‹ Cours d'économie politiqueChapitre 10 sur 56 · IV · texte numérisé non relu

IV

Loi du rendement non proportionnel.

Puisque, comme nous venons de le voir, le terrain, les matières •premières et même les forces naturelles, du moins celles présentement utilisables, sont en quantité limitée, il est impossible que la production dont ils constituent les facteurs nécessaires ne se trouve pas limitée par contre-coup. Il en est ainsi, en effet.

C'est dans Tindustrie extractive que la limitation est la plus évidente. Quand la mine est épuisée, il faut bien s'arrêter, et généralement même on est obligé de s'arrêter bien avant qu'elle soit vide, parce que l'extraction cesse d'être rémunératrice — quoiqu'elle

< En ce qui concerne la difficile question du droit de propriété de la force motrice de Teau, voir ci-après, llv. [Il, Objets du droit de propriété.

'.pnjflse le rodevenir le jaur-.où la métalhingie auDa fiait des progi^ès. La chasse, qui tenait une si grande plajoedans les sociéléê *pnmitiveB, B disparu de la liste des industries productives dans les pays ci'vtHsés, par icette fort Iwime miflon i<pi'«He a oessé de doDDer un pvadoit rémuBésHtaiir, malgné ions ie^ )ràgiemeatB :fiB;iis pour lia ^protéger. lAéme dans les (dé&eiis d'Moicpie, imème dans lies «oli- Ttudes des pèles, les dépouiHes des -éléphante S des yagferucbes, des «castors, 'des lootc^, desJ>aleines,<ccm»nenoent à faire défaut aux •explorateurs qui yixa4 les «y paarsiù vre. La pôctie manitinae, à raison de il'iminenarté du réservoir où r<honunfi miise ttdtlie ;richesse natu- •relle, est encore une grande industrie qui ;fait ^ivre en France 150:000 ipersonnoB etproduvttenrviron IM onaillians de francs, mais ^l'épuisement des mers qui baignent nos rivages «Eft un «ujet de lamentation pour nos populations .maniitimes, qui tdéjà sont obligées d'aller poursuivre le poisson dans la haute mer et d^armer des bateaiFx *pltt8 forte. L'extermination des oiseaux — pour les mettre sur es'Cbapeaux des dames, ou pour les jmanger, oa:par sbopidité toute pune — a pour conséquenoe le iputhilement des insectes et de toutes les 'vermines qui dévorent ites réoott£&. La xlisparition des forêts, et par suite du bois d'oeuvre, est déjàam fait «CQompli dans plusieurs pays d'Europe, notamment en Angleterre. lia France, qui du temps des Gaulois ne formait qu'âne forêt et 'que,:mème au Moyen âge, les moines d'Occident n'avaient qu'inoomplètement défrichée, 'n'a plus aujourd'hui que i /6 de son territoire environ en forêts (9 4/â millions d'hectares -sur 53 millions). La iproportion est inférieure en d'autres pays (pas même 5 p. 0/0 en Angleterre), mais supérieure dans quelques pays : environ 4/4 du territoire en Allemagne, i/3 en Autriche-Hongrie et Russie et près de moitié en Suède. On aurait pu croire que la substitution de plus en plus complète du fer au bois dans la construction des maisons, comme dans celle des navires, aiu^ait pour résultat de prolonger la vie des forêts. Malheu reusament td'autres industries sont nées qui en consonmieni plus encore. La,plus grande mangeuse de forêts en ce moment c'est J'in- .dustrie dutpapier, spécialement pour les journaux. Tel grand journal quolldien desEtats-Unis dévore à lui seul uneiorêt pai* an. Les forêts de çh&tai^niers de La Corse &onten ce .moment complètemeat détruites pour la fabrication de l'acide gallique*.

1 On importe chaque année environ 40.000 kilos de dents d'élépliants, ce qui à 40 kilos en moyenne par dent représenteruit 10.000 éléphants, mais ce chiffre doit être au moins doublé, on dit même quadruplé, pour tenir compte des déchets el des petits d'éléphants inutiiemeat massacrés ou abandonnés.

2 Une conférence, composée des gouverneurs et d'experts spéciaux de^ diiïéreaks

Il est vrai (jœ giratid il s'agit des nôtres vrvaiits, animaux on végétam, rindostrie peut o^tyinper dans une certaine nieeure le gopt qui les menace en .transformant ses procédés. Au Heu de faire la chasse, on peut faire de Vélevage^\ au lieu de faire la pôehe, on peut faire de la jnscicutture * fau lieu de défricher la forêt, on peut faire da reboisement^ \ — c'est-è-dire qu'on pcrats'élevei^'de'la catégorie de Titidiisfcrie simplement extractive à celle de Tindastrie a^oate, mais oeUe^oi à son tour renoentre une double limite : v

4* tD'aJierd la production agricole €^t limitée par la quantité d'éléments minéraux indispcasables à la vie des plantes. Toute ten»e, même ila plus fertile, -n'en contient qu^une proportion déter- , minée (aaole, potasse, acide phosphorique) «t chaque récpHe les ^n|ève petit à petit. Sans doute, Tart de rogrrculture réussit non seulement ^àipeertitner à la terre les éléments qui lui sont enlevés, maoseacore à fenrichir en lui apportant des éléments nouveaux. Mais il faut remarquer que les sources auxquelles puise Tagriculteur pour enrichir le sol sont .elles-mèn>es limitées, puisque les

États des ÉUits-UDis, s'est rémiie eo 1008 pour « la consfirvation des ressources Dalifloaies ». Le président .des Btuts-Un», Boosevelt, aou^rt la conférence par de:« décUcatioos dont vousi un Bésumé :

«• Les ressources naturelles du pays, qui sont Ja base fioale de la puissanise et de la durée de la nation, sont en train de s'épuiser rapidement. Déjà Ton 7oit appuraitre la limite des terres non encore livrées à la culture. Les États-Unis ont commencé avec un héritage sans pareil de forêts ; or, déjà la moitié du bois de construcitofl a dîsparn. Les Etals-Unis ont commencé avec des gisements de charbon plus éloodiis que ceux d'aucune autre nation, avec du minerai de fer qui passait pour îDépoisable; oc, beaucoup de personnalités compétentes déclarent maintenant que la fin dn charbon et du fer approche, [.es accumulations énormes d^huiie minérale et de .gaz ont disparu en grande partie.

• Les voies navigables naluKiles eiistent toujours; mais elles ont été telie'ment déi^adées par auite de négligences et d'autres causes que la navigation y est inférieure à ce qu'elle était il y a cinquante ans. Enfin, les États-Unis ont trouvé a leurs débats des -terres d'une fertilité sans exemi^le, et ils les ont appauvries de telle manière que leur faculté de production décroît au lieu d'augmenter ».

