CHAPITRE III LES MARCHANDS
Histoire et rôle des marchands.
Transporter les produits ne suffit point pour les rendre échangeables, c'est-à-dire pour en faire des marchandises. 11 faut généralement des intermédiaires qui s'appellent les marchands et des lieux d'échange qui s'appellent des marchés.
Le commerce n'a point commencé entre voisins, comme on pourrait être tenté de le croire, pour s'étendre peu à peu au loin. Entre les habitants d'une même famille, d'un même clan, il y avait trop de conformité d'habitudes et de besoins, une division du travail trop peu développée, pour qu'un mouvement d'échanges régulier pût prendre naissance. C'est entre des peuples éloignés et de régions difiérentes que l'échange a d'abord été pratiqué, parce que c'est là que la diversité des produits et des mœurs est imposée par la nature. Le commerce a été international avant d'être intérieur.
1 En FruDce les dépeoRes des Postes, y compris télégraphes et téléphones, soulevaient en 1908 à 305 millions de francs pour 343 millions de recettes, ce qui laissait 38 millions de francs de bonis apparents. Mais il faudrait ajouter, pour que Ip compte fût exact, les frais considérables que supportent les Compagnies de chemins de fer pour le transport des lettres et imprimés estimées à 66 millions, que VÊini ne leur rembourse pas. et les dépenses des communes. Dans d'autres pays, notamment aux États-Unis, le budget des Postes est en déficit.
II a été maritime avant d'être terrestre. Comme Vénus Aphrodite, les premiers marchands sont sortis de la mer.
Il en est résulté que les premiers marchands ont dû être des voyageurs, des aventuriers, ainsi que l'enseigne l'histoire véridique de Marco Polo ou celle fantastique de Sindhad le Marin dans les Mille et Une Nuits.
Il en est résulté aussi que le commerce se faisant d'étranger à étranger, c'est-à-dire (car les deux mots étaient synonymes pour les anciens) d'ennemi à ennemi, a partout débuté par la fraude, la ruse et souvent la violence, et que Mercure a pu être en même temps, sans que la conscience publique songeât à s'en étonner, le dieu des marchands et celui des voleurs ^
Il en est résulté enfin que dès le début les marchands ont été de ^ànds personnages enviés et redoutés, bien au-dessus des artisans et des agriculteurs» constituant une véritable aristocratie. Ce n'est qu'à une époque relativement récente que le petit commerce de détail a apparu. .
On peut signaler deux phases dans cette histoire des marchands :
i» La première est celle du marchand ambulant. — Tous les pays où le commerce est peu développé, en Afrique par exemple, en sont encore à cette phase-là : le commerce s'y fait par caravanes. On la retrouve dans nos villages sous la figure du colporteur et même sous celle de ces marchands à la criée qui font retentir les rues de Paris de leurs mélopées variées.
Mais ce système du marchand voyageant avec sa marchandise ne peut s'appliquer qu'à des produits d'un transport facile — et surtout il est très onéreux parce qu'il grève chaque article de frais généraux énormes. Les profits des marchands qui vont en caravanes dans l'Afrique centrale doivent être de 400 p. 0/0 au moins pour être rémunérateurs.
2* Aussi, partout où le commerce prend un certain développement, le marchand ambulant ne tarde pas à faire place au marchand sédentaire, au boutiquier^. Avant, c'était le marchand qui allait chercher le client : désormais, c'est le client qui ira chercher le marchand. Seulement il faut alors que le marchand attire
* Il est curieux à, noter que le mot marché a la même origine élyraologlque que le mot marche au aens de frontière^ parce que c'est sur les limites des territoires des tribus que l'échange se faisait. Encore aujourd'liui, dans certaines îles des NourelIes-Hébrides, les indigènes déposent leurs produits par terre sur la frontière, pois se retirent, attendant que ceux de l'autre tribu viennent déposer les leurs et échaof^r, s'il y a lieu.
