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CHAPITRE III LE CAPITAL

Les deux conceptions du capital.

Aucune conception économique, après celle de la valeur, n'a fait surgir plus de théories que celle du capital. C'est parce qu'elle comporte deux significations très différentes.

Voici la première.

De tous les innombrables auteurs qui nous ont raconté des histoires de Robinsons et se sont proposé de nous montrer l'homme seul aux^ grises avec les nécessités de l'existence, il n'en est pas un seul qui n'aUeu soin de doter son héros de quelques instruments ou provisions sauvés d'un naufrage. Ils savaient bien, en effet, que sans cette précaution il leur faudrait arrêter leur roman dès la seconde page, l'existence de leur héros ne pouvant se prolonger au delà. Cependant tous ces Robinsons n'avaient-ils pas pour vivre les ressources de leur travail et les trésors d'une nature féconde, quoique vierge? Oui, mais quelque chose pourtant leur faisait défaut et, comme ils n'auraient pu s'en passer, il faut bien que Pauteur s'arrange par un artifice quelconque pour le leur procurer : ce quelque chose indispensable, c'est le Capital.

Il n'est pas besoin du reste d'aller chercher l'exemple d'un Robinson pour se convaincre de l'utilité du capital. Au milieu de nos sociétés civilisées, la situation n*est pas différente. Il n'est pas de problème plus difficile à résoudre, dans le monde où nous vivons, que d'acquérir quelque chose quand on ne possède rien. Considérez un prolétaire, c'est-à-dire un individu sans aucune avance ; que fera-t-il pour produire ce qui lui est nécessaire pour vivre, pour gagner sa vie, comme on dit? Un peu de réflexion suffit pour montrer qu'il n'est aucun genre d'industrie productive qu'il puisse entreprendre; pas même celle de braconnier ^ car il lui faudrait un

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fusil OU du moins des collets; pas môme celle de chiffonnier, car il lui faudrait un crochet et une hotte ^ Il se trouve aussi misérable, aussi impuissant, et serait aussi sûrement condamné à mourir de faim qu'un Robinson qui n'aurait rien sauvé du naufrage — si, par le salariat, il ne pouvait entrer au service d'un capitaliste qui lui fournit, sous certaines conditions, les matières premières et les instruments nécessaires pour la production.

Sans doute les animaux sont bien obligés de se contenter de leur travail et de la nature pour'suffire à leurs besoins. L'homme primitif a été nécessairement dans le même cas. Il est bien évident que le premier capital de l'espèce humaine a dû être formé sans le secours d'aucun autre capital. Il a bien fallu qu'un jour l'homme sur

/cette terre, plus déshérité que Robinson dans son île, résolût le difficile problème de produire la première richesse sans le secours d'une richesse préexistante. C'est réduit au seul secours de ses mains que l'homme a dû mettre en branle l'immense roue de l'industrie humaine. Mais une fois mise en mouvement, le plus difficile était fait et la plus légère impulsion a suffi pour lui impri- ^ mer une vitesse sans cesse accrue. La première pierre ramassée à ses pieds, le silex éclaté au feu des anthropopithèques, a servi d'abord d'auxiliaire pour en créer une nouvelle dans des conditions un peu plus favorables et celles-ci à leur tour ont servi à en créer d'autres. La faculté de la production croît suivant une progression géométrique, en raison de la quantité de richesse déjà acquise. Mais on sait que si une progression géométrique, arrivée à un certain point, s'accroît avec une rapidité vertigineuse, au contraire pendant les premiers termes, l'augmentation est lente. Ainsi nos sociétés modernes qui, vivant sur les richesses accumulées de mille générations, se font un jeu de multiplier la richesse sous toutes ses formes ne doivent pas oublier combien lente et périlleuse a dû être dans les débuts l'accumulation des premières richesses, et pendant combien de siècles ont dû se traîner lefi premières sociétés humainés à travers les âges obscurs de la pierre taillée et de la pierre polie, avant de réunir les premiers capitaux. Certes, beaucoup ont dû périr de misère en traversant ce cfidûUtable.déûM ' iï û'a été

. donné qu'à un petit nombre de races d'élite de le franchir heureu-

* La production iotellecluelle ne Taii pas exception. Lea professions d'avocat, de médecin, de magistrat, etc., supposent rutilisation et la préexistence d'une certaine quantité de richesse, non seulement sous forme d'instruments de travail — bibliothèque, trousses, laboratoire, voiture, costume, etc., ^ mais surtout bous forme d'avances en argent pendant les années d'études et de noviciat.

sèment pour s'élever au rang de sociétés vraiment capitalistes, ad augusta per angusla.

Voilà la signification du capital qui est toujours donnée dans les traités d'économie politique. Elle est en efîet essentielle. Il y en a pourtant une autre et c'est celle-ci qui est la plus usuelle.

