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104 DEIXIÈME PARTIE. CHAPITRE V

large mc>ure les perturbations qu'il pourrait subir du fait des circonstances extérieures et contribue puissamment à unifier les cours dans l'espace, à les stabiliser dans le temps. Sous ses formes multiples, elle donne aux opérations commerciales^ en tirant du crédit tous les avantages quïl peut comporter, plus de souplesse et plus de variété. A-t-elle en retour, comme on le prétend, lïnconvénient grave de fausser le mécanisme des prix ? Sans doute elle exerce une influence notable sur les cours, par cela même qu'elle modifie l'importance comparative de l'offre et de la demande. L'acheteur à terme contribue à la hausse, qui est d'ailleurs le but par lui poursuivi, comme le vendeur à terme provoque ou accentue la baisse, sur laquelle il fonde son espoir de profit. Mais il n'est nullement établi que cette influence de la spéculation sur les cours s'exerce toujours,, ni même généralement, dans un sens opposé à celui qui, sans elle, résulterait du libre jeu de l'offre et de la demande. C'est même le contraire qui se produit ordinairement. Spéculer, en effet, c'est prévoir; le spéculateur n'agit pas au hasard. S'il achète à terme, c'est parce qu'il pense que les cours vont hausser. Il fonde ses prévisions de hausse sur des faits extérieurs, sur des circonstances politiques ou économiques susceptibles de provoquer des changements dans les rapports de l'offre et de la demande. Si les cours s'élèvent, ce n'est pas seulement, ni même principalement, parce qu'il a acheté; il a acheté, au contraire, parce qu'il pensait que les cours s'élèveraient. Et de même, le vendeur à terme fonde ses opérations sur la prévision: de la baisse des cours. Celle-ci sert de cause à sa spéculation^ autant et plus qu'elle en est la conséquence. Sans doute le spéculateur peut se tromper, escompter la hausse, alors que les événements doivent provoquer la baisse, et contrarier ainsi le jeu normal de l'offre et de la demande. Il est en pareil cas la première victime de son erreur, puisque, i)oursuivant non un but de placement, mais la réalisation d'un profU, il va subir une perte. L'influence de cette erreur ne pourra d'ailleurs s© faire sentir l)ien longtemps, car pour liquider son marché, il lui faudra, soit au terme fixé, soit au plus tard après un ou plusieurs reports, conclure une contre-opération. D'acheteur, il deviendra vendeur, ou inversement. Par là, il contribuera luimême à réparer les conséciuences de la faute économique qu'il a pu commettre. Mais si ses prévisions étaient fondées, si sa spéculation a été heureuse, il aura pressenti le mouvement des

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cours, et, en prenant la direction, le devançant, il aura contribué à en atténuer les soubresauts. Grâce à lui, le marché du comptant aura pu assurer la création d'une entreprise nouvelle; le» industriels, les commerçants, les consommateurs, auront pu éviter les conséquences fâcheuses d'oscillations trop brusques et trop prononcées dans les prix des marchandises. Il aura rendu ainsi un service économique dune réelle importance, et le bénéfice qu'il pourra réaliser à l'occasion de son marché en constituera la récompense légitime.

5'jI. Ce n'est pas à dire au surplus que, dans les critiques adressées à la spéculation de bourse, il n'y ait pas une assez^ large part de vérité. Elle est, à coup sûr, Toccasion de bien des fraudes, de bien des faits répréhensibles, manœuvres dolosives, accaparements, étranglements. Si les fortunes qu'elle fonde sont parfois la rémunération équitable de services rendu» à la production, parfois aussi elles se justifient moins facilement et ont, pour contrepartie, bien des ruines imméritées. Sans compter que les excès de la spéculation peuvent porter atteinte au crédit ]niblic et être l'origine de crises redoutables.

(observons toutefois que le remède aux abus possibles ne saurait être cherché, comme le législateur allemand paraît l'avoir pensé, dans la distinction du marché aii comptant et du marché à terme, ce dernier seul devant faire l'objet de mesures de rigueur. Nous savons en effet que la spéculation, comme Protée, . peut revêtir les formes les plus diverses. Le marché du terme et le marché du comptant ne sauraient être isolés l'un de l'autre; ils subissent les mêmes influences et se pénètrent profondément, au moyen du reporta Proscrire le marché à terme ne serait i)as supprimer la spéculation; ce serait simplement la déplacer et, en la rejetant sur le marché du comptant, lui enlever la plus grande partie de son action régulatrice -.

La véritable solution paraît devoir être cherchée ailleurs. 11 faut respecter la spéculation en ce qu'elle a de licite et de bienfaisant, et la réprimer rigoureusement dans ses abus. C'est précisément parce que le marché à ternie s'accompagne trop souvent de manœuvres frauduleuses et d'accaparements qu'il faut, sans toucher au marché lui-même, se montrer impitoyable contre ses excès. Cela n'empêchera nullement la spéculation

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