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'2. \'. \outers, «p. cil.

/2 DF.rXIEME PARTIE. CHAPITRE V

fait les banques locales dans leur lutte avec les grandes sociétés de crédit', demander à l'association sous la forme notamment de la société coopérative d'achat ou de crédit, les moyens^ en réduisant les frais généraux, d'améliorer les conditions de concurrence.

513. En ce qui concerne les consommateurs, il paraît diflicile de contester sérieusement l'étendue des avantages quïls retirent des grands magasins. C'est d'abord, dans bien des cas, un abaissement sensible du prix d'achat. Grâce à l'importance de son chiffre d'affaires, le grand magasin peut se contenter d'un taux de profit bien inférieur à celui qui est nécessaire aux petites entreprises commerciales. Il gagne moins sur chaque article, en vue de vendre davantage. C'est ensuite, d'une part la facilité d'approvisionnement, tenant à la réunion dans le même local, bien que dans des rayons séparés, de marchandises de diverses natures; et, d'autre part la fraîcheur et la variété de ces marchandises, qu'une circulation très active permet' do renouveler plus souvent. C'est enfin toute une série de commodités suggérées par l'ingéniosité commerciale, livraison et paiement à domicile, faculté de rendre les marchandises achetées au cas où elles auraient cessé de plaire, suppression de tout marchandage, par l'application rigoureuse du principe de la vente à prix fixe. Ces avantages multiples ne sauraient vraiment être considérés comme compensés par quelques abus maintes fois signalés, tels que le fait d'allécher l'acheteur au moyen d'articles-réclame vendus à perte, ou de l'induire en erreur en lui otïrant, comme occasions avantageuses, des marchandises facturées au prix ordinaire, ou de lui dissimuler le prix réel des objets en l'abaissant de quelques centimes pour éviter le chiffre rond. Plus grave est le reproche adressé aux grands magasins d'exercer i)ar leurs étalages et leurs réclames une séduction trop puissante, de pousser par là aux dépenses excessives^ à la prodigalité, et même d'induire trop souvent les femmes <'n tentation de vol, d'être une cause de kleptomanie. A ce grief l)eut-être en partie fondé, on peut du moins répondre qu'il s'adresserait tout aussi justement aux étalages de certaines branches du commerce de détail, la bijouterie par exemple. Lo remède au mal seml)le d'ailleurs rehncM- beaucoup plus de la morale et de réducatioii ({xw de l'économie politique.

J. \'. plus li;i\il. t. I. Il" 12\.

LE COMMI-IKCI-; INIKHIKI R 73

.")14. Il reste à envisager un côté de la question, celui qui concerne les rapports des grands magasins avec leurs fournisseurs habituels, fabricants et travailleurs à domicile. C'est peutêtre ici que les critiqu<'s paraissent le plus justifiées, f^ans aller jusqu'à admettre que les grands magasins constituent un des facteurs du sweating-system, comme certains ont voulu le prétendre, il faut cependant reconnaître que, dans bien des cas, il n'existera aucune égalité de force économique entre eux et le.-5 producteurs; auxquels ils adresseront leurs commandes. Ceux-ci ne pourront par suite que très difficilement discuter les conditions de prix qui leur seront proposées; ce sera pour eux, la plupart du temps, à prendre ou à laisser. Et, comme l'intérêt du grand magasin est d'abaisser le plus possible ses prix de vente, afin de développer sa clientèle, il pourra en résulter parfois, pour ceux qui lui auront fourni leurs marchandises ou leur travail, une réduction excessive du taux de profit ou de salaire. Sans compter que les détaillants eux-mêmes, pour pouvoir soutenir la concuiTence des grands magasins, se verront, eux aussi, contraints de spéculer sur la main-d'œuvre. Le danger réside, au fond, principalement dans le manque d'organisation du travail à domiciles et c'est dans la réglementation légale de cette forme d'industrie, sous la forme par exemple de la fixation de taux minima de salaire-, qu'il convient de chercher le remède possible aux abus signalés.

