CHAPITRE IV LA MON?IAIE MÉTALLIQUE
Historique de la monnaie.
Ce n'est pas en vertu d'une convention expresse, d'un contrat social, que certains objets ont pu devenir le médium des échanges, mais par suite de certains avantages qui les imposaient au choix des hommes et les prédestinaient à cette haute fonction.
Les difficultés du troc (voy. ci-dessus, p. 236) ont forcé les hommes à choisir une marchandise tierce destinée à figurer dans chaque échange. Ils ont choisi naturellement celle qui leur était la plus familière et de l'usage le plus général, par exemple, pour les hommes primitifs, des silex taillés.
Dans les sociétés patriarcales, c'est naturellemnt le bétail, bœuf ou mouton, qui paraît avoir joué ce rôle de marchandise tierce, et la plupart des langues indo-européennes, même la langue basque, nous ont transmis le souvenir de cette forme primitive de la monnaie dans le nom même qu'elles lui donnent*.
* C*est ainsi, pour oe citer que la plus connue, que le mot latin pecunia désignait, à l'origine, le bétail, le troupeau. £t même dans Homère on voit que les valeurs, celles des armures de Diogène et de plaucus, par exemple, sont évaluées en H boeufs ». De là Teipression, qui a paru si risible, de Leconte de Lisie dans sa traduction d'Eschyle, dire pour acheter le silence de quelqu'un : Mettre un bœuf sur sa lunguel m.
Nombre d'autres marchandises ont aussi, suivant les cas et suivant les pays, joué le rôle de marchandises tierces: — riz au Japon, briques de thé dans l'Asie centrale, fourrures sur le territoire de la Baie d'Hudson, cotonnades dites guinées ou barres de sel dans l'Afrique centrale; — mais il est, entre tous, une certaine catégorie d'objets qui ont eu le privilège d'attirer de bjume-iieure l'attention des hommes et qui n'ont pas tardé, dans toutes les sociétés tant soit peu civilisées, à détrôner toute autre marchandise, je veux parler des métaux dits précieux, l'or, l'argent et le cuivre.
Grâce à leurs propriétés chimiques qui les rendent relativement inaltérables, ce sont les seuls qu'on trouve dans la nature à Vétat natif — l'or mieux que l'argent et l'argent mieux que le cuivre; et par conséquent les hommes ont pu les connaître et les exploiter avant que leurs connaissances métallurgiques leur permissent de connaître et d'exploiter d'autres métaux, tels que le fer. Il est à remarquer que la vieille légende des quatre âges, âge d'or, d'argent, de cuivre et de fer, range les quatre métaux précisément dans l'ordre où ils ont été connus des hommes. Leurs propriétés physiques aussi, éclat, couleur, malléabilité, qui les ont fait rechercher de bonne heure, soit pour l'ornementation, soit pour certains travaux industriels, justifieraient assez le rôle considérable qu'ils ont joué de tout temps et chez tous les peuples.
Ces propriétés naturelles entraînent certaines conséquences économiques de la plus grande importance et qui confèrent aux métaux précieux une supériorité très marquée sur toute autre marchandise :
!• Facilité de transport, — Aucun autre objet n'a une si grande valeur sous un si petit poids. Le poids qu'un homme peut transporter sur son dos est d'environ 30 kilogrammes. Or 30 kil. en charbon représenteraient à peine une valeur de 4 fr. ; en blé, de 7 à 8 fr. ; en laine, 30 à 40 fr.; en cuivre, 50 à 60 fr. ; en ivoire, 7 à 800 fr.; en soie grège, 1.500 fr.; en argent, 3.000 fr.; et en or pur, 100.000 fr.
L'importance de ce premier caractère est énorme, beaucoup plus grande qu'on ne peut le penser à première vue. Voici pourquoi.
Il est clair que si la difficulté de transport pouvait être supprimée pour une marchandise quelconque, si on pouvait lui conférer le don d'ubiquité, si le monde ne constituait pour elle qu'un seul marché, on arriverait à ce résultat que sa valeur serait exactement la même sur tous les points du monde (voir p. 231 et ncte). Suppose-t-on, en effet, qu'elle fût moins élevée sur tel point du GiDB. — Coins. 20
monde que sur tel autre? On ne manquerait pas de venir la chercher sur le premier de ces points poar la transporter sur le second, et comme le transport, par hypothèse, ne présenterait aucnne difficulté ni aucun frais, la plus légère différence suffirait pour que l'opération fût profitable. L'équilibre, en le supposant rompu, se rétablirait donc instantanément comme le niveau se rétablit instantanément dans un liquide dont les molécules sont parfaitement fluides.
Or, les métaux précieux étant de toutes les marchandises, hormis les pierres précieuses, celles qui ont la plus grande valeur sous le plus petit volume, ce sont celtes dont le transport est le plus aisé et dont la valeur par conséquent reprendra le plus rapidement son niveau normal. Moyennant! p. O/Oc^e sa valeur, frctct assnrance compris, on transportera une masse d*or ou d'argent d'un bout du monde à Tautre (voir ci-après Le Changé) tandis que le même poids de blé devrait payer, suivant les distances, 20, 30 et 50 p. 0/0 de sa valeur. 11 résulterait de ïà que la valeur des métaui précietiHTdevrart être la même, à A p. 0/0 près, sur tous les points du monde. Ce serait là, toutefoi^nï'hiî conclusion exagérée. 11 est certain, aa contraire, que la valeur des métaux précieux n'est pas la même partout et que notamment elle est plus dépréciée sur les lieux de production. Ce qui explique les prix incroyables qui ont été cités tant de fois pour les régions minières où-l'or sort de terre (Australie, il y a un demi-siècle, Transvaal ou Klondyke aujourd'hui) — mais • néanmoins on peut dire que la valeur de ces métaux satisfait très suffisamment à la première première condition d'une bonne mesuredes valeurs, invariabilité dans l'espace.
2* Duré^ indéfinie. — A raison de leurs propriétés chimiques qui les rendent réfractaires presque à toute combinaison avec l'air, l'eau, ou tout autre corps, l'or et l'argent jyeuvenl se consen-er indéfiniment sans altération. Il n'est aucune autre richesse dans la nature dont on puisse en dire autant; les produits d'origine animale et végétale se gâtent, et même les métaux, tels que le fer, s'oxydent et finissent par tomber en poussière '.
Cette propriété a une importance presque égale à la précédente. Klle a produit dans le temps le même effet que l'autre dans Ve$pace, à savoir une invariabilité au moins relative de la valeur d'une époque à une autre. A raison de leur durée, qui fait que les mêmes particules de métal monnayées et remonnayées
4 Le cuivre se conserve assez bien aussi, giàce à la belle putiae (carbonate) qai le recouvre et le protège.
LA MONNAHL MÉTALLIQUE. 387
peuvent traverser, lestages, le» métau^^ précieu»^ s'acctuûulent petit à petit en aoe masse itnposftnte -^ quelc(ues 80 milliarda au jourd'huivdoiit 40 àr50 milliards de francs^ or (sur lesquels les États-Unis, Ia< France, la Rusdiey l' Allemagne et l'Angleterre, en détiennent 25 enviroa) — dansr laquelle la production annuelle se déverse cooime dans un réservoir toujours grandissant et dans laquelle, par oanséquent, les variations accidentelles vont s'atténuant de plu» en plus. Dans uit torrent qui se précipite les moindres cruesse manifestent par des obangement» de niveau énorme, mais les plus fortes cï>aes du Rhône n'élèvent le niveau du lac de Genève que de qoelq^ues centimètre».