^ Déjà pour certaines espèces animales menacées d'extinction, l'élevage commence à dtre appliqué avecsuoeès : pour les plumes d'autruche dans l'Afrique Ausirale, pour la fourmre du renard .bleu dans les îles de l'Alaska, pour le cuir de crocodiles en Ftoride.

sXapÎBQtculture se fatt,-parail-il, avec succès en Chine. EoTrunce on a bien semé de petits poisBons dans quelques cours d'eau, mais ces tentatives sont rendues inutiles iÇÊÈT un braconnage saavage et non réprimé. En ce qui concerne la pèche maritime, la pisciculture est plusdîfQcile (sauf pour les huîtres qu'on élève dans les psros;, mais oo peut du moins essayer de faire respecter les règlements qui ont pour .bat d'empéciier la destruction du jeune poisson largeur des mailles des filets, ZQD06 on saiwns 'interdites -pour la pèche de certaines espèces, etc.). 9 Voir ci-après, La propriété des forêts.

«8 COURS DÊGONOMIE POLITIQUE.

engrais naturels ne font que restituer à la terre une partie de ce que les bestiaux ont consommé, e{ que les engrais chimiques sont des minerais (phosphates, nitrates, guano, etc.) dont les gisements sont rares et rapidement épuisabies.

. 2^ De plus, la production .agricole est limitée par les conditions Jde Vespace et du temps indispensables à la vie végétale ou animale et qui sont bien plus rigides et bien moins modiQables que dans la pr^iuption industrielle. L'agriculteur est réduit à un rôle presque (^^^^^\\ regarde patiemment la nature accomplir son œuvre, suivant des lois qu'il no connaît quimparfaitement encore et dont il ne peut changer les conditions. JLÙLutjdfîJûag? vci(^% avant que le grain qui dort dans le sillon se ^^^ transformé en éj^i et de longues années avant que le gland soit devenu chêne. Il faut aussi à toute plante, blé ou chêne, pour étendre ses j^ci.nes et respirer, un certain espace qu'on ne peut réduire. Au contraire, Tindustriel, dans ses usines, fait^utiir à la matière des transformations qui sont en général simples et dont les lois physiques ou chimiques sont beaucoup moins mystérieuses que celles de la vie. La preuve c'est qu'il les a domestiquées et les fait travailler sous ses ordres avec une précision mécanique. Il n'est pas enfermé dans le cycle inexorable des saisons; été et hiver, jour et nuit, il peut chauffer ses fourneaux ouJaire marcher ses métiers « . "

Sans doute, il n'est peut-être pas une seule terre dont Tagricul-

i Oq peut se poser toutefois la question suivante. Puisque la limitation que rencontre l'industrie agricole tient à ce fait qu'elle opère sur des êtres vivants, pourquoi nessaierait-elle pas de surmonter cet obstacle en se passant hardiment du concours que lui apportent les forces mystérieuses de la vie et en s'efTorçant de fabriquer de toutes pièces les substances alimentaires, tout comme un industriel .^fabrique les produits chimiques '?j — Nous savons, en effet, que tous les tissus des êtres vivants, animaux ou végétaux, sont formés exclusivement d'oxygène, d'hydrogène, d'azote, surtout de carbone, et, pour une très petite part, de quelques sels minéraux, tous éléments qui peuvent être considérés comme existant en quantité surabondante dans Técorce terrestre et dans ralmosphère.lLe problème ne paraît donc pas insoluble théoriquement et les chimistes le considèrent comme à la veille d'être résolu. Certes, si Tun d'eux y réussit, il aura réalisé beaucoup plus que le Grand Œuvre rêvé par les alchimistes ; il aura changé de fond en comble toutes les lois de l'économie politique. Car si jamais les aliments pouvaient être manufacturés de toutes pièces dans des fabriques, alors Yagriculiure deviendrait inutile et, rhomme ne demandant [.lus à la terre que ce qu'il lui faut de place pour y poser son pied ou y bAtir son toit, il n'y aurait pas un hectare de terre qui ne pût nourrir une population aii«si dense que celle qui s'entasse dans nos grandes villes. — Mais jusqu'à présent la loi omne vivum ex vivo n'a pu être tournée. La synthèse chimique a bien réussi à créer certains corps qui jusqu'alors étaient uniquement des produits organiques, comme l'urée, mais elle n'a pu créer de substance alimentaire malgré les prédictions de Berthelot.

LA iNATURE. 89

tear ne pûl, à la rigueur, accroître le rendement : seulement, passé un certain stage de l'industrie agricole, il ne peut le faire qu'au prix d'un travail gui va çrgissQnt, en sûrte qu'il arrive un moment où reiïort à exercer pour forcer le rendement serait hors de proportion avec le résultat.

Soit un hectare de terre qui produit 15 hectolitres de blé, ce qui est à peu près la moyenne de la France. Supposons que ces 15 hectolitres de blé représentent 100 journées de travail ou 300 francs de frais. Eh bien! la loi du rendement non proportionnel (non proportionnel au travail) affirme que pour faire produire à cette t^rre deux fois plus de blé, soit 30 hectolitres, il faudra dépenser plus de 200 journées de travail ou plus de 600 francs de frais ! Pour doubler le produit, il faudra peut-être tripler, peut-être quadrupler, peut-être même décupler le travail et les frais. ^

Elle est certainement confirmée par la pratique de tous les jours. Interrogez un agriculteur intelligent et demandez-lui si sa terre ne pourrait pas produire plus que ce qu'elle donne? Il vous répondra : « Assurément. La récolte de blé serait plus considérable si je vou- lais mettre plus d'engrais, donner des labours plus profonds, guT: ^r le sol des moindres imagines de chiendent, défoncer à bras d'hommes, au besoin rgpiqufir chaque grain de semg.ace à la main, ensuite protéger la moisson contre les insectes contre les oiseaux, contre les herbes parasites. — Et pourquoi ne le faites-vous pas? — Parce que je n'y trouverais pas mes frais : ce supplément de récolte coûterait beaucoup plus qu'il ne vaudrait ». — Il y a donc dans la production d'une terre quelconque un point d'équilibre qui marque la limite qu'on ne dépassera pas, non point qu'on ne pût la dépasser si on le voulait à tout prix, mais on ne le veut pas parce qu'il n'y a aucun intérêt individuel ni social à le faire, . ^

S'il pouvait en être autrement, c'est-à-dire si on pouvait augmenter indéfiniment la production d'une superficie de terrain donné, à la seule condition d'augmenter proportionnellement le travail et les frais, les propriétaires, certes, ne manqueraient pas de le faire; au lieu d'étendre leur exploitation sur un domaine plus ou moins vaste, ils la concentreraient sur le plus petit espace de terrain possible ; ce serait beaucoup plus commode. Mais en ce cas aussi la face du monde serait tout autre qu'elle n'est. Le simple fait que les choses ne se passent point ainsi et que l'on étend sans cesse la culture à des terrains moins fertiles ou moins bien situés, démontre suffisamment que l'on ne peut pas en pratique demander à un même terrain au delà d'un certain rendement (V. au Liv.III,Zrtf Rente fonciére)K

> La statistique agricole de la Fraoce nous montre un accroissement constant dans

ao COURS D'ÉaONOMIE POLITIQUE.