* JMais oa constate, au début, une lutte entre le marchand voyageur et le marctiaod devenu sédentaire. Voir la note de la p. 235.
rattention du passant : — soit par des enseignes parlantes, dont nous retrouvons le souvenir dans le plat à barbe qui se balance à la porte des coifleurs, dans la pipe de bois qui se dresse sur celle des marchands de tabacs, ou dans le chapeau de X6\e qui décore celle des chapeliers; — soit par Vétalage des marchandises ellesmêmes dans des devantures resplendissantes ; — soit encore qu'il cherche à attirer le client de loin par les annonces^ réclames, prospectus, catalogues, oxx parles commis voyageurs qui ne diffèrent des marchands voyageurs d*autrefois qu'en ce qu'ils emportent avec eux, non des marchandises, mais de simples échantillons.
Les avantages que la société retire de l'existence des commerçants sont les suivants :
10 Ils servent d'intermédiaires ^niv^ le producteur et le consommateur, en épargnant à chacun d'eux le temps qull lui faudrait perdre à rechercher l'autre;
2" Ils prennent les marchandises en gros chez les producteurs et, en les débitant au détail, ils épargnent par là les embarras qui résulteraient nécessairement de l'absence de coïncidence entre la quantité offerte par le producteur et la quantité réclamée par le consommateur;
3« Ils gardent la marchandise en magasin et suppriment par là les difficultés qui résulteraient de l'absence d'une autre coïncidence, à savoir le moment où le producteur veut se défaire de son produit et celui où le consommateur est disposé à l'acquérir ;
4" Ils apprêtent les marchandises pour la consommation en les triant (blé), en les nettoyant (café), en les mélangeant (vins), en les coupant (étoffes), etc., etc.
Ce sont là, sans doute, des services réels, mais il faut voir aussi ce qu'ils coûtent. En effet, par suite de diverses causes, au premier rang desquelles on doit faire figurer le caractère peu pénible de la profession de marchand et l'attrait qu'elle exerce sur beaucoup de personnes, notamment en France, il s'est trouré que le nombre de ces intermédiaires, surtout des commerçants au détail, des boutiquiers, est devenu tout à fait disproportionné avec les besoins.
Le nombre des commerçants qui était de 858.312 en 1866, de 1.492.921 en 1896, s'est élevé à 1.823.000 en 1901*. Il a donc beaucoup plus que doublé en trente-cinq ans l et cela pour une population qui n'a augmenté dans cette même période que^de
t Statistique du recensement des industries et professions, publiée par W Ministère du Commerce, t. IV, p. 171.
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^ p. 0/0! Si la progression devait se continuer à ce taux, en moins de âOO ans tous les habitants de la France seraient devenus commerçants! Ces 1.823.000 commerçants représentant avec leurs familles enTiron 7 V' millions de personnes, on peut dire que i Françaissur 3 est dans le commerce — ce qui ne veut nullement dire que la Fraoce soit le premier pays commerçant du monde, tant s'en fauti Cet état de choses fait sentir son influence non seulement sur toute réeonomie de la France, mais même sur sa politique et sur sa mentalité. Ces petits commerçants constituent, avec les artisans qui ne s'en distinguent guère puisqu'eux aussi vendent au public, la petite bourgeoisie qui a eu une si grande influence sur l'his* toire de la France.