Dans le langage courant, le capital ce n'est point l'instrument de production, c'est toute richesse qui sert à procurer un revenu à son possesseur indépendamment du travail de ce possesseur — ou comme l'on dit, à rapporter une rente. Mais cette définition suppose évidemment une certaine condition économique et sociale, notamment le fait que la richesse peut être prêtée à intérêt, ou qu'elle peut être employée à faire travailler des gens pauvres et qui seront trop heureux de se loufif pour vivre.

Elfe suppose évidemment Texistence de la propriété et, bien qu'elle soit aussi ancienne que la propriété privée elle-même, cependant elle a pris une plus grande extension depuis que le crédit a multiplié les formes d'investissement et de mobilisation du capital (voir ci-après les Sociétés de capitaux). Ce qui caractérise donc cette seconde conception du capital, ce n'est plus la productivité, mais la rentabilité^, non pas la vertu de produire enjant qu'instrument de travail, mais le pouvoir de commander le travail d'autrui et par conséquent de se procurer un revenu sans travail personnel — du moins sans autre travail que celui qui consiste à surveiller l'emploi de son capital et à en recueillir les fruits.

Voilà pourquoi les socialistes insistent uniquement sur cette seconde signification du capitih Ils n'admettent pas que l'arc du . sauvage et le rahûj de Robinson puissent être cités comme exemples du capital. 11 est clair, en effet, que le sauvage ni Robinson n'auraient pu s'en faire des « rentes » : donc ce n'étaient pas des capitaux. Ils raillent ce qu'on pourrait appeler la conception naturaliste du capital et la remplacent par la conception juridique ^ Le capital n'est pour eux qu'une « catégorie historique » qui a apparu à son heure et disparaîtra de même.

Ce ([ui a établi un^ opposition violente entre ces deux théories, c'est qu'on a voulu en faire des machines de guerre, la première

> Ce mol de rentabilité est de Duhriog.

• On ne peut, dit Kodberlus, considérer comme il faut la plupart des problèmes de notre science et notamment de la situation de la ciasse ouvrière, tant qu'on ne s'est paft approprié la distinction de ces deux sent, qu*on ne se Test pas rendue familière » (La Capital, p. 24S}.

* C'e«t l'expression employée par M. Châtelain, \o\r Revue d'Economie politique^ Le Capital économique et le Capital Juridique (1905, p. 673). Dans les éditions précédentes, j'avais dit : conception historique, ce ((ui est moins bon.

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pour légitimer, et la seconde pour décrier le rôle du capital. Les uns disent : voyez quel serviteur utile puisque même un Robinson ne peut vivre sans lui ! Leç autres disent : voyez quel tyran puisqu'il ne s'alimente que du travail d*autrui ! — Mais ceci sont des considérations de ûnalité-^que nous ajournons au moment où nous nous occuperons de la répartition des richesses. Le seul point que nous ayons à éclaircir pour le moment, c'est de savoir quelle est la véritable fonction du capital dans la production.

Or il n'y a pas de contradiction nécessaire entre ces deux théories, car chacune d'elles met en lumière une des forces du capital : Tune l'envisage dans ses caractères naturels, permanents, économiques» et l'autre dans ses caractères acquis, relatifs, juridiques.

Il est certain que le rôle du capital s'e^t modifié avec l'évolution économique. D'abord modeste instrument du travailleur manuel, il s'est peu à peu détaché de ses mains; il a passé entre celles des riches. D'abord simple instrument de production, il est devenu instrument de lucre.- Il ne se borne plus à aider le travail : il le commande. C'est ce régime social nouveau que les socialistes appellent le capitalisme.

Néanmoins le jour où le « capitalisme » aura disparu, le a capital » en tant que moyen de production demeurera tout de même. J'estime donc que la définition des économistes est d'une vérité supérieure, précisément parce qu'elle envisage dans le capital les caractères essentiels et nécessaires, tandis que l'autre n'y voit que les caractères contingents et éphémères.

M Le fait qu'aucune richesse ne peut être produite sans le secours ^ d'une autre richesse préexistante est une loi économique d'une im- ---. portance telle qu'on ne saurait certes l'exagérer. Oui, de même que le feu ne peut être allumé, du moins dans les conditions ordinaires de la vie, sansune parcelle de matière en ignition (allumette, tison» briquet); — de même qu'un mélange explosif ne peut pas détoner sans être provoqué par le choc d'une parcelle explosive qui s'appelle l'amorce ; — de même qu'un être vivant ne peut être produit • sans la présence d'une certaine portion de matière vivante préexistante (germe, cellule, protoplasma); — de même aussi nulle richesse ne peut être produite, dans les conditions économiques normales, sans la présence d'une certaine portion de richesse préexistante qui joue le rôle d'amorce. II faut bien donner un nom à cette richesse préexistante dont la fonction est si caractéristique? Nous lui donnons celui de capital. Si les socialistes ne veulent pas de ce nom, ils ont le droit d'en poser un autre, — mais comme ils ne l'ont point fait, en attendant gardons celui-ci.