La loi jdLu reûdemfifnt nan proportionnel n'est pas d'ailleurs spé^ .ckle, comme oa ie ccoyait, à Tindustrie agricole ou extractiye. C'est une le-i .gôoécale de la production qu'on peiït formuler ainsi : au delà d'an.Gertoim )paiTït towt accroissement de rendement exige un accroissement plus que proportionnel de force. C'est ainsi que pour doubler la Titesse d'un navire ou d^un ballon dirigeable il fajudBait peut-être ceitopler la force du moteur*.

L«s illusions qu'ont fait naître les machiaes.

jLes forces naturelles captées par les imachines font des prodigejs sur lesquels rikàbrtnde noi>s«a blasés. Non seulement elles «permettent d'exécuter Jes même tra^sax qu'autrefois dans des conditione de rapidité^ de f^acUiié, 'de précision, stupéfiantes mais surtout elles ont permis d'accomplir des travaux ainxquels on -n ^aurait pu so^gei^

le .rendement à l'hectare, .maiB néanmoiofi assez lent et très icrésulier. Voici les chiffres pour le blé (en moyennes décennales : la 3« colonne donne Taccroissemen t de chaque période en tant pour cent pour le rendre plus clair) :

•ie40.tS49 ±85(MS59 1860-1869

ta.95

•iS904899

On voit que pour r^nsemhle du sièote (ou «du moins pour 86 ans} le rendement à r hectare s'est élevé de moins de 12 hectolitres .à 17^/2, soit un accroissement de près de moitié. Mais si l'on divise cette période en deux, Tune de 1820 à 1879, ] autre de 1880 à 1906, on voit que dans la première le rendement s'est élevé de 11,80 bectol. à 14,46, soit moins de 22,& p. 0/0 en 59 ans, tandis que dans la seconde il s'est élevé de 14,'46 hectol. à 17,44, soit un accroissement de 20,5 p. 0/0 en Hû ans, c'est-à-dire .presque légBl,, quoique dans une période deux fois plus courte. Ce résultat encourageant est dû surtout à l'emploi de» engrais chimiques qui s'est beaucoup généralisé depuis une vingtaine d'années, et notamment depuis la création des syndicats agricoles.

-* Théoriquement on calcule que l'accroissement de force doit être en raison du cube de l'accroufiement de vitesse. Ainsi Bvec le ballon dirigeable, pour obtenir uue vitesse double, il faut une force 2 x -2 X 2 := 8 Tois plus {^ande. Mais en fait c'est bien plus encore. Soit un navire de 20.000 chevaux faisant 20 nœuds (37 kilomètres à l'heure). Pour gagner un nœud, 5 p. 0/0 seulement, il faut augmenter de près de 10.000 chevaux la force de la machine, et pour la porter à 25 nœuds, il faudrait l'élever à 60 ou 70.000 clie vaux, c'estià-dire la tripler.

«LA WttTURE. ^1

«ortrefois. Pour n^xîlter que éenx cx^nrpteB ^ntre cent, le joirniElisme et ies chemins de <fer qui ont si pro^ondéBieTït TnedMié todtes ke eunditienfi 'de la vfb moderne, non 'seulement économiques, mais politiques, inteliec^ueUeseft morales, «ont Vxm et TiKutre des créstiofiiB 'de la macbine à vapeur'* . *

:I1 :faut<oependaint se mette^^^xi-'gSrde contre les espérances folles qu'ont fait «urgir «0B-«iE^veiUes. «On voit déjà Thomme presque libérié de la loi du %Rvar?l pom» 'le pain quofidien, ne travaîfJant plus que 3 ou 4 hcupes «par jour — un ^ociaili^ a mêm© calculré 1 heure -iO immulesl — et laéawmoins «produisesBlt pVus àe richesses qu'il nien (faut pour faire vivre tout le gem^ humain dans Tàhondanee.

N'y a-t-^1 pas déjà «n 'France, à c^tte fefeure, près de ii raillions de cherauxrvapenr qui (déiveloppent 'une'force'supéneure à celle de i 10 onaiMianB d'hommes*? Qr, comme c'esrt ttotft au iplue s'il y a en France iB k 10 jmrilicHiis d'jhommesen âge de foirmÉr un tra^vail productif, on .p-en^idire qooeila force 'productive de chacun d'eux -est multipliée par 12, ou si Ton préfère cette image plus pittoresque, que chaque insvaittotr français a dés^rmanv une dousaine d'esclamée à aan«ervice, fcte qui d^xaît loi procurer une situation qua^i éqnivaleote à oelle «des patriciens de Home, c'est-^à-dire Im 'pcrm^ettpe de^oumuler ks agréments de la richesse et ceux de l'oisiveté^ liés lors pourquoi, giiiceà ce nouveau régime d'esdavage quiremplaœim les ;aatique6 serviliudes, pourquoi les hommes de demain ae pofnraieiilt-ite pas vivre de 'la vie nob-le des anciens, et comme lesJGrrecs sur TÂgora ou les Romains 9m Forum, consacrer à la vie

1 Un Duméroide journal, comme le Times ou oertaios ^ands jonmaux flméoâamfi, a%'ec les aonooces, représente à ,p&u près la moitié d'un volume .comme oelui-ci, el même, les jours où il y a ud supplément, le volume tout entier. En admettant que le journal tire à lOO.OOG exemplaires, c'est donc l'équivalent de '50.000 volumes comme ^ebii-ci. Combien faudrait-?l de copistes pour reproduite à la main ces &O.OÛU volumes dans idÎK heur», c'est- à-dine dans le mâme ttemps que le journal s'imprime? Eo supposant que chacun écrivit 5 pages par heur^Q, il faudrait au moins 6CO.000 copistes.

