SECTION II
LES DOCTRINES RELVTIVES AU SALVIRE
732. Théorie du « salaire naturel »; examen critique. — Dans une première théorie, connue sous le nom de théorie du salaire naturel, on soutient que, par Teffet des lois économiques régissant les prixi, le salaire courant, tel qu"il résulte de la concurrence sur le marché du travail, est sans cesse ramené à un taux normal. régulatem% qui constitue le « salaire naturel ». Ce taux régulatem' serait déterminé, comme le prix normal de toute autre marchandise, par le coût de production, c'est-à-dire, puisqu'il s'agit du travail, par l'ensemble des frais nécessaires pour assurer la subsistance du travailleur. C'était déjà lopinioii des Physiocrates et de Turgot. Les économistes de l'école classique, avec Eicardo, ont un peu élargi la notion du salaire naturel en y faisant rentrer l'amortissement du capital humain, c'est-àdire les frais nécessaires à l'existence de la famille ouvrière. '( Le prix naturel du travail, a écrit Eicardo-. est celui qui fournit aux ouvriers, en général, les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution >k Après les économistes de l'école libérale, les écrivains collectivistes ont accepté cette notion du salaire natm-el, qui leur fournissait une arme redoutable contre l'organisation sociale actuelle et, en particulier, contre l'institution du salariat. Puisque, par la force même des choses et quoi qu'il puisse faire, le travailleur ne saurait prétendre recevoir comme salaire au-delà de ce qui lui est strictement nécessaire i)our vivre et élever sa famille, il est tout à fait inutile qu'il cherche à développer et à améliorer sa ])ro(litc1ion; il n'en tirerait personuellemeut aucun avantage. Pourquoi, d'autre part, se préoccuperait -il d'épargner, de ré- - duire le chiffre de sa consommation iJersonnelle et familiale? Il n'aboutirait ainsi (ju'à réduire le taux même de son salaire, celui-ci se réglant, en toute circ(»nstance, sur le cont de vie de la famille ouvrière. Ainsi le veut une loi économiciuc incliutablij