Capitaux productifs et capitaux lucratifs.

Les richesses paraissent, à première vue, se classer en deux catégories assez nettement distinctes.

Les unes servent directement à satisfaire nos besoins, à nous procurerune jouissance quelconque, fugitive ou permanente. Inulile de les énumérer : c'est tout ce qui figure sur notre table et dans notre maison, tout ce qui contribue à notre bien-être. On peut ^les appeler les biens de consommation ^

Mais derrière cette première catégorie de biens nous en voyons beaucoup d'autres qui par eux-mêmes sont impropres à nous procurer aucune jouissance et qui ne servent qu'à produire précisément les biens de la première catégorie — ils n'ont été faits que pour cela : instruments et machines, véhicules, fabriques, fermés, routes, ponts, charbon, matières premières, et tout produit en cours de transformation mais non encore parvenu à son état définitif. C'est à cette seconde catégorie que l'on réserve le nom de capitaux.

Toutefois il ne faut pas comprendre dans cette seconde catégorie la terre et les agents naturels, puisqu'ils constituent un facteur originaire de la production qui ne doit pas rentrer, sous peine de confusion, sous la rubrique du capital *. La caractéristique du capital, c'est d'être une richesse créée — non pour elle-même, mais pour créer de nouvelles richesses, ou, comme le dit brièvement et« élégamment M. de Bœhm-Bawerk, une richesse intermédiaire.

Celte distinction entre ce qui est capital et ce qui ne Test pas, paraît très nette. Entre les deux catégories, il semble qu'il y ait une

I Quelques économistes disent aussi les revente, mais ce mot est trompeur parce qu'il implique le fait d*étre maogé ou dépensé, tandis que la consommation ne Timplique pas nécessairement. Un tableau, de l*argenterie, un cb&teau, une maison» sont des biens de consommation, mais ne sont pas des revenus.

s Cependant, dans la mesure où la terre peut être considérée elle-même comme un produit, à savoir pour tout ce qui lui est superposé sous forme de bâtiment», amendements et labours, on peut lui donner le titre de Capital.

Si la Nature ne doit pas être confondue avec le Capital, il faut dire de même du Travail : et cependant pluaieurs économistes qualifient de capitaux les connais^ sancet acquitet : par exemple, dans les professions libérales ou les fonctions pikbitqoes celtes qui sont constatées par les diplômes. Il est vrai que ces connaissances pourront être des sources de revenus, mais ces revenus n'en seront pas moins les fruits du travail. Ce qu'il faut dire, c*e8t que ces connaissances n'ont pu être acquises et ces diplômes conquis que gr&ce à la possession d'un certain capital argent,, mais ceci est une autre question.

GiDB. — COCRS. 9»

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ligne de démarcation, un fossé, même un abîme ! Cependant ce n'est pas si simple que cela en a Tair.

D'abord, il faut remarquer que beaucoup de choses possèdent des propriétés multiples, sont k double fin, en sorte qu'elles sont à cheval sur la ligne de démarcation et qu'on peut les classer, selon celle de leurs propriétés qu'on utilise, soit dans la première, soit dans la deuxième catégorie. Un œuf est à la fois un germe et un aliment : il est donc capital si on utilise ses propriétés germinatives pour le faire couver, et objet de consommation si on utilise ses propriétés alimentaires pour le servir sur le plat. Le charbon est capital s'il sert à chauffer une locomotive et objet de consommation s'il sert à chaufler les pieds. Une voiture est indispensable à un médecin, mais elle peut aussi ne servir qu'à la promenade.

D'autre part il n'y a aucun bien, même parmi ceux qui par leur nature ne peuvent servir qu'à la consommation personnelle et à i^agrément, qui ne puisse être vendu, loué, prêté, et par là ne puisse rapporter un revenu, un profita son propriétaire. Or comme le fait de rapporter un revenu est le trait caractéristique du capital, il faut donc reconnaître qu'il n'y a pas un seul bien qui ne puisse devenir un capital si le propriétaire, au lieu de l'employer à ses besoins personnels, s'en fait un instrument de lucre. Non seulement une automobile, une villa de bains de mer, un costume de carnaval, peuvent être loués et par là devenir capital, mais n'importe quelle denrée qui se mange ou se boit, n'importe quel article de parure ou d'amusememt, peut servir d'objet à un commerce et par là devenir ce qu'on appelle « un fonds de commerce », c'est-à-dire précisément un capital.

Ainsi les maisons^ par notre définition, ne sont que des objets de consommation, puisque comme les vivres ou les vêtements, elles sont des produits définitifs et effectivement employés à satisfaire aux besoins de ceux qui y habitent ; et c'est bien ainsi que dès le début Adam Smith les avait classées*. Mais elles peuvent devenir des capitaux lucratifs pour leur propriétaire s'il les loue au lieu de les habiter, et même des capitaux productifs si elles ne sei^ventpas à l'habitation, mais à la production, comme bâtiments d'exploitation (usines, fermes, magasins).

