CHAPITRE I
LtCHANGE
Historique de l'échange.
La place que tient rechange dans la vie moderne est incalculable.
Pour s'en faire quelque idée, il suffit de remarquer que Ja presque totalité des richesses n*ont été produites que pour être échangées. Prenez les récoltes dans les greniers ou dans les celliers des propriétaires, 4es vêtements dans les ateliers de confection, les chaussures chez le cordonnier, les bijoux chez l'orfèvre, le pain chez le boulanger... et demandez- vous quelle est la part de ces richesses que le producteur destine à sa propre consommation ! Elle est nulle ou insignifiante. Ce ne sont que des marchandises^ c'està-dire, comme le nom l'indique assez, des objets destinés à être vendus. Notre industrie, notre habileté, nos talents, sont aussi^le plus souvent destinés à satisfaire les besoins des autres et non les nôtres, Arrive-t-il jamais que l'avocat, le médecin, le notaire, aient à travailler pour eux-mêmes, à plaider leurs propres procès, à soigner leurs propres maladies ou à dresser des actes pour leur propre compte? Eux aussi donc ne considèrent ces services qu'au point de vue de l'échange. Et voilà pourquoi quand il s'agit d*estimer nos richesses nous les apprécions non point d'après leur plus ou moins d'utilité pour nous, mais uniquement d'après leur valeur d'échange c'est-à-dire leur utilité pour autrui.
Mais il ne faut pas croire qu'il en ait été ainsi de tout temps. L'échange n*est pas un procédé aussi simple que l'association ou la division du travail, ceux-ci si naturels que certaines espèces
d échange ou de crédit. Or les modes de reparution, d*où dérivent tous Jes revenus, tels que le salaire, le fermage, Pintérèt, etc., ne sont eux-mêmes que des modes d'échange ou de crédit. £t cette façon de voir peut très bien se défendre aussi. Voir notamment Teicellent traité de M. Pierson, Prinoiple$ of Eoonomios (traduit du hollandais en anglaisj.
2t4 COURS D^ÉGOMOIflE P0L1T[QUE.
animales elles-mêmes savent les mettre en pratique. Loin d'être instinctif il paratt avoir été d'abord antipathique à la nature humaine! L'homme primitif considérait les produits de son travail corporel comme inhérents à sa personne. De là les formalités étrangement solennelles dont Taliénation est entourée à ses origines (par exemple la mancipatià du droit romain). Chose curieuse! le don paraît avoirété pratiqué avant l'échange et on croit même que c'est lui qui a donné naissance à l'échange sous la fiction d'un don réciproque*.
A première vue on pourrait croire que l'échange a dû précéder la division du travail, puisque chaque individu n'a pu historiquement se spécialiser dans une seule tâche qu'autant qu'il savait pouvoir obtenir des autres hommes de q«ioî satisfaire à ses autres besoins. Et c'est bien ce que disait Adam Smith. Mais la vérité paratt être en sens inverse. C'est la division du travail qui a précédé rechange, car elle peut très bien fonctionner sans échange dans rétat de communauté de la famille ou même de la tribu, — tandis qu'il n'est guère facile d« concevoir rechange fonctionnant sans division du travail, c'est-à-dire sans une certaine spécialisation de la production ^
Dans la première phase d*organisation industrielle, celle de la famille, il est évident qu'il ne peut y avoir lieu à aucun échange à fintérieur, chaque groupe formant un organisme autonome qui se suffit à lui-même. C'est uniquement par le travail de ses membres et de ses esclaves, plus tard par les corvées de ses serfs, que le groupe pourvoit à ses besoins. Tout au plus l'échange intement-îl pour certains produits exotiques que des marchands étrangers apportent du dehors (voir ci-après, Les marchands), Qïi sorte qu'on peut dire que c'est réchange international (quoique le mol soit un peu grandiose pour de si petites tribus) qui a été la première forme de l'échange entre les hommes. D'abord irrégulier et accidentel, il est devenu ensuite périodique et le marché s'est constitué sur les firontières des pays ou tout au moins en dehors des remparts. Il a fallu longtemps pour que le marché devînt la place centrale de la cité.
Dans la seconde phase, cellie de rîndustrie corporative, l'échange apparaît nécessairement avec la séparation des métiers. Toutefois il est renfermé dans les murailles de la même ville : c'est sur le
' On U'ouvera dans le 2* voisine des Farit Seritti délie Eoonomiit poiîHcade Paoteleoni une loogne et curieuse discussion des origiines et des formes prfmHiveff de rechange. Voir aasei V origine des villes par René Meunier.
' Voir cependaal pour eette seconde thèse, Bûcher, Etudes d'histoire éoonoinv' que (traduction française).
L'ÉGHAKGEL 235
marché urbain que se rencontrent les prodiicteura et les eonsommateurs qui sont concitoyens- Les marchands du dehors, ce les forains », arrivent pourtant à pénétrer, mais non sans peine et sans luttes et sealement sous certaines conditions rigoureuses ^
A la troisième phase, celle de Tindostrie de$ mamufactures, le marché s'élargit et devient na/fona/ : alors commencent véritablement l'échange et le commerce. Et on a fait remarquer que l'établissement du marché national coïncide avec la constitution des grands États modernes — et aussi avec le systèinie des fortiôeatioas mitionales de Vauban substitué aux fortifications urbaines, ce qui prouve que l'évolution, qu'elle soit économique^ politique, militaire, etc., suit partout des voies parallèlesu.
Le marché s'élargit encore en devenant colonial et c'est alors que se créent, au xvm* siècle, ces grandes compagnies de commerce qui jouèrent un r61e si considérable, par exem|^e, la Compagnie des Indes anglaises. — Puis finalement dansla quatrième phase, celle de Tindustrie mécanique et des chemins de fèr, le marché devient vraiment mondial et désoroMûs le comrmerce prend les grandes allures qui ont si profondément modifié les rapports économiques de votre vieille Ëinrope et qui ont fait de cette question du commerce international une des plus importantes de notre temps.
La décomposition du troc en vente et achat.
Lorsque l'échange se fait directement, marchandise contre marchandise, il porte alors le nom de troc^ et c'est la plus incommode et souvent même la plus impraticable des opérations. 11 faut, en eflet, pour que le troc abojxtisse. que le possesseur d'un objet quelconque se mette en quête d'une personne disposée à acquérir la marchandise quUl possède et (coïncidence bien plus difficile encore à réaliser!) qui se trouve disposée à lui céder précisément Coàjet dont il a besoin. Ce n'est pas tout: il faut encore, en admettant que cette rencontre heureuse puisse s'efiectuer, que les deux objets
1 Les marchands élraogers a'éiûtot d'ordnmire adtaris à vendre dans les villes qu*à ia condition : 1» de payer une certaine taxe ; 2« de ne pas vendre au di^il ; c'est-à-dire de vendre non au puUie, maie aux marchands delà localité; d*ou tcnit au moins de ne vendre qu'à certaines époques de Tannée tt sur certains lieux déterminés (Vojr. Asbiey, Hwtoire éoonomiqwe de VAngàeUtrê (traduction fraoçaise).
à échanger soient de valeur égale, c'est-à-dire répondent à des désirs égaux et inverses, troisième improbabilité ^
L'invention d'une marchandise tierce remédie en effet à ces inconvénients. Elle suppose évidemment une certaine convention «xpresse ou tacite établie entre les bommes vivant en société, à savoir que chacun consentira à recevoir en échange de ses produits cette marchandise tierce. Ceci adpaiis, ropération marche à souhait. Soit le métal argent choisi à cette fin. En échange de la marchandise que j'ai produite et dont je veux me défaire, j'accepte volontiers une certaine quantité d'argent, alors même que je n'en ai que faire : e| pourquoi cela? Parce que je sais que lorsque je voudrai acquérir l'objet dont j*ai besoin, je n'aurai qu'à offrir à son possesseur cette méine quantité d'argent et qu'il lacceptera par la même raison qui me Ta fait accepter à moi-même.
