QUATRIÈME PARTIE
sol pour former l'épi, ou au corps humain pour entretenir et renouveler ses forces; elle s"est transformée, mais pas un atome n'en est perdu.
La consommation semble impliquer, il est vrai, la destruction de la richesse en tant qu'utilité, sinon en tant que matière. Le pain consommé dans l'acte d'alimentation a cessé d'être utile, comme le blé qui a fait Tobjet des semailles. Mais il convient d'observer que la destruction de liitilité elle-même peut n'être pas immédiate et ne pas résulter d'un seul acte de consommation. Nombreuses sont les richesses qui, pendant un temps plus ou moins prolongé, peuvent faire l'objet d'actes répétés de consommation, meubles, vêtements, objets d'art, et dont l'utilité, si elle doit enfin disparaître, aura été détruite autant, sinon plus, par l'œuvre du temps que par l'effet de la consommation elle-même. Sans compter que l'utilité dune richesse peut survivre partiellement à sa consommation ^ : le meuble, dont la vétusté rend imi^ossible la réi^aration, servira encore au chauffage; les résidus des matières industriellement transformées constitueront parfois des engrais recherchés.
87(1. Toute consommation paraît impliquer, en dernière analyse, la destruction plus ou moins rapide, plus ou moins complète d'une utilité. Il peut se faire que cette destruction ne soit pas définitive, en ce sens du moins qu'elle ait pour but et pour résultat de donner naissance à une utilité nouvelle. C'est le cas par exemple du blé qui a été semé, du charbon qui a servi à chauffer une machine. L'utilité détruite i)ar la consommation de ces richesses se trouvera reconstituée, augmentée même la plupart du temps, sous la forme de richesses nouvelles, récolte ou produit fabriqué. Bien loin d'être destructives, ces consommations industrielles sont productives, reproductives; c'est le nom sous lequel on les désigne fréquemment.
Il peut se faire à l'inverse que la consommation, au lieu d'avoir pour objet la production d'une utilité nouvelle, tende à la satisfaction directe et immédiate d'un besoin, et qu'elle entraîne une destruction définitive d'utilité. Il en sera ainsi pour l'étoffe emj)loyée comme vêtement, pour le bois destiiu' à la cheminée d'un appartement. Ces consommations personnelles n'ont aucunement pour l)ut , ni ])()ur résultat, de donner naissance à de nouvelles l'ornu's de richesses. Par leur effet, l'utilité détruite ne sera matérielleiuent ni augnuMilée, ni même reçousti-
l. V. Giilu, Ciiurs d'écunomie poliUque.
LA CONSOMMATION 479
tuée. Aussi leur donne-t-on fréquemment le nom de « consommations improductives ». Mieux vaudrait cependant éviter cette qualification qui paraît impUquer une nuance de défaveur. Il ne faut pas oublier en effet que toute activité économique tend nécessairement à la satisfaction des besoins humains, c'est-à-dire à des actes de consommation j)ersonnelle. Il en est ainsi, non seulement de la production, mais des consommations reproductives elles-mêmes. Les transformations successives subies par les matières i^remières n'ont d'autre raison d'être que d'adapter plus complètement les produits aux besoins personels des consommateurs. Et convient-il, d'autre part, de qualifier d'improductives des consommations en l'absence desquelles aucune production ne serait possible ? L'alimentation du travaillem\ son chauffage, son vêtement, qui constituent au premier chef des consommations personnelles ne sont-ils pas, tout autant que l'em^îloi des matières premières, indispensables à la production ! Si on veut toutefois distinguer, du point de vue de la production, les consommations personnelles des consommations industrielles, mieux vaudrait, semble-t-il, se contenter de dire que celles-ci sont directement xjroductives, tandis que les premières ne produisent qu'indirectement.
877. Sous un régime de production fondé sm- la division du travail et sur l'échange \ tout revenu individuel, quel que soit son nom, profit, intérêt, salaire, consiste non dans une quotepart des richesses effectivement produites, mais dans une somme d'argent représentant la valeur de cette quote-^jart. Pom* pouvoir consommer, il faudra la plupart du temps aliéner une partie du revenu ainsi constitué, c'est-à-dire^céder à d'autres personnes une certaine quantité de monnaie ,afiu d'acquérir les objets destinés à la consommation. Il en sera ainsi, d'ailleurs, (pi'il s'agisse de consommations industrielles ou de consommations personnelles. Pour se procurer les matières premières qui seront transformées au cours de la fabrication, le manufacturier devra les acheter, les payer en argent. De même, pour se nourrir, l'ouvrier devra consacrer à l'acquisition de denrées . alimentaires une partie plus ou moins importante de son salaii'e. Dans la langue économique, ou donne à cette opération préliminaire, (^ui n'est pas la consommation, mais qui la prépare et hi rend possible, le nom de u dépense ». Dans la langue usuelle, la signification du mot « dépense » est beaucoup plus restrictive.