1 Cependant, je dois dire que celte distînclion est vivement contestée. Beaucoup d'économistes estiment qu'une maison est toujours capital, même quand elle ne sert qu'à l'habitation, parce qu'elle est toujours productive d'un revenu qui est l'abri, le confort, le service rendu. — Mais à ce compte le fauteuil où je m'assieds devrait être de même un capital productif de revenu, car il me rend aussi des services? Et en effet certains économistes, notamment MM. Walras et Irving Fisher, vont jusque-là.

Ainsi ce qui constitue « les capitaux » par excellence dans le langage courant, par opposition à la propriété immobilière, à savoir toutes les valeurs mobilières représentées par des titres de rente sur l'Etat, obligations ou actions, créances hypothécaires, etc., ne sont que des capitaux lucratifs, en ce sens qu'ils ne correspondent à aucun capital réellement productif et ne tirent leur revenu que de la bourse du débiteur ou du contribuable. Seules les valeurs mobilières qu'on appelle des « actions » représentent des capitaux productifs existant quelque part sous forme de mines, chemins de fer, usines, banques, etc., mais elles n'en sont que les titres juridiques, le signe. Il faudrait donc, même pour celles-ci, se garder de les compter deux fois dans la fortune d'un pays, une fois en titres et une seconde fois en nature.

Ainsi surtout l'argent, le numéraire, qui est tout ce qu'on veut. Nous croyons qu'on peut le classer parmi les capitaux de production, au même titre que les poids et mesures ou que les wagons, puisque comme eux il est un instrument et un véhicule de Téchange *. Mais il est aussi, quand il est prêté, le capital lucratif par excellence. Et enfin, si l'argent est employé à Tornement, comme les gecniifts que les femmes d'Orient portent à leur couj en ce cas il n'est plus du tout capital, ni lucratif, ni productif, mais « bien de consommation ». ^

En tout cas, ce qu'il importe de retenir c'est que autre chose est un capital qui sert à produire une richesse nouvelle, autre chose est un capital qui sert à produire un revenu. Le revenu que donne celui-ci n'est pas une richesse nouvelle créée pour la Société : c'est simplement un prélèvement qgéj^ sur le revenu du locataire, sur celai de l'emprunteur, ou de l'acheteur.

Pour marquer cette distinction nous appelons les biens qui servent effectivement à la production capitaux productifs^ et ceux qui ne servent qu'à procurer un reveau à leur propriétaire capitaux lucratifs^.

Mais ceci exige quelques explications sur ce qu'il faut entendre par la productivité des capitaux,

I Cette solution a été critiquée. M. Ghstelaia Dotammenl oe veut voir dans Targenl qu'uD capital lucratif, parce que par lui-même 11 ne peut rieo produire mais o*a d*autre rôle, quand il est placé ou mis dans le commerce, que de procurer un profiL Mais la balance et la pierre de touche que le marchand chinois porte encore à sa ceinture ne produisent rien non plus, et n*ont pour but que de vériâer la T<» leur des lingots d'argent. Cependant si elles sont indispensables au commerce, elles sont un capital : alors pourquoi le petit lingot d'argent lui-même oe le serait -il pas?

> M. de BcEbm-Bawerk, dans son livre 9ur le Capital^ approuve cette classifica-

132 • COURS D'ÉGOiNOMlE POLITIQUE.

Dans qael sens faut-il entendre la productivité des capitaux?

Le rôle que joue le capital dans la production donne lieu à de fâcheuses confusions.

Généralement on dit que tout capital donne un revenu : cela paratt être dans sa nature. Et on s'imagine qu'il le donne de la même façon qu'un arbre donne des fruits ou qu'une poule donne des œufs : en sorte qu'on voit dans le revenu un produit formé exclusivement parle capital et sorti de lui, et qu'on pense que si un capital ne produit pas des revenus c'est qu'il est frappé de quelque infirmité congénitale 1

Et ce qui contribue à propager cette idée fausse, c'est que la plupart des capitaux nous apparaissent sous la forme de titres de rentes, d'actions ou d'obligations, desquels, suivant la formule consacrée, on détache des coupons qui représentent le revenu. Pendant six mois ou un an, suivant la nature du titre, le coupon grossit; le jour de l'échéance arrivé, il est mûr : on peut le cueillir, et en efiet on le sépare d'un coup de ciseau.