Il est clair que par là toute opération de troc va se trouver décomposée en deux opérations distinctes. Au lieu d'échanger ma marchandise A contre votre marchandise B, j'échange ma marchandise A contre de l'argent, pour échanger ensuite cet argent contre la marchandise B. La première opération porte le nom de vente et la deuxième d'achat (du moins quand la marchandise tierce se présente sous la forme de monnaie proprement dite). Il semble donc qu'il y ait là une complication plutôt qu'une simplification. Mais le chemin le plus court n'est pas toujours la ligne droite et ce détour ingénieux supprime au contraire une quantité incalculable de peine et de travail. Ce qui rendait en effet le troc impraticable c'est que, comme nous l'avons dit, un producteur quelconque, Primus, devait rencontrer comme co-échangiste une autre personne, Secundus, qui fût disposée tout à la fois : i^ à acquérir la chose dont Primus voulait se défaire; 2' à lui céder précisément la chose que Primus voulait acquérir. Dorénavant le producteur Primus aura bien à se
1 Le lieutenant Cameron dans son voyage en Afrique (1884), nous raconte comment il dut s'y prendre pour se procurer une barque: « L*homme de Saîd voulait être payé en ivoire et je n'en avais pas. On vint me dire que Mohammed Ibn Sélib avait de l'ivoire et qu'il désirait de l'étofTe : malheureusement comme je n'avais pas plus de Tun que de Tautre, cela ne m'avançait pas beaucoup. Mais Ibn Guérib qui avait de rétofTe manquait de fil métallique dont j'étais largement pourvu. Je donnai donc à Ibn Guérib le montant de la somme en fil de cuivre : il me paya en étofTe que je passai à Ibn Sélib : celui-ci en donna Péquivalent en ivoire h l'agent de Saïd — et j'eus la barque! •».
Combien le troc est encore plus difficile quand il s'agit de troquer des services! L'Almanach des missions de Bâle de 1907 nous apprend que dans le Groenland, à Godbab, chez les Esquimaux, il y a un journal fait par des missionnaires dont l'abonnement coûte une oie sauvage par trimestre et un phoque pour l'année.
préoccuper de trouver preneur de sa marchandise, mais il n'aura plus besoin de demander à ce preneur la marchandise dont il a besoin lui-même. C'est à une autre personne, dans un autre moment, dans un autre lieu, qu'il s'adressera pour cela. C'est Vindivisibilité de ces deux opérations qui les rendait très difficiles : unefois rompu le nœud qui les unissait, chacune d'elles séparément devient assez simple. 11 ne sera pas très difficile de trouver quel* qu'un qui ait besoin de votre marchandise, c'est-à-dire un acheteur. Il sera bien moins difficile encore de trouver quelqu'un d'autre qui soit disposé à vous céder la marchandise dont vous avez besoin , c'est-à-dîre un vendeur.
Remarquez que dans l'échange sous forme de troc l'évaluation est très difficile, ce qui donne lieu aux pires exploitations. Dans le commerce avec les indigènes de l'Afrique centrale quand on donne au nègre des fusils ou des cotonnades en échange de caoutchouc ou de rivoire, le produit qui sert à l'achat est majoré de quatre fois sa valeur et la valeur du produit acheté est diminuée de moitié, ce qui fait que l'Européen donne i contre 8 — encore est-ce là un taux^honnète. Dans bien des cas le rapport est de i à 100. A cet égard on peut b^r l'intervention de la monnaie : elle a été un instrument de moraîisation et de justice ^
Mais il ne faut pas oublier que, quoique désormais séparées, ces deux opérations continuent pourtant à former un tout et que l'une ne saurait se concevoir sans l'autre. Nous sommes trop disposés,, dans la vie de tous les jours, à nous imaginer qu'une vente ou un achat sont des opérations indépendantes et qui se suffisent à ellesmêmes. C'est une illusion. Tout achat suppose une vente préor Igble^ car avant de pouvoir échanger son argent contre des marchandises, il faut au préalable avoir échangé ses marchandises contre de l'argent. A l'inverse, toute vente présuppose un achat pour ravenir, car si on échange ses marchandises contre de l'argent, ce n'est que pour échanger plus tard cet argent contre d'autres marchandises : sinon, qu'en ferait-on? — Toutefois comme l'argent peut se conserver indéfiniment sans être employé, il est possible qu'il g^cûuie un entr'acte très long, plusieurs années, peut-être même plusieurs générations, entre les deux actes de la pièce, entre la vente et l'achat complémentaire. Mais la pensée doit rapprocher
1 Tous les philanthropes qui ont dénoocé Teffroyable exploitation des noirs dans les ÉtabB du Congo ont indiqué comme une des réformes les plus efficaces l'abolilion des paiements en nature et riotroduction de la monnaie, tant pour le paiement des marchandises aux indigènes que pour le paiement de?, impôts de la part de& indigènes.
•236 COURS D*Ê09N0flllE POLITIQUE.
ces deux actes, et, en réalité, malgré nntervention de la marchandise tierce et la complication qu'elle introduit, tout homme, dans DOS sociétés civilisées aussi bien que dans les sociétés primitives, ^t encofe cq échangeant ses prodaits ou ses services, présents ou passés, contre d'antres produits ou d*autree services^ prégfiats ou passés. jNuI, môme le rentier oisif, ne peut dépenser si quelqu'un de ses ancêtres ou de ses débiteurs n*a vendu les produits de son travail et ne lui a transmis l'argent reçu.
Cette marchandise intermédiaire qui sert à décomposer le troc en vente et achat s'appelle ia monnaie. Son r61e dans la science économique, aussi bien que dans la vie pratique, est énorme. Nous aurons à lui consacrer plusieurs chapitres.
La valeur d'échange ou le prix.
Les anciens économistes, à commencer même par Aristote et après lui Adam Smith, distinguaient deui valeurs : celle qu'ils appelaient valeur d'tisage, et qu'il vaudrait mieux appeler « valeur individuelle », et celle qu'ils appelaient valeur d'échange et qu'il vaudrait mieux appeler « valeur sociale». Et ils montraient que ces deux valeurs pouvaient être fort divergentes. Ainsi pour un savant s'il est myope, des lunettes ont une valeur d'usage inappréciable, mais inversement leur valeur d'échange est très modique, tandis que des pendants d'oi*eille.en brillant^, dont la valeur d'échange peut être fort considérable, n'ont certes pour lui qu'une valeur d'usage infiniment petitel
La valeur d'échange est ce qu'on appelle aussi le prix.
Ce n'est pourtant point la même chose, puisque nous avons vu ci-dessus que le prix n'est qu'une des mille expressions possibles de la valeur. La valeur est un rapport établj entre deux choses quelconques : le prix est un rapport dans lequel l'un des deux termes est toujours la monnaie^. — Je ne dis point nécessairenient monnaie naélallique et frappée, ni monnaie de papier, car en Afrique, où on emploie pour monnaie des pièces de cotonnade ou des verroteries, la valeur des marchandises ainsi exprimée est tout de même leur prix, mais en tout cas le mot « prix » implique une commune mesure, un ^étalon choisi comme terme de comparaison.
1 Le mot prix s'emploie môme poar exprimer la valeur d'usage non échangeable. Od dit couramment « j'attache un grand prix à tel souvenir ». Mais ceci alorB est de la liltérature.
LÉGUANGB. 23»»
Néanmoins, cette réserye faite, il n*y a pas d'objection k se conformer à l'osage et à employer le mot prix comme expression normale ée la valeur d'^échange.
Voyons maintenant quelles sont les conditions auxquelles la Faieur d'échange, le prix oHirant, doit satisfaire.
On peut les formuler ainsi :
i' Le prix qni s'établit sur un marché à un momeiiit donné pour des produits identicpics ne peat être qu'un prix uniqne. C'est ce qae Stanley Jevons a appelé la toi d'indifférence. H entend par là que toutes les fois qu'il est absolument indifférent d'acquérir l'un oa Tattixe de plusieurs objets, parce qu'ils sont identiques — en ë'autres termes, lorsque dou« n^arons aucun motif pour préférer Tan à Vautre — nous ne consentn-ons pas à payer l'un plus cher que l'autce.