* Le cheval-vffpeur calculé à 75 kilogrammètres représente une force un peu supérieure à celle d*un cheval ordinaire — et comme la force de celui-ci est évaluée à 7 fois celle d'un hosnme, on peut dire que la forée d'un cbeval-vapeur représente environ 10 fois celle ii'un homme. Mais comme cette forxse peut être continue, par exemple sortes navires à vapeur, tandis que celle de l'homme ou du cheval ne peut dt^passer 8 à 10 heures par jour, on peut dire que le travail fourni par un chevalvapeor dans une machine à feu continu représente 20 à 25 fois celle d'un homme. Lf.é machines d'un des paquebots les plus récents, la Mduretania, sont de 80.000 cUf'Taas (dont 70.000 pour les hélices, le reste pour les manœuvres) : c'est xlonc l'équivalent de 1.500.000 rameurs.

politique, aux délassements artistiques, aux exercices gymnastiques ou aux nobles spéculations de la pensée, les heures décûfeées au travail matériel — avec cette différence que ce qui était alors le privilège d'un petit nombre deviendra le lot de tousl

Pour dissiper cette ivresse, surtout celle des socialistes qui exultent, on pourrait d'abord faire remarquer qu^n'jsst pas bien s û.r qu'un semblable état social Mt désirable. Sismondi, au commencement du XIX' siècle, s'était montré sceptique et même inquiet à l'égard des bienfaits du machinisme et, quoique ce pessimisme lui ait été sévèrement reproché par tous les économistes et même Tait fait taxer d'ignorant, il contenait une part de vérité. L'esclavage antique n'a pas été moins funeste aux maîtres qu'aux esclaves en faisant perdre à ceux-là 1 habitude de TefTort et le goût du travail, et dès lors, il y aurait tout lieu de craindre que l'esclavage des forces naturelles ne produisit pour les hommes du xx* siècle les mêmes effets désastreux. Il faudrait préalablement, en tout cas, leur créer un autre idéal que celui des citoyens romains : panem et cir censés.

Mais surtout, il suffit d'analyser ces chiffres fantastiques pour voir qu'il y a beaucoup à en rabaltr^. Sur cette armée de chevauxvapeur, plus des trois quarts sont affectés uniquement au transport, sous forme de locomotives ou de bateaux à vapeur. Or, ceux-ci ont produit certainement une révolution considérable en reculant les limites que la distance imposait aux déplacements des individus, à l'échange des produits et à la communication des idées, en portant au plus haut point la solidarité du genre humain -^et*] à ce point de vue ils rendent un service moral dont on ne saorait i exagérer l'importance — mais on ne saurait dire précisément qu'ils multiplient les produits. Ils les multiplient pour le moment en les apportant des pays d'outre-mer, mais il est clair que c'est là une situation QrQvigçjre et qui tient simplement à ce que ces pays sont encore d^s^rts et n'ont pas besoin de garder pour leur consommation tout ce qu'ils produisent *.

Même dans l'industrie et l'agriculture beaucoup de machines n'ontd'autre résultatque d'accélérer le travail, mais non d'augmenter la quantité des produits. La machine à battre le blé pas plus que la machine à casser le sucre, pas plus que celles qui à Chicago

1 Cependant depuis une découverte toute récente, la tixalinn de l'azote de Tair sur des bases alcalines par rélectricilé, on peut dire que les machines, en produisant un engrais chimique très efficace, permettent d'accroître le rendement. Line société Norvégienne emploie à cette Tabrication de Tazotate de chaux les puissantes chutei^ d'eau de ce pays et en produit déjà 15.000 tonnes.

LA NATURE. 9î

transforment instantanément un porc en saucisses, n'ajoutent un atome à la somme de nos richesses : au contrairel car il y a toujours un peu de déchet. Que dire de celles qui en 3 heures transforraen un arbre centenaire en milliers d'exemplairesd'un journal quotidien ! D'autre part beaucoup de machines et de forces ne sont employées, comme Ta fait remarquer M. Leroy-Beaulieu, qu'à produire d'autres machines. Nous ne songeons pas à contester que les machmes ne restent une magnifique application du principe hédonistique en ce sens qu'elles peuvent réduire quasi indéfiniment le travail pour un résultat donné — quoiqu'on fait nous allons voir que'pour ceux qui semblaient devoir en bénéficier immédiatement, la classe ouvrière, le résultat ait été un accroissement de chômage plutôt que (le loisir — mais nous disons seulement qu'elles n'ont point augmenté la somme des produits autant qu'on le croit.

Les produits dont la multiplication pourrait apporter la plus notable amélioration dans la condition des hommes seraient les produits agricoles, car la première condition du bien-être matériel, c'est de se nourrir et s'il se peut, de se bien nourrir. Or tel est précisément le domaine dans lequel jusqu'à présent le machinisme s'est le moins développé. Il n'y avait en France (en 1905) pas même 200.000 chevaux-vapeur employés dans l'agriculture * soit moins de 2 p. 0/0 du total! Ce leqt développement du machinisme dans findustrie nourricière est-il dû seulement, comme on le croit, à l'esprit routinier des populations agricoles ou ne serait-il pas dû plutôt à la nature même de la production agricole? C'est cette dernière explication qui nous paraît être la vérité. La terre est le laboratoire de la vie, et la vie a des lois de développement qui lui sont propres (Voy. ci-dessus, p. 88).

îl y a aussi une industrie qui est d'une importance capitale au f^oint de vue du bien-être : c'est la construction des maisons. Or, les machines ne s'appliquent guère à ce genre de production, si ce n'est dans des conditions exceptionnelles *.

C'est donc dans un domaine plus restreint qu'on ne pense, — dans la fabrication seulement — que l'utilisation des forces naturelles a donné tout ce qu'on pouvait en attendre en fait d'abondance et de hou marché. On peut même dire qu'en cette partie elle a dépassé la mesure puisqu'elle aboutit à la surabondance et

' Le chiffre de 203.000 donné plus haut (p. 81} comprend, avec les machines agricoles^ les locomobiles compresseurs employés pour Tentretien des routes.

* Od a employé des machines pour construire les charpentes de fer, élever les matériaux, et çà et là aussi pour tailler et polir les pierres — et même, dans quelques cas extraordinaires, pour déplacer des maisons tout d'une pièce.

94 COURS D ÊGOWMIE POLITIQUE.

que, connue nous le verroosi^ ellefocce les grands industriels à- 9'eatendre pour restreindi^ leur productïDa *.

Enfin, on n'aperçoit nullement que Le machinisme ait iréduit la somme de travail qu^e fournit l'espèce humaine, voire même simplement la classe ouvrière, dans un pays quelconque*. Stuart Mill, il y a 60 ans, avait écrit cette ^jffi'rôTe^mélàncoliqtieKc c'estlune question de savoir si toutes les- inventions mécaniques ont ^brégé le lai)euT quotidien d'un être humaio quelconque ». Il est bien vrai que depuis qu'elles ont été prononcées la durée de la journée de travail a été beaucoup abrégée par tout pays : seulement cette réduction n'est point due au machinisme mais tout au contraire eu l'excès de duÉTée dû au machinisme, lequel a fini par provoquer Tintervention du législateur, et surtout à ce que le r^ccouiicissement de la journée de travail a été compensé par une intensification du travail — plus nerveuse que musculaire, il est vrai, mais qui n'en use pas moins les forces, plus rapidement peut-être *.