Bien plus : de même que quand le fruit ou le grain est cueilli, on peut le semer de nouveau et faire pousser une nouvelle plante qui donnera de nouveaux fruits, ou de même que lorsque Tœuf est pondu on peut le mettre à couver et faire éclore un pqussin qui donnera de nouveaux œufs, — de même, en plaçant ce coupon, on peut créer un nouveau capital qui donnera de nouveaux coupons d'intérêt, et on croit voir ainsi le capital croître et se multiplier suivant les mêmes lois que celles qui président à la multiplication des espèces végétales ou animales. Mais la loi de Vintérét composé^ car c'est ainsi qu'on l'appelle, est bien autrement merveilleuse que la multiplication des harengs ou des microbes. Car un simple sou* placé à intérêts composés au premier jour de l'ère chrétienne, aurait produit aujourd'hui une valeur égale à celle de quelques milliards de globes d'or massif du volume de la terre ; ce petit calcul d'arithmétique est resté célèbre.

tioD et cette terminologie; toutefois il préfère appeler les capitaux productifs capital social, et les capitaux lucratifs capital individuêL II veut dire que les premiers seuls sont capitaux pour la Société; les seconds, seulement pour Tindividu — ce qui est très vrai. Néanmoins l'expression peut induire en erreur car, à un autre point de vue, les capitaux lucratifs ne peuvent se concevoir que dans la vie de société^ tandis que les capitaux productifs existent même pour un Robinson.

Il faut dissiper toute cette fantasmagorie qui échauffe si fort, et îiOD sans raison, la bile des socialistes. Cette espèce de force productive et mystérieuse que Ton attribue au capital et qui lui serait propre, cette vertu génératrice, est pure chimère. Quoi qu'en dise le dicton populaire, l'argent ne fait pas de petits, et le capital pas davantage. Non seulement un sac d'écjis n'a jamais produit un écu, comme l'avait déjà remarqué Aristote, mais un ballot de laine n'a jamais produit un flocon de laine ni une charrue de petites charrues; et s'il est vrai que des moutons reproduisent d'autres moutons — comme le disait Bentham pensant réfuter par là Aristote, — ce n'est point du tout parce que les moutons sont des capitaux, mais tout simplement parce qu'ils sont... des moutons et que la nature a doué les êtres vivants de la propriété de reproduire des individus semblables à eux-mêmes. Mais le capital en tant que matière première ou instrument est absolument stérile. Par conséquent quand nous disons capital « productif », en l'opposant à capital lucratif il faut l'entendre simplement au sens d'instrument d'un travail productif.

Il est vrai que, comme nous Tavons vu (p. 125), le travail, lui aussi, dans les conditions économiques actuelles, est stérile sans le concours du capital. On pourrait donc être tenté de conclure qu'ils sont l'un et l'autre sur le même pied, également inféconds tant qu'ils sont séparés, créateurs dès qu'ils sont réunis, et sans qu'on puisse distinguer la part de chacun d'eux, pas plus que celle des deux sexes dans la génération. Mais il ne faut pas les mettre sur le même pied, car nous avons vu (p. 129) que le capital n'est lui-même qu'un produit du travail. Dire que le travail est stérile sans le concours du capital, cela veut dire tout simplement que le travail présent ne peut produire qu'avec la collaboration du travail passé. Une charrue avec son attelage, entre les mains du laboureur, peut lui permettre de produire beaucoup plus de blé que le seul travail de ses mains. Et c'est ce supplément de blé qui constitue le soidisant revenu du capital. Néanmoins, il ne vient pas de la charrue Il vient rf^ t homme aidé par la charrue. Et la charrue elle-même vient du travail d'un homme présent ou passé. C'est le cas de rappeler ici cette belle pensée de M. Alfred Fouillée que l'inventeur de Ja charrue laboure invisible à côté du laboureur.

Ce qui trouble les idées c'est qu'on voit bon nombre de rentiers vivre sans rien faire et même accroître rapidement leur fortune. Alors leur revenu ne peut provenir, semble-t-il, que du capital mêoie qui le produirait spontanément? — En réalité, ce revenu est parfaitement le produit d'un travail, seulement d'un travail qu'on

ne voit pas, car il y a toujours quelque part, au loin ou au préSj des hommes gui travaillent avec ces capitaux empruntés et dont le travail produit les intérêts, profils ou dividendes, touchés par l^ rentier. Les coupons d'intérêt des actions ou obligations de char- ^bonnage représentent la valeur des tonnes de houille extraites par le travail des mineurs, et les coupons des actions ou obligations de chemins de fer représentent les résultats du travail des mécaniciens, hommes d'équipe, chefs de gare, aiguilleurs, qui ont coopéré au transporta *

Il en est ainsi alors même que le capital entre les mains de Tempointeur a été dissipé ou consommé improductivement. En ce cas, les intérêts touchés par le prêteur ne représentent plus le produit du travail de l'emprunteur, mais toujours celui de quelqu'autre qu*il faut chercher plus loin. Par exemple, les coupons de titres de rentes sur l'État ne représentent pas généralement des richesses produites par le travail ou Tindustrie de TËtat, puisque celui-ci a l'habitude de dépenser improductivement la plupart des capitaux à lui prêtés, mais ils représentent le produit du travail de tous les Français qui, sous forme de contributions, a été versé annuellement dans les caisses du Trésor et passe de là dans les mains des rentiers. Et quand un fils de famille emprunte de l'argent pour le manger, les intérêts' qu'il paie à l'usurier ne représentent certes pas le produit de son travail, mais peut-être celui de ses fermiers ou bien, s'il doit rembourser sur son héritage, le produit du travail de son père. Et longtemps après que l'argent aura été dissipé en débauches par le ûls de famille ou qu'il se sera dissipé en fumées^ sur les champs de bataille^ il pourra rester tout de même en temps que capital lucratif pour l'usurier ou pour le rentier sur l'État.