Au premier abord on pourrait penser le contraire : car voici sur un marché dix vendeurs de blé avec dix sacs ayant chacun des préientioas difiérentes et voici d*au1re part dix acheteurs de hié alli^iJb»ant chacun au blé qu'il désire une valeur différente. Pourquoi n'y aurait-il pas autant de prix différents quil y aura de coupies d'échangistes, TacheteTir disposé à payer le plus cher s'entendant avec le vendeur le plus exigeant, tandis que Tacheteur le moins pre&eé par le besoin s'entendra avec le vendeur le moins exigeait A un prix très inférieur? — Parce que nul acheteur ne consentira, si désireux soit- il d'achefter, à donner un prix supérieur à celui de ses concnrrents; et nul vendeur, si coulât soit-il, ne consentira à céder son blé à un prix inférieur à c€flui de ses confrères. Les uns et les autres attendent donc que le prix du marché soit établi.
C'est ce prix (vniqfae du marché, à un moment donné, qui est ce qu'on appelle le cours ^ Ce cours est publié dans les journaux spéciaux pour tous les biens de quelque importance, blé, vins, charbons, coton, laine, cuivre, ete., de même que pour les valeurs mobilières et les fonds d'État. Et ce cours eert de base à toutes les opérations commerciales.
2* Ce prix unique doit être tel quHl fasse coïncider la quantité offerte et la quantité demandée,
* fi faut entendre par marché^ dans le sens écoDomique du mot, non pas seulement une même pJaco ou un mdme local, mais toute sphère dans laquelle le déplacement des marchandises et les communications des vendeurs et acheteurs sont assez e&pides pour qa*uD jnènie prrz s'établifise. L*étefidue du marché varie donc suivani la nailiiM de la mafehandise : la France constitue presqoe un seul narehé pour le blé : Je monil^ un seul marché pour l'or.
Il est de toute nécessité que ces. deux quantités coïncident, car il serait absurde et contradictoire de supposer qu'il peut y avoir plus de sacs de blé vendus que de sacs de blé achetés — puisquece sont les mêmes !
Seulement on n'arrive pas tout de suite à cette coïncidence; elle ne se réalise qu'à la suite d'une série d'oscillations entre les quantités offertes et les quantités demandées, correspondant à des oscillations de prix : dès que l'équilibre est établi, le prix courant apparaît. Voici nos dix vendeurs d« blé qui offrent leurs sacs à 10 acheteurs, mais ils en demandent 22 fr. A ce prix une partie des acheteurs se retirent effrayésiet il n'en reste que 5. Les dix vendeurs, prévoyant que leur blé leur restera sur les bras, Yont sous-enchère pour obtenir la préférence des 5 acheteurs : ils descendent à 20 fr. A ce prix-là une partie des acheteurs qui avaient fui reviennent et les voici 8 maintenant qui demandent 8 sacs. Si tous les dix vendeurs sont décidés à vendre à tout prix il faudra qu'ils |se résignent à baisser encore le prix (par exemple à 18 francs), afin de rappeler les 2 acheteurs les plus timorés et de faire monter la demande au niveau de l'offre, c'est-à-dire à 10 'sacs. Mais il est possible aussi que 2 des vendeurs préfèrent réimporter leurs sacs plutôt que de descendre au-dessous de 20 francs. En ce cas le prix de 20 francs restera le prix du marché, car, à ce prix, il y aura 8 sacs vendus, 8 sacs achetés : chaque demande trouvera sa contre-partie. La coïncidence nécessaire se trouve réalisée,
3** Le prix du marché doit être tel qu'il donne satisfaction au plus grand nombre possible de couples de vendeurs et d'acheteurs présents sur le marché.
Représentons-nous les vendeurs et acheteurs, V et A, en face les uns des autres sur le marché au blé, et exprimons en chiflres leurs prétentions dans l'ordre décroissant — c'est-à-dire en numérotant les vendeurs depuis celui qui prétend au prix le plus élevé jusqu'à celui qui se contente du moindre, et les acheteurs depuis celui qui est le plus serré» dans ses offres à celui qui est le plus large.
V demande. .
, 22 fr.
A< offre.
, . 18 fr.
. . 21 fr.
. . 19 fr.
. 20 fr.
. . 20 fr.
. . 19 fr.
. . 21 fr
. 18 fr.
Supposons que ce soit V * qui ouvre le feu en demandant 22 fr. A ce prix, il n'y a qu'un seul acheteur, A*, qui soit disposé àrépondre, car aucun des quatre autres ne veut monter à ce prix. Il n'y
aurait dooc à ce prix qu'un seul marché conclu, un seul sac vendu, tandis quf'il y a quatre autres vendeurs qui sont désireux de vendre, et même à un prix inférieur. D'ailleurs, A* ne sera pas assez naïf pour donner 22 fr., le prix maximum, s'il peut obtenir le blé au dessous. Il attendra donc que les autres vendeurs moins exigeants aient fait leurs demandes... Alors, vient V* qui ne demande que 21 fr. Celte demande fait accourir un second acheteur, A*. Les voici donc deux disposés à répondre, mais d'autre part, il y a 3 acheteurs qui ne veulent pas aller juiique-là.
Enfin vient V* qui ne demande que 20 francs. A ce prix-là 3 acheteurs sur 5, donc la majorité, sont prêts à répondre, et puisqu'il y a précisément 3 vendeurs disposés à s'en contenter, il y aura donc 3 couples sur 5 qui obtiendront satisfactiop. Aucun autre prix ne donnerait le même résultat. C'est donc celui-là qui fera la loi du marché car si on veut supposer un instant que V* vienne en ligne au prix de 49 fr. sans doute à ce prix-là il y aura 4 acheteurs qui seront contents, mais il y aura les 3 premiers vendeurs qui refuseront de traiter et s'en ironti II ne resterait donc que 2 vendeurs en face de 4 acheteurs. Et aussitôt les acheteurs qui n'auraient pu se faire servir au prix de 19 fr. s'empresseraient de rappeler les vendeurs prêts à partir en surenchérissant.
Quant à V* et à V* d'une part, A* et A* d'autre part, s'ils ne veulent pas baisser leurs prétentions, ils s'en iront du marché : ils ne concourront pas à l'établissement du prix^
4 Le prix ainsi établi sur le marché donne satisfaction à la majorité des couples échangistes, mais on voit qu'il l«ur confère des satisfactions inégales, car V> et V^ se IrouTcnt vendre au-dessus du prix qu'ils avaient l'inlention de demander — l'un à 2 francs de plus, l'autre à L franc de plus; et de môme A* et A^ se trouvent frayer moins que le prix qu'ils étaient disposés à payer — l'un 2 franc-^ et l'autre 1 franc de moins. Et ce sont au contraire les deux co- échangistes qui ont ûxé par leur entente le prix courant, V< et A', qui Fe trouvent retirer l'avantage minimum puisqu'ils o'oblienoent Ton et l'antre que juste le prix au-dessous ou au-dessus duquel ils n'auraient pas traité.
Et cela se comprend très bien. Des 3 vendeurs qui ont trouvé preneur. V3 était le moins pressé de vendre puisqu'il se tenait le plus haut, et des 3 acheteurs qui ont obtenu satisfaction, A* était le moins jtressé d'acheter puisqu'il offrait le moins. Or il est trèf logique que ce soient le$ deux parties les moins impatientes de conclure l€ marché qui firent le prix parce que ce sont celles dont les prétentions antagonistes ont le plus de chances de se rencontrer. A première vue on serait teaté de croire au contraire que ce devrait être le vendeur le plus pressé de vendre et l'acheteur le plus désireux d'acheter qui devraient les premiers se rencontrer etjierpartie : — mais il faut réfléchir que précisément parce que l'un est impatient de vendre et l'autre d'acheter, leurs prétentions ne coïncideront pas. Dans le tableau ci-dessus, l'un demande 18 francs mais voudrait tout de même obtenir plus : l'autre offre 28 francs m<iis voudrait si possible donner moins. Us restent donc dans
GioB. — Cours. 16
La boi àe follra «t de la demanda.
AuLrefoi&, dans toas les traités classiques d'éconaiBie politique, il y avait une lormule très aijnple et très claire^ en apparence du moins, pour expliquer tout ce qui concerne la valeur et le prix : on disait que la valeur d'échange varie en raitan direde de la demande et en raison inverse de l'offre.