Il y avait, il y a 30 ans, à Paris, une boulangerie par 1.800 habite tants; il y en a une aujourd'hui par 1.300 habitants, et dans certaines villes bien plus encore (1 pour 500 à Lyon, 1 pour 380 à Saint-Ëtienne). Qu'en résulte-t-il? Que le kilog. de pain est vendu à 0 fr. 35, tandis que le prix normal, j'entends par là, par exemple, le prix auquel peuvent le livrer les sociétés coopératives, est de 0 fr. 25. La consommation moyenne en France étant de 550 grammes par tète, la consommation annuelle est de plus de 7 milliards kilog. Cette majoration de 10 centimes le kilo, par suite de la multiplicité inutile des intermédiaires, coûte donc à la population française 700 millions de francs par an, rien que pour le pain (il faudrait déduire, il est vrai, les paysans qui font leur pain euxmêmes, mais ils sont de plus en plus rares). Et maintenant multipliez ce chiffre par tous les articles de consommation et vous aurez une idée du tribut prélevé par les intermédiaires. Il s'élève probablement à pluê du double de ce que nous payons à l'Etat par l'impôt l Socialistes et économistes sont du reste unanimes pour dénoncer ce vice de notre organisation sociale, surtout Fourierqui, dès 1822, a dénoncé et même prédit les abus de l'organisation commerciale avec une précision et une verve qui n'ont pas été surpassées ^
Cette multiplication des intermédiaires, en réduisant le débit de chacun, a eu pour résultat de grever chaque article de frais généraux proportionnellement énormes et d'empêcher la baisse naturelle des prix de se faire sentir dans le commerce de détail (voir cidessus, p. 150). Ces intermédiaires tendent donc à devenir de véritables parasites.
Si Ton ajoute k cet inconvénient, déjà si grave, la falsification
• Œuvres choisies de Courier, édition Ouillaumin.
S9e COURS D'ECONOMIE POLITIQUE.
des denrées qui devient un véritable péril pour la santé publique^ les réclames mensongères qui sont également un effet de la concurrence acharnée des marchands, on doit se demander si les services rendus par ces intermédiaires ne sont pas payés aujourd'hui trop cher et si Ton ne pourrait pas trouver quelque autre mode d'organisation de réchange moins onéreux pour la société ?
Le véritable remède serait de mettre directement en relations le producteur et le consommateur en supprimant les intermédiaires, ou du moins en réduisant leur nombre au minimum. . La grosse difficulté c'est que le producteur ne peut guère vendre au détail, tandis que le consommateur peut encore moins acheter en gros. On essaie aujourd'hui de surmonter cette difficulté, grâce à l'association sous une double forme : — soit l'association des producteurs qui s'entendent pour vendre directement au public» par exemple les associations agricoles (voir ci-dessus, p. 216) ; — soit l'association des consommateurs qui s'entendent pour acheter directement aux producteurs : c'est le rôle des sociétés coopératives de consommation (voir liv. IV).
Las Bourses et les marchés à terme.
De tout temps et dans tous les pays, même dans les sociétés les plus primitives, les hommes ont eu la coutunie de se réunir à certains jours et dans certains lieux désignés pour échanger leurs produits : c'est ce qu'on appelle les marchés ou les foires, les premiers ayant une périodicité plus courte, généralement hebdomadaire, et une circonscription plus restreinte, généralement urbaine. Les foires avaient autrefois une grande importance économique. La foire de Beaucaire marquait pour tout le midi de la France la date d'échéance de tous les contrats, et encore aujourd'hui la foire de Nijni-Novgorod fait 400 millions d'affaires et réunit 2 à 300.000 personnes venues des extrémités de l'ancien continent.
Néanmoins les foires et marchés tombent en désuétude parce que les exigences de la vie moderne ne peuvent plus s'accommoder d'un mécanisme intermittent. Elles sont donc remplacées par les Bourses, institutions où l'échange s'opère de façon permanente et continue. On distingue les Bourses de commerce où se fait l'échange des marchandises et les Bourses proprement dites où se fait l'échange des valeurs mobilières. Elles sont le théâtre d'opérations
colossales et d'une activité vertigineuse. Le prix des titres ou des marchandises est inscrit et publié à chaque instant : c*est ce qu'on appelle la cote de la Bourse, Et cette cote ayant une influence décisive sur tout le mouvement des échanges, sa fixation est soumise à des règlements minutieux. D'ailleurs les opérations ne peuvent généralement être faites que par des intermédiaires spéciaux, (Tourner* ou, pour les valeurs mobilières, agents dechange : ces derniers sont investis d'un monopole légal comme les notaires ^
Autrefois dans les Bourses on vendait à la fois marchandises, effets de commerce et valeurs mobilières, et les agents chargés de ces opérations étaient les mêmes*. On les appelait a agents de banque, de change, de commerce et finances ». Ce ne fut guère qu'au commencement du xviii* siècle, après la crise de Law, que la Bourse des valeurs se sépara des Bourses de commerce et que les agents de change se distinguèrent des courtiers '.