Combien, diffère- le blé, par exBmplei II ne dure* pas, il se con-^ somme par le premier usage. Aus^ quand survient chaque nouvelle récolte ammelle; les greniers où elle se déverse soat à peu près vides. Supposez que ta récoilte de blé vienne une année à doubler dans le monde entierl le stock se trouvant également doublé, l'a viiissement des prix. sera cfiroyable. Or depuis moins* de vingt ans la production des mines d'or a presque quintuplé, s'élevawt de 500 million» à près de 2 34 milliards : cependant comme cette production ne représente qu'une petite fraction du stock bi^métallique existant, 5 p. 0/0 environ, l'effet produit sera peu de chose.
Et toutefois ces variations* finissent par être sensibles à la longue, puisque, par exemple, au taux; de production- actuelle, le stock or doublerait en 20 ans^ Si donc la valeur des métauic précieux présente des: garanties- suffisantes de stabilité dans^ le temps quand on s'en tient à de courtes périodes, elle est loin de les présenter au même degré quand on embrasse de longues périodes. De là des iaeonvénients graves sur lesquels nous aurons à revenir.
3*> Identité de qualité, — Le» métaux étant, comme on dit en chimie, des corps simples, sont partout identiques à eux-mêmes. Un oégociant expérimenté saura distinguer le blé d'Odessa du blé de Californie, ou une toufle de laine d'un mouton d'Australie de celle prise sur le dos d'un mérinos d*Espagne, mais l'orfèvre le plus habile ou le chimiste armé des plus puissants réactifs ne trouvem aucune différence entre l'or d'Australie et celui de l'Oural. Il n'est pas besoin ici « d'échantillons ».
4® DifficuUé de /aUifieadon, — Le» métaux précieux sont reconûai8sabl42» à la fois, h l'œil, à l'ouïe, au= toucher, par leur coulctir, leur sonorité, et leur poids, et par là se distinguent assez aisément de tout autre corps et même des autres métaux ^
< Leff pièces d'atgeot donoetit uoe sens8tit)n tactile ûettement différente de celtes de Diekei, par exemple.
5° Divisibilité parfaite. — Cette divisibilité doit 8'entendre non seulement au sens mécanique de ce mot (ror et l'argent étant en eiïet extraordinairement divisibles, soit à la ûlière, soit au laminoir), mais encore au sens économique. Divisez un lingot en cent parties, vous n'en changez en rien la valeur : chaque fragmenta une valeur précisément proportionnelle à son poids et tous les fragments réunis ont une valeur précisément égale à celle du lingot primitif.
Autre chose est employer les métaux précieux comme instrument d'échange, autre chose est employer la monnaie proprement dite*. C'est une évolution qui a passé par trois étapes très distinctes I
40 On a commencé par se servir de métaux précieux sous la forme de lingots bruts. Il fallait donc dans tout échange les peser d'abord, les essayer ensuite. Les actes juridiques du vieux droit romain, la mancipatio par exemple avec son liôripens, conservaient le symbole de ce temps où l'instrument des échanges, argent ou bronze, était pesé. Naguère encore en Chine, où la monnaie frappée n'est pas en usage, on voyait les marchands porter à leur ceinture la balance et la pierre de touche.
2^ Las d*être obligés de se livrer à chaque échange à cette double opération, les hommes^mt eu l'idée de se servir de lingots taillés dont le poids et le titre étaient déterminés à l'avance' et au besoin garantis par quelque sceau, quelque poinçon officiel. Le législateur qui a çu cette idée ingénieuse peut revendiquer la gloire d'avoir véritablement inventé la monnaie, car désormais on ne pèsera plus les lingots, on les comptera et telle est la caractéristique de la monnaie. Il paraît probable que c'est un roi de Lydie, un successeur de Gygès, vers l'an 650 à 700 avant Jésus-Christ, qui a fait frapper la première monnaie, dont on peut voir encore les spécimens au musée britannique. Llle n'est ni en or ni en argent, mais
1 Les pierres précieuses, qui présentent une supériorité sur les métaux précieux au premier point de vue — grande valeur sous un petit volume — sont, h tous le? autres, dans des conditions très défavorables. Elles sont très variables en qualité, susceptibles d'être imitées à s'y tromper et surtout elles ne peuvent être divisées sans que leur valeur soit pour ainsi dire anéantie.
2 « De grands et puissants empires comme ceux de TÉgypte, de la Chaldée et de l'Assyrie, ont traversé des milliers d'années d'existence dans la richesse et laprospérité, avec des relations commerciales aussi étendues qu'ont jamais pu l'être celles d'aucun peuple de l'antiquité, en se servant constamment de métaux précieux dans les affaires de négoce mais ignorant absolument Tusage de la monnaie » {Monnaies et médailles, ch. 1). — Les Egyptiens les employaient surtout sous la forme d'Boneuux.
> Bien entendu, ceci suppose au préalable l'invention d*un système de poids et mesures, comme nous l'avons vu au chapitre précédent.
en alliage des deux métaux que lès Grecs Dommaient « electrum », et elle n'a pas encore la forme d'un disque, mais celle d'un lingot ovoïde, d*un haricot, portant seulement la marque de quelques raies et de trois poinçons. Tel est à peu près, de nos jours, le cas pour la Chine où les lingots sont souvent revêtus de la marque do certaines maisons de commerce, destinée à certifier leur poids et leur titre*.
3» Il restait encore un pas à faire. Non seulement la forme du lingot cubique ou irrégulière est peu commode, mais malgré l'empreinte du poinçon, rien n*est plus aisé que de le rogner sans que cette falsification soit reconnue. Il est donc toujours prudent de le peser pour s'assurer qu'il est intact. C'est pour remédier à ces difGcultés pratiques qu'on a été conduit à adopter cette forme de la monnaie frappée qui est familière à tous les peuples civilisés, à savoir celle de petits disques revêtus d'empreintes en relief sur la totalité de leur surface, la face, le revers et le cordon, de façon qu'on ne puisse limer ni altérer la pièce sans laisser des traces visibles sur le dessin qui la recouvre de toutes paris.
Désormais on est arrivé au type de la pièce de monnaie proprement dite, qui depuis des siècles ne s'est pas sensiblement modifié et pour lequel on peut adopter la définition donnée par Stanley Jevons : lingots dont le poids et le titre sont garantis par l'État et vérifiés par l'intégrité des empreintes qui en recouvrent la mrface.
Si le numéraire occupe un rang hors pair parmi les richesses. ^
Si Ton consulte l'opinion courante, la réponse à cette question ne sera pas douteuse. De tout temps, en tout lieu, sauf chez les sauvages, le numéraire a tenu une place hors rang dans les préoccupations et dans les désirs des hommes. Ils l'ont considéré, sinon comme la seule richesse, du moins comme la plus importante de beaucoup et, à vrai dire, ils semblent n*estimer toute autre richesse qu'en raison de la quantité de numéraire qu'elle représente et qu'elle
Ml y a aussi pourtant des pièces de cuivre frappées qui sont les sapèques^ mai» ce D'est là que de la mooDaie d'appoint pour les petits achats. Mais en vertu d*uu édit de 1910, le gouvernement chinois vu faire frapper des pièces d argent de 1 Yuan (équi valent au dollar américain, un peu plus que notre écu de 5 francs) et des sousmu tti pies.