Capitaux fixes et capitaux circulants

Le capital n'est pas éternel. Généralement même il ne dure pas très longtemps parce qu'il se détruit par l'acte même, instantané ou indéfiniment répété, de la production, mais, selon que sa durée

ra plus ou moins longue, il pourra servir à un nombre d'actes de production plus ou moins considérable.

1 De ce fait les socialistes tireat cette conclusion que le prélèvement exercé par les capitalistes sous Tonne de revenu (intérêt, profit, etc.) constitue une spolialloa des travailleurs. Ceci est une autre question que nous retrouverons à propos des revenus. Voir au Liv. Ill, Lintérèt et le profit.

Le capital au coatraire a une durée illimitée quand il n*est plus en nature, sous une forme concrète, mais sous la forme abstraite d'une valeur^ car alors il se renouvelle constamment par le remboursement ou l'amortissement. C'est, par exemple, une valeur prêtée à un emprunteur qui doit payer éternellement Tintérêt, tel le prêt fait à l'État en rente perpétuelle, ou qui doit la rendre inté-^ gratement à Téchéance, ce qui permettra de la prêter de nouveau et ainsi de suite indéfiniment; ou bien c'est une valeur mise dans rindustrie ou le commerce par son propriétaire et qui doit reproduire non seulement un revenu, mais aussi une plus-value suffisante pour reconstituer cette valeur en cas de perte. C'est ce qu'explique la comparaison mythologique, appliquée fréquemment au capital par les économistes, de Protée ou du phénix renaissant de ses cendres. . . '^^'[s

On désigne gftus le nom de capitaux circulants ceux qui ne peuvent servir qu'une seule fois, parce qu'ils doivent disparaître dans l'acte même de production, par exemple le blé qu'on sème, Tengrais-^ qu'on enfouit dans le sol, la houille qu'on brûle, le coton qu'on file ; — et sous le nom de capitaux fixes ceux qui peuvent servir à j>lusieurs actes de production, depuis les instruments les plus fragiles, comme une aiguille ou un sac, jusqu'aux plus durables, comme un tunnel ou un canal, quoique ceux-ci eux-mêmes ne puissent subsister qu'à la condition d'être entretenus, c'est-à-dire refaits sans cessée

il y a un grand avantage pour la production à employer des capitaux à longue durée. En effet, si considérable que soit le travail exigé pour leur établissement et si minime que l'on veuille supposer le travail épargné annuellement par leur concours, il doit arriver nécessairement, un peu plus tôt ou un peu plus, tard, un moment où le travail épargné égalera le travail dépensé. Ce moment arrivé, le capital se trouvera amorti, pour employer Texpression consacrée, c'est-à-dire que dorénavant le travail économisé constituera un gain net pour la Société. A dater de ce jour, et pour tout le temps que le capital durera encore, le service rendu par lui sera désormais gratuit. Aussi les progrès de la civilisation tendent-ils incessamment à remplacer des capitaux de moindre durée par des capitaux plus durables. ^>&-

1 Quelques écoDomistes cependant prennent un autre critérium pour distinguer le capital fixe du capital circulant : le premier est celui qui est engagé dans Tenlrepriae productive, le second est celui qui ne donne de profits que par Véohange. Ces deux classifications ne sont pas du tout superposables : ainsi le charbon brûlé dans la machine serait un capital fixe d*après cette définition, tandis qu'il est capital circulant d'après celle du texte.

i36 COURS DÉGONOMIE POLITIQUE.

Toutefois il ne faut pas oublier :

1^ Que la formation de semblables capitaux exige généralement d'autant plus de travail quiU doivent durer davantage^ que, par conséquent, il y a ici une balance à établir. On peut dire seulement que l'augmentation dans la quantité de travail dépensé n'est pas en général proportionnelle à Taccroissement de durée obtenue et c'est là justement ce qui rend profitable l'emploi de semblables capitaux.

