L. I, H"' 17'.i «L biiiv
iiisme, la question de l'apprentissage parait se poser d'une manière dilïérente. Dans la grande industrie, le rôle de l'ouvrier est princix)alement de dii-iger la machine, à laquelle est conliée 1 exécution du travail matériel. L'importance du tour de main, de riiabileté technique que lapprenti d'autrefois mettait plusieurs années à acquérir, aurait donc sensiblement diminué. D'autre part, le maître de la corporation, auprès duquel vivait l'apprenti, pouvait eûectivement lui enseigner le métier, non seulement parce qu'il travaillait lui-même comme l'apprenti, mais parce qu'ayant été formé suivant les mêmes principes, il possédait les connaissances professionnelles et l'habileté technique. Il n'en serait plus de même aujourd'hui où, dans les grandes entreprises, le rôle de l'employeur est presque exclusivement un rôle de directeur commercial, chargé de calculer les prix de revient et les prix de vente et d'assmer le développement des débouchés. Il faudrait donc confier aux ouvriers salariés le soin de former les apprentis. Mais ils ne s'y prêteraient peut-être pas volontiers, étant, dans bien des professions, peu favorables au développement de l'apprentissage dans lequel leurs syndicats voient une cause de concurrence excessive. Enfin, les emplois de la grande industrie permettant, par leur diversité, d'occuper les enfants eux-mêmes, les parents des jeunes ouvriers ont trouvé trop souvent un avantage immédiat à remplacer l'apprentissage par un travail salarié à l'usine. Toutes ces causes ont eu pour etfet d'entraîner la décadence, la « crise » de l'apprentissage.
JJOî). On s'aperçoit aujourd'hui des inconvénients qui en résultent. Non seidement l'apprentissage est, en effet, une nécessité dans les métiers de la petite industrie, où les qualités personnelles et l'habileté technique de l'ouvrier ont une importance primordiale, mais on doit reconnaître que, dans la grande industrie même, la conduite des machines ne dispense pas d'une éducation professionnelle préalable. Aussi, dans presque tous les Etats, s'eff'orce-t-on de réagir contre la crise de l'apprentissage. Deux moyens sont eml)Loyés dans ce but : ressusciter l'apprentissage à l'atelier, lorsque la chose est possible; le remplacer, lorsqu'il y a impossibilité, par une éducation professionnelle, par un enseignement technique donné hors de l'ateUer, dans des écoles spéciales K
l. V. Dubief, L\ippreiilissaye el l'enst'iyiiemenl lechnit^ue, 1910; de Laver-
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Bq France, le développement de l'enseignement technique est dû à des causes diverses. Parfois, ce sont les industriels euxmêmes qui ont annexé à leurs usines des écoles professionnelles. D'autres fois, ces écoles sont dues à l'initiative des syndicats patronaux et ouvriers, des chambres de commerce, des municipalités. L'Etat lui-même s'est préoccupé d'organiser à tous les degrés l'enseignement technique, en créant dans ce but de nombreux établissements correspondant aux divers ordi-es de production : Conservatoire des arts et métiers, institut agronomique, écoles d'agriculture, de commerce et d'industrie, d'arts et métiers, écoles nationales professionnelles pour la préparation à la pratique de certaines professions. Mais il semble que, malgré leurs mérites, toutes ces institutions ne suppléent qu'imparfaitement à la disparition de l'apprentissage dans l'atelier. Les écoles professionnelles, a-t-on dit, forment les officiers et les sous-officiers de l'industrie; elles n'en forment pas les soldats, parce qu'elles ne sauraient donner la pratique du métier. De plus, l'instruction technique, malgré les multiples efl'orts qu'elle a déjà suscités, n'est pas assez répandue. Aussi, une loi du 25 juillet 1919 est-elle intervenue pour développer cette nature d'enseignement. Elle déclare obligatoii'e l'institution de cours professionnels dans les communes qui seront désignées par le gouvernement. Ces cours devront être fréquentés par les jeunes ouvriers ou employés, âgés de inoins de 18 ans. Le temps qui leur sera consacré, et qui ne sera pas infériem' à quatre heures par semaine ou cent hêm'es par an, sera pris sur la durée de la journée de travail quand celle-ci excédera huit heures par jour ou quarante-huit heures par semaine. Les employeui's seront tenus de faire connaître les noms des jeunes ouvriers et ouvrières qu'ils occupent, et seront responsables pénalemeut, comme leurs parents et tutem's, de leur assiduité aux cours professionnels. Ceux-ci pourront être, après examen subi devant un jury spécial, sanctionnés par la délivrance d'un diplôme.
Une semblable organisation fonctionne en Allemagne, depuis longtemps déjà, et y donne des résultats qui ont désarmé les protestations initiales des employeurs. L'enseignement professionnel obligatoire, au lieu de suppléer seulement à l'ab-
gue eL Paul Henry, Apprentissage et enseignement industriel en Franci^ dans la lUviie économique inlenialioiiale, 1909.
LKS RAPPORTS CONTRACTl'EI.S nl^ TRAVAIL ET HT' CAPITAL 405
sence de l'apprentissage, en est devenu le complément utile. Il absorbe chaque semaine 8 ou 9 heures prises sur le travail du jeune ouvrier, jusqu'à 18 ans ^. L'obligation de l'éducation professionnelle est également consacrée en Autriche-Hongrie, en N"orvège et au Danemark. A l'inverse, les législations de l'Angleterre, de la Belgique, de lltalie et de la Eussie ont posé le principe de la liberté de l'apprentissage. Dans le premier de ces pays, l'action des associations ouvrières, des trade-unions 2, a rendu inutile l'intervention du législateur.
810. Comment se forme le contrat de trav ail ; la qne-slion du placement^. — Pour que le contrat de travail puisse se, former, il faut que l'offre et la demande de travail se rencontrent. Ce résultat est facilité grâce à l'existence d'institutions destinées à faire connaître aux travailleurs les emplois vacants, et aux employeurs la main d'œuvre disponible. Le placement du travail peut se présenter sous un double aspect : le placement direct d'une part, le placement par intermédiaires, de l'autre.
811. Le placement direct implique généralement que le travailleur se présente au domicile de l'employeur pour demander du travail. On le rencontre déjà sous cette forme à l'époque des corporations de métiers. Le maître, chez qui se présentait le ct)mpagnon, devait, s'il ne pouvait l'occuper lui-même, l'aider de son mieux à trouver du travail. De très bonne heure le placement direct apparaît encore sous une seconde forme, l'embauchage sur les «places de grève ». On désignait ainsi certains emplacements oîi, dans les grandes villes, les compagnons sans travail se réunissaient, et oii les maîtres pouvaient venir les embaucher. Dès le moyen-âge, c'était le mode de placement ordinaire pour les travaux du bâtiment.
Ces deux formes du placement direct subsistent encore de nos jours, et elles ont même conservé pour l'ensemble des travaux industriels une importance prépondérante. L'embauchage à l'atelier, à 1" usine, au chantier, est le plus généralement pratiqué dans la grande industrie, et même dans certaines branches
1. \'. Mil r;i|i|iiirl «le M. (.ciiiiri's Bknidcl hii eioiiirrès national pour la iléftMisc cl le (It'M'IoiiptMncnl du commorcc oxiériour. 1912; V. égak-menl !<• Bullelin de V Office du travail, juin 1913.