310 COURS 0'ËCONOMIE POLITIQUE.
permet d'acquérir. Être riche, c'est avoir soit de l'argent, soit les moyens de s'en procurer.
11 serait curieux de suivre à travers l'histoire les manifestations diverses de cette idée qui confond l'or avec la richesse : — dans les tentatives des alchimistes du Moyen âge pour changer en or les métaux et réaliser ainsi ce qu'ils appelaient « le Grand Œuvre », entendant par là hien moins une découverte chimique qu'une révolution économique; — dans Tenthousiasme qui saisit le vieux monde à l'arrivée des premiers galions d'Amérique et lui persuada qu'il allait trouver dans ce pays d'Eldorado la fin de toutes ses misères ; — dans les systèmes compliqués essayés par tous les gouvernements durant les xvi« et xvii'' siècles, pour faire affluer le numéraire dans les pays qui n'en possédaient pas ou l'empêcher de sortir de ceux qui en étaient pourvus; — et, à cette heure encore, dans les préoccupations avec lesquelles hommes d'btat et financiers surveillent de l'œil les entrées et sorties du numéraire, causées par les différences des exportations et des importations. Le t^élèhre financier Law écrivait encore au début du xvin° siècle : « une augmentation de numéraire ajoute à la valeur du pays^ ».
Mais si on s'adresse aux économistes, la réponse sera bien différente. On peut dire que c'est par une protestation contre cette idée, qu'elle qualifie de préjugé', que l'économie politique a révélé pour la première fois son existence. Elle venait à peine de naftre et balbutiait encore avec Boisguillebert (1697) que déjà par sa bouche elle affirmait : « qu'il est très certain que l'argent n'est point un bien de lui-même et que la quantité ne fait rien pour l'opulence d un pays ». Et depuis lui, il n'est pas d'économiste qui n'ait traité le numéraire avec un parfait dédain et n'ait affirmé que ce n'est qu'une marchandise comme toutes les autres, et même bien infé-
1 Considérations sur U numéraire. Ge n'edt point qoMl tîI précisément dans le Duméraire one richeBse en soi propre à BattalaiFe tes besiiins de rbomme mais parce qulil y voyait laluDent iodispeasable du travail productif. « Une plus grande addition au numéraire emploiera plus d'individus ou le môme nombre avec plus d'avantage, ce qui, en rendant l'exportation plus considérable, établira une balance due au pays. Si au contraire le numéraire diminue, une partie des ourriers alors efflplovéft demeuve sans travail... tes produdions -et les .manufactures sont moindras ».
L'assertion de Law n'était pas erronée, àinotre avis, mais la dâmonstratioii'qaMl en donne procède d'une confusion entre le numéraire et le capital circulant. C^est ce dernier seulement qui est indispensable a Tentretien du travail. On pourrait très bien payer les ouvriers en nature et les ouvriers agricoles le sont de la sorte. La confusion entre la monnaie et le capital était d'autant pins dangereuse que Law. faisant un second saut, assimilait la monnaie métallique à la monnaie de papier I
* M. Novicow, dans son livre, Les gaspillages des sociétés modernes, l'appelle « l'illusion crysobédonique » (du grec yp\i(s6ç or, et^dovTj jouissance).
LA MONNAIE MÉTALLIQUE. 31i
Heure à toute autre, car par elle-même elle est incapable de satisfaire directement aucun besoin ou de nous procurer aucune jouissance, et c'est en conséquence la seule dont on puisse dire que son abondance ou sa rareté sont choses également indifférentes. S'il y a peu de pièces de monnaie dans un pays, chacune aura un pouvoir d'acquisition plus considérable ; s'il y en a beaucoup, chacune aura un pouvoir d'acquisition moindre. Que nous importe!
Ces deux opinions, si contradictoires qu'elles paraissent, se concilient très bien. Le public a raison au ^iniàewuQ individuel, le seul qui l'intéresse; les économistes on traison en faisant abstraction des individus. Voici l'explication :
Toute pièce de monnaie doit être considérée comme un bon portant sur l'ensemble des richesses existantes et donnant droit au porteur de se faire délivrer une portion quelconque de ces richesses à son choix jusqu'à concurrence de la valeur indiquée sur sa pièce ^
Il est clair que l'intérêt de chacun de nous c'est d'avoir le pl*fi8" grand nombre possible de ces « bons », et que plus nous en aurons,^ plus nous serons riches. Sans doute, les hommes savent bien que par eux-mêmes ces bons ne peuvent ni les rassasier ni les désaltérer; ils n'ont jamais été si stupides que de le croire, et longtemps avant que les économistes eussent découvert cette vérité, la légende antique l'avait enseignée en montrant le roi Midas mourant de faim au milieu des richesses que sa sottise avait transformées en or. Mais tous estiment néanmoins qu'il est infiniment plus commode d'avoir ces bons que n'importe quelle autre richesse, et tous ont parfaitement raison de penser ainsi. En eflet, étant donnée l'organisation de nos sociétés» nous savons que toute personne qui désire se procurer un objet qu'elle n'a pas produit directement (et c'est le cas de l'iramesnse majorité) ne peut se le procurer que par une double opération qui consiste : 1* à échanger les produits de son travail ou son travail lui-même contre du numéraire» ce qui s'appelle vendre; 2* échanger ce numéraire contre les objets qu'elle désire, ce qui s'appelle acheter. Or, de ces deux opérations, la seconde, l'achat, est très aisée : avec de l'argent, il est toujours
' Un boD qai présente cette supériorité sur les titres de crédit de porter son gage avec lai ; il est garanti en etTet, du moins en partie, par la valeur du métal que cootieot la pièee « Si vous savez lire avec les yeux de l'esprit les inscriptions dont un écu est chargé, vous déchiffrerez distinctement ces mots : Rendez au porteur un service équivalent à celui qu'il a rendu à la Société, valeur constatée, prouvée et mesurée par celle qui est en moi-même » (Bastiat, Maudit argent), — Faisons tt^utefois certaines réserves sur le postulat optimiste que toute pièce de monnaie représenleniit réellement an service rendu.
312 COURS D^ÉGONOMIE POLITIQUE.
facile de se procurer ce que Ton veut. La première opération, la vente, est au contraire beaucoup plus difûcile; avec un objet quelconque, même de grande valeur, il n'est pas toujours aisé de se procurer de l'argent. Le possesseur de numéraire se trouve donc dans une position bien plus avantageuse que le possesseur d'une marcbandise, car le premier, pour arriver à la satisfaction de ses besoins, n'a qu'une seule étape à franchir et très aisée, tandis que le second en a deux et dont l'une est souvent très malaisée. Comme on Ta fort bien dit, une richesse quelconque ne permet de satisfaire qu'un besoin spécial et déterminé tandis que le numéraire permet de satisfaire un besoin quelconque à notre choix. Le possesseur d'une marchandise, même très utile, peut ne savoir qu'en faire. Le possesseur de monnaie n'est pas en peine ; il trouvera toujours preneur et, si par hasard il ne trouvait pas à l'employer, il aurait du moins la ressource de la garder indéûnimentpour une meilleure occasion, ce qui n'est pas toujours possible pour toute autre marchandise.