515. Les entreprises commerciales à succursales multiples^. —

Elles constituent une seconde forme, plus récente, de concentration commerciale. Leur caractéristique essentielle est de concilier l'unité de direction avec la multiplicité des locaux de vente. La concentration de l'entreprise s'accompagne d'une décentralisation des établissements. Par cette particularité, les entreprises à succursales multiples se séparent des grands nuigasins centralisés, pour se rapprocher des anciennes formes commerciales, qui se proposaient la recherche de la clientèle. En multipliant les locaux de vente, elles mettent les produits a la portée de toutes les catégories d'acheteurs.

Il existe des entreprises à succursales multiples dans un grand

■J. \ . plus loin, H"' 702 ol suiv.

3. \'. Morille, Les maistins à siicciir.sulcs niulliplcs en France et u rélruiiçjer.-

"74 DELX'ÈMK PARTJt:. CH.VPITRR V

nombre de pays, notanimeiit eu France, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Suisse. En France, elles sont surtout répandues dans le commerce d'épicerie, où certaines d'entre elles comptent jusqu'à 500 succursales, ainsi que dans les commerces de la chaussure et du vêtement. En Angleterre, une maison de pharmacie compte plusieurs centaines de succursales.

Parfois, cette forme de concentration commerciale se double d'intégration. Dans ce cas, le rapport étroit qui existe entre les deux phénomènes apparaît d'une manière particulièrement nette. La multiplication des magasins de vente encourage l'entreprise à fabriquer elle-même ses marchandises, et, d'un autre côté, cette production détermine fréquemment la reclierclie de débouchés plus étendus, par la création de nouvelles succursales. Comme exemples d'entreprises combinant ainsi la concentration commerciale et l'intégration industrielle, on peut citer en France, pour le vêtement, la maison de la Belle Jardinière, et, pour l'épicerie, les maisons Potin et Damoy.

Dans les branches du commerce de détail oii elles se sont fondées, les maisons à succursales multiples font aux petits détaillants une concurrence aussi redoutable que les grands magasins. Bénéficiant comme ceux-ci des avantages de la concentration, notamment au point de vue des conditions d'achat, plus rapprochées de la clientèle, grâce à la multiplicité de leurs installations, elles sont susceptibles de les concurrencer euxmêmes dans un certain nombre de cas.

.">l(;. On peut être tenté de rapprocher des entreprises à suc- <'insales multiples d'autres formes de commerce de détail dénotant une concentration plus ou moins sensible \ par exemple le commerce (jui s'opère au moyen de voitures à traction animale on automobile, ou même de simples voitures à bras, parcourant les campagnes, recueillant les commandes et effectuant, à domicile la livraison des marchandises, telles les roulottes de l'ancien « Planteur de Caïffa ", aujourd'liui l'u Angio continental supply Company ». Vn autre type est fourni par les entreprises dites « en concession », telles la plupart des maisons ((ui, en province, portent l'indication » Produits Félix Potin ". Le concessionnaire obtient le droit d'user de cette marquer moyennant rengagement [U'is par lui de réaliser, avec la maison ({ui en est propriétaire, un certain chiffre annuel d'affaires.

I V. Muriilf, np. cit.

517. Los sociétés coopératives de consoinniatioii '. Leur iniportaiifo actuollp. — On avait paru craindre un instant que la concentration du commerce de détail amenât plus ou moin« rapidement la constitution de monopoles de fait, soit par la coalition de puissantes entreprises concentrées, soit par le triomphe d'un petit nomlire d'entre elles, et tournât finalement au détriment du consommateur. Les faits n"ont nullement justifié ces prévisions ])essimistes. En France notamment,grand8 ma^ïasins et entreprises à succursales multiples continuent, malgré la concurrence, à vivre côte à côte et leur nombre ne cesse d'augmenter. Auprès d'eux, les petits établissements du commerce de détail maintiennent plus ou moins péniblement leur» positions, mais ne disparaissent pas, et s'il fallait en croire le^ statistiques les plus récentes, marqueraient même Une certaine tendance à la progression numérique. Les consommateur» n'ont donc pas à craindre les excès de la concentration commerciale : en fût-il autrement, ils auraient à leur portée un moyen de s'en préserver. Ce moyen, c'est le recours à la coopération, sous la forme de la société coopérative de consommation. Cette forme d'entreprise collective- a pour objet l'achat en gros de marchandises qui seront revendues au détail aux associés aux-mêmes, ceux-ci devant ge répartir entre eux, sou» forme de « bonis » ou « ristournes ^et au prorata des achats effectués par chacun, une partie plus ou moins importante des bénéfices réalisés par la Société.