Les échanges se font au comptant ou à terme^ mais ces derniers représentent la beaucoup plus grande masse des opérations.
Le vendeur, par exemple, vend aujourd'hui et au cours du jour dix mille hectolitres de blé livrables à la fin du mois, II est très possible qu'il ne possède pas un grain de blé. Mais ce n'est pas une difficulté : quand le moment sera venu de livrer, il ne sera pas en peine d'en trouver sur le marché. Comme on l'a dit spirituellement, il se trouve dans la situation d'un porteur d'eau qui vendrait des seaux d'eau livrables demain ou à la fin du mois : il n'a pas l'eau, c'est vrai, mais il y en a à la rivière : il ira en puiser quand il faudra. De même le marchand à terme: il puisera, quand le moment sera venu, au marché qui est la rivière.
Si la marchandise, d'ici la fin du mois, vient à baisser, par exemple si le blé vendu 20 francs ne vaut plus que 19 francs, le vendeur à terme fera une bonne affaire, car pour exécuter la livraison.
* Ce fut l'édit de 1572 sous Charles IX qui donoa une investiture officielle aux courtiers, comme on disait alors : « Gréons et établissons à titre d'office tous courtiers tant de change et de deniers que de draps de soie, laine, toile, cuirs et autres sortes de marchandises ».
* Les agents de change ont seuls le droit de négocier les valeurs inscrites à la cote officiel te et ce sont eux seuls qui autorisent cette inscription. Comme compensation à ce privilège, ils sont soumis à un tarif pour la perception des droits et astreints à une responsabilité solidaire vis-à-vis des clients. Le tarif d'ailleurs, ni la responsabilité, ne les empêche pas Ae réaliser d*énormes bénéfices puisque chaque charge vaut 1.500.000 francs, et il y en a 70.
s Mais tout ce que nous dirons ici des Bourses de commerce, c'est-à-dire de marchandises, s'applique également aux Bourses tout court, c'est-à-dire Bourses de valeurs mobilières.
il lui suffira d'acheter à 19 francs le blé vendu ^ francs. Il gagne donc 1 franc de différence. C'est bien là-dessus qu'il comptait! Tout vendeur à terme est un homme qui prévoit la baisse. — Car si au contraire le blé vient à hausser, sMI monte par exemple à 21 francs, il est clair que le vendeur aura fait un marché de dupe.
S'il s'agit de l'acheteur à terme, il se trouve évidemment dans la situation invei'se. Il a acheté à 20 francs livrable fin courant. Si le blé baisse à 19 francs, il a fait une mauvaise affaire ; il a payé 1 franc de trop pour s'être trop pressé. Mais si le blé monte à 21 francs, il a fait une bonne affaire ; il gagne la différence, 1 franc. Tout acheteur à terme est un homme qui prévoit la hausse.
De là vient que pour l'opinion publique, et même pour )e gouvernement, le vendeur à terme est un personnage mal vu, suspect de chercher à créer la baisse puisqu'il a intérêt à ce qu'elle arrive, tandis que l'acheteur à terme est une personna grata^ toujours annonciateur de beau temps. En réalité ces appréciations sont peu fondées. Il est bien impossible que des marchandises ou des titres haussent indéfiniment et, si même c'était possible, ce ne serait nullement un bien. Les hausses et les baisses ne peuvent être que des oscillations rythmiques qui peuvent être aussi bonnes les unes que les autres, et les unes et les autres indispensables à l'équilibre économique puisque nous avons vu que ce sont elles qui rétablissent chaque fois l'adaptation entre la production et les besoins. Quand on a trop produit de marchandises ou qu'on a fait monter des titres au-dessus de leur véritable valeur, il est très utile que la baisse vienne.