Ceiie formule est aujourd'hui fort discréditée, un peu trop peutêtre. On peut certainement lui reprocher :
ii^;D*èLre, daoa ses prétentions mathématiques, en contradiction avec les faits. Une réduction de moitié dans la qiunitité offerte n'entrafne pas nécessairement un doublement des prix. Si Tofire du blé venait à diminuer de moitié dans un pays fermée le prix du blé ferait beaucoup plus que doubler : elle quiiUuplerait — et vice nersaK
^ De jprendre l'effet paur la cause. Si raccroissemeni de la demande fait hausser le prix, il est dair que la liausee du prix àson
1*expectative ea attendant que les moins pressés aient (aîL raccrociiçge des prix.
L'école autrichieoDe désigne les deux parties dont le concours détermine le prix sons le nom de couple- limite.
L'école autrichienne raltache cette théorie de "te ralair d^ôchftogc à eéfie èe Puftlité finale maiâ non sans peine, car il faut remarquer cette conséquence curieuse que >a vakîur d'échange ne comcide en réalité avec FutiKié finale pour attvun dm acheteurs ni aucun des vendntn, sauf un seul de chaque e6té! C^est le cas 4e dire qn« rexceptioo emporte la règle (Voir celle critique déreloppée dans MacTarlawp, Value and distribution),
Ceax qui seront cari«ux de voir comment on esprit subtil jongle avec ces dîfficoltés n'ont qu'à se rérérer au trvre de M. Bôhm-Bawerk sur le Capital (tome 11, livre IV), dont une lradu«tion a paru en «nglai», ou au résumé très complet de M. Smart, Introduction to the Theory of Valve.
Ajoutons d'ailleurs, tout en rendant hommage à ce quMl y a d'nagènieax cl de ? mî au fond dans cette anafyse psychologique du mécanisme de î^échange, qofe les prîix se déterminent en réotilé par des causes t)Ten plus complexes. Comme le dit tf^s bien M. Brouilhet dans une étude sur les prix (dams la "Revue La Vie Contemporaine d'avril 1906) « la formation des prix est un phénomène essentiel temenl coltertif et refève beaucoup plus des foules, dont il reflète les capricieuses variatioiis, q«e des frofds calculs des économistes ».
■• Vn économiste anglais du xvn* siècle, Gregory Ring, dans une loi céilfbre qui porte sron -nom, établissait atosi la relation entre ta quanlîlé de trté et le prix du Më : à un déficit de 10, ?0, '30, 10, M) p. 0/0 correspondait respectivement une harose des prix de 30, SO, 160, Î90, Î50 p. 0/0. I! est vrai que cette 'oi, vrwe du temps où TADglcterre formait un marché fermé, a perdu de nos jours todtc impor- Iwice pratique par suite du commerce intematTonal des céréales.
L'ÉCMANGE. 2M
tour va faire décroître la demande : el si r«w:cf>MSse«ieiit é» l'oft'e fait baisser le pm, il est «lair que 4a baîese éci ^ix à son tome tend à restreindre Tolïpe, Ba d'autres termes, m lieu de dire que l 'rfre et la demande règkat le prix, ou pourrait aussi bien dire qMe le prix règte l'oftre et la demande, Preocnw urne Talenr quelconque air le marché «k la Bourse, la rente 3 p. 0/© par exemple, et suppo- 80ii8-4a à 100 frafice. Il , y a ^oalinuellenient une certaine quantité de rentes offerte et une certaine quantité demandée. Je suppose qu'à Touverture de la Bourse le chiffre de rentes demandé se trouve être le double du chiffre de rentes offert. Qui pourra imaginer que le prix de la reote doive doubler et s'élever à 200 francs^ r Et cependant c'est bien le phénomène qui devrait se produire si la formule ci-dessus était exacte. Or, en réalité, le cours de la rente ne s'élèvera peut-être pas même de i franc. Et cela, par la raison toute simple que le plus grand nombre de personnes qui se portaient acheteurs à 100 francs, se retirent dès que le prix s'élève. Il' est clair que si le cniilre de rentes demandées diminue au fur et h mesure que le prix monte, en même temps et pour la même raison, le chiffre de rentes offertes augmente. 11 arrivera donc nécessairement un moment où la demande qui décroît et Toffre qui croît seront égales, et à ce moment l'équilibre se rétablira': Mais une hausse de quelques centimesesi suffisante pour amener ce résultat.
3* De n'attribuer aux mots offre et demande aucun sens intel?^^ ligible. Encore, par le mot offre peut-on comprendre la quantité de raarcàandises, le stock existant sur le marché [quoique dans bien des cas» une raréfaction paxejnent virtuelle, par exemple la crainte d'uue mauvaise récolte, pix)daise le même efitet} — mais qu'entendre par demande? La quantité demandée eat absolument indéterminée puisqu'elle dépend précisément de la valeur d'échange» du prix de Tobjet : à i sou la bouteille, la demande du vin de Bordeaux serait presque illimitée ; à lOOirancs la bouteille, elle aérait presque nulle. Donc» nous tournons dans un cercle vicieux.
Pour sortir de ce cercle les économistes, abandonnant la recherche vaine de savoir si c'est l'offi^e et la demande qui déterminent le prix ou le prix qui détermine l'ofire et la demande, s'at* tachent seulement à préciser les rapporte qui existent entre ces divers faits, et cette analyse a été poussée à fond par les éoooo* miates conteauporains ^
1 On troaverii cette analyse dans les livres déjà cités de MM. Coison et Landry. Ofk Y trouvera ainsi des Hfjures représentsKt des cfts ptas compliqués que nous «royoDs inalile de reproduire ici.
On constate d'abord cette loi absolument générale que toutes les fois que (es prix augmentent^ la demande diminue, jusqu'à un certain prix auquel elle devient nulle. On traduit cette loi par une figure très simple. Prenons une marchandise quelconque. Tracez une ligne horizontale sur laquelle vous marquez, à des intervalles équidistants, des prix croissants : 1, 2, 3, 4, 5... 10, etc., chiffres conventionnels qui représentent les prix cotés sur un marché»
en centimes, francs ou livres. Représentez par une ligne verticale d'une hauteur quelconque a la quantité demandée au prix del fr., par exemple le nombre de kilos ou de mètres ou de litres d'une marchandise quelconque — puis, par d'autres verticales et à la même échelle, la quantité de la même marchandise demandé^ aux prix de 2, de 3, de 4, de 5... de 10 fr., etc. On verra ces lignes veiw ticales aller en décroissant, de plus en plus petites, jusqu'à zéro. Reliez enfin les sommets de toutes ces verticales par une même ligne : cette ligne, toujours descendante, plus ou moins rapidement injléçhie, mais qui finit toujours, à un point donné, par s'évanouir dans l'horizontale, montre par une frappante image comment varie la demande en rapport du prix. On rappelle la courbe de la demande^.
Ce n'est pas pour rien qu'on dit« la courbe » : ce serait un hasard bien invraisemblable qu'elle fût droite comme le côté d'un triangle,
1 Dans ces figures les verticales s^appelleot les ordonnées^ et les distancea marquëessur l'horizontale les abscisses.
car cela supposerait que la demande varie exactemeat en rapport du prix, ce qui a*arrive guère. Le plus souvent la demande décroît plus vite que le prix ne monte, par la raison très simple que, les riches étant beaucoup moins nombreux que les pauvres, il suffit d'une faible hausse de prix pour rendre le produit inaccessible à la fouie, ce qui donne à la courbe une forme concave. Mais la forme de cette courbe varie selon chaque marchandise. Il en est pour lesquelles la courbe est très rapidement descendante (ou rapidement ascendante, selon que Ton préfère regarder la montée ou la descente), notamment pour les objets de luxe : si le prix des automobiles diminuait de moitié, il est possible que le nombre des acheteurs décuplât. Alors la courbe serait à pente beaucoup plus rapide que dans notre figure, à pente vertigineuse! Il en est au contraire pour lesquels la demande ne iléchit que très peu malgré la hausse du prix, notamment pour les objets de première nécessité : le prix du pain viendrait à doubler qu'on n'en consommerait guère moins, car il faut la ration ordinaire, et il diminuerait de moitié qu'on 0 en consommerait guère plus, car on le consomme par nécessité plutôt que par plaisir.