Le numéraire, en dehors de cette qualité d'être le seul instrument d^acquisition direct, en possède une autre fort importante : il est le seul instrument de libération. Il n'est aucune autre richesse qui jouisse de cette vertu singulière, car la loi, comme Tusage, ne reconnaît d'autre mode de libération que la monnaie. 11 n'est personne, dans le monde commercial ou industriel, qui ne soit toujours débiteur de sommes plus ou moins considérables. Or, vainement le commerçant ou le fabricant posséderait-il en magasin des mar* chandises supérieures au montant de ses dettes (et il arrive en effet plus d'une fois que dans une faillite l'actif se trouve, tout compte fait, supérieur au passif) : — s'il n'a pas au moment voulu, pour faire honneur à sa signature, cette richesse spéciale qui s'appelle des espèces monnayées, il est déclaré en faillite. Est-il donc surprenant que les hommes attachent une importance si grande à une marchandise de la possession de laquelle peut dépendre à tout instant leur crédit et leur honneur?
Mais si, au lieu de considérer la situation d'un individu, nous considérons l'ensemble des individus constituant une société, le point de vue change. La thèse des économistes, en vertu de laquelle le plus ou moins de numéraire est chose indifférente, devient plus exacte. Peu importe, en efïet, de voir décuplée la quantité de numéraire que je puis avoir en ma possession si pour tous les autres membres de la société il en est de même. Dans cette hypothèse, en efïet, je ne serai pas plus riche, car la richesse est chose purement relative, et je ne pourrai pas me procurer une plus grande
Là monnaie Métallique. 313
somme de satisfactions que par le passé, puisque, la somme totale de richesses sur laquelle portent ces « bons » ne se trouvant pas accrue, chaque bon désormais ne donnera droit qu'à une part dix \ fois moindre : en d'autres termes, chaque pièce de numéraire aura ^^c / un pouvoir d'acquisition dix fois moindre, ou, en d'autres termes / encore, tous les prix se trouveront décuplés — et ma situation restera la même.
Et pourtant e/ttns leurs rapports les uns vis-à-vis des autres les pays ont intérêt, tout comme les individus dans leurs rapports entre eux, à être bien pourvus de numéraire. Si la quantité de numéraire existant en France venait à décupler, cela ne changerait rien sans doute à la situation respective des Français les uns visà-vis des autres (en supposant que Taugmentation fût proportionnelle pour tous) mais cela changerait fort la situation de la France vis-à-vis des pays étrangers, et les économistes ont eu quelquefois le tort, dans leur lutte contre le système mercantile, de sembler nier un fait aussi évident. Il est bien vrai que, en raison même de leur abondance, les pièces de monnaie se trouveraient dépréciées en France, mais elles conserveraient intact leur pouvoir d'acquisition sur les marchés étrangers : la France les emploierait à acheter des marchandises étrangères, et, par conséquent, elle pourrait se procurer un accroissement de satisfactions proportionnel à l'accroissement de son numéraire.
La thèse des économistes que le plus ou moins d'abondance du numéraire est chose indifférente^ ne devient donc absolument vraie que du moment où l'on embrasse par la pensée, non plus certains individus ni même certains pays, mais le genre humain dans son ensemble. Alors il devient parfaitement exact d'aiïîrmer que la découverte de mines d'or cent fois plus abondantes que celles qui existent à ce jour ne serait d'aucun avantage pour les hommes : ce serait même un événement plutôt désagréable, car lor, en ce cas, ne valant pas plusquele cuivre, nous serions obligés de surcharger nos poches d'une monnaie aussi encombrante que celle que Lycurgue voulut imposer aux Lacédémoniens\
* Adam Smith avait dit : <« Les mines les plus aboodantes de métaux précieux n'ajouteraient rien à la richesse du globe, un produit qui fonde sa principale valeur sur sa rareté étant nécessairement déprécié lorsqu'il abonde » .
114 COimB J)^C^0M1E POLTriQUE.
Si la monnaifi métallique 6st destinée à baisser indéfinimeat de valeur.
La dépréciation continue de la monnaie métallique est un fait démontré par tous les documents historiques, tout au moins depuis un millier d'années. Cette dépréciation est même énorme*. La valeur de l'argent était environ neuf fois plus grande du temps de Charlemagne qu'aujourd'hui; elle était encore six fois plus grande à là veille de la découverte de l'Amérique; elle était deux ou trois fois plus grande à Tépoque de la Révolution française. La prévision que cette courbe descendante doit continuer indéfiniment parait donc très légitime. L'industrie humaine devient chaque jour plus ingénieuse pour découvrir les cachettes où Ja nature a enfoui ses trésors et plus habile pour les exploiter économiquement. L'argent et même l'or ne sont pas si rares qu'on le croit ; il y en a partout' — en quantité infinitésimale, il est vrai, mais les perfectionnements de Fart métallurgique abaissent progressivement la limite au-dessous de laquelle le traitement du minerai cesse d'être rémunérateur. Il est donc vraisemblable que les métaux précieux deviendront de plus 'en plus abondants et par suite de plus en plus dépréciés.
On pourrait répliquer que la demande de ces métaux, par suite
< Voir Leber, Appréciation de la fortune privée au Moyen âge^ et d'Aveoel, Histoire des prix, La baisse, du reste, n'a pas été régulière et souvent la raheur de la monnaie a remonté. Voici les mexima «t les mioims de la ooarbe tûdlorique d'après M. d'Avenel :
Le fait le plus saillant mis en relief par ces chifTres est la chute énorme de la valeur du numéraire au cours du zvi* siècle, conséquence de la découverte de l'Amérique.
^ Dans les corps les plus communs, dans Toau de mer, dans Targile. L'oui de mer contient 40 à 50 milligrammes d*or par mètre cnbe^ee qui représente une quan> tité suffisante pour doter chaque habitant du globe d'une centaine de millions de francs. Il est démontré que Tintérieur du globe terrestre est composé de matériaux beaucoup plus lourds que la surface, donc probablement de métaux. Et comme l'or est un des plus lourds métaux connus, peut-être la terre a-t-elle un noyau d'or massif?
LA MONNAIE MÉTALLIQUE. diÂ
de l'ttocvûisseaQftent de la populatioD et du développemeat des échanges, suffira à caûtrebalaDcer Toffre craiesante, mais il faut penser que cette caïueest à son tour plus que contrebalanoée par le perfectionnement des moyens de crédit et la rapidité des commu- DÎcatioAS. Nousverroos que dans les plus grands centres financiers on arrive i supprimer presque complètemeot la inonnaie métallique par des systèmes ingénieux de compensation et de crédit.
Faut-il se réjouir ou s'attrister de ce fait que le numéraire augmente en quantité et ae déprécie en raison de cette ahondanee? Qu'importe, dira-lnon ? Personne n'en sera ni plus riche ni plus pauvre. Le seul résultat fâcheux c'est que nous risquercms d'.aveii' une monnaie de plus en plus lourde relativement à sa valeur:
Comment en un plomb vil Ter pur e'est-il changé?
Et encore, grâce h rintervention des billets de banque et des chèques, cette éventualité ne sera pas bien gênante. Et si d'ailleurs il arrivait que les métaux dits précieux devinssent un jour des métaux riis^ même dans cette éventualité on ne manquerait pas de trouver d'autres métaux plus rares pour remplacer ces majestés détrônées*.