Ce qu'il faut souhaiter c'est que ces oscillations puissent exercer leur action salutaire en causant le moins de dommages possible et que, pour cela, elles soient le moins brusques possible. Or précisément, la vente et l'achat à terme ont ce double effet : — 1* d'annoncer à Tavance, quinze jours ou un mois d'avance, la variation des prix et le sens dans lequel elle s'effectuera. En effet, les vendeurs et acheteurs à terme sont comme l'avant-garde qui précède la masse des vendeurs et des acheteurs au comptant, et la hausse ou la baisse des prix du terme ne fait qu'anticiper la hausse ou la baisse du comptant; ~ 2" d'atténuer (ce qui est plus utile encore) ces variations de prix, car toute crise prévue est escomptée et par là même diminuée en intensité. Si la baisse du blé doit se produire dans un mois, tout ce qui est vendu d'ici jusqu'à la fm du mois sera autant de moins qui sera offert fin courant et le marché sera dégagé d'autant. Et si au contraire le blé doit hausser, tout ce qui est acheté dès à présent et pendant le mois, réduira d'autant la
demande fin du mois. D'autant plus que la production, ayertie par les variations du cours du terme, va suivant les cas accélérer ou ralentir son mouvement. Sans doute si la hausse ou la baisse tient k des causes naturelles, par exemple pour le blé, à une mauvaise récolte ou à une récolte surabondante — les ventes et les achats à terme ne pourront Tempêcher, mais ils Tespaeeront sur un plus long temps et la dissémineront sur un terrain élargi. Vendeurs et acheteurs à terme remplissent l'office de ces ingénieurs qui remplacent les brusques escarpements par des pentes douces, prises de foin, et sur lesquelles le commerce,, au lieu de verser ou de casser ses ressorts, peut rouler sans accidents et même sans trop de cahots.
Faisons un pas de plus. Il est très possible que le vendeur à terme non seulement ne possède pas actuellement la marchandise mais ne l'ait pas davantage quand viendra Téchéance et le sache parfaitement, et que l'acheteur de son côté n'ait pas le moins du monde l'intention de l'acquérir à un moment quelconque •. Peut-être Tan et l'autre ne sont-ils pas même des commerçants, mais des messieurs ou des dames qui vendent et achètent blé ou laine sans avoir jamais eu en mains grain de blé ni flocon de laine! C'est même très fréquent. Alors qu'est-ce que cette étrange opération qui consiste à vendre ce qu'on ne possédera jamais? C'est tout simplement un pari sur la hausse ou la baisse des marchandises ou des titres, exactement comme un pari aux courses de chevaux.
Pourtant, quand viendra l'échéance, ne faudra-t-il pas que le vendeur à terme livre les marchandises et que Tacheleur paie le prix? — Point du tout! S'il y a baisse, le vendeur dit à l'acheteur : « Vous n'exigez point que je vous livre mon blé et vous seriez même doublement embarrassé si je le faisais, car vous ne vous souciez point de blé et vous ne vous souciez point de le payer. Eh bien, je vous ie rachète! seulement, comme il ne vaut maintenant que 19 francs» je vous l'achète au prix actuel. Vous me l'aviez acheté à âO francs. Vous ne me devez donc que la différence, soit i franc. Si le blé a monté, s'il est à ^1 francs, tout se passera de même à cela près que c'est l'acheteur qui revendra au vendeur à 2i francs le blé qu'il lui avait acheté 20 francs, et qui par conséquent touchera i franc de difiérence.
Donc tout se règle ou, pour employer l'expression technique, se
* C*e>itdao0 ee cas, c*e8t-à-dire qa&Dd il s'agit d*uae rente fictive, quelle s'appelle veste à terme ou, plos exaetement, mmrohé à terme : mais quand la vente «et réelte et qoe hi livraÎBoo sealement est différée, par exemple parée que la marchaodise est en route, alors on emploie l'expression marché à livrer.
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liquide sans livrer la marchandise et sans payer le prix, mais seulement en payant les différences^.