Donc tantôt la courbe est concave, tantôt elle est est convexe : tantôt elle est irrégulière et descend qu monte par ressauts — il n'y en a pas deux de semblables, en sorte qu'un écononoTste bien renseigné pourrait, rien qu'à Taspect d'une de ces courbes et sans.autre indication, dire : Voilà le charbon! ou : Voilà le cuivre! Ainsi chaque marchandise pourrait avoir son portrait schématique, son signalementf sa ficha» comme les individus qui ont passé au service anthropométrique ou, si Ton préfère une comparaison plus noble, comme ces raies du spectre solaire qui permettent au physicien de reconnaître chaque élément.
Et l'offre, que fait-elle? Elle varie naturellement en sens inverse, A chaque accroissement de prix, la quantité offerte augmente, et Ton peut aussi tracer la courbe de l'offi^ qui n'aura pas une physionomie moins curieuse que celle de la demande ^ Elle est môme beaucoup plus variable encore, car en fin de compte de quoi dépend l'offre? De la production. Selon donc qu'il s'agira d'une production strictement limitée (objets d'art, crus fameux, etc.), ou d'une industrie à rendement non proportionnel (c'est-à-dire où les frais de production augmentent plus que la quantité produite, par exemple
1 Généralemeot l'offre commence par augmenter rapidement dès que le prix hausse, mais arrivée à une certaine limi!e, elle se ralentit quelle que soit l'augmentation du prix parce que la production s'essouffle — ce qui, comme on le voit sur la Qgure, se traduit par une courbe rapidement ascendante, puis à faible pente se rapprochant de rborizootale.
%m COURS DËcmofifiB politique.
}es prodttits a^icolefi), on au eontratrer d'une indastm où p4as. on pviKiuitelphis lo coât db prodaction dinûime (ce qui est le ets de la plupart des- produits iodustrielsi), Tessor de la courbe de l'offre se^ plus oa moins gteé on plies ou moins hardi. /£t nudntesant superpoaooe, àaas «a troisième diagramme q«i y/ est précLséme&è celui qui figure dans le texte, les dieux courbes déjà tracées, celle de la demande et eelk de l'ofihre : elles se croiseront uécessaireneot puisqu*eikis vont en sens infvieFse. Ce point d'intersection est d'une importance eapitale^ car il marque précisément k moment psychologique où les quantités ofFeries et demandées étani égales, rechange se faiiiostantanémeiil, commeuBe<^el»bè■aiaeBchâmique. Bt 81 L'on aibaisse dec« poÎAt, mai^ué 6 sur la figure, une yerticaie sur l^borizontate où sont insert ts les prix,elle mdiqiiera, comme l'aigailke d'une balance, le prix du marcbév ie prix coisraat, 3 £r.
Et après ? diront liea sceptiques. Que nous apprend tout eekai? Toutes ces courbes noua permettront-elies. de préroir qoand te calé ou le pain baosseca? — Hélas! non. Mais c'est <|nelque chose que die serrer dans des fioruiules élégantes et précises (tes uotions qui n'étaient que des à pea près.
Nous avons supposé jusqu'à présent ua nombre quelconque de vendeurs et d'acheteurs — e'est-àrdire précisément ce qu'on apfpelle le régime de libre concurrence — main si Ton suppose qu'il n'y a qu'uDseul vendeurouqu'unseulacheteur, évidemment hMit change. Le second cas est très rare, mais te premier,, qui s'appelle le monofsAe. (awioc seul) est ti*èa l'réquenL
Supposons donc le cas d'un seul vendeur : par exemple, comme Coumot qui le premier a étudié la loi des prix sous le régime du monopole, supposons le propriétaire d'une source minérale dcmée de vertus curatives uniques. On pourrait croire cju'il dépend de hii de fixer le prix qu'il veut et que par conséquent il n'y a plus ici de lot des prix : il n'en est rien. La fixatiou des prix, même aoss le régime du monopole n'est pas arbitraire. Me est aussi déterminée par la demajade mais non plus par l'offre. Supposons en e&ei que, ponr commencer, le monopoleur inexpérimenté essaie dju prix de W francs la bouteille, il verra qu'il n'en vend qu'un petit nembre et que par conséquent il gagne peu : il en vendra i. 000 bouteilles, par exemple, ce qui lui fait iO.000 £raocs. Alors il baisse à i franc : il en vendra 100.000 bouteilles, ce qui lui fait iOÛ.OOO francs^ car il trouve aussitôt un débouché dans la masse des classes moyennes. Mais, encouragé^ il abaisse ib 0 fr. 40 la bouteille ; alors, comme le nombre des malades est limité et qu'en somme on ne boit pas l'eau minérale pour son plaisir, il n'en vend que deux fois plus, soit
LÉCHiiNOEL ïn
300.600 boutoiU«s,.et ilr est désagiTéiiiblenient smrpria de: voir sa recette: iMuber k 8O.Û0Û £raacsL U se bâlem dooc de relever son prix jusqu'à ce qu/il airire à ua prix tel que, eu èe multipliant par haqweaUité- vendue^ il trouoe ie ptadmi maximum, prii.qui dansTespèflâ diHiaéeesl dei fc^nc
Hais qu'on se garde de dire, en inlerprétADt maladroiteaieai la formiite Gt-deasuâ, qae k: monopoleur fixera na prix tel qu'il lui permette d'écoukr toute la quantité pnoduîie, toute Teau; de la source dans respèoei Point du tout! Si nonsi snpposonsv aornoie nous venona de le flenrev que le pris trouvé le {dus avantageux pour lui SQÂI celifti de 1 fcaws^ qui correspond à uxie vente de iOO.ûOO libres, ei que le débijt de la source soit de 300.000 litres, il se gardera bien de chercher à placer ces 3ûQ.ÛOO<li4;rea, car û lui faudrait peut-être pouir cela.abaiaser \q prixà 0 fr. iO, ce qui ne lui donnerut plus que 30.000 francs ée cecettesi. U préférera laisser perdre les âOO.000^ litres ée tcop. Vodià pourquoi, à ce qu'on, raconta, certain éditeur mit au pilo& une partie des exenvpkipes de l'Encydopédiev el l& Cottipagnie& des Indes HolUandiaisest les années de grandes rficûltes d'épices, en faisait brûler une partie pour mieuAL vendre fe restasil. Si les viticulteurs du- midi die la France,, durant la grande crise de raév$B|e die i90d à i909, avaient pu s'entendiie pour la même opération, ils n'auraient pashésiié à la faire ^.
Ces explications permettent de répondre à cette question : Du régime de la concurrence ou de celui du monopole lequel est le plus avantageux pour le consommateur, pour le public ? On sait que les économistes de Técote classique ont afffrmé que monopole voulait dire cherté, et concurrence bon marché, tellement quele simple énoncé de la question q^ue nous venons de poser leur eât paru extravagant et impertineat.
La réponse n*est pourtant pas sL simple, car s'il est généralement vrai que la concurrenee assure le prix minimum, c'est-à-dire le plus rapproché du coût de productioa — parce que les vendeurs désireux d'écouler leurs marchandises se disputent les clients et pour
^ Aajourd^huf pourtant les monopoleurs emploient des procédés moins barbares; ils ne délroseiH pas l'eiicédeirt de prodnctfon mais se contentent de ne pas l'apporter sur le marché et ds L& niettVe «a réserve' pour les années maigres»
C*egL ainsi. que pour arrôt«rla baisse du odfé, TÉtal de SaiatrPaul au BrésiU qui est le plus gros producteur de cette denrée, a acheté en 1906 plus de 8 millions de sacs pour les retirer du marché et les emmagasiner en attendant une reprise des cours. Et en même temps il prohibait toute plantation nouvelle. Cette gigantesque opération dite « Yal«rîsaAK») du- café j>, pour laquelle le gouvernement a dûf avancer 450mifttioQs frmncs^aëté vivemeiH critiquée comme anti-économique. Elle ne semble pas cependaol.atoic été sans, résultais.
cela font sous-eochère les uns contre les autres, espérant que l'accroissement du nombre des acheteurs compensera avantageusement pour eux la diminution des profits — ce n'est pourtant pas toujours vrai, puisque nous avons vu ci-dessus (p. i50) que l*exagération du nombre des producteurs ou vendeurs pouvait avoir pour résultat d'élever le coût de production et, par contre-coup, le prix aussi. Inversement il est généralement vrai que le monopoleur lient les prix plus haut que la concuri*ence, car, comme nous venons de le voir, il cherche seulement le prix qui lui assurera le profit maximum et nullement celui qui permettra d*écou 1er la plus grande quantité possible de produits. Il peut même avoir intérêt à supprimer une partie de la production et alors son int«^rêt se trouve en conflit avec l'intérêt du consommateur et l'intérêt général. Mais pourtant nous avons vu aussi combien il serait inexact de croire que le consommateur est livré au bon plaisir du monopoleur qui fixerait les prix à sa guise. Celui-ci au contraire est obligé de s'enquérir soigneusement des désii*s et des ressources des consommateurs. Il ne peut maintenir de hauts prix sans se porter préjudice à lui-même, à moins que ses produits ne s'adressent qu'à une clientèle riche et rare, comme les éditeurs de la Grande Encyclopédie dans l'exemple ci-dessus ou comme les peintres devenus célèbres. Mais dans ces cas l'intérêt public n'a pas à en souffrir.