On peut mettre aussi au compte des machines beaucoup des maux qui tourmentent nos sociétés modernes : crises, concentration de l'industrie et de la population dans: des cités sordides, dans « les villes tgntaculaires » — et surtout le chômage. Ce dernier fiéau semble la conséquence la plus grave de l'emploi des machines; c'est celle qui pendant si longtemps a soulevé contre elles l'irritation des classes ouvrières. Elle vaut bien un chapitre spécial.

Si les- machiner portent préjudice à la classe ouvriâre.

Il semble que si un cheval-vapeur fait le travail de it) hommes, chaque nouveau cheval-vapeur créé va permeth'e à un seul homme de faire le travail de 9 travailleurs et, par conséquent, va con-

1 Les manufactures anglaises produisent assez de mètres de cotonnade pour faire 120 fois le lour du globe lercestre (5 milliards de yards). Rien ne les empôcherdit d'en fabriquer assez pour revêtir notre globe loui entier d.'un fourreau de colonnade, si seulement elles trouvaient à le vendre ! — L'usine Baldwin à Philadelphie produit 5 à 6 locomotives par jour I

Les fabriques di9 montres sont arrivées à faire une montre en une série innombrable d'opérations parcellaires dont la durée totale ne dépasse pas 2 heures 40 mi- Dute», ce qui permet de la vendre (en gros), par exemple dans des flibriques de TEst de la France, au prix^ stupéfiant de 2fr. 75 !

2 II est tel métier qui porte 1.000 k 1.400 broche» tournant à raison de 180 tours par. seconde. L'ouvrier doit les^ suivre toutes de l'œil et il conduit 2 de ces métier», et aux Etats-Unis 4 ou M

LM NATUB&. 98

damner aeiia-ciauf chômage, fiteomanie ehocan d^ œs* 9' hommes s^'efioroera* de conseirver sa place-, H doit en. nésidter mre surea- ^jètë B.u:n^sisqfah g^vilir^ les sfilahres*.

Et c'est parce cfoe cette faialie coaséquenca aipai?u,.à tort ou à raison, évidente aux ouvriers q.u'en mjHn^taireoastatiee ils ont démoli les maehiaes et pourchaasé leu-rs inventeurs, et même: auj'ouiid'hui l'emploi de maehines naùveiles» provoque parfois des grèves.

SÔat-ila complètement dans Terreur? Les économistes classiques, préoccupés de prouver qu'il ne' saurj^t exister dana nolure orgairisatioB écoDomique de eoatradiction entre riutérèt socialt et les inté* rets individuels, se mat évar^ués-à démontrer que, aui contraire, lea^ machines procuireni atus ouvriers plus de travail- et plos: de hieuêtre. Voici les trois arguments classiques^ :

if* Rojè marché, — Toute invention mécadiique, dit-on., a pour résultat un abaissement dadie le eoûL de preductioni et par conséquent dans les pcix. En admettant même que le salaire baisse, rouvriez hénéûteiera» donc, en tant que consommateur, de la baisse des priib donti il soufiFiva eiii taAfa que producteur.

A cela on peut répondiire d'aèordi qu'il n'obtiendra aiucune com-, pensation si le produit en qjuesUoQi ne- centre' pas dans sa consommation, ea q[Ui est fort possible*. La fabricatâaa de certaines ^ëqt tglles à la mécanique apu en abaisser le prix^mais comme la- pauvre femme qui les faisait n'a paâ rhajbitude de s'en parei, cela ne la dédommage en aucune fagon. "^ ^ /'

En admettant même q|Ue le produit en question rentre dans lai consommation du tcavailleur,, il n'y entrera sans doute que pouo une part infime et la compensation sera dénsûlre* L'ouvrière qui tricotait des- bas et. qui> par suite de l'invention d'une machine à tricoter, perd son salaire, ne s'en, consolera pas aisément pai' la perspective d.'adlietec désormais ses bas à bon compte chez le marchand.

Pour que la. compensation dont on parle fût réelle, il faudrait que le progrès mécanique se réalisât à la fois dans toutes les bjTcuichei de kb production^ à%^isi\& façon que: la baisse des prâqui en est la conséquience fàt générale et simultanée'. En ce» cas, oui ! on poTirraitî dire qu'il importei;ait peu à l'ouvrier de toucher un salaire réduit de moitii§, si toutes ses dépenses se trouvaient aussi réduites le mAÎtié. Malheureusement nous avons constaté tout à l'heure que

f Voir pour i*ezposé de ]a thèse des écoDomifttes sur celle célèbre question, ^ev^sBAair PrécU S Economie PoIUiqueyel pour plus de détails,, une brochure lii jnAae aateor, Oompavaison du trafxail. à. la main, et dt^. travail à» la ftachisu^

les découvertes mécaniques n'ont pas lieu dans toutes les branches de la production, mais seulement dans un petit nombre d*entre elles, et qu'elles n'afïectent que dans une faible mesure les dépenses qui occupent la plus grande place dans le budget de l'ouvrier, à savoir la nourriture et le logement (p. 93).

2** Accroissement de production. — Toute invention mécanique, continue-t-on, par cela seul qu'elle amène une baisse des prix, doit provoquer une augmentation de 4éîÛt correspondante,, et par conséquent elle finit toujours par rappeler les travailleurs qu'elle avait momentanément expulsés. Au lieu de leur enlever de Touvrage, elle leur en crée. Et les exemples à lappui abondent : grâce à la multiplication des Uvres depuis l'invention de l'imprimerie, combien plus d 'ouvriers typographes aujourd'hui que de copistes au Moyen âge * !

A ceci on peut répondre d'abord que, quoique l'accroissement du ^^t soit une conséquence fréquente de l'abaissement des prix, ce n'est pas vrai dans les cas suivants : — a) Toutes les fois qu'un produit ne répond qu'à un besoin limité. L'exemple des cercueils est classique mais il est bien d'autres produits (blé, sel, parapluies, lunettes, instruments) pour lesquels une baisse de prix n'augmente* rait que faiblement la consommation et même, pour certains articles de luxe, il se pourrait qu'elle la diminuât. On peut même dire que les marchandises pour lesquelles la consommation augmente exactement en raison inverse de la baisse du prix sont très rares. Croit-on que si le prix des chaussures diminue de moitié, on en usera deux fois plus'? — b) Toutes les fois qu'une industrie est solidaire d'autres industries. C'est un cas très fréquent. La production des bouteilles et des tonneaux est limitée par celle du vin, et le prix des bouteilles et des tonneaux aura beau baisser, on n'en vendra pas davantage si on n'a pas plus de vin à y mettre. De même, la production des ressorts de montres est limitée par celle des montres, la production des boulons par celle des rails ou des chaudières, celle des rails et chaudières est limitée à son tour par

i Autre exemple plus précis. £n Angleterre, en 1835, le nombre des ouvriers employés dans les filatures et manufactures de tissus de coton était de 220.000; il est aujourd'hui de plus de 700,000. Cependant c'est là surtout que les machines ont fait merveille.