On appelle Caisses de liquidation des soci étés qui jouent le rôle d'intermédiaires entre les vendeurs et les acheteurs, se portant acheteuses vis-à-vis des premiers et vendeuses vis-à-vis des seconds. Comme les opérations de part et d'autre sont évidemment égales, la Caisse n*a jamais rien à débourser — et, quant à l'insolvabilité possible d'une des parties, elles s'en couvrent par un cautionnement. — Mais à quoi servent-elles? D'abord elles opèrent à la façon d'un Clearing House et, de plus, en donnant une garantie absolue à tous, elles éliminent les perturbations tenant à des circonstances individuelles pour ne laisser que les variations tenant à des causes économiques et qui par là se dégagent et apparaissent plus clairement.
La vente et l'achat à terme ou, comme on dit aussi, à découvert, n*estdonc qu'un jeu' : ne devrait-on pas l'interdire? Telle est la très grave question qui se pose.
En faveur des opérations à terme, on peut dire que, même fictives et n'aboutissant jamais à une réalisation effective, elles peuvent rendre exactement les mêmes services que ceux que nous avons expliqués pour les ventes à terme réelles, à savoir : indiquer à
1 II est possible cepeodaat que Tuoe des deux parties ne veuille pas faire cette opération, qui s'appelle la liquidatioQ, précisément parce qu'elle ne veut pas liquider, mais qu'elle préfère continuer la partie. L'acheteur, par exemple, n*a pas vu se réaliser la hausse qu'il attendait mais il croit qu'elle s'accentuera le mois prochain : il veut rester acheteur K terme. Mais si le vendeur, lui, veut liquider — peut-Atre parce qu'il partage l'opinion de l'acheteur — comment Taire? Même en ce cas Tacheteur n'est pas dans l'embarras. Il y a en effet une foule de capitalistes prêts à lui prêter l'argent nécessaire pour lui permettre d'attendre, pour se (aire reporter, et qui même s'en font une sorte de profession. En effet le report constitue un placement très recherché par les capitaux disponibles en quête d'emploi, car c'est un prêt sur titres et à court terme; il offre une sécurité absolue. Il est garanti en effet par les marchandises ou les titres que l'acheteur lut donne en gage (ou« pour parler plus exactement, lui vend au comptant et lui rachète à terme).
Si c'est inversement le vendeur qui veut continuer tandis que l'acheteur veut liquider, eh bien ! de même le vendeur trouvera à emprunter (ou plus exactement à acheter au comptant en les revendant à terme) les marchandises ou les titres qu'il lui faut. Cependant celte seconde opération est généralement moins commode que l'autre.
s Jeu d'autant plus tentant que l'on a inventé, pour les gens prudents ou les petites bourses, un moyen de limiter les risques : c'est ce qu'on appelle le marché à prime. C'est une espèce d'assurance moyennant laquelle, si l'opération tourne mal, le spéculateur peut s'en dégager en payant un dédit convenu. 11 est donc assuré, au pis aller, de n'y laisser que quelques plumes.
l'avance les variations des cours et, en les anticipant, les amortir. Mais pour qu'elles rendent ce double service, encore faut-il qu'elles soient faites par des professionnels ou tout au moins par des gens capables de prévoir. Si elles sont faites par n'importe qui, elles ne sont plus qu'une forme de paris, paris à la hausse ou à la baisse, comme les paris aux courses. Or, malheureusement tel est trop souvent le cas. La fureur du jeu est telle aujourd'hui que Ton voit des gens du monde, des militaires ou des concierges, faire des opérations sur la laine et les cuirs, comme sur n'importe quelle valeur que leur indique un journal de réclame financière ^ Le mal devient plus grave si, par de fausses nouvelles par exemple, on fait varier artificiellement les cours. Alors la spéculation, au lieu de prévenir la panique, ce qui est son véritable rôle, la crée.