Les variations de prix.
Le prix c'est la quantité de monnaie qu'il faut donner en échange d*un bien ou d'un service quelconque, pour se le procurer. Il est évident que plus la valeur d'un objet sera grande et plus grande sera la quantité de monnaie qu'il faudra donner pour l'acquérir — ou, ce qui revient au môme, plus petite sera la quantité de cet objet qu'on pourra acquérir avec une somme déterminée de monnaie.
Le prix n*est donc en somme — comme la valeur elle-même dont il n'est qu'une des expressions (voîr ci-dessus, p. 238) — qu'un rapport. Or on sait que si l'on change l'un des deux termes du rapport, on change nécessairement le rapport lui-même.
Donc si, par une cause quelconque, la valeur de la monnaie vient à changer, le prix aussi doit changer.
Supposez, en effet, que la valeur de l'or ou de l'argent ne soit pas restée la même d'hier à aujourd'hui? Il est clair que la valeur de tout objet que vous aurez mesurée avec cet or ou cet argent se trouvera avoir changé, c'est-à-dire que son prix aura varié, et qu'il
devra avoir varié précisémeat en raison inverse de la variation de valeur des métaux précieux.
Si la longueur du mètre, ou plutôt si la longueur de la circonférence terrestre, dont le mètre n'est qu'une subdivision, n'était plus demain que la moitié de ce qu'elle est aujourd'hui, par exemple Qar suite de la contraction du globe terrestre, n*est-il pas évident que tous les objets que nous mesurerions désormais nous paraîtraient plus longs ou plus hauts, puisque là où nous comptions 1 mètre Qgus e^ trouverions 2 désormais? Cependant il n'en serait rien : en réalité, il n'y aurait là qu'une illusion produite par le raccourcissement de l'unité de mesure. De même, si lor et l'argent venaient à perdre la moitié de leur valeur par suite de quelque cause beaucoup moins miraculeuse, par exemple par suite de leur surabondance, il est clair que le prix de tous les objets, c'est-à>dire leur valeur exprimée en monnaie, nous paraîtrait avoir doublé.
Nous pouvons donc formuler cette loi : toute variation dans la valeur de la monnaie en traîne une variation inversement proportionnelle dans les prix.
Il y a donc deux catégories de causes à étudier : i^ celles qui agissent sur la valeur de cette marchandise unique qui est la monnaie; 2^ celles q\ii agissent sur la valeur de la marchandise quelconque qui est achetée.
§ i. — Voyons d'abord celles qui agissent sur la monnaie. Il y en a quatre, dont 3 agissent parallèlement et la 4» en sens inverse.^
a) La plus ou moins grande quantité de numérairç est le principal élément qui agit sur la valeur de la monnaie. On peut donc poser cette seconde formule : toute variation dans la quantité de monnaie entraîne up^ variation directement proportionnelle dans les prix. Si, par exemple, la quantité de monnaie vient à doubler dans un pays, on peut tenir pour certain que, toutes choses égales d'ailleurs, les prix hausseront beaucoup, quoiqu'il fût téméraire d afRrraer qu*ils doubleront exactement.
Cette formule, désignée sous le nom de théorie quantitative de la monnaie et dont la découverte fut un des titres de gloire de Ricardo, est aujourd'hui très discréditée.
C'est le sort de toutes les théories dites classiques. Admirées d'abord, on finit par trouver qu'elles ne serrent pas d'assez près la vérité et ne sont que grossièrement approximatives. Puis viennent des économistes critiques démontrant qu'elles sont totalement inexactes. Tel a été le sort de la théorie fameuse de l'offre et de la demande (voir ci-dessus, p. 242). Celle-ci avait pourtant jdu bon, à telles enseignes qu'on ne peut guère s'en passer da^Tle langage cou-
990 COURS D'ÉGOHOMIB POLITIQUE.
ran4. Il en est die mène de 1» théorie quaBtitaAive de la nuonnaie. Sans doute si on la prend dans un sens absolu, si L*on aftirnoe par e!Pen>ple'q«e toutes les foisi que la quantité de mofiftai» doublera dans un paya les prix doubleront, on risquera, de recerorr des fails un. déiaenti cabégeriqne, cor la. quantité de aioanaie n'est q^i'uncks facteurs qui agisseirt sur les prix et il jen a.beaa€oap diautms. jllais il est indéniable: que e*est tout as Buinfi un de ees fkcieura et même le phis noofiortaiiKt. L'économiste a pairfaitement le droit, teut comme fait rexpérimentateur, de ne regarder qu'à roue des cames d'un phénovrèôe, en faisant abstraction de toutes lefi autres. Done, pour restituer êfuiL fjjrorales ci-dessus éaoocéGS. Teur vértÉè, il suffit d'ajouter cette réserve <« toutes choses égales d'ailleurs •• et c'est bien aÎBsi qoe renteodaient les éGonomistesqui l'est di'aboird énoncée. îls n'éi»ieBt pas assça aveugles pouir ne pas voirq^ d'autres cawses agissaient sur la numnaie — sans parler même de ceHes qui agissent directement sor \es mairchaiidisas — et qu'elles peuvent se neutraliser.
Ce n'en est pas moins un fait universellemeait constaté que, partout où la monnaie est sorahondaate, les prix sont très éfevés. Dans tontes les régions cà sont les mines d'or, tout se paie k des prix fabnleor. Et anssi tontes les fois que dans l'histoire la quantité de métaux précieux s'est brusquement accrue il y a en nne forte hausse des pnx : par exemple au xvl'^ siècle après la découverte de l'Amérique, et au miliea du xix* siède après la découverte des mines de Californie et d' Australie ^ Ifit en se mecnent aussi la plupart des économistes ad!meU»nt que la grande et universelle hausse des pri^qui émeut le public est due, &u moins pour partie, à. la grande augmentation de la prodnctio% des mines d'or defMus une vingtaine d'années (voir ci-après). Eile a plos que quadruplé : comment l'oi^ n'aurait il pas perdu de sa valeur?
b) La plus Oit moim (prtnde rapidité de eircuiaiion de la monnaie équivaut à une variation dans la quantité et par conséquent produit le même eflet. 11 est évident que si une Compagnie de chemins de fer peut faire parcourir à ses wa^ns deux fois plus de
4 C'est Le lieu de faire ici la même remarque qu'à propos dola loi de Poftre el de la demande. Si la quantité de la moDoaie agit sur les prix, réciproquement la hausse ou la baisse des prix réagit sur fa quantité de monnaie. Supposons en effet que la monnaie, étant trop aboadanle poorles besdiia^ se dépnâcie. Sa quantité va dimifiiwr par une double cuvse : i** parce que la vaUux éBf' mélaïui précieux devenant moindre, il y aura mains de profit à les produire et, par conséquent, la production minière se ralentira; 2» parce que la valeur du métal monnayée devenant moindre, tandis que sa valeur industrielle continue à suivre la hausse générale des prix, une partie du stock monétiunï sera convertie en argeeterie €mi eo bijouterie.
