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que ses besuin.s de tout premier ordre pourraient re(;e\()ir sans eelii une satisfaction suffisante. La prodij;alité est donc essentiellement une (|uestion de nu'snre, de i)ro])or1,ion.
Quel jugement convient-il de jxiiter sur elle '. lOnvisagée eu elle-même la prodigalité relève de la moiale; cest surtout par ses conséquences qu'elle intéi'csse récononiie i)oliti(jue. Les nmralistes l)lâment la prodigalité parce (ju'elle dénote la fail)lesse de l'individu en face de ses penchants, son incapacité à réfréner ses passions, parce qu'elle peut aussi Tenipêcher de remplir un jour ses devoirs envers les autres hommes, et i)articulièrement envers sa famille. Il n'est pas douteux d'autre part, et l'économiste ne saurait le méconnaître, que le prodigue se nuit à lui-même, puisque, sacrifiant réi)argne à l'augmentation de ses dépenses personnelles, il se met ainsi dans l'impossibilité de s'enrichir. La prodigalité pourra être une cause d'appauvrissement, et même le conduire à la ruine, si les dépenses absorbent non seulement les revenus, mais le capital.
Plus délicate est la détermination des effets de la prodigalité au point de vue social. On a dit parfois qu'elle n'avait rien de nuisible pour l'ensemble de la société, parce qu'elle s'analyse en un simple déplacement de richesse,, faisant passer celle-ci des mains du prodigue dans les mains d'autres personnes plus capables que lui den faire un bon usage. Elle a, d'autre part, l'avantage de stimuler la production: elle fait « marcher le commerce ». Tant pis pour le prodigue, s'il se ruine; ses folles dépenses, du moins, ne portent préjudice qu'à lui-même.
Nous ne saurions souscrire à ce jugement. Sans doute le prodigue,par ses dépenses, encourage bi production, mais l'épargne l'eût encouragée bien davantage et d'uiu' manière i)lus éclairée, en créant le capital. La prodigalité, dit-on, n'opère qu'un déplacement de richesse : si le prodique dépense son revenu, ou même son capital, les personnes auxquelles il en transfère la possession sauront, mieux que lui, en tirer parti dans l'intérêt général. Soit; mais que sont devenues les utilités acquises par le prodigue avec son revenu, ou avec son capital ? Elles ont été consommées en totalité pour la satisfaction de ses besoins personnels, tandis que s'il eût consenti à restreindre ses dépenses dans une mesure raisonnable, une partie de ces utilités eût pu être consacrée à la satisfaction d'autres besoins que les siens, ces derniers ayant été eux-mêmes suffisamment satisfaits. En dehors nu'me des hypothèses, fort heureusement assez rares,
011 elle se traduirait par des actes de destruction absolument contraires au bon sens, comme le fait de briser les meubles après boire, ou d'allumer son cigare avec un billet de banque, la prodigalité paraît donc impliquer, par sa natm'e même, un certain gaspillage et entraîne, pom' l'ensemble de la société, une déperdition de richesse.
883. Le prodigue est l'homme qui exagère ses dépenses; l'avare, au contraire, s'efforce de réduire les siennes au minimum. L'avarice comporte d'ailleurs bien des degrés et peut revêtir des formes très diverses. Tout d'abord, celle de l'économie dans la consommation ^ L'avare Umite au strict nécessaire les satisfactions qu'il accorde à ses besoins, même aux plus essentiels. Il peut ainsi accumuler la richesse, sous la forme particulièrement de monnaie métallique, c'est-à-dire thésauriser. Mais, dans les sociétés modernes, ce n'est ni sous l'aspect de l'économie à outrance, ni même sous celui de la thésaurisation, que se révèle le plus souvent l'avarice; elle est devenue simplement l'excès de l'épargne. Lavare d'aujourd'hui ne se contente pas d'économiser sur ses besoins; il se garde généralement de thésauriser; il épargne le plus qu'il peut. Ses consommations, comme celles du prodigue, absorbent l'ensemble de son revenu; mais ce sont, pour la plus grande partie, des consommations reproductives'^, au lieu d'être exclusivement des consommations personnelles. Le prodigue sacrifie l'épargne à la dépense; l'avare s'abstient le plus possible de dépenser, afin de placer davantage.
L'avarice est, au point de vue moral, considérée à juste titre comme une des formes les plus haïssables de Tégoïsme. Au point de vue économique, l'avare se nuit à lui-même, puisqu'il se prive volontairement de satisfactions légitimes. On peut observer cependant que les économistes lui témoignent, on général, beaucoup plus d'indulgence qu'au prodigue ^. A la différence de la prodigalité, l'avarice pourrait en effet, semble-t-il, être considérée comme une cause d'enrichissement social, parce qu'elle a pour résultat l'accroissement du capital. Même sous la forme de la thésaurisation, elle présente encore pour la société l'avantage de retirer du Tonds de consommalion une certaine (iiiantité de