Cependant ceTî'est pas irne question indifférente. En réalité, la dépréciation continue de l'etàïon monétaire est un phénomène d'une haute importance sociale et dont les etîets doivent être considérés, à notre^visTcom me bienfaisants 2.
D'abord, la dépréciation de la monnaie a pour conséquence ordinaire, comme nous le savons, une hausse des prix'. Or la
Ml y a des métaux plus précieux que for. Le platine vaut près du double ; le lithium, -le zircoDium et le vanadium, coûtent 20 et 40 fois plus que Tor, sans parler (Id radiua qui vaudrait, 'à llélat pur, peut-être 1 miLlion de francs le gramme! II est Ttai que la quantité totale existant dans les laboratoires se compte par milligrammes !
2 M. Herckenrath, dans la traduction hollandaise de ce liyre, a critiqué la thèse sootenoe dam oe chapilpe. De même que son compatriote, M. G. Pierson, ilne croit pas qua la dépréciation des métaux précieux soit toujours un bien. Iharins avait dit aussi, dans La luUe pour le J)roit^ que « sympathiser avec le débiteur est le signe le plus patent de la faiblesse d'une époque », et nous dirons plus loin {Historique du prêt à intérêt) que de notre temps le préteur peut être tout aussi digne de sympathie que Temprunteur — exemple, le petit rentier Tis-à-vis des grandes CompagnieB. Cependant le pouvoir ffrandissanl de l'argent nous parait constituer toujours un danger social et la dépréciation du métal no as apparaît comme son beureux correctif.
' Sur la question 4e savoir si toute variation dans la quantité île monnaie entraine QDe naeiation propontionaelie dans les prix, oe qu'on appelle la théorie quantitative de la monnaie, voir ci-dessus Chap. du l'rix.
3i6 COURS DÉCOiNOMIE POUTÏQUE.
hausse des prix est un stimulant utile à la production ; elle tie^nt en baleine l'esprit d'entreprise, elle favorise la hausse des salaires, elle agit comme un tonique, elle est un symptôme de bonne santé économique.
Aussi le public s'en réjouit-il inconsciemment même quand il n*y a pas sujet pour cela. Dans les pays de TAmériquedu Sud par exemple, où la multiplication inconsidérée du papier-monnaie a provoqué une hausse énorme des prix, les producteurs et industriels se félicitent de cette hausse et se montrent en général hostiles aux mesures financières nécessaires pour la faire disparaître, telle que le retrait du papier-monnaie.
De plus, la dépréciation de la monnaie favorise les débiteurs, puisqu'ils pourront se libérer en donnant une valeur moindre que celle qu'ils ont reçue; elle apporte, pour répéter un mot fameux appliqué à la découverte des mines du nouveau monde, la libératien des vieilles dettes. Elle agit dans le même sens que l'abaissement du taux de l'intérêt ou, mieux encore, comme un amortissement fatal du capital. Or, il est très bon que les vieilles dettes soient amorties et ne^ient pas jusqu'à la centième génération sur les fils et petits-fils de l'emprunteur. Cela esl précieux surtout pour les États qui sont les plus gros débiteurs et les seuls vraiment perpétuels.
Il est vrai que, dans la mesure même où la dépréciation de la monnaie favorise le producteur et le débiteur, elle porte préjudice au consommateur et au créancier. Mais ce préjudice lui-même est un bien. Eu ce qui concerne le consommateur d'abord, s'il est également producteur, il se rattrape aisément de l'accroissement des dépenses par la plus-value de ses produits ou de ses salaires ^ S'il consomme sans rien produire, tant pis pour lui : la hausse des prix le frappe justement. En ce qui concerne le créancier, si sa créance est à courte échéance, comme celles en usage dans le commerce, alors la dépréciation de la monnaie lui est insensible; si sa créance est à long terme ou perpétuelle, si elle est sous foraie de placements (rentes sur l'Etat, rente foncière sous forme de fermages, obligations à long terme de chemins de fer ou de villes, etc.), alors, il est bon que la réduction croissante de ses revenus l'avertisse qu'il joue en ce monde le rôle de parasite et qu'il fera bien, s'il veut conserver ou transmettre aux siens une situation sociale équivalente à la sienne, de s'évertuer ou du moins d'^p-
1 Malheureusement les salaires ne suivent que de très loin, pede claudo^ la hausse des prix là où les ouvriers sont inorganisés, mais ils savent bien la rattraper partout où ils sont soutenus par des Trade-unions.
LA MONNAIE METALLIQUE. 317
miÊndre h ses enfants à jouer un rôle actif. Il y a déjà longtemps "qu'un homme qui n'était rien moins que socialiste, un grand financier de la Restauration, Laffitte, disait en parlant du rentier : « H lui faut ou travailler ou se réduire. Le capitaliste a le rôle de l'oisif : sa peine doit être réconomie et elle n'est pas trop sévère ^ Pour faire la contre-éprèuye, supposons que nos prévisions au sujet de la baisse des métaux précieux ne viennent pas à se réaliser — - et au bout du compte elles sont loin d'être infaillibles^ — nous verrions alors se produire les effets inverses de ceux que nous venons d'indiquer : une dépression constante des prix peser çur l'industrie et décourager l'esprit d'entreprise, les Etats accaftês' ' sous le poids d'une dette grossissante et acculés à la banqueroute, et les rentiers s'enricbissant plus sûrement par l'oisiveté que les autres classes de la population par leur travail. Rien ne serait plus propre à provoquer une révolution sociale. Réjouissons-nous donc de la dépréciation des métaux précieux, pour autant qu'elle dure :. elle sert d'huile dans les rouages.
Les conditions que doit remplir toute bonne monnaie.
Toute monnaie légale doit avoir une valeur métallique rigoureusement égale à sa valeur nominale. Tel est le principe domioant en cette matière.
Nous savons que la monnaie a une double fonction : celle d'être le seul instrument d'acquisition et le seul instrument de libération (voir ci-dessus, p. 293). L'une et l'autre sont nées de l'usage, mais l'une et l'autre doivent être sanctionnées par la loi. La loi seule en effet peut imposer au créancier ou au vendeur l'obligation de recevoir telle monnaie en paiement. C'est ce privilège qui constitue ce qu'on appelle le cours légal. Mais ce privilège suppose une condition, celle-là même que nous venons d'indiquer. Voici une pièce d'or de 20 francs. En faisant graver sur cette pièce le chiffre de 20 francs en même temps que les armes de l'État, le Gouvernement entend certifier que la pièce a bien réellement une valeur de
1 D'ailleurs, les rentiers intelligents ont bien des moyens pour éluder la déprécidiion de valeur de la monnaie, soit en achetant des litres « au-dessous du pair » (c'est-à-dire aa-dessous da prix que le débiteur a promis de rembourser), soit en plaçant une partie de leur fortune en actions de compagnies industrielles, titres, qui, à la difTérance des obligationf ou titres de rente, suivent dans leur cours la hausse du prix des produits (voir p. 203).