Le problème consiste donc ici à séparer la spéculation fondée sur des prévisions, qui est une des formes les plus élevées de Tintelligence économique, de la spéculation fondée sur le hasard qui est une des formes les plus déplorables de la démoralisation contemporaine*. Or le législateur n'est guère en mesure de faire cette distinc-
^ Nous avons reça personnel lemeat, comme beaucoup d'autres certainement, non seulement des lettres-circulaires mais des visiteurs nous invitant à faire des opérations à terme sur le sucre et l'alcool. Voici un extrait curieux de ces circulaires :
« En raison de la fréquence et de Timportance des devoirs financiers survenant à une époque où la diminution du revenu impose à chacun l'obligation d'augmenter ses ressources, nous croyons utile de vulgariser les opérations traitées à la Bourse de commeroe. Ignorées de la grande majorité des rentiers ces opérations sont, à notre avis, les seules rationnelles et logiques : effectuées judicieusement elles peuvent faire rendre aux capitaux engagés le maximum de bénéfices contre le minimum de risques...
<■ La hausse et la baisse sont en effet régies par la seule loi de l'offre et de la demande, la production d*un côté, la consommation de l'autre. Point d^artifices... Nous traitons des affaires commerciales sur des marchandises conservant toujours une valeur intrinsèque qu'elles ne peuvent perdre en aucun cas. Quel peut être le risque en achetant une marchandise vers son prix de revient, livrable dans six mois? N'esl-il pas légitime d'espérer que dans im laps de temps aussi considérable vous puissiez profiter d'un cours avantageux pour vous liquider, c'est-à-dire réaliser un bénéfice?
<■ Ce genre d*opération convient aux esprits froids, pondérés, qui préfèrent une opération commerciale aux spéculations dont la réussite est presque toujours une question de pile ou face ».
< Certaines Bourses, notamment celle de Roubaix qui est le grand centre des opérations sur les laines, avaient de leur propre chef exigé la qualité de commerçant. Cette condition ne parait pas cependant avoir suffi pour éviter les abus, car le Gouvernement vient de nommer une commission extra-parlementaire pour s'en occuper (Voir sur ce sujet le livre de M. Sayous, Les Bourses de commeroe en Allemagne, et de M. Lescure, Le marché à terme de Bourse en Allemagne, 1906).
tioQ. li pourrait cepeQdant prohiber toute opératioQ à terme faite par un noQ-professiooiiel ou pour son compte. Encore n'est-ce guère facile de l'empêcher en pratique. Le meilleur remède c'est que les Bourses de commerce, qui sont des corps constitués ofBciellemeot, fassent leur police elles-mêmes ^
Poids et mesures.
L'institution d'un système de poids et mesures est indispensable ù réchange. H est peu fréquent en effet qu'on puisse se contenter d'échanger une uoité spécifique contre une autre (un fusil contre uae dent d'éléphant) et dès qu'on échange des quantités il faut bien, pour pouvoir les évaluer, déterminer préalablement les quantités échangées. La balance n'est point seulement l'attribut classique de la Justice : elle est aussi celui du Commerce. £n ce qui concerne la mesure de longueur, l'homme a emprunté à son propre corps l'étalon nécessaire (la main, le pouce, le pied, le pas) : en ce qui concerne le poid^ou les volumes, il a fallu inventer des mesures arbitraires. Chez les peuples primitifs les opérations de mesurage sont parfois invraisemblables. On raconte que, dans les échanges entré les Peaux- Rouges et les trappeurs de la Baie d'Hudson, on mesurait les peaux en prenant pour unité la longueur d'un fusil, quelle que fût celte longueur, et c'est pourquoi les longues carabines sont devenues en usage chez ceux-ci.
^ En France pendant longtemps la loi, ou du moins la jurisprudence, assimilait les marchés à terme au jeu et en conséquence refusait toute action en justice au créancier. Mais la loi de 1885 a supprimé cette façon de se dispenser de payer ses dettes qui o 'empêchait ouiiement les opérations à terme, mais dont bénéficiaient seulement de temps en temps quelques malhoniièies gens.
