QUATRIÈME PARTIE
On ne dira pas du capitaliste qui consacre la plus grande partie de son revenu à des emplois industriels qu'il le dépense, mais qu'il le place. Et on réservera le nom de dépenses aux achats ayant pour objet de permettre les consommations personnelles, dépenses d'alimentation, de logement, de vêtement, dépenses de nécessité ou dépenses de luxe. Et à la dépense ainsi entendue, on opposera l'épargne, qui a précisément pour objet de multiplier les consommations industrielles, les consommations reproductives.
878. Xous avons indiqué précédemment ^ le rôle de l'épargne dans la formation du capital, et nous avons défini l'épargne, la mise en réserve d'une richesse en vue d'un emploi productif. L'épargne implique tout d'abord une abstention, le fait de ne pas consommer improductivement, de ne pas dépenser, stricto sensu. En cela, elle s'inspire d'une pensée d'économie. Economiser, c'est régler sa dépense avec discernement, avec mesure, en évitant tout excès. L'économie peut d'ailleurs se concevoir à l'occasion des consommations industrielles comme à propos des consommations ijersonnelles"^. Ce sera le fait de l'ouvrier qui ménage le charbon destiné à la machine, comme du rentier qui assure, au minimum de frais, le chauffage de son appartement. Entre l'économie et Tépargne, il existe un lien évident. L'économie facilite l'épargne, elle en est la source; l'épargne pourra être d'autant plus importante que la dépense aura été réglée avec plus d'économie. L'épargne ne se confond pas, cependant, avec l'économie; elle est quelque chose de plus. Elle suppose en effet l'idée de placement, la prévision d'un emploi productif. Si le placement doit être distingué de l'épargne, il en est du moins le but et la raison d'être. C'est en cela précisément que l'épargne diffère de la thésaurisation qui, elle, se propose simplement d'accumuler la richesse en dehors de tonte i)réoccu])ation d'un emph)i productif.
87Î). L'éiiargne, comme d'ailleurs l'économie elle-même, est une des formes de la prévoyance. Que l'on réduise simplement sa dépense ou que l'on constitue un capital, dans l'un et l'autre cas on sacrifie plus on moins In possibilité des satisfactions immédiates au souci de l'avenir. Mais la prévoyance n'inspire pas seulement l'épargne, elle inspire également l'assurance ».