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CHAPITRE III

LASSISTANCE '

H21. Lindigence et le paupérisme. — Sous le nom d'indigence, on désigne la situation d'un homme auquel font défaut les ressources nécessaires à la satisfaction suffisante des besoins essentiels. Dans une bonne terminologie économique, l'indigence devrait être soigneusement distinguée de la pauvreté. Celle-ci impliquant le contraste avec la richesse, présente par cela même un caractère tout relatif. On est pauvre, même en ne manquant de rien d'essentiel, parce que d'autres personnes sont riches; et inversement, tel indi\idu est réputé riche, bien que ses ressources n'aient rien d'excessif, parce qu'elles sont sensiblement supérieures à celles de la plupart des autres individus qui l'entourent. Bans une société égalitaire, l'indigence pourrait constituer l'état général si, par exemple, à raison de la mauvaise organisation de la production, la satisfaction des besoins primordiaux ne se trouvait pas suffisamment assurée: une semblable société ne connaîtrait cependant ni riches, ni pauvres.

Le langage usuel est ordinairement moins précis ; le mot « pauvreté » y est pris fréquemment dans un sens absolu. Il désigne la situation de l'homme dont les ressources sont peu abondantes et qui a quelque peine à satisfaire ses besoins. La pauvreté ainsi entendue comporte d'ailleurs de multiples degrés: lïndigence constitiu^ un de ces degrés. Elle implique un état déjà accentué de pauvreté, caractérisé par l'insuffisance ordinaire des moyens de vivre. La misère est l'excès de l'indigence: c'est la situation de l'individu dont l'existence est rendue précaire par l'absence de ressources régulières et assurées.

1. V. Dorouin, Oory cl Worm>, Truite Ihéoriquc cl pratique d'assistance publique, 1000; Cauwès, Cours d' Economie politique, t. III, n»» 1092 et siiiv. : Ri-rt ln-liMiiy. rniilé de drnil administratif, 7* l'cUtion 1913.

922. L'indigence peut avoir des causes très diverses. Parfois, elle est imputable à Tindividu qui en souffre, elle est la conséquence de ses vices, de son intempérance, de sa paresse ; d'autres fois, au contraire, elle résulte de circonstances auxquelles la volonté de l'indigent est restée étrangère, de la maladie par exemple. Elle peut même tenir à des circonstances politiques, telles que la guerre, ou économiques, telles que le chômage. En pareil cas, il arrivera parfois qu'au lieu de frapper seulement un certain nombre d'individus isolés, elle atteindra en même temps toute une partie importante de la population d'un pays, la classe ouvrière par exemple, à la suite d'une crise intense résultant d'une transformation rapide de l'outillage, ou les exploitants du sol, à raison d'un mauvais régime de tenures foncières. Lorsqu'étant ainsi généralisée, l'indigence se rattache à une cause durable, elle revêt les caractères d'un véritable fléau social : elle devient le x>aupérisme.

923. Le rôle écononiiqiie de l'assistaiieo. — C'est à l'assistance qu'il appartient principalement, sinon exclusivement, de porter remède à l'indigence individuelle ou collective, en fournissant à ceux qui en sont victimes les ressources immédiates qui leur permettront de vivre et d'attendre qu'ils aient trouvé du travail, s'ils sont capables de travailler. A ce titre, l'assistance justifie le nom de « bienfaisance », qui lui est fréquemment donné. Elle a pour effet, dans bien des cas, de sauver de la misère, sinon de la mort, ceux qui en sont l'objet. Elle constitue pour les individus qui la prati(iuent racc()m])lissement d'un devoir moral, devoir de solidarité, devoir de charité. Elle s'impose à la société elle-même,, non seulement parce que celle-ci peut avoir une part de responsabilité dans le développement du paupérisme, à raison des imperfections et des vices que peuvent présenter les institutions politiques ou économiques, mais aussi parce ([ue l'existence ])ermanente d'une classe nombreuse d'indigents peut constitiicr. ])oiir un i>ays. un véritable danger social.

92'ï. lîien (|ue ces considérations puissent parailre déticrminantes. l'assistance a. pourtant ])rov(>(iué de multii)les objections. Sans allei', comme Maltlius. juscpi'à xoir dans la misèi-e un(^ sorte de frein nécessaire et quasi-i)r()videntiel à l'accroissement ti'oj) rapide de la po[)ulatiou ', beaucoup <r(''('<Mioiuist('s

l'assistance 535

ont contesté son utilité. VAlo préscMitc, ;i-t-on dit, rinconv«Mii(*nt irappauvrir la société en enlevant aux individus les mieux doués une partie des capitaux qu'ils auraient pu mettre en univre, ces cai>itaux devant être affectés par les indifients à des consommations purement personnelles ^. Il eût été possible, ajoute-t-on, d'éviter ce résultat nuisible en développant chez les individus le sentiment de la prévoyance, l'esprit d'épargne, le goût de l'assurance. Si l'assistance s'impose, c'est précisément parce que la prévoyance n'est pas suffisamment pratiquée, sous ses formes multiples. Et l'assistance a. d'autre part, le très grave inconvénient de nuire à la prévoyance elle-même; bien loin de faire disparaître l'indigence, comme on le prétend, elle décourage l'effort et détourne de l'épargne. Le pauvre secouru s'habitue à son état; l'assistance fait des pauvres, qui ne tardent guère à la' considérer comme un droit et à attendre d'elle leurs ressources ordinaires. Si elle constitue un remède à l'indigence, le remède est pire que le mal.

Nous ne saurions accepter une semblable thèse. Que la prévoyance puisse, dans un grand nombre de cas, prévenir la misère individuelle, cela n'est pas douteux. Encore faut-il cependant que les conditions de vie permettent de la pratiquer. Sans aller jusqu'à soutenir, comme certains l'ont fait- que le. budget d'une famille ouvrière ne saurait dépasser le chiffre tout juste suffisant pour lui permettre de vivre, il parait bien certain toutefois que, le plus généralement, il sera difficile de prélever sur ce budget au delà des faibles sommes nécessaires pour couvrir le riscjue de maladie et pour constituer une modeste épargne. Encore, le capital ainsi amassé sera-t-il à la merci d'un chômage quelque peu prolongé. Si ce chômage est la conséquence d'un fait accidentel, s'il résulte d'une incapacité de travail tenant à l'âge ou à l'invalidité, la prévoyance peut encore intervenir, à la condition que l'Etat prête son concours effectif, et c'est ainsi que se justifient les assurances sociales =*. Mais il n'en saurait être de même lorscjue l'indigence a un caractère général, lorsciu'elle est la conséquence de fléaux naturels, tels qu'une inondation, ou des circonstances politiques et économi- (|ues, guerre, crise iiulustrielle, régime défectueux de la proprié-

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