L*tCUAN6B. 854
eheBÛn daos l&mème temps, cel» revient au ménae que û efie en avait le double. Ce&t pour efslaqjvi'uA navire k vapeur, même k tonnage égal, est eompié peur le triple d'an voilier. De même ai uike piièce d'oc peut servir à deux fol» pins d'échanges dane 1» jjoufnée c'e&t eoBune &*il y en avait deux.
Et la rapidité delà cireulationi de la monnaie à son tour dépend de la densité de la popuJatioa. Une inême pièce a passé par bien plus de mains, à kt fin de la j^ournée, dans une grande vilile qu'à la compagne. Bt pourtant les. prix sont toujours fdns. étevéa à. iJa ville qu'à la eampagne : e*est parée que ceite cau^e de dépréciation se trouve anmiliiiée pair une ajilxe que noua allons voir sous le ^ d.
c) Le de§ré de perHecliannement des'. modeS' de crédit qui permettent de se passer de monnaie el! qui par conséquent, rendenrt la monnaie nmins utile et moins demandée.
En ee qui concerne le pafkier monnaie et le billet de banque, leur émisBÂott. équivaut aîmplement à UiOi accroissement de monnaie nétallique. 11 faut déduire de la valeur de cette monnaie de papier : — i* ^a quantité de monnaie enfermée dane Feng^isse des banqiies el que le bUlel ne fait que femplaceo dans la circulation; — â^ k quantité demonnaje métallique que le papier monnaiea pu cbiafiaer à rétranger.
Mais c'est surtout par le chèque et ks compensationa que k crédit sa substitue à la monnaie V Sans ces puissants auxiliaires œlk-ci n'aurait pu suffire, malgré les nouvelles mine» d'or, à l'accroissement énorme des. besoins du commerce^ et très prohnbiémeot nous auiriona vu les phénomènes inverses de ceux d'aujourd'hui, à savoir un renchérissement énorme de la monnaie et une baisse consécutive des prix.
/ d) Le vlus Qu moins grand nombre d'actes d'échange (ventes, prfts, escomptes, parements de salaires, etc.) agît aussi sur la valeur de la monnaie, mais en sens inverse deS' deux précédents, c'est-àdiie que pl«ts il y a à faire d'échanges,, plus la. mooinaie est demandée, et par conséquent plus sa valeur monte. Et coinme te( est k cas aujourd'hui pour tous les pays, il y a dans cet accroissement delà demande de la monnaie une force qui tend k rekver sa vakur ou UhU aumoinsy quand sa quantité alimente, àt enrayer sa dépréciation, à relever son util'ité fîntxk, à lui servir de parachute» S'il n'y avait pas eu dans ces dernières années un énorme accroissement de TaiCtîvité industrielle, la dépréciation de l'or et par suite la hausse V des prix eût été bien plua forte encore qu'elle ne Test.
* Voir pour ca paragraphe 4, ci-aprè8. 1« Crédit et DOtammeat le CJiap. Comr ment on arrive à se j^auer de mjonnai& mitadlique.
I 2. — Si maiotenant nous voulons rechercher les causes de variation des prix en considérant celles qui agissent directement sur les marchandises, la valeur de la monnaie étant supposée fixe, /lous nous égarons dans une forêt 1 car il n*est peut-être pas un seul événement je ne dirais pas seulement de Tordre économique mais de Tordre politique et social, qui n'ait quelque influence sur les prix en général ou tout au moins sur les prix de certains produits.
Ce problème a été très discuté en ces derniers temps, depuis 1907, date à laquelle précisément une hausse des prix de détail par tout pays a commencé à se faire sentir, et a donné lieu à nombre d'interviews dans les journaux et de discussions dan s les sociétés savantes K
Les uns» dont nous partageons Topinion, attribuent, comme nous Tavons dit tout à l'heure, cette hausse, facile à prévoir, àja grande production des mines d'or qui a quadruplé depuis vingt ans. Mais d'autres, rejetant cette explication ou Testimant insuffisante, à elle seule, préfèrent regarder du côté des causes qui ont afl'ecté les marchandises elle-mêmes, et alors chacun a indiqué la sienne : celui-ci le protectionnisme, celui-là les impôts croissants; l'un les grèv^ incessantes, l'autre la législation ouvrière et le repos hebdomadaire ; ou même encore la multiplication des intermédiaires, le goftt croissant du luxe, la guerre russo-japonaise, etc., etc. C'est donc une recherche vaine que celle de découvrir des causes générales qui détermineraient le prix des marchandises, et Tétude ne peut être fructueuse qu'en prenant chaque produit séparément. En fait de cause générale de variation de prix il ne peut y en avoir qu'une seule, c'est celle qui agit sur Tétalon des prix, sur la monnaie.
Les avantages de rechange.
Voici les avantages de l'échange :
4° L'échange permet (f utiliser pour le mieux les richesses gui sans lui seraient restées inutiles.
1 Ed France depuis 1907, tous les articles de ménage ont augmenté dans des proportions qui varient entre 15 p. 0/0 et 50 p. 0/0 (pain, 15 p. 0/0, bœuf ?2 p. 0/0, pâtes alimentaires 20, Tromages 25, charbons 34, poissons 50, et même pour ie vin 100 p. 0/0). Voir nombreux articles dans VEconomùie Français, janvier 1910.
Mais ce phénomène se manifeste avec la même intensité pour tout pays, ce qui prouve bien qu'il tient à une cause tout à fait générale, et quelle serait-ce sinoo une perturbation de l'instrument monétaire? En Suisse, TUnion des Syndicats a publié une brochure trè» documentée, La vie chère, qui constate à peu près les mêmes hausses de prix : 30 0/C, viande, beurre, fromages, œufs, 18 0/0 pain, 18 0/0 sucre, 10 à 15 0/0 vêtements; en moyenne 17 i/2 0/0 pour les vivres, 10 à 15 0/0 pour les produits industrieln, 20 0/0 pour les logements.
L'ÉCHANGE. 25a
Sans réchange, que ferait TAngleterre de sa houille, le Transvaal de son or, la Tunisie de ses phosphates, le Brésil de son café ou de son quinquina? En analysant la notion de la richesse nous avonsconstaté que la condition indispensable pour qu'un objet quelconque* figure parmi les richesses c'est qu'on puisse l'utiliser (p. 46). Or pour qu'une richesse puisse être utilisée, il faut que l'échange la mette entre les mains de celui qui doits^en servir, la quinine entre les mains du fiévreux, le phosphate eiitre celles du cultivateur, la houille entre celles de l'usinier. Imaginez que demain, en vertu d'un décret, l'échange soit partout supprimé et que chaque homme et chaque pays soit obligé de garder chez soi et pour soi la totalité de& richesses qu'il possède : pensez alors quelle énorme quantité de richesses se trouveraient du même coup frappées d'inutilité et bonnea seulement à laisser pourrir sur place ! Non seulement il faut dire que sans l'échange la plupart des richesses resteraient inutiles, mais encore il faut dire que sans lui elles n'auraient jamais été produites. L'échange crée donc un*accroisseméntd*utilitéet souvent crée l'utilité elle-même.
Il faut voir dans l'échange le dernier acte de cette série d'actes de production qui commence par l'invention, acte immatériel aussi, et qui se poursuit à travers toute la série des opérations agricoles, manufacturières et de transport, acheminant les produits, étape par étape, vers leur destination définitive qui est d'arriver entre les mains de celui qui doiten user. Changement de forme, changement (/« lieuy changement de mains \ tous les trois sont également indispensables pour arriver au résultat final.
D est vrai qu*ii y a certaines opérations d'échange et de crédit^ comme les ventes de maisons, celles des valeurs mobilières à la Bourse qui se chiQrent par milliards, celles des objets d'art ou des meubles à l'hôtel des ventes, dont on ne saurait dire qu'elles
I Ne poarrait-on objecter : mai« le chaDgement de maios nMmpiique pas oëcessai* remeot ao échange dans le sens juridique de ce mot, c'est-à-dire un cbaogement de propriété? — En effet : sous ud régime communiste c'est la Société saos doute qai réglerait le transfert d'une personne à l'autre, de même qu'actuellement dans l'intérieur d'une même fabrique c'est le patron qui fait passer les produits de telle êqyipe à telle autre. Mais sous le régime de la propriété individuelle, le cbaogement de mains implique généralement un transfert de propriété ou du moins un transfert de droit quelconque.