ôlB. C'est en Angleterre qu'a pris naissance l'Association coopérative de consommation. En 1844, dans la petite ville de Rochdale près de Manchester, 28 pauvres ouvriers tisserand» se réunirent, et avec un capital initial de 700 francs, produit de leurs cotisations, déoid>rent d'ouvrir un magasin de vente au détail et au comptant, dont ils constitueraient la propre clientèle. Ils avaient donné à leur entre])rise un nom singulièrement symboli(iue et audacieux, « les Equital)les pionniers de Kochdale >', voulant indiquer par là leur volonté de poursuivre la réalisation d'un double idéal, économique et moral. Au point de vue économique, réduire les dépenses personnelles des associés, ou plutôt, faire de ces dépenses mêmes le point d© départ et

1. \'. Ciido, I.rs snriclcs roopériilivcs de citiisnmrnalion. ot Cours (Vcmnomir politique, A" édilion, 1919. t. II. pp. 483 et suiv. ; Bernard Lavergne. Les prnr/rèa de la cnopéralion de consommation en Europe depuis dix ans, IdVl.

■Z. y. t. I, iio 13-2.

le pi'incipe dune épargne, par la constitution d'un capital né de l'accumulation des bonis. Au point de vue moral, faire l'éducation de la classe ouvrière, en prélevant sur les bénéfices réalisés annuellement par la Société une certaine part qui, au lieu d'être distiribuée entre les associés, serait affectée à des œuvres sociales. En 1850, ils étaient déjà GOO; le capital social dépassait 50.000 francs, et le chiffre d'affaires, 300.000 francs. En 1891, leur nombre atteignait 12.000, et les profits réalisés dépassaient 1.300.000 francs.

Depuis cette première expérience, les sociétés coopératives se sont multipliées dans un grand nombre de pays, groupant des millions d'adhérents ^ C'est l'Angleterre qui vient en tête, sinon quant au nombre de ses sociétés, du moins quant à l'importance de leur clientèle et de leurs opérations. Le nombre des sociétés coopératives anglaises ayant pour objet le commerce de détail était, en 1917, de 1100, groupant 3.700.000 associés. Leur chiffre d'affaires dépassait 3.500 millions de francs, et leurs bénéfices nets 100 millions. Elles avaient constitué entre elles deux fédérations, ou Wholesales, l'une en Angleterre, l'autre en Ecosse, en vue de l'achat en gros des marchandises dont elles avaient besoin. Sociétés coopératives de gros et de détail avaient créé des usines et ateliers de fabrication. En outre, la plupart des coopératives de détail traitaient leurs opérations de banque par l'entremise de la Wholesale anglaise.

En France, le nombre des sociétés coopératives de consommation s'élevait, d'après la statistique officielle-, à 3.145 au 1*^'' janvier 1913, parmi lesquelles 1.248 s'occupant exclusivement de boulangerie. Elles groupaient un peu plus de 850.000 membres, et leur chiffre d'affaires s'é'levait à environ 300 millions de francs. Les sociétés coopératives de consommation françaises ont constitué entre elles diverses fédérations, dont la plus importante, la Fédération nationale, a réalisé, en 1918, pour 42 millions de ventes. Les sociétés de consommation ont rendu, pendant la guerre, de grands services tant aux consommateurs qu'aux i)ouvoirs publics eux-mêmes. En reconnaissance, une loi du 7 mai 1917 leur a donné un statut légal. Elles ont, en outre, obtenu de l'Etat un crédit ])our avances jus(iu"à concurrence de 2 millions de francs.

La coopération appliquée au commerce s'est également-

1. \. Cikli', Cours fj'rcoifiniic j)'>liliiiui', 4<' f'ililioii.

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