‹ Cours d'économie politiqueChapitre 180 sur 280 · V. plus liaul. Il"» (3SI et siiiv · texte numérisé non relu

V. plus liaul. Il"» (3SI et siiiv

sa productivité, l'utilité qui peut en naître. S'il consent à mettre ces avantages à la disposition d'autrui, il est naturel et parfaitement légitime qu'il ne le fasse pas gratuitement, et qu'il exige de l'emprunteur, du locataire ou fermier, une rémunération représentant, au moins en partie, la richesse ou l'utilité qui, sans l'emploi de son capital, n'aurait pas existé.

743. Proudhon qui, malgré ses critiques véhémentes à l'adresse du socialisme, voyait dans le seul travail la source de tout revenu légitime, a été amené par cette idée à concevoir une orgaiiisationt tendant à supprimer l'intérêt du capital et à instituer le crédit gratuit. C'est le système dit du « Mutuellisme », ou de la « Banque d'échange » ^

Il a pour point de départ cette observation que, de toutes les catégories de capitaux, la plus importante est le capital monétaire. La monnaie, capital-valeur, permet en effet, à raison de son rôle d'instrument des échanges, d'acquérir toute autre nature de capital. Si donc il était possible de mettre le capital monétaire, l'argent, gratuitement à la disposition des producteurs, comme ceux-ci pourraient aisément, grâce à lui, se procurer tous les autres capitaux, on aurait réussi à supprimer l'intérêt du capital en général. Personne ne songerait plus à payer un loyer ou un fermage pour acquérir l'usage d'une terre quand on pourrait gratuitement se procurer l'argent nécessaire pour en acquérir la propriété. Mais, comment réaliser cet idéal ? Proudhon observe que^ dans les affaires, l'intérêt de l'argent se présente principalement sous la forme de l'escompte pratiqué par les banques -. Pour pouvoir continuer leurs opérations productives, les industriels et les commerçants sont obhgés d'avoir recours aux établissements de crédit, en subissant une retenue sur le montant des avances que ceux-ci leur consentent. Ne serait-il pas possible de supprimer cette retienne f On peut le penser, en se fondant sur l'exemple des banques d'émission. Si celles-ci, bien que réalisant leurs opérations avec des billets qui coûtent i)eu à produire, prélèvent néanmoins un taux d'escompte assez élevé, c'est qu'elles ont des actionnaires et qu'elles doivent rémunérer un capital important en monnaie métallique. Mais il n'en serait plus ainsi en supposant

1. V. Oidn t'I Hisl, Ifistoire des dnclrines économiques, 1909, pp. 351 et >uiv.

•2. V. l. I, II" lOS-

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qu'une grande l)an(iiie, ayant pour clientèle la masse des producteurs de tout ordre, se londàt sans capital, ou avec un capital insignifiant. Cette ban(iue énu'ttrait des « bons de circulation » qui, à la diltérence des l)illets de banque ordinaires, ne seraient pas convertibles en monnaie métallique. Tous les clients de la banque devraient consentir à recevoir en paiement ces bons de circulation. Lorsqu'un industriel ou un conmiercant voudrait se procurer des matières premières ou des marchandises, il n'aurait qu'à présenter à la « Banque d'échange » des effets de commerce dont la valeur représenterait des produits déjà vendus. En échange de ces effets, là l)anque lui remettrait gratuitement, et sans lui faire subir aucune retenue descompte, des bons de circulation avec lesquels il pourrait payer ses propres vendeurs. De même, l'individu qui voudrait fonder une entreprise n'aurait qu'à justifier de commandes à lui adressées pour obtenir de la Banque l3S bons de circulation permettant racquisition des capitaux nécessaires, installations, machines, nuu'chandises. Ces bons rendraient en somme, entre tous les clients de la banque, les mêmes services que la monnaie actuellement; et comme la banque, n'étant pas obligée de convertir ses billets en monnaie métallique ne ferait pas payer ses bons offices, on aurait réaUsé le crédit gratuit. La conséquence immédiate serait Tattribution au travail d'un taux de rémunération équitable, exactement mesuré par la valeur produite, en dehors de tout prélèvement effectué sur cette valeur pour constituer l'intérêt du capital. Et ce crédit gratuit sei'ait en même temps une sorte de crédit mutuel, car chacun des clients de la banque, en recevant les l)ons émis par celle ci, ferait crédit aux autres pour les marchandises livrées en échange. l>"oii le nom de " Mut uellisnu> », parfois donné au système de l'roudhon.

1\'\. La thèse est intéressante. Elle paraît présenter ceci d'exact que, pai' leur accord en vue de se procurer mutuellement du crédit, les producteurs peuvent efficacement résister aux prétentions excessiv(>s des banques et modérer le taux de rémunération exigé par le capital, (""est le ])iincipe sur lequel re])osc la coopération appliqut'e au cicMlit '. Le côté utopi(|ue de la théorie de Proudhon tient, à l'analogie qu'elle i)rétend lelever entre les opérations éventuelles de la Fîanque déchange et le fonctionnement actuel des banques d'émission'-. Dans l'un

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