2* Que la formation des capitaux fixes exige un sacrifice immédiat sous la forme d'une grande quantité de travail ou de frais tandis que la rémunération qui doit en résulter, sous forme de travail supprimé ou de frais économisés» est ajournée et en général, d^ autant plus reculée que la durée du capital est plus longue. Si la construction d'un canal maritime, tel que celui de Panama, par exemple» doit coûter 2 milliards et ne doit être amortie qu'au boutde 99 ans, il faut alors mettre en balance, d'une part, un sacrifice immédiat de 2 milliards, d'autre part une rémunération qui se fera attendre tout un siècle. Or, pour établir une semblable balance, il faut être doué à un haut degré de prévoyance et de hardiesse et avoir une foi inébranlable dans l'avenir, toutes conditions qui ne se trouvent réunies que dans les milieux très civilisés. C'est pour cette raison que les peuples dont l'état social est peu avancé et dont la constitution politique offre peu de sécurité n'emploient guère de capitaux fixes. Toutes leurs richesses affectent la forme d'objets de consommation ou de capitaux circulants ^

3» Enfin, il faut remarquer encore, au désavantage des capitaux fixes, que si leur durée est trop longue ils risquent de devenir inutiles, et que par conséquent il faut une grande prudence dans les prévisions que nous indiquions tout à l'heure. En effet, la durée matérielle du capital n'est pas tout, c'est la durée de son utilité qui seule nous intéresse; or, si on peut compter jusqu'à un certain point sur la première on ne le peut jamais absolument sur la seconde. L'utilité, nous le savons, est instable, et au bout d'un certain temps, celle que nous croyons la mieux étabTie peut s'évanouir. Rien ne nous garantit, quand nous perçons tununnel ou que nous creusons un canal, que d'ici àun siècle ou deux le trafic ne prendra pas quelque autre route. Or, si le jour où cette révolution se produira, le capital engagé dans le tunnel n'a pas été encore amorti, il

* Comparez, par exemple, les royaumes de l'Inde ou de la Perse, où Ton trouve «ncore tous les trésors des Mille et Une Nuils, mais ni chemins de fer, ni routes, ni mines, ni machines.

60 résultera qu'une grande quantité de travail aura été inutilement dépensée. Il est donc prudent, étant donnée notre incertitude de Tavenir, de ne pas bâtir pour l'éternité et, à ce point de vue, l'emploi de capitaux trop durables peut constituer une dangereuse opération.

Cette réserve est vraie même pour les capitaux lucratifs. Jamais un particulier^jû une banque, ^un Crédit foncier, j^ consentiront à avancer des capitaux qui ne pourraient être amortis ou remboursés qu'au bout de deux siècles. Pourquoi? Parce que des résultats qui ne doivent se produire qu'au bout d'un si long temps n'entrent pas dans les prévisions humaines." On peut poser en fait que tout emploi de capital qui ne donne pas l'espoir de le reconstituer au cours de trois générations, sera écarté dans la pratique.

Comment se forme le capital.

Tout capital étant un produit ne peut être formé, comme tout produit, que par les deux facteurs originaires de toute production : le Travail et la Nature. Il suffit de passer en revue tous les capitaux que Ton peut imaginer, outils, machines, travaux d'art, matériaux de toute catégorie, pour s'assurer qu'ils n*ont pu avoir d'autre origine que celle que je viens d'indiquer*.

Il n*y aurait pas Heu de s'arrêter sur un point aussi évident si l'on n'avait voulu voir k l'œuvre, dans la formation du capital, un agent nouveau et d'une nature spéciale qu'on appelle V épargne^ : c'est même un dicton de la sagesse populaire qu'on ne peut s'enrichir que « par le travail et l'épargne ». Le travail nous le connaissons. Mais l'épargne, qu'est-ce que ce nouveau personnage qui apparaît sur la scène? — Serait-ce un troisième facteur originaire de la production que notfs aurions oublié? Non : on n'en saurait point imaginer d'autres que le travail et les forces naturelles. — Serait-ce un mode spécial du travail? On l'a soutenu, mais qu'y a-t-il de commun

> L*ez pression de Karl Marx que )e capital esl « du travail cristallisé » serait Juste, si, cflioaipe tous iss-gociftligtea, il n'omettait de parti pris la part de la Nature dnaa la rormation du capital, fidèle à son principe que toute valeur est due uoiquemeot an Travail.

s C^est réconomisle anglais Senior qui a dit que le troisième facteur originaire de la prodaclion, après le Travail et la Nature, ne devait pas être appelé le Capital — puisque le capital n'est qu'un produit et par conséquent un facteur de seconde main — mais V Abstinence.

138 COURS DÉGOKOMÏE POLITIQUE.

entre ces deux actes : travailler qui est agir, épargner qui est s'abstenir *? On ne conçoit pas comment un acte purement négatif, une simple abstention, pourrait produire n'importe quoi. Montaigne a beau dire qu'il « ne connaît pas de faire plus actif et plus vaillant que ce non-faire », cela peut être vrai au point de vue moral, mais cela n'explique pas que ce non-faire puisse créer seulement une épingle.

