu dire, en se fondant sur cette ol)servation, ([ue la princii)<de vertu de la coopération appli(juéc à la production était de l'aire l'éducation économique des ouvriers et de les désabuser de leurs illusions relatives au profil.

Au cas mêiiK^ où l'eut r(q)rise prospère, il ari'ive enfin, et c'est le phis grave écueil de la coopération ouvrière, que cette entreprise tend plus ou moins rapidement à perdre le carac-

tère coopératif et à devenir une société de capitaux ordinaire. Les premiers coopérateurs sont peu disposés, et cela s'explique aisément, à admettre de nouveaux associés qui viendraient prendre une i)art des bénéfices sans avoir, i^endant la période difficile des débuts, couru les risques de perte. Aussi, lorsque le développement des affaires exige l'augmentation du capital initial, sont-ils généralement portés à se réserver à eux-mêmes cette nouvelle mise de fonds, en ne rémunérant que par un salaire le travail d'exécution dont l'entreprise pourrait avoir besoin. C'est ce qui s'est produit en France pour quelques-unes des plus anciennes associations ouvrières qui survivent et c'est pour essayer d'enrayer cette pratique que la loi du 18 décembre 1915 rend obligatoire la participation aux bénéfices en faveur des auxiliaires non associés, dans les sociétés coopératives du moins qui veulent obtenir les faveurs pécuniaires de l'Etat. La même tendance égoïste anime, en Angleterre.les associations coopératives de consommation à l'égard des ateliers coopératifs qu'elles ont fondés. Si regrettable qu'elle puisse paraître, cette tendance est un puissant obstacle aux progrès de la coopération de production, car elle a sa source dans le mobile essentiel de l'activité économique, nous voulons dire dans le sentiment de l'intérêt personnel.

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