‹ Cours d'économie politiqueChapitre 217 sur 280 · V. plus loin. n · texte numérisé non relu

V. plus loin. n

3. V. les enquêtes publiées par V Office du travail en lf<93 et 19ul ; \ . également, dans les publications de la Conférence internationale du chômage, II" rapport de M. Oriippi sur la iiucï-tion du placcniinl. eu l-ramc, I9ln,

de la petite, celles de l'ameublement et du vêtement notamment. Quant aux places de grève, elles sont encore, dans les grandes villles, fréquentées par les entrepreneurs et les ouvriers du bâtiment. Jusqu'à une époque récente, ce mode d'embauchage avait même, dans certaines régions, conservé quelque importance pour les travaux de l'agriculture, sous la forme des « foires de louée », où, à différentes dates de l'année, les propriétaires ruraux venaient chercher la main-d'œuvre dont ils avaient besoin.

812. Le placement par intermédiaires a, suivant les époques, revêtu des formes très diverses. Sous l'ancien régime, il fut d'abord réalisé grâce aux associations ouvrières, ou «compagnonnages «. De très bonne heure l'usage s'était établi parmi les ouvriers de voyager de ville en ville, afin de se perfectionner dans le métier: c'était la pratique du « tour de France », qui s "est conservée, pour certaines professions, jusqu'à la seconde moitié du xix^ siècle. Lorsqu'un compagnon arrivait dans une ville, il trouvait aide et assistance auprès des compagnons qui appartenaient à la même association que lui, au même « devoir ». On lui trouvait du travail; au besoin, le plus ancien compagnon quittait la ville pour faire place au nouveau venu afin que celuici pût, à son tour, s'instruire des méthodes professionnelles i)ratiquées dans ce lieu. A raison même des services qu'ils rendaient à leurs membres, les compagnonnages avaient très vite acquis une réelle puissance. Parfois, ils tenaient en échec les corporations elles-mêmes, ne se gênant pas pour mettre à l'index les maîtres dont certains compagnons avaient eu à se plaindre, ou interdisant à leurs membres le séjour de telle ou telle ville, dont les usages professionnels n'étaient pas jugés satisfaisants. Pour mettre un terme à leurs agissements, les maîtres songèrent à organiser eux-mêmes le placement du travail, sous la forme d'un monopole exercé par un de leurs agents, le « clerc » de la corporation. Ils obtinrent, en faveur d(^ ce monopole, l'appui des autorités locales et le firent prévaloir jusqu'à hi fin de l'ancien régime. Ils n'avaient pu empêcher cependant, au commencement du xvii« siècle, la fondation par Théopliraste Eenaudot, médecin du roi, de « bureaux d'adresses ))« pouilacommodité des compagnons et ouvriers de totes sortes qui désirent entrer en boutiques, et des maîttes et bourgeois qui on ont affaire ». En fait, ces bureaux d'adresses ne pratiquèrent le placement que pour les services domestiques et pour les professions qui échappaient à l'organisation corporative.

LES RAPPORTS CONTRACTr i:LS PC TR W Ail, FT DT CAI'I'I \l. 1<l7

813. Au cours du xix^ siècle, les institutions de placement se multiplièrent. A la place des anciens clercs des corpoi'alions avaient été institués, dès le début du premier Empire, des bureaux de placement payants. A côté d'eux, les compagnonnages, qui avaient survécu aux corporations, et certaines associations ouvrières spécialement constituées dans ce but prati(iuaient le placement gratuit. A l'exemple d'une institution fonctionnant à Strasbourg, les pouvoirs publics avaient, en 1848, essayé de créer des bureaux de placement municipaux. Seuls, en réalité, les bureaux de placement payants étaient prospères, ))ien qu'ils eussent provoqué l'hostilité très prononcée de l'opinion. Les ouvriers alléguaient contre eux de multiples griefs, notamment la cherté de leurs tarifs et certaines pratiques peu loyales, telles que l'habitude de traiter leurs clients de manière inégale, en plaçant de préférence ceux qui payaient le plus, et même de provoquer parfois le renvoi des ouvriers occui)és, en offrant i)ar avance leurs successeurs possibles. A la suite d'une enquête officielle, un décret du 25 mars 1852 vint restreindre la liberté des bureaux de placement payants. Ils étaient astreints désornuiis, I)Our leur existence, à la nécessitéd'une autorisation administrative qui pouvait, ultérieurement, être retirée; une surveillance était organisée, d'autre part, sur leur fonctionnement et sur leurs tarifs.

Ce régime se maintint sans grandes difficultés jusque vers 1884, mais à cette époque deux lois successives, en conférant, lune aux municipalités, l'autre aux syndicats professionnels^ le droit de fonder des institutions de placement, vinrent ressusciter la lutte contre les bureaux autorisés. On leur imputait à nouveau tous les abus qui, en 1852, avaient motivé leur réglementation. A ces griefs s'ajoutait l'hostilité jalouse des institutions syndicales de placement et des Bourses du travail. Ces derniers établissements, dont un économiste libéral, M. de Molinari, avait le premier conçu l'idée, n'avaient pas tardé à dévier complètement du but que paraissait devoir leur assigner leur nom, et étaient devenus beaucoup moins des intermédiaires de placenuMit que les forteresses où les sytulicats ouvriei-s ])réparaient les grèves. Aussi les employeurs se gardaient bien de recourir à leurs services, pas plus d'ailleurs qu'à ceux des bureaux syndicaux ouvriers, auxquels ils reprochaient d'être mal installés et de

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