D'ailleur.4 les machines ont créé une quantité d'industries tout à fait nouvelles (et parmi elles, la construction des machines elles-mêmes) qui ouvrent par conséquent au travail des débouchés nouveaux. La toute récente industrie des automobiles et des cycles occupe en France 100 000 ouvriers.

2 Aux Etals-Unis, en 1845, le nombre des ouvriers cordonniers était de 46.000, ce qui représentait alors 2,4 p. 0/0 de la population. En 1900 ils étaient 162.000, soil 2,1 p. 0/0 de la population. Leur nombre avait donc relativement dimhiué.

d'autres causes iDdépendaDtes des prix, telle que le développement des transports» la production minière, etc.

De plus, en admettant même une augmentation de consommation proportionnelle ou plus que proportionnelle à rabaissement des prix, encore faudra-t-il un temps plus ou moins long et peut-être même plusieurs générations avant que cette évolution s'accomplisse. Il faut du temps pour que les prix anciens s'abaissent, d'autant plus quQ la résistance intéressée des fabricants et les habitu- ^ des acquises en ralentissent la^ chute uUt concurrence finit bien par l'emporter^ mais des industries rivales ne s'établissent pas en un jour. Il faut plus de temps encore avant que l'abaissement des prix ait fait pénétrer le produit dans ces nouvelles couches de la société qui ne changent pas en un jour leurs goûts et leurs besoins. Et pendant ce temps, que fera l'ouvrier qui est obligé de vivre au jour le jour? — pour ses petits-enfants peut-être il y aura compensation, mais non pas pour lui. ^

3* Restitution du travail supprimé, — Tout emploi de machine qui économise la main-d'œuvre, dit-on enfin, entq^tne nécessairement un gain pour quelqu'un; gain réalisé soit par le producteur sous forme d'accroissement de profit, s'il continue à vendre ses produits & l'ancien prix, soit parle consommateur sous forme de diminution de dépenses si, ce qui est le plus vraisemblable^ le prix du produit s'abaisse au niveau du nouveau coût de production. L'argent qui se trouve en ipoiqs dans la poche des ouvriers congédia n'est donc pas perdu : il se retrouve dans la poche du fabricant ou dans celle des consommateurs. Or, que fera le fabri cant de ses nouveaux profits ou le consommateur de ses nouvelles épargnes? Il les placera ou les dépensera : pas d'autre alternative. Donc, dans un cas comme dans l'autre, il faudra bien que cet argent aille^ncou rager quelque industrie et développer la production, soit en achetant de nouveaux produits, soit en fournissant à la production de nouveaux capitaux.

En fin de compte donc, toute invention mécanique aurait pour résultat de rendre disponible, de « dégager », comme on dirait en termes de chimie, non seulement une certaine quantité de travail, mais aussi une certaine quantité de capital, et comme ces deux éléments ont une grande affinité l'un pour l'autre, et que même ils ne peuvent se passer l'un de l'autre, ils finiront bien par se retrouver et se combiner.

C'est là surtout l'argumentation de Bastiat. Elle est vraie in abstracto : seulement il faut se demander où et quand se fera cette combinaison. Sera-ce dans dix ans, sera-ce à l'autre extrémité du GiDB. — Cours. 7

9% COURS D'ÉKONOMÎE POLITIQUE.

niond«? Peut-^tre ^es éoonomieB rMisées par le oeosonisiAleur s'emploieront-elles à cons^truire un canal à Panama ou ua chemÎD de fer en Chine, l^e «capitat B-fte fois éégigé n'est pas en peine de trouTer où'«e placer ; il a des ^ilep, il peut s>nYjgigr n*tniporte eu. Le travailleur n'est pas a«ssi mobile : il n'est pas propre à n'importe quel emploi et ne peut aisément aller le cjbercàer au bout du monde. Il finira cependant par se décider À un changement de métier. Mai« il est probable qu'il y perdra une partie ^e ses capacités acquises et que par conséquent son salaire en sera réduit. £b tout cas la crise sera longue et douloureuse. Et comme elle «e renourelle à chagoe iOTention nouyelle, elle entretient le chômage à Tétai chronique. Et cette population flottante d'ouvriers sans travail, qui représente de 5 à 40 p. 0/0 de la population eocupée, pèse sur le marché et déprécie les salaires en offrant «es bras à vil prix.

Les ouvriers, victimes au moins temporaires de TexproprJation causée par les machines, ne se plaignent donc pas tout à fait à tort.

Au reste ce n'est plus contre les machines que protestent aojourd'hui les ouvriers, mais contre leur appropriation par les capita. listes. Us admettent qu'elles n'auraient que des bienfaits, pour eux oomme pour tous, si elles appaKenaient à la Société, car en ce cas eites n'auraient d'autre effet que de réduire la part de travail de chacun — mais non plus de supprimer h gagne-pain de personne.

Et, en attendant, ce qu'ils réclament c'est qu'en cas d'invention nouvelle les salariés n'aient pas à en soufïdr par réduction des salaires et congédiements, mais au contraire obtiennent uue part des avantages réalisés, soit sous forme de réduction des heures de travail,soi^6ous forme d'augmentation des salaire8^

Faut-il donc^ — c*était le pi'ogramme de Ruskin et de .ses disciples — précHér aux hommes l'abandon des machines à vapeui\ te retour au travail manuel ou aux forces natureltes plus humaines, celte de l'eau et du veatf /

N(tn, car il n'y a rien ici de spécial aux machines. Tout progrès économique, qu'il s'agisse d'invention mécanique ou de mode nou-

< Ainsi, en juillet 1908, le Congrès des aiiumettiers a adopté Tordre du jour suivant :

« Le Congrès, considérant que les bénéfices réalisés par les progrès dans le macliinisnie ne doiTent pas seulement affluer dans la caisse patronale, mais doivent aussi ôlre afîectés à l'araélioration de la cooditbn des travailleurs, déoide des*of^poser en principe à toute réduction nouvelle du personnel ».

Mais on ne voit pas comment le patron pourra conserver le même nombre d'ouvriers si sa vente n'augmente pas. Les ouvriers typographes ont montré plus de sens pratique en demandant aux patrons qni emploient la linotype une augmentation de satoire.

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veau d'organisation du travail, ne peut avoir pour effet que de rendre inutile une certaine quantité de travail. Et étant donnée Torganisation de nos sociétés modernes fondée sur la division du travail, où chacun de nous vit d^in genre de travail déterminé, il est impossible que ce progrès, quel qu'il soit, ne rende pas inutile le travail de queFqu'un et ne lui enlève pas du même coup son gagne-paiti. Là est la contradiction fatale.*ïît nous verrons plus !oîn que les moyens imaginés pour prévenir ou réparer les maux dm «hômage n'ont guère été effieac«*x-

/To«taujglu8>îst-îl permis d'espérer que la grande transformation économique ^t mécandqiie dont le xix» siècle a été le témoin touche à son term«.