En Allemagne, une loi du 22 Juin 1896, qui a fait grand bruit, a établi ces deux règles principales : — i^ droit de faire des opérations à terme réservé, sous peine de nullité, à ceux qui seraient inscrits sur un registre spécial ; — 2<> opérations à terme prohibées absolument pour certaines marchandises, notamment les céréales et les valeurs minières. « Mais cette loi a été fort mal accueillie par les commerçants, et la plupart ont refusé de se faire inscrire sur le Registre officiel qui a un peu trop l'apparence d'un Registre de police : ils ne veulent pas être mis en carte. Aussi un nouveau projet de loi va supprimer le registre et exigera seulement la qualité de commerçant.
Cette campagne contre les Bourses est menée par les agriculteurs qui aocasent les vendeurs à terme de faire la baisse, notamment sur les blés. Car, après que pendant des siècles OA a accusé les spéculateurs de faire la hausse sur les blés pour afl^amer le peuple, vuici aujourd'hui qu'en les accuse de faire la baisse pour ruiner les agriculteurs !
LES BIARGHA^DS. 303
Les saraDts français de la Revolutioa furent très fiers d'avoir doDné comme étalon à leur système comme mètre le globe terrestre lui-même» ou du moins une fraction déterminée (la quarante millionnième partie) de sa circonférence.
£n réalité cet étalon était ;plus grandiose que précis, car on ne pourra jamais savoir exactement quelle est la circonférence du globe terrestre, d'autant moins que certainement cette grandeur varie. Déjà aujourd'hui il est constaté que le mètre adopté est trop court de 2/10.000. On aurait pu trouver mieux avec la longueur du pendule battant la seconde à la latitude de Paris ou môme avec les longueurs d'onde des rayons lumineux. Mais peu importe : le véritable étalon du système métrique est la barre de platine iridié adopté par la Conférence Internationale de 1889' et déposé à Sèvres dans un coffre-fort dont trois pays ont la clef — et personne ne songe plus au globe terrestre.
Ce qui a valu au système français, dit métrique, sa supériorité et ce qui Ta fait adopter dans un très grand nombre de pays, ce n'est point la supériorité de son étalon, c'est simplement la conformité de ses divisions avec le système décimal, ce qui simplifie extrêmement les calculs, tandis que la plupart des systèmes de poids et mesures sont établis sur le système duodécimal : tel est en France mênie, le système de division angulaire (360 degrés de 60 minutes).
L'inventeur inconnu du système de numération décimale a subi évidemment la suggestion de l'homme qui compte sur ses doigts, mais il eût été bien mieux inspiré si, an lieu de 10 caractères (9 chiffres et Ic-zéro), il en avait créé 12 (11 chiffres et le Eéro). Le service rendu par lui au genre humain eût été infiniment plus grand car le nombre 10 est un pauvre nombre qui n'estdivisible commodément que par moitié, tandis que 12, la doussaine populaire, est divisible par moitié, par tiers et par quarts, et ces fractions simples conviennent bien mieux à tous nos besoins, tant pour les marchandises que pour la monnaie. C*est bien pour cela que certains peuples préfèrent garder leur vieux système de poids et mesures et de monnaies, quoique ne cadrant pas avec leur système numérique,
4 Le « Bureau intematioBal des poids et mesures » a été Tonde en 1875. 11 a la garde du prototype iotemational du mèlre et des mesures qui eo dérivent. Il procède à l'étalonnage et à la comparaison de toutes les règles géodésiques, étalons, échelles de précision, etc. 11 vient de demander et d'obtenir que le carat {mesure de poids pour l«s pierres précieuses), qui variait selon les pays de 191 à 212 miliigramoie&, fût fixé partout au poids uniforme de 200 milligrammes.
Plus modestes sont les vérificateurs des poids et mesures, fonctionnaires qui ont pour rôle d'inspecter les marchands et de s'assurer qu'ils ne vendent pas à fauii poids.
Î04 COUHS D'ÉCONOMIE POLITIQUE.
parce qu'il est mieux adapté aux besoins de la vie courante et qu'en Angleterre, par exemple, nombreux sont les réfractaires k Tadoption du système métrique. Et même en France nombreuses encore sont les régions où l'on reste fidèle aux vieilles mesures de la livre, de Tarpent, etc. Néanmoins le système métrique décimal «era bientôt adopté par tous les peuples de la terre.