318 COURS D^fiOONOKfiE POLITIQUE.
20francs- et qae chacun peut la l'ecevoiren toute confiance. Si la pièce n'a>pas (a: Talevr qu'il lai attribue, TÉtat commetun véritable faux. Pendant de longs siècles, malheureusement, les souverains ont eu peu de scrupules à; cet égard ; mais aujourd'hui c'est une question de dignité et de loyauté dans* laquelle un gouvernement n'oserait se laisser prendre en faute.
Toute pièc& de ntonmaie doit donc être coiisi«lérée sous un double aspect : — Brti tani que pièce de monnaie frappée^ elle a une valeur déterminée'yqui' est inscrite star L* une des faces; — En tant que lingot^ elle a une valeur identique au. prix, du métal sur le marché; car il y a des marchés et des- prix» cotés pour l'or et pour l'argent, tout aussi bien que pour le blé ou le coton.
Toutes les fois que ces deux valeurs coïncident — toutes les fois, par exemple, que le petit lingot de 6 gramme&451 milligr. au titre de 9/iO, qmi coonstitiie notre pièce de âû franea, a. sud le marché une valeur die ^Ofranes (ce qui correspond aU' prix de 3.i00 francs lekil.)' — on dira que la monnaie est bonne, ou, pour employer l'expression technique, qu'elle est droite^. Reste à savoir comment on assurera et on maintiendra cette coïncidence parfaite.
Premier cas, — Si la valeur du lingot est supérieure à celle de la pièce, si,, par exemple, alors que la pièce ne vaut légalement que 20 francs, le poids de métal fin qu'elle contient vaut 21 ou 22 francs, on dit que la monnaie est forte.
C'est un beau défaut, pourtant c'Qst un défaut et qui même, comme cous le verrons bientôt, peut avoir d'assez graves inconvénients, toutefois il u'y a pas lieu de s'inquiéter beaucoup de cette éventualité : — 4* parce qu'il n'arrivera pas souvent qu'un gouver-
* Nous parlons du kil. or, au titre de 9/10 qui est le titre de notre monnaie, car il va sans dire que le kil. or pur vaut 1/9 de plus, soit 3.444 fr. 44.
i II semble cependant que le lingot d'or une fois monnayé devrait vatoir toujours un peu plus que le lingot brut, par la même raison que tout objet vaut plus quand il a été maoufaoturé qo» quand il est à Tétat brut, et la différence devrait être égaie aux Trais d£ fabrication ? — Certainement, et tel est le cas pour la monnaie, mais les frais de fabrication sont ici si peu de chose qu'ils n'entraînent pas de difTéreoce sensible. L'Hôtel des Monnaies de Paris fait payer 7 fr. 44' pour transformer un kil. or en monnaie, soit environ 2 p. 1000 (c'est-à-dire qu*il ne paie le kil. orponqu» 3.437 francs- au lieu de 3^44 fr. 44 qui est sa valdur vraie, retenant la différence pour couvrir ses frais) : ou, en d'autres termes, il ne paie, que 19 fr. % le lingot avec lequel il fabriquerar une pièce qui vaudra exactement 20 francs. — L'État pourrait, s'il le voulait, éviter cette légère différence en transformant gratuitement 1» lingot en monnaie, c'est-à-dire en prenant les frais de monnaya^ à s» charge. C'est précisément ce que font l'Angleterre et les Étata-Unisv Aussi le « souTerain • anglais et le dollar or américain sont-ils les types d'une monnaie parfaite : learvaieor légale est absolument identique à leur valeur marchMde.
LA BIONNAIE MÉTALLIQUE. 349
nemént 3*avise de frapper de la monnaie trop forte : »'il le fait, ce ne peut être que par ignorance, car cette opération le constitue ëvic^Biment en perte : frapper des pièces d'or qui ne valent que 20 francs ayee dès lingots qui en valent 2i ou 22, serait une opération aussi ruinease que celle d'un industriel qui fabriquerait des rails à IDO francs la tonne avec du fer qui en vaudrait iiO; — 2** parce que, même en admettant que le fait se produise par suite de certaines circonslances que nous verrons olusUwg( par exemple une hausse dans le prix dûmtétal survenue apr^s coup), il ne peut être de kmgife* durée. En eflet, du jour où le puMie saurait que la pièce de* 20 francs vaut comme linagotSi ou 21 francs, chacun, pour réaliser ce béniéfiee, s'enspresserait d'employer sa monnaie comme une marchandise en la vendant au poids et cette opération continuerait ji>squ'à ce que les pièces d'or eussent complètement dispsnr. Nows verrona que dans les systèmes bi-m^talListes cette situation se présente assez fréquement.
Deuxième cas. — Si la valeur du lingot est inférieure à celle de la pièce, si^ par exemple, alors qwe la pièce vaut légalement 20 francs, le poids du métal qu'elle contient ne vaut que 18 ou i9'francs, on dit que la monnaie est faible.
Cette éventualité est beaucoup plus à. redouter que l'autre pour deux raisons : — t* parce que,, à l'inverse de la précédente, elle est de nature à induire en tentation un gouvernements Faire des pièces de 20 francs avec des lingots qui n'en valent que 18 ou d9 est une opération assez séduisante pour un gouvernement besogneux et peu scrupuleux et, par le fait, nombreux sont ceux qui s'y sont laissés entratner : il sufQt de rappeler le nom de « faux-monnayeur » que le ressentiment public a attaché à la méoooire de certains rois de France, Philippe le Bel entr'autres (assez injustement d'ailleurs paraît-il) ; — 2* parce que, une fois qu'une semblable monnaie est
1 Oo sait que TuDité monétaire sous l'ancien régime s'appelait la livre. Mais on ne sait pas d'ordinaire que ce nom lui vient de ce qu'à l'origine, du temps de Charlemagne, elle représentait réellement un poids d'urne livre d'argent (la livre carolingienne était de 408 grammes seulement), c'est-àr^ire qu'elle représentait un poids égal à celui de S2 francs d'aujourd'hui ! Comment est-elle tombée de chute en chute à ce poids de b grammes qui était à peu près celui de la livre à la fin de l'ancien régime et qui est devenu celoîde notre franc? — Uniquement par une série continuelle dTémissions de monnaie de pins en plus faibles ; chaque* roi rognait un peu sur le poids de l'ancienne livre, tout en essarant de lui maintenir son ancienne valeur légale. — L'histoire de la livre anglaise està^peu près la même, un peu plus honorable cependant pour le Gouvernement anglais, puisque, étant partie du même point de départ, die s'est arrêtée dans sa chute à la valeur de 25 francs qui est sa valeur actaelle. Voir sur les afftiiblissemeDts et les forcements « de monnaie sous les rois de Franee, le livre de M. Landry £et mutations de momteiiesi.
entrée dans la circulation, elle ne s'élimine pas du tout par la force des choses comme la monnaie forte, elle demeure au contraire I et on a même, comme nous le verrons tout à l'heure (voir Loi de Grescham), toutes les peines du monde à s'en débarrasser.