Ltiicrtoire nous montre, en effet, dans révolution économique de i'humaofté, des périodes de transformation brusque suivies de longues périodes d'un état phis ou moins stationnaire : il est donc vraisemblable que la grande révolution économique de notre temps sera suivie d'un long temps de repos ou du moins de progrès très ieni, semhlaJdle d'ailleurs au oou<rs paisible des périodes qui ont précédé. L'invention de la machine à vapeur a donné déjà, sans doote, à peu près Umt ce qu'elle pouvait donner. — On en inventera d'autres plus parfaites, dit-on. C'est probable, mais quand bien même cette prévision se réaliserait, est-il vrctisemblable que la substitution de cette machine innommée à la machine à vapeur pût causer une révoluftion comparable à celle qui a substitué la machine à vapeur elle-même au métier à bras? Le réseau des chemins de fer -^ est à peu près terminé en Europe et sera achevé d'ici à un demisiècle dans le monde entier : voilà encore une transformation définitive et qui ne sera plus à faire. Peut-on imaginer que le transport par ballons dirigeables ou par aéroplanes des voyageurs ou des marchandises aura les mêmes conséquences économiques que le remplacement du roulage par les chemins de fer? Enfin l'espèce V^ humaine, d'jçLA-J»^" <^ générations, va être casée dans ce qui resie de place à la surface de notre planète; il n'y aura plus de terres vacantes, et la révolution économique provoquée par la concurrence des pays neufs sur nos vieux marchés cessera aussi '.

^ Stuart Mill, dans une page éloquente et souvent citée, a prophétisé que la baisse indéfinie des produits amènera un « état stationnaire », dans lequel « on rerra, en fin de tout, le fleuve de l'industrie humaine aboutir à une mer stagnante ».

L'émigration et la colonisation.

Aux divers faits que nous venoDs d'exposer, limitation du territoire et des ressources naturelles du milieu, loi de rendement non proportionnel, ralentissement de révolution, en attendant peut-être l'état stationnaire, il convient de rattacher un fait d'une importance capitale dans Tbistoire non seulement du genre humain mais de tous les êtres vivants et même des espèces végétales, qui est rémigration, et cet autre qui lui est connexe, la colonisation^, .

Toutes les émigrations du passé, celles des temps préhistoriques comme celles des Barbares, étaient dues, non pas certes ! au manque

> Emigration et colonisation sont deux phénomènes souvent connexes mais pour> tant distincts.

L'émigration est un phénomène démographique : il se manifeste très souvent sans colonisation, toutes les fois que Pémigralion se déverse dans un pays déjà constitué et indépendant. C'est le cas non seulement des émigrations inter- européennes qui font entrer en France, par exemple, de nombreux italiens et Belges, mais surtout du grand courant européen qui depuis un siècle vient peupler les Deux-Amériques.

La colonisation est un fait politique : c'est la prise de possession de territoires -inoccupés — ou occupés seulement par des populations dites non civilisées, quoique cette distinction soit parfois très arbitraire. Elle peut exister sans émigration si la prise de possession est opérée seulement par des soldats et des fonctionnaires qui ne font que passer dans la colonie sans y faire souche. C'est le cas malheureusement de beaucoup de colonies françaises. Il se peut d'ailleurs que les condition^i climatériques empêchent absolument l'immigration.

Si l'on met en regard pour les divers pays, comme nous le faisons ci-dessous, ia densité de la population et d'autre part le chiffre de Témigration rapporté à la population (1 par 100.000 habitants), on voit qu'il n'y a aucun parallélisme entre eux. S'il est vrai que l'Italie avec une très forte densité de population a une très forte émigration, que la Grande-Bretagne réunit aussi une foçte densité et une forte émigration, d'autre part l'Allemagne, avec une densité presque double de celle de l'Autriche-Hongrie, n'a qu'une émigration huit fois moindre. L'Espagne et l'Irlande, avec une densité de population bien inférieure à celle de la France, ont une émigriition bien supérieure.

L'émigration de l'Allemagne était dix fois plus forte il y a vingt ans : son essor de prospérité l'a arrêtée momentanément.

Densité. Émigration.

Grande-Bretogne 160 440

Allemagne 114 53

Autriche-Hongrie 74 400

France 73 20

Irlande 55 1.080

Espagne 36 288

LA NATUBE. \(Jt

^e place puisque les steppes ou les forêts qu'ils quittaient n'étaient •encore que des déserts, mais h Tinsuffisance des ressources naturelles du milieu ou des moyens d'en tirer parti.

Aujourd'hui il n'en est plus tout à fait ainsi. Ce n'est plus à l'insuffisance delaterre(quoiquepourtantce fut vrai pour Témigralion irlandaise au milieu du xix* siècle et encore aujourd'hui pour rémigration italienne, au moins en partie) mais à Tinsuffisance des salaires que sont dus les grand courants de l'émigration.

Néanmoins tous les pays cherchent assidûment à étendre leur territoire par la colonisation', sinon pour y déverser présentement un trop-plein de leur population, du moins pour se ménager cette ressource dans l'avenir, pour mettre la main sur les richesses naturelles du sol et du sous-sol dans les régions du globe encore inoccupées ( — et aussi, s*il y a déjà dans ces colonies une population plus ou moins civilisée, pour ouvrir des débouchés à leur industrie, mais nous retrouverons ce point de vue à propos du commerce international*.

Les économistes, qui sont presque tous très hostiles h la colonisation, disent vainement aux États qu'ils font là œuvre de dupe, que bien mieux vaudrait pour eux s'épargner les frais très onéreux de ces conquêtes — ce qui ne les empêcherait pas d'ailleurs de profiter des richesses que ces terres nouvelles peuvent contenir en y envoyant pacifiquement leurs émigrants et leurs capitaux, s'ils en ont de reste. Ainsi le Brésil et la République Argentine sont pour les émigrants italiens et allemands des colonies bien préférables à celles qui leur ont coûté si cher sur les côtes d'Afrique. Mais ce raisonnement n'a convaincu jusqu'à présent aucun gouvernement. Pour qu'il fût probant, il faut en effet supposer que les autres

* Certains pays ont pu ainsi par la colonisation décupler et centupler leur* territoire. Voici la superiicie de quelques pays mise en regard de la superficie de leurs possess-ons coloniales :

Saperflole Saperflcle Rapport,

de la métropole. des colonies.

Iles Britanniques 315.000 kil. c. 30.000.000 kil. c. 1 à 95

Belgique 30.000 2.500.000 1 à 83

Hollande 33.000 8.000.000 1 à 60

Portugal 89.000 2.000.000 1 à 22

Fraocc 536.000 9.500.000 • 1 à 18

Allemagne 540.000 2.800.000 là 5

Voir Principe» de oolonisaiioriy par M. Arthur Girault.

s Sauf pourtant M. Paul Leroy-Beau lieu qui s*en est fait le champion, et non sans

soccès depuis trente ans. Voir son livre bien connu La Colonisation chez les Peuples modernes.

