‹ Cours d'économie politiqueChapitre 173 sur 280 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

telligence. En générale, nn taux pins élevé de salaire est la rémunération d'avantages plus grands assurés à la société, ou la compensation d'inconvénients plus sérieux subi.s par le travailleur.

L'inégalité n'existe pas seulement dans le taux de rémunération des diverses natures de travaux. Elle se manifeste égalelement, de pays à pays, et même de région à région pour des travaux de nature identique. Ainsi, d'après une statistique anglaise dressée en 1905 par le Département du Travail, en représentant par le nombre 100 le taux de salaire en Angleterre, pour trois industries importantes (bâtiment, constructions mécaniques, typographie), le salaire serait, pour ces industries, en France de 64, en Belgique de 53, en Allemagne de 75.

729. Des variations du taux des salaires. — Le taux du salaire ne diffère pas seulement d'un travail à un autre, il est en outre, pour la même nature de travail, susceptible de varier suivant les époques. L'examen des faits dénote une tendance très accentuée dans le sens de la liausse des salaires depuis le début du xix^ siècle.

Ainsi, d'après une statistique publiée en 1911 par le Ministère du Travail, si on prend pour base de comparaison Tannée 1900 et si on désigne par le nombre 100 le taux moyen du salaire en France au cours de cette année, ce taux devrait, de 180G à 1910^ être représenté par les chiffres suivants :

On devrait, scmble-t-il, })ouvoirc()nchir(Mle ces diiffros qu'une améhoration notable s'est produite depuis un siècle dans la situation matérielle dos classes ouvrières en France, puisque le taux de leur sahiire a exactement doulih' au cours des cinquante

dernières années, et a presque triplé depuis 100 ans, passant de 40, en 180(), à 55, en 1855 et 110 en 1910 K

730. On a cependant contesté parfois le bien fondé de cette conclusion. Seul, a-t-on dit, le salaire nominal a haussé, non le salaire réel. La hausse du salaire révélée par la statistique est purement apparente et illusoire. Elle est corrélative à l'élévation du coût (le la vie: le prix du travail, comme celui de toutes les marchandises, s'est élevé par suite de la l>aisse de valeur de la monnaie. Qu'importe à l'ouvrier que le taux de son salaire ait doublé depuis un demi- siècle, si avec ce salaire nouveau il ne peut obtenir plus de bien-être qu'auparavant ?

Cette objection contient certainement une part de vérité. Nous avons vu que l'instrument monétaire a, au cours du xix^ siècle, perdu une partie de sa valeur à raison de diverses causes* notamment par suite de sa plus grande abondance. Il en est résulté à diverses époques une hausse générale des prix 2. La hausse du salaire révélée par la statistique peut donc, dans une certaine mesure, être purement nominale.

Eeste à savoir quelle est cette mesure et si, pour partie tout au moins, la hausse du salaire nominal n'a pas été, en même' temps, une hausse du salaire réel. Sur ce point encore, la statistique dressée en 1911 par le Ministère du Travail peut nous^ renseigner. En prenant, comme.pour le salaire, l'année 1900 comme base de comparaison et en désignant par le nombre 100 le coût de la vie au cours de cette année, c'est-à-dire l'ensemble des dépenses d'une famille ouvrière (nourriture, chauffage, éclairage, logement) ^ on est amené à exprimer le coût de la vie, de 1810 à 1910, par les chiffres suivants :

1. V. sur les mouvements des salaires spécialement, dans ragriculliire ef dans l'industrie minière : Souchon, La crise delà main-d' œuvre, agricole en France, 1914, et ï^iniiand. Le salaire des ouvriers des mines en Fronce. 1904.

3. On a du. poin- effectuer les calods, supposer que le genre de vie n'a pas cluingô. c'est-à-dire que la consommation familiale est restée la même en quantité et qualité.

Ainsi, le coût de la vie s'est élevé, depuis le début du xix^ siècle, d'abord assez lentement, puis très vite, jusqu'en 1880. Il a ensuite baissé jusque vers 1900 1. Depuis cette époque il manifeste une tendance à s'élever de nouveau, et cette tendance s'est particulièrement accentuée au cours des dernières années précédant 1910.

