LA PRODUCTION PAR L'ÉTAT
plas importaDt pour la santé (nous ne disons pas seulement pour celle des locataires, mais de tous les habitants d'une ville) que le logement; et aussi pour rapprovisionnement du lait, service si utile pour lutter centre la mortalité infantile; — S^ Enfin si même il arrivait, pour le pain et la viande, que les besoins de la population fussent en souffrance, soit au point de vue de la qualité, soit au point de vue du prix, il faudrait bien reconnaftre aux municipalités le droit d'ouvrir des boulangeries et des boucheries*, et cela vaudrait peut-être mieux que la taxe du pain et de la viande qui a été maintenue en France depuis pliis d'un siècle comme la seule arme des municipalités pour défendre les consommateurs contre les abus de ces deux grands commerces.
Mais la marche des faits n'est pas si logique et c'est un peu au hasard des circonstances que le mouvement s*est développé.
Présentement voici quelles sont les industries où ce mouvement est le plus avancé.
En ce qui concerne Yétatisation, les Postes sont service d'Etat par tout pays; les télégraphes dans presque tous les pays (sauf aux États-Unis) pour les lignes de terre, car les câbles sous marins appartiennent à des Compagnies; les téléphones seulement dans quelques pays (en France notamment où les abonaès ne s'en (éUcitent pas). Les chemins de fer appartiennent à l'État en Allemagne, Russie, Danemark, Belgique, Suisse, Italie, Hollande et, pour une fraction du réseau, en France. En dehors de ces grands services, très variées sont les industries exercées par l'État. En Prusse, 1 État a des mines, vignobles, fabriques de porcelaine, le tout donnant des revenus considérables. En .^^r^nce, en dehors des grands monopoles ûscaux du tabac, des allumettes, de la poudre, TÉtat a quelques industries de peu d'importance : porcelaine de Sèvres, tapis des Gobelins, gravures du Louvre, Imprimerie nationale, etc^ Aux abords de toutes les ga^gsule Paris on voit, parmi les écriteaux-réclames, ceux-ci Pastilles-Vichy Etat, Voilà l'Etat pharmacien! Et pour beaucoup de pays (Italie, Espagne, plusieurs États d'Allemagne; etc.) il faut ajouter une industrie peu rel^mmandable mais très lucrative : l'État s'est fait entrepreneur de loterie !
En ce qui concerne la municipalisation^ c'est chose faite dans la plupart des villes pour la distribution de l'eau, inhumations, abattoirs, halles, désinfections, etc. Pour l'éclairage, soit au gaz, soit à Télectricité, elle est réalisée dans plus de 500villes aux États- Unis, dans un grand nombre en Allemagne; elle se développe en Grande-Bretagne, Suisse et Italie : en France, elle n'existe encore
que daos une douzaine de villes (dont Grenoble, Tourcoing, Valence S etc.). Pour les tramways, la municipal isation est très avancée en Angleterre, plus de la moitié des entreprises (176 municipales contre i46 privées en 1905) : elle tend à se généraliser en Allemagne et en Suisse; elle se développe beaucoup en Italie'. Pour la construction de maisons, elle marche grand train en Angleterre, et un peu plus lentement en Allemagne et en Suisse. La ville de Genève distribue à domicile la force motrice. Enfin on trouve en Angleterre des essaîs^de municipalisation dans les branches les plus diverses et les plus imprévues, non seulement bains, lait stérilisé pour nourrissons, mais glace artificielle, brasseries, sousiproduits divers extraits des ordures ménagères^ et même à Glascow des fleurs pour la vente*. Il y a des boulangeries municipales à Gatane, à Palerme, à Vérone, à Leipzig, à Budapest et des boucheries municipales à Lisbonne^ .
Les dangers de rétatisation et de la mttnicipalisation.
11 va sans dire que le mouvement que nous venons d'exposer suscita de vives appréhensions et de vertus critiques de la part des économistes de Técole libérale, et cela tant au point de vue des
1 La Ville de Paris exploite directement un des secteurs de Téclairage électrique (celui des Halles).
3 En Italie, une loi de 1903 ënumère les entreprises qui pourront être municipalisées, sous la condition de Tautorisation du pouvoir central, et sous celle, plus intéressante, d'un référendum des électeurs de la localité. Les entreprises énumérées sont au nombre de 19, à peu près celles indiquées ci-dessus. Cependant lu construction de maisons n*y figure pas. Cette loi qui trace les règles générales des entreprises municipales, a donné une vive impulsion à ce mouvement. On compte plus de 3,000 entreprises municipales en ce pays. Elles viennent de se réunir en Congrès à Vérone (1910).
> En Angleterre, en 1903, le total des emprunts effectués pour des services municipaux s'élevait au chiftre énorme de 370 millions livres. Si Ton déduit les dépenses pour écoles, hôpitaux, asiles, prisons, routes, canaux, ports, cimetières, égouts, voiries — pour s*en tenir aux entreprises industrielles proprement dites, le total est encore de près de 170 millions livres, plus de 4 milliards de francs (dont près de 300 millions de francs pour la ville de Birmingham). Voir pour tous renseignements sur ce chapitre la Revue de M. Milhaud, à Genève, Le« Annales de la Régie Directe.
* Dans l'Italie du Nord un projet est à Tétude d'après lequel un syndicat de villes achèterait le poisson à des associations coopératives de pécheurs de TAdriatique et ferait lui-même la vente aux balles.
Ce ne serait pas seulement l'achat du poisson que ces syndicats de municipalité viseraient mais l'achat de tout ce qui pourrait servir aux régies municipales, charbons, conduites pour Teau ou le gaz, ûls de fer ou de cuivre.