‹ Cours d'économie politiqueChapitre 218 sur 280 · plus loin, n · texte numérisé non relu

plus loin, n

ne pas leur laisser iiiie liberté de choix suffisante, à raison de la règle, ordinairement suivie, du placement par rang d'inscription. La prospérité des bureaux payants apparaissait ainsi comme un échec au développement de la puissance syndicaliste, et ce n'était pas la moindre cause de l'hostilité des salariés à leur égard. Il en résulta un mouvement d'opinion qui aboutit à la loi du 14 mars 1904.

Cette loi maintient l'existence des bureaux autorisés et les laisse soumis, comme par le passé, à la surveillance administrative. De nouvelles autorisations d'ouverture pourront même être accordées dans l'avenir. Mais les frais du placement ne pourront plus, désormais, retomber sur les employés; la rétribution due au tenancier du l^ureau du ]ilacement devra toujours être payée exclusivement par l'employeur. De plus, les bureaux de placement autorisés pourront, dans chaque commune, être supprimés à la suite d'un vote du Conseil municipal, à charge d'une juste indemnité de rachat à payer au tenancier, du moins pour les bureaux dont l'existence sera antérieure à 1904. Enfin, la loi se propose de faciliter le développement des diverses institutions de placement gratuit. Elle dispense de l'autorisation les bureaux fondés par les syndicats, les sociétés de secours mutuels et toutes autres associations légalement constituées. Elle interdit, sous des sanctions pénales, aux hôteliers, logeurs ou débitants de boisson de joindre à leur commerce un bureau de placement, les enquêtes officielles ayant révélé, à rencontre de cet état de choses, de fréquents abus. Quant aux municipalités, dans les communes comptant plus de 10.000 habitants, elles devront créer un bureau de placement gratuit; dans les autres communes, un registre contenant les offres et demandes de travail devra être tenu à la disposition du i)ublic.

814. Quels ont été les résultats de cette législation nouvelle? Fort peu importants, si on s'en rapporte iiux statistiques du Ministère du travail. Sur ]^lus de 1.400 bureaux de placement payants, une soixantaine s(»ul(Mn(?nt, en 1910, avaient été rachetés et supprimés par les conseils municipaux. Sur 260 villes comptant plus de 10.000 habitants, 127 S(Uilenient avaient organisé des bureaux municipaux gratuits. Quant aux institutions de placement gratuit émanant de linitiative privée, bureaux syndicaux, bourses du travail, compagnonnages, sociétés de secours mutuels, associations diverses, leurs opérations restaient stationnaires, sauf pour les bureaux créés par les syndicats pa-

F, F* RAPPORTS CONTR Ar.TKEI.S Df TRAVAIL ET DP CAPITAL <1<^l9

tronaiix, qui étaient en progi'ès sensibles. Il semble que ce soit à cette dernière catégorie d'institutions, contrairement aux prévisions des inspirateurs de la loi, quait profité surtout la suppression d'un certain nombre de bureaux payant». Les seules professions pour lesquelles le placement gratuit ait quelque importance sont les métiers de l'alimentation et de la coiffure, et les services domestiques. Bien loin de diminuer, le nombre des bureaux payants va d'ailleurs en augmentant cha- (|ue année ', leur activité restant principalement cantonnée dans le placement des domestiques, notamment des domestiques femmes.

815, Contrairement aux indications que nous venons de relever pour la France, on constate à létrangei- une tendance marquée à la prédominance du placement gratuit. En Angleterre, jusqu'à ces dernières années, il s'opérait surtout par l'intermédiaire des Trade-Unions. TTne loi récente vient de faire du placement du travail l'objet d'un véritable service public. Le territoire anglais est divisé en régions, pour chacune desquelles fonctionne, dans une grande ville, un « Clearing-house central » ayant pour mission de coordonner les renseignements i-elatif s au travail dans la région. Chacun de ces grands établissements dirige Taction de Bourses du travail appelées à recevoir les o.'fres et demandes d'emploi.

Eu Allemagne et dans un certain nombre d'autres pays, notamment en Autriche, Belgique, Suisse et dans les Etats Scandinaves, fonctionne un autre système de placement gratuit, celui des « bureaux paritaires », dirigés par une Commission mixte, composée d'un égal nombre d'employeurs et de travailleurs, sous la présidence d'une personne désintéressée. Les bureaux paritaires allemands, fondés sous l'auspice des municipalités et subventionnés par elles, ont obtenu de très remarquables résultats. Non seulement le nombre des placements effectués par leurs soins est considérable (1 million environ), mais leur clientèle se recrute, en dehors des services domestiques, parmi les travailleurs des industries les plus diverses, et même de l'agriculture.

On a songé, eu France, à s'inspircude cetexemple pour développer le placement municipal, et la loi de finances de 1911 a posé le principe d'une subvention de l'Etat à répartir entre les municipalités qui créeraient des bureaux paritaires. Des offices de-

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