.4fe: :•' : y: •-.•' ': : côtiiîs -«D'ÉcoNaMiF: politique.

pays, qui ne manqueront pa» de jouer le rôle de premier oceupan^ consentiront à laisser tout le monde bénéficier de Togurre coloniale qu'ils auront accomplie. Or c'est ce qu'ils oc feront point. Sans repoufiser absolument les immigrants étrangers^ ni leurs eapitaux, ils réserveront à kars propres nationaux les meilleures concessions de terres, de mines, de cheflQÎns de fer, et ils auront soin aussi de , se réserver le marché, s'il y ca a un, par des droits protecteurs.

En admettant même que la colonie reate ouverte à toits, comme Ta fait l'Angleterre jusqu'à présent avec un libéraMsm^e superbe — qui lui a permis d'ailleurs d'étendre indéfiniment son empire colonial sans provoquer trop d'hostilité de la part des autres peuples parce qu'ils savaient qu'ils y trouveraient aussi leur profit, il n'y en a pas moins pour la métropole des avantages spéciaux et nombreux. L'Angleterre trouve dans ses colonies des emplois magnifiquement rétribués pour tous les cadets de ses familles. La communauté politique crée entre la métix)pol« et le pays conquis^ en même temps, il est vrai, que des rancunes et des haine» plus ou moins tenaces, des liens moraux et économiques qui se resserrent de plus en plus et qui pourront sui^ivreà la rupture du lieu politique, si elle doit se faire un jour. La métropole finit tôt ou tard par imposer sa langue aux indigènes par des écoles, du moins aux classes aisées : or la communauté de langue crée une clientèle intellectuelle et parfois même une clientèle commerciale.

Les colonies ont des caractères très divers, mais qui se ramènent à deux types essentiels < :

4* Celles qui ont pour but de recevoir le trop-plein de la population de la mère-patri^y un essaim de la ruche. On les appelle colonies de peuplement. Mais il faut, pour atteindi'e ce but, qu'cttes présentent des conditions climatériques pas trop différentes de celles de la patrie pour que les émigrants puissent y vivre et, ce qui est ' plus difficile, s'y reproduire. Ces conditions sont rares. L'Aagleterre est presque le seul pays qui ait su mettre îa main sur ces régions où l'homme de race blanche trouve une terre familière et un ciel ami — et aussi la Russie, si on compte, comme il se doit, la Sibérie et l'Asie Centrale pour des colonies. La France a aussi une belle zone, assez étroite pourtant, dans l'Afrique du Nord, vis-à-vks d'elle. Mais pour les autres pays, il n'y a guère de colonie de peuplement possible. Cependant il n'est pas impossible que les progrès de l'hygiène ne permettent à la race blanche de s'acclimater dans des régions considérées aujourd'hui comme inhabitables.

» Pour radmin'rslration des colonies, qui ne rentre pas dans le programme de îrolre livre, voir Giraull, op, cit.

LA NAJUH& m

2* Celles qui oat pour but de proeurer non un territûire habLlable, mais des richesses n&tureUes, soit végétales^ soit minières : 00 les appelle c&ioniea d'exploitation. Ëiles oui en cOCet fourni aux sociétés civilisées des riidiesses incalculables : or, argent, dian^ants, LToire, épiées, sucre, café, chocolat, coton, quinquina, caoutchouc, bois précieux : tout cela a été d'abord produits coloniaux et Test encore aujourd'bui pour la plus grande partie. TaiHlis que les coLooies de peupleiikent ont un caractère surtout agricole, les colonies d'exploitation ont un caractère surtout commercial, en ce sens que les richesses natnrelles de ce pays, toutes destinées à l'exportation, sont généralement exploitées et même monopolisées par djes Compagnies de commerce. Ces Compagnies ont joué un grand rôle dans la colonisation. 11 suffit de rappeler la célèbre Compagnie des Indes. Aujourd'hui encore quand il s'agit de mettre en valeur d'immenses territoires à peine explorés, comme ceux du Congo, les Étals ont intérêt à se substituer des sociétés privées et même à leur déléguer une partie de leur souveraineté * .

^Mais tant sous Tune que sous l'autre forme, la colonisation, il faut l'avouer, a une cruelle et cnême épouvantable histoire. Sous la forme de colonies de peuplement elle a presque partout exproprié la population indigène et parfois l'a exterminée ^ Sous la forme de colonies d'exploitation il a bien fallu se montrer plus économe de la vie des indigènes puisqu'on ne pouvait les remplacer, mais on les a asservis à un régime qui ne saurait être mieux qualifié que par le nom même que portent ces colonies. La colonisation comnierciak s'est toujours montrée plus féi^oce que la colonisation militaire.

La seule iosti&catioD qu'on puisse donaer de la colonisation de conquèbe c'est que les nécessités de l'existence pour le genre humain ne permettent pas de laisser indéfiniment en friche les territoires dont les propriétaires n'ont pas su tirer parti : c'est donc l'expro-

I Ce a*iest cependaet pas le Cà9 pour les CoiofiagDies françaises du Congo qui ne sont investies que de privilèges d'ordre ëcoAOïiûque.

' U esl à remarquer que la colonisation espagnole, la plus horrible de loules en apparence par la férocité et lavidilé de ses conquistadores, a pourtant laissé subsister dsns tes colonies hispano-américaines une grande partie de la population iodigèiM, tandis que la colonisation anglaise, plus humaine dans ses procédés, a eu pour résultat de faire disparaître complètement de l'Amérique du Nord et de TAus- Iraiie toute U population indigène. C*esL (^e la concurrence économique entre une race forte et une race faible est beaucoup plus homicide que les actes de cruauté indlvfdueTs. Le plus beau titre de gloire de la coloDÎsdtion fran(;nise c'est que, malgré des atrocités isolées, dans presque toutes ses colonies la population indigène a avgneaté : en Algérie elle s'accroît bien plus que celle des coions.

priatioD pour cause d'utilité publique, disons même d'utilité mondiale. Et cette raison nous paraîtrait en effet suffisante mais à la condition que Texpropriation ici fût accompagnée des garanties observées lorsqu'il s'agit des individus et si elle assurait aux indigènes une situation au moins égale à celle qu'ils avaient déjà. Ces garanties seraient plus efficaces si elles étaient sanctionnées par des accords internationaux (comme l'acte de Berlin pour le Congo ou celui d'Algésiras pour le Maroc). Malheureusement quand le jour viendra où ces règles seront observées, il ne sera plus temps de les appliquer parce que l'œuvre de la colonisation sera finie.

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