Donc quand on dit que le capital est créé par l'épargne, on veut dire tout simplement que si la richesse était consommée au fur et à mesure qu'elle prend naissance, le capital ne se formerait jamais. Il est évident en effet que si la fermière ne laissait pas d'œufs dans le poulailler pour faire couver, il n'y aurait jamais de poulets. Néanmoins si à un enfant qui demanderait d'où viennent les poulets, on répondait que le seul moyen de produire des poulets, c'est de s'abstenir de manger les œufs il serait en droit de considérer cette réponse comme un bon conseil, mais comme une sotte explication.

Or, le raisonnement qui fait de l'épargne la cause originaire de la formation des capitaux ne nous paraît guère plus satisfaisant. Il revient à dire que la non-destruction doit être classée parmi les causes de la production, ce qui paraît une logique bizarre.

En somme, la naissance du capital suppose toujours un excédent de la richesse produite sur la richesse consommée, mais qui peut se présenter de deux façons : — soit que la production ait surpassé les besoins, soit que la consommation ait été ramenée péniblement au-dessous des besoins. C'est le premier cas qui est heureusement de beaucoup le plus fréquent et c'est de cette façon seule, historiquement, que s'est formé le capital. Tout ce qu'on peut dire c'est que si l'homme, tout comme la fourmi d'ailleurs et d'autres animaux, n'avait pas la faculté de prévoir les besoins futurs, il est certain que toute la richesse produite aurait été au jour le jour consommée ou gaspillée, comme c'est le cas d'ailleurs dans certaines tribus sauvages — et par conséquent le capital ne se serait jamais formé. Qu'on dise donc que la prévoyance, la sobriété et autres vertus morales, sont des conditions indispensables sinon à la formation originaire tout au moins à la conservation du capital, rien de mieux. Mais les économistes, en donnant pour cause efficiente au

■ C'est pourtant ce qu'arfirme Courcelle-Seneuil : l'épargne n'est « qu'une form« du travail » (Voyez dans le Journal des Economistes de juin 1890, l'article sous ce titre). C'est vrai qu'elle est une peine quelquerois — pas toujours pourtant (voir ' au Liv. IV VEpargne) — mais il ne suffit pas qu'un acte soit pénible pour constituer un travail. Ne pas boire quand on a soif est tiès pénible : ce n'est pas un travail.

capital l'épargne (qu'ils appellent même pour mieux souligner son aspect pénible, V abstinence), le font, inconsciemment ou non, dans le désir de justifier l'intérêt du capital en tant que rémunération de cette abstinence.

Ce qui a suggéré et accrédité l'idée de l'épargne comme mère du capital, c'a été l'emploi de la monnaie comme forme presque exclusive de la richesse : en effet si l'on remonte à l'origine de tout capital argent on voit un certain nombre de pièces de monnaie qui ont été mises de côié, e'est-à-dire enfermées dans une tirglire ou dans un coffre-fort ou à la Caisse d'épargne. Et c'est aussi l'habitude que nous avons de ne regarder qu'au capital lucratif : car, pour celui-ci, il est vrai que je ne prête ou ne place que ce dont je n'ai pas besoin pour moi-même, et que par conséquent tout prêt ou tout placement suppose au préalable un excédent du revenu sur la dépense^ et, en ce sens, une épargne. Et on en conclut que tous les vrais capitaux, les capitaux de production, ont dû avoir aussi la même origine. Mais c'est là l'erreur !

Qu'on nous cite une seule richesse créée par rabslinence? La première hache de pierre de l'homme quaternaire a été taillée par un travail surnuméraire,, à la suite d'une journée de chasse heureuse qui lui avait rapporté plus de vivres que de coutume et lui avait donné une journée de liberté pour créer ce premier capital ..Penset-on que pour passer de l'état de peuple chasseur à l'état agricole, les peuples aient dû préalablement épargner des approvisionnements pour toute une année ? Rien de moins vraisemblable. Ils ont tout simplement domestiqué les bestiaux et ce bétarl, qui a été leur premier capital, leura donné, avec la sécurité du lendemain, lejûi^ir^^ nécessaire pour entreprendre les longs travaux. Mais en quoi, comme le fait très bien remarquer Bagehot i, un troupeau représente-t-il une épargne quelconque? Son possesseur a-t-il dû s'imposer des privations? Tout au contraire, grâce au lait et à la viande, il a été mieux nourri; grâce à la laine et au cuir, il a été mieux

Têtu.

Nous n'entendons nullement, du reste, contester l'importance de 1 épargne. Mais si l'épargne joue un rôle considérable dans la consommation, ou nous la retrouverons, il ne fautpas la mettre dans la production. U faut mettre chaque chose à sa place. L'épargne n*agit sur la production que Lorsqu'elle se fait placement j c'est-à- .dire lorsqu'elle retourne à la production pour s'y consommer^.

* Economies Stiidies. — Growth of capital^ p. 166, 167.

* Voy. aa liv. IV sur la Consommation, Qu'est-ce que Vépargnel

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