Pour maintenir l'équivalence entre la valeur du lingot et celle de la pièce, il est de règle dans tout bon régime monétaire — c'est ici un principe capital — de laisser à quiconque voudra transformer un lingot en monnaie, la faculté de le faire (non pas chez lui, bien entendu I mais par l'intermédiaire de l'Hôtel des Monnaies: c'est ce qu'on appelle la liberté du monnayage. Aussi longtemps qu'elle existe» elle garantit l'équivalence, car s'il arrivait que la valeur de la pièce d'or fût supérieure à celle du lingot, chacun s'empresserait de profiter du bénéfice qui résulterait de la fabrication de cette monnaie : chacun achèterait des lingots d'or et les porterait à l'Hôtel des Monnaies pour les faire transformer en monnaie, jusqu'à ce que la raréfaction du métal or et l'augmentation de l'or monnayé eussent rétabli l'égalité entre les deux valeurs. La bonne monnaie doit pouvoir être fondue sans rien perdre de sa valeur ^ C'est ici l'application d'un axiome économique, à savoir que toutes les fois que deux objets peuvent se transformer à volonté l'un dans l'autre, ils ont nécessairement une valeur égale*.
11 existe cependant, par tous pays, certaines catégories de pièces qui ne satisfont pas k la condition précédente, c'est-à-dire qui n'ont qu'une valeur intrinsèque plusou^moins inférieure à leur valeur légale : on les appelle monnaies de'bîJjQii. Ce sont, en général, des pièces de peu de valeur, le plus souvent de cuivre, quelquefois aussi d'argent, dont on n'a pas l'habitude de se servir pour des paiements importants, mais seulement comme q/?/?oty^J[)an8 ces conditions, le législateur peut sans inconvénient se départir de la rigueur des principes. Mais en abandonnant le principe de l'équivalence des deux valeurs, il doit sacrifier du même coup les caractères de la bonne monnaie, c'est-à-dire : 1® // refuse à la monnaie de billon le caractère de monnaie légale : personne ne sera tenu de la recevoir dans les paiements '; 2* // suspend pour la
1 C*est pour cela que les Anglais disent dans une formule piltoresque que la bonne rnoonaie se reconnHÎt à « Tépreure du feu » — en souvenir de Tépreuve du feu, qui, dans la procédure du Moyen âge, était employée pour reconnaître le bon droit.
» Voy. p. 239, La loi d'indifférence.
> Ainsi en France on n'est forcé de recevoir les pièces de cuivre que pour une somme inférieure à 5 francs (et môme, comme nous le verrons, les petites pièce» d'argent que pour une somme inférieure à 50 francs).
monnaie de billon la liberté du monnayage, sans quoi tout le monde ferait frapper du métal en monnaie de billon pour gagner la différence entre sa valeur métallique et sa valeur légale. C'est le geuvemement seul qui se réserve le droit d'en émettre telle quantité qu'il jugera utile aux besoins et il doit se faire une règle de ne Jamais en émettre une proportion exagérée.
De la loi de Gresham.
Dans tous pays où deux monnaies légales sont en circulation la mauvaise monnaie chasse toujours la bonne.
C'est en ces termes que l'on formule une des lois les plus curieuses de l'économie politique que Ton a baptisée du nom d un chancelier de la reine Elisabeth qui l'a découverte, dit-on, il y a trois siècles. Mais longtemps avant lui, Aristophane, dans sa pièce des Grenouilles, avait signalé ce fait curieux que les hommes de son temps déjà préféraient la mauvaise monnaie à la bonnet
Ce qui donne à première vue à cette loi un caractère paradoxal «'est qu'elle semble dire que Von préfère toujours la mauvaise monnaie à la bonne. Or cela paratt absurde. La science économique repose tout entière sur ce postulat qu'en toute circonstance l'homme préférera le produit qui est de meilleure qualité, qui répond le mieux à ses besoins, et les faits de tous les jours le confirment. Entre deux fruits, nous préférons le plus savoureux, et entre deux montres, celle qui marche le mieux. Pourquoi alors agirions-nous d'une façon inverse quand il s'agit de la monnaie?
Mais aussi n'agissons-nous point différemment! Nous nous conduisons de la même façon pour la monnaie que pour tout autre bien ; nous préférons la bonne s'il s'agit de la garder pour nous, mais s'il s'agit de la donner à nos créanciers et à nos fournisseurs, pourquoi choisirions-nous la bonne si la mauvaise peut faire aussi bien î'aflaire^ c'est-à-dire si on ne peut la refuser en paiement? Et c'est Ibi^n dans cette hypothèse en effet que s'applique la loi de Gresham : c'est lorsqu'il s'agit de deux monnaies qui sont Tune et l'autre monnaie légale*.
4 « Nous avons souvent remarqué que dans cette ville (Athènes) on en use à regard des honnêtes gens comme à Tégard de Tancienne monnaie. Celle-ci est sans alliage, la meilleure de toutes, la seule bien frappée, la seule qui ait cours chez les Orecs et chez les Barbares, mais au lieu cTen u*er^ nous préférons de méchantes pièoes de cuivre nouvellement frappées et de mauvais aloi ».
s n est à remarquer que même lorsqu'il s*agit de mauvaises pièces dans le sens
GiDi. — Cours. 21
Ceci nous explique pourquoi la mauvaise monnaie reste dans la circulation, mais ne nous explique pas encore pourquoi la bonne disparaît. Que devient-elle donc?
Nous remployons là où elle peut être utilisée mieux que la mauvaise, et ceci se réalise dans les trois cas suivants, qui sont comme les trois issues par lesquelles fuit la bonne monnaie : la thésaurisation, les pai^ents à l'étranger et la vente au poids.
i" La tiê^au^^^fton d'abord. Quand les gens veulent se faire une réserve de monnaie, c*est-à-dire la garder en cas de besoin, ils ne manquent pas cette fois de se conformerai. la règle commune et ils ne sont pas assez sots pour jeter leur dévolu sur les mauvaises pièces. Ils choisissent les meilleures, parce qu'ils les gardent j^ur eux-mêmes et que ce sont celles qui leur offrent le plus de garantie. Les gens effrayés qui, durant la Révolution française, voulaient thésauriser, ne s'amusaient pas à le faire en assignats, mais en bons louis d'or. Ainsi font les banques aussi. La Banque de France cherche à grossir surtout son encaisse or. Par cette voie déjà une certaine quantité de la meilleure monnaie peut disparaître de la circulation. Toutefois cette première cause de déperdition n'est pas définitive, mais seulement temporaire.
2o Les paiements à Vétranger ont un effet plus considérable. — Bien qu'un pa^rs n'ait jamais à sûtâ5We3 numéraire qu'une petite partie de ses importations, cependant il y a toujours des remises en espèces à faire à l'étranger. Or si, quand il s'agit de payer nos dettes à l'intérieur et vis-à-vis de nos concitoyens, nous avons de par la loi la faculté de nous servir de la mauvaise monnaie aussi bien que de la bonne, cette alternative nous fait défaut quand il s'agit de régler un achat fait à Télranger. Le créancier étranger n'étant nullement tenu de prendre notre monnaie, ne l'acceptera que pour le poids de métal fin qu'elle contient, c'est-à-dire pour sa valeur réelle. Nous ne pouvons donc songer à lui envoyer de la monnaie faible. La conclusion qui s'impose, c'est que nous devons garder celle-ci pour le commerce intérieur, puisque dans ce domaine elle rend les mêmes services que l'autre, et réserver la bonne pour notre commerce extérieur. Et c'est là une seconde et importante cause de déperdition de la bonne monnaie.