C'est bien par une série d'actes successifs de vente que la matière première passe des mains de l'entrepreneur de mines ou de l'agriculteur à celles des fabri* CdQts successifs qui transforment la matière et l'amènent à l'état définitif, et enfin des mains du dernier détenteur, qui esi le commerçant de détail, entre celles du coDsommateur.
S54 COURS D ÊGONOMIfi POLITIQUE.
oonsrtitmenl des acftes de ppoduction, 'car qv'ivnpopte à ia prodoction qpve lelie action ou teiie oiillgation, tel titre de rente, tel itabkan ou telle maison, ttppartieoike à Pkrre ou à Plmfl? Ce aont des «ctes de transfeit, purement juridiques. Aussi bien B'ontrils d'iniérèt que pour ie juriscouEuUe et non pour réconomisie, mais c'est de la première catégorie Beulement, ceux qui soat liés à la production, que BOUS aTOQs à iMus occuper.
Et encore eet-on en droit de dire^ même quand il s'agit de ventes ou de locations ayaiiit pour objet soit des produits défkiilifs, soit des capitaux ou des terres, mais en tout cas se constituant des acbes de commerce, qpie pourtant ces lopéTatioas peuvent être considérées comme créatrioes d^tiiiiité et par >oonséquent productives, en ce sens q«e la cbose vendue ou louée acquiert toujours plus d'utilité -par J'acte même de vente ou de louage, puisqu'elle est plus désirée par l'acheteur ou rempruntcur que par le vendeur ou fte prêteur. C'est l'évidence même, car s'i4 n'en était pas ainsi, ni le vendeur ne l'aurait vendue, ni le bailleur ne l'aurait louée^
â'» L'échange permet d'utiliser pour le mieux la ptr^onnes -et leurs capacités prodwctriœs qui sans im seraient restées inactives.
Remarques en effet que si l'échange n'existait pas» chaque homme devrait se préoccuper de produire tout ce qui est nécessaire à ses besoins et, en supposant que ses besoins fussent au nombre
1 C'est U0B vieille qiKstioQd'ëGoèe^ue ce^le de savoir s'U faut considérer réehnpge comme productif de richesses. Les Physiocrates le niaieoL Ils prôteodaient même démoDlrer q-ue rechange ne pouvait rien faire gagner à personne. En effet, disaieotils, tout échange, 8*il est équitable, suppose l* équivalence des deux valeurs échangées et împTiqne par conséquent qu'il n'y a lîi gain m perte d'aucati c6lé. îl est vrai qu'il peat y avoir une dupe, mais en oe cas le profit de l'un a pour oompensalnn exacte le -dommage de l'autre, ea 3«rie que^ans tous J«s cas le résnUat final asï zéro.
C'est un pur sophisme que Condillac a réfuté depuis longtemps. Il suffit de remarquer que si aucun échange ne faisait rien gagner à personne ou si tout échange SBppoaatl nécessairement une dupe^ il serait difficile de comprendre pourquoi les horomes poreisteot à pratiquer Inchangé 4ep«is lant de siècieil Ba péalîté, ce qoe je cède par rechange est toujours moins utlile poar ««i, moins (désirable, vaut w^ins q\i« ce que j'uequiers, ear sans •cela il est hiea éridenl qoe je ne le céderais pas : et mon co^échangiâte fait de son c(Hé (e «iê»e raisonnetoeot. Chacun de nous peose par l'échange recevoir plus qu'il ne donne — et, si bicarré que oeta^papaisse, chacun araiscii. Il n'y a dansces jvgeneati opposés efl ^lans oes préférences inverses aucune contradiction, puisque nous savons que Tutitité de to«rte cbose est pmvmeot ssbjeotive et varie sarvaDt les besoins et les désire de chacao (voir €i<ieB9iiB, p. 4b). Quand donc on dit <que dans tosl éobaege on donne ▼ateer éffùe pour Tdeur éga'e, il faut s'entendre' Pour les deux eo^hongistes les deux valeurs sont as cevtreire inversement inégales — mais tm veut dire que Tune et l'autre, mesurées à une commune mesure qui est la monnaie, sont de même gnadear.
de âix par eiseii^, H devrait ktm 4ix métierfi difiérents : iqu'il les fft bien ou mal, il n'importe, il set^it obli^ deirégter sa production noti poini .but ses aptitudes Maés enr ses àesoins. Du jour où rechange est mis en pratique, la situfttioa est cofnpJièteinfint iMerFeiftie : <ihaque ti«Mnine, sûr désomuLts de pouvoir se procurer par réchange tout œ qui iui 6era néoeasaine, ee préoccupe Beuleaient ëe faire oe <quHl ipouira faire Je inieuK; il r^Ie désormais sa production non 9ur ms bemins mais sur tes aplilndes ou ses moyens. Avant rechange, chacun en ce monde devait )Se pnéoccnper de ^oduire oe qui iui était ie ph&s nécessaiiare ; >depuiB r>écluiBge, chacun en ce monde se préoccupe seulement de produire (ce qui loi est le ^ne aisé. Voilà une grande et merveillettse Bimpiifioation.
Oq peut dire que les aTanta^esqne nous venoos de signaler ressenMeot beanoowp à ceuK cpie procœ^ la division du trayadl, et en efiet, ce 's^nt bien les znévMss.MMâs combien singulièrement agrandis et «wltifyliés ! Si d'éciuin^ a'esifiteÂt pas, l'asaKiEtion et ia division du travail exigeraient nécessairement un concert préalable entre les coopérateurs : il faudrait que tous s'entendissent pour concourir à l'œuvre commune. Mais l'échange dispense de cet accord préalable et par là permet à la division du travail de fcaftcjir le cercle étroit de l'atelier ou de là communauté de famille pour j5jûnner sur toute la surface d'un vaste pays et jusqu'aux extrémités de la terre. 'Ghacun désormais, de près ou de loin, produira suivant ses aptitudes naturelles ou acquises, suivant les propriétés naturelles de larégioa qu'il ^habite ; il pourra se consacrer tout entier à un seul travail et jeter toujours le môme produit sur le marché, assuré qu'il est, grâce aux mécanismes ingénietixque nous étudierons plus loin, de retirer en échange n'importe quel autre produit dont il aura besoin. On a souvent fait remarquer que ce que chacun de nous consomme dans un jour était le résultat combiné de l'action de centaines et peut-être de milliers de travailleurs, tous réanis far le lien d'une asaociatioa très jnéelle quoique inconsciente*.
1 On raconte que ie milliardaire amëricaio, M. Carnegie, en offrant un splendide feslin anx membres du congrès pan-américain de 1890, leur dit fièrement : « Le monde presqae entier a coutrrbaé au menn qui va vous être servi ».Sïms donte,inais ce qui al «âtaxin^js, c^il mù\xn pauvre bonime powirail en dii^ evacletnent aalast de a» dJBar I Cûnaifi le dit très bien 11. de Lavel^ye : >• Le i^lus pauvre ouvrier consomme Ws produits des deux momies. La JjEtine de ses babUs vient d'Australie ; le riz de sa soupe, des Indes; le blé de aon pain, de l'IiJinois; le pétrole de sa lampe, de PeDsytvaoie, won café, de Java... » (ElémcnU d'Economie Polilique, P.il8).
L'échangé serait presque impossible s'il ne s'était créé lui-même certains organes indispensables :
!• des moyems de transport destinés à faciliter et à accélérer le déplacement des marchandises ;
2» des lieux de rendez-vous appelés marchés pour permettre aux propriétaires d'objets difîérents de se rencontrer;
3* des agents professionnels désignés sous le nom de marchands ou commerçants pour servir d'intermédiaires entre producteurs et consommateurs;
4"* des instruments dits poids et mesures pour mesurer les quantités échangées;
50 une marchandise tierce désignée sous le nom de monnaie et destinée à décomposer le troc en vente et achat.
Nous allons les étudier successivement dans les chapitres suivants; toutefois nous passerons rapidement sur les n~ 2, 3 et 4 — tandis que le !•' et surtout le 5« exigeront de longs développements.