731. Si maintenant on rapproche de cette dernière statistique relative aux changements survenus dans le coût de la vie celle, indiquée précédemment, qui a trait aux mouvements du taux moyen de salaire, on est amené facilement aux constatations suivantes : tandis que, de 1855 à 1910, le salaire moyen passait de 55 à 110, c'est-à-dire doul)lait exactement, soit une hausse de 100 %, la hausse du coût de la vie est, de 1850 à 1910, contenue entre 85,5 et 104, soit 25 % environ. Si, d'autre part, on rax)proche les chiffres à un siècle de distance, de 1810 à 1910, alors que le taux du salaire s'élève de 41 à 110, soit dans les proportions de 1 à 3 environ, le coût de la vie passe de 74 à 104, soit une hausse de 40 % seulement. D'où il résulte clairement, semble-t-il, que la hausse du salaire nominal a, pour une large mesure, correspondu à une hausse du salaire réeP .

731 his. La hausse du taux nominal des salaires a été considérable, de 1914 à 1920. Elle était concomitante de la hausse générale des prix et doit être attribuée, comme celle-ci, principalement à la dépréciation de la monnaie. D'autres causes ceijendant y ont contribué, notamment la raréfaction de la main-d'œuvre pendant la guerre et la répercussion, sur les condition de la production privée, des taux majorés de salaire consentis par l'Etat dans ses usines de guerre et dans les entreprises par lui réquisitionnées pour les besoins de la défense nationale. Il y a eu d'ailleurs action et réaction de ces divers facteurs, la hausse des salaires ayant entraîné très vite le développement de la consommation, d'oii hausse des prix des marchandises, et ce dernier phénomène ayant provoqué à son tour une nouvelle hausse des taux de salaires. Celle-ci a d'ailleurs été très inégale suivant les natures de travaux. Si. jtour les travailleurs manuels, dans certaines branches de l'iiulustrie manufacturière, les taux d'avant-guerreontété triplés et même (luadiuplés. lainélioration

l. V. sur CPtlo (|iiost,ion, Aflalion, I.o salaire n'-ol ol sa nonvrllo orionlatiiin dans la lieiuic il'rronntnir poliliqnr, 191'2.

LA HÉI'ABTITION DES REVENUS 32l

du salaire a été beaucoup moins sensible et beaucoup moins rapide pour les travailleurs intellectuels, aussi bien dans les services publics que dans les services privés. A ce point de vue, les conséquences de la guerre auront opéré, parmi les multiijles catégories de salariés, un véritable déclassement. Il semble d'ailleurs que, dans l'ensemble de la production industrielle, la hausse du taux nominal des salaires ait, depuis 1921, cessé de s'accentuer, et même qu'un mouvement très net commence à se dessiner en sens inverse. Il faudrait l'attribuer sans doute à la crise économique actuelle, et aussi au rétablissement des conditions normales de la concurrence entre les entreprises privées, conditions faussées, pendant la guerre, par le fonctionnement des multiples exploitations dont lEtat avait dû, exceptionnellement assumer la charge.

731 ter. La hausse du salaire nominal depuis 191 4 a-t-elle été, dans une certaine mesui-e. accompagnée dune hausse du salaire réeH En d"autrep termes, Taméhoration apparente de la condition des salariés a t-elle été, ou non, complètement neutralisée par l'effet de la hausse générale des prix ? La question est très débattue; il est actuellement difficile d'y répondre. Le fait , que, pendant la guerre, le pouvoir de consommation de la classe ouvrière paraissait, en France, s'être sensiblement accru, ne doit pas, en effet, être considéré comme absolument probant dans le sens d'une augmentation du salaire réel. Ce phénomène tenait en grande partie à des causes artificielles, telles que les allocations largement attribuées par lEtat aux familles des mobilisés, le moratorium des loyers, remj)loi 1res général de la nuiin d'œuvre féminine. 11 en résultait pour la l'aniille ouvrière, en même temps que la diminution de certaines dépenses affectées à des besoins essentiels comme le logement, une facilité plus grande de développer ses consommations alimentaires et même la possibiUté de se livrer à des dépenses de luxe. Mais Taclion de ces causes, qui pouvait faire illusion, a aujourd'hui pris lin, et si, dans l'ensemble, on compare la hausse des taux de salaire nominal et la hausse des prix de toutes choses depuis 1911, il semble bien que la seconde ait été plus forte que la première.Endauti'es termes, au cours de cette période, il y aurait eu plutôt diminution qu'augmentation du salaire réel. Il a pu toutefois en être autrement pour quelques catégories de travailleurs manuels ayant, à raison de circonstances spéciales, bénéficié dun relèvement particulièrement fort du taux de leur salaire nominal.

l'KltUKAt, T. II, 2« td. 21

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