3*^ Mais la cause qui fait disparaître le plus rapidement la bonne monnaie, c'est la vente, la vente au poids, — Vendre de la monnaie
de pièces fausses ou démonétisées, la ioi de Greshams*applique eocore en ce 'teos que les 9/10 des pereoDoes qui ont eu la mauvaise chance de la trouver dans leur porte-moDDaie n'ont rien de plus pressé que de « la faire passer » comme on dit, en sorte qu'elle circule d'autant plus vite qu'elle paraît plus suspecte.
au poids t Voilà une opération bien singulière en apparence et dont on ne s'explique pas bien l'utilité. Elle est pourtant fort simple. Sitdt que par suite d*une hausse dans la valeur de Tor, la pièce d'or se trouve avoir une valeur métallique supérieure à sa valeur légale, sitôt qiïelle vaut plus comme lingot que comme monnaie, on a un intérêt évident à ne plus s'en servir comme pièce de monnaie, mais à s'en servir comme lingot. On la retire donc de la circulation et on l'envoie sur le marché des métaux précieux. Si la valeur du bronze haussait notablement, ne pense-t-on pas que nombre d'objets en bronze, cloches, canons, statuettes, seraient détruits pour réaliser la valeur du métal qu'ils contiennent? Ou bien encore, quand Talcool vient à augmenter de prix dans des proportions très considérables, beaucoup de vin est envoyé à la distillerie pour être converti en alcool. De même quand le métal précieux hausse de valeur, les pièces de monnaies frappées avec ce métal perdent leur caractère de monnaie et deviennent des marchandises que l'on s'empresse de réaliser, c'est-à-dire de vendre*.
Telle est l'explication de laloideGresham, mais voyons maintenant dans quels cas elle s'applique.
La loi de Gresham trouve son application dans trois cas :
!• Toutes les fois qu'une monnaie usée se trouve en circulation avec une monnaie neuve.
C'est précisément en pareille circonstance que la loi fut observée par Thomas Gresham. On avait fait frapper, sous le règne d'Elisabeth, une monnaie neuve pour remplacer celle en circulation qui était tout à fait détériorée, plus encore par la rognure que par lusure, et Ton constata avec stupeur que les pièces neuves ne tardaient pas à disparaître, tandis que les anciennes pullulaient plus que jamais'.
II importe donc à un gouvernement de procéder à des refontes fréquentes pour entretenir toujours sa monnaie à l'état de neuf, sans quoi il rencontrera plus tard de grandes difficultés à remplacer la monnaie vieillie par la neuve.
2" Toutes les fois qu'une monnaie de papier dépréciée se trouve en circulation avec une monnaie métallique.
Dans ce cas et pour peu que la dépréciation du papier soit un peu forte, l'expulsion du numéraire s'opère sur la plus vaste échelle.
* M. Paul Leroy-Beaulieu résume très bieu tout ce jeu dans cette formule : la monnaie locale expulse au dehors la monnaie universelle.
* Dans le cas signalé par Aristophane c'était Tinverse : la moiMiaie neuve chassait rancienne. Mais c'est parce que la situation était inverse : cette monnaie neuve était frappée à un titre inférieur.
Nous avons vu, il y a quelques anoées, la totalité de la monnaie italienne émigrer en France : le Gouvernement italien avait beau prendre diverses mesures pour la faire rentrer et obtenir même du Gouvernement français d*en interdire la circulation en France, il n'aurait pu y réussir s'il n'avait attaqué le mal dans sa racine en supprimant le papier-monnaie ou du moins le cours forcé. Nous avons vu autrefois les deux pays qui sont précisément les plus grands producteurs de métaux précieux, les États-Unis et la Russie, ne pouvoir réussir à conserver chez eux cette monnaie métallique dont pourtant ils fournissaient la matière première au monde entier. Mais vainement essayaient-ils d'en frapper avec Tor de leurs mines : leur papier-monnaie déprécié expulsait impitoyablement leur monnaie neuve.
3* Toutes les fois qu'une monnaie faible se trouve en circulation avec une monnaie droite, ou même toutes les fois qu'une monnaie étroite se trouve en circulation avec une monnaie forte.
En ce cas, la plus faible des deux monnaies expulse l'autre. C'est le cas le plus intéressant : il se présente presque dans tous les pays (jui ont adopté à la fois la monnaie d'or et la monnaie d'argent. Mais l'examen de ce cas nous amène à la question du monométallisme et du bi-métallisme,que nous allons traiter dans le chapitre suivant.
De la nécessité de prendre plusieurs métaux et des .difficultés qui en résultent.
La discussion qui s'est engagée depuis longtemps s^r cette célèbre question ne porte pas, comme on pourrait le croira, sur le point de savoir si un pays doit employer plusieurs métaux pour constituer son appareil monétaire ou s'il doit se contenter d*un
seul. Cette question ne se pose pas, parce qu'il est biea évident que tout pays civilisé est dans robligation d'avoir à la fois des pièces d'or, des pièces d'argent, et des pièces de cuivre ou d'un métal similaire ^ Comment pourrait-on songer, par exemple, à n'employer que Tor? La pièce d'or de cinq francs est déjà incommode par sa petitesse; que serait une pièce d'or de 1 sou? un grain impalpable. Bien moins encore pourrait^-on songer, à moins de nous ramener aux premiers temps de Rome^ k n'employer que le cuivre, puisqu'une pièce de 20 francs en cuivre pèserait une douzaine de kilogrammes! Même l'argent seul, quoique moins incommode à raison de sa valeur intermédiaire, ne pourrait suffire, la pièce de 5 francs étant déjà trop grosse et la pièce de 20 centimes trop petite pour l'usage courant. 11 faut donc de toute nécessité employer au moins trois métaux à la fois.
Mais ce n'est pas une nécessité que de les employer tous les trois en qualitéde monnaie légale-, de fait, nous savons que l'un des trois, le cuivre, n'a jamais cette qualité : il est toujours monnaie de billon et monnaie d'appoint. Restent les deux autres : con* vient-il de reconnaître le caractère et les attributs de monnaie légale à tous les deux ou à un seul seulement? Voilà la question qu'on désignait autrefois sous le nom de question du « simple et du double étalon » et qu'on désigne plus correctement aujourd'hui sous le nom de mono-métallisme ou bi-métallisme.
Si Ton ne reconnaît le titre de monnaie légale qu'à un seul des deux métaux, l'or, par exemple, en ce cas, il n'y a point de difficultés. La monnaie d'argent est reléguée, comme la monnaie de enivre, au rang de monnaie de billon : on lui attribue une valeur purement conventionnelle, mais aussi ne force-t-on personne à la recevoir dans les paiements. La monnaie d'or est la seule qui ait cours légal : c'est la seule aussi pour laquelle on ait à se préoccuper de maintenir une parfaite équivalence entre sa valeur légale et sa v&Ieur intrinsèque.
Si l'on veut reconnaître aux deux monnaies à la fois le caractère de monnaie légale, en ce cas la situation devient beaucoup plus
1 En Praoce, il y a même quatre métaux eu circulation : or, argent, nickel (pou r la pièce de 25 centimes seulement) et bronze, qui va probablement ^tre remplacé par ralaminiom I
Ces métaux entrent d'ailleurs pour des parts très inégales dans Tensemble de la circulation monétaire. On procède de temps en temps à des recensements monétaires partifc dans les caisses publiques. Ils semblent donner à peu près ce résultat :
or 5.000 millions
argenL 2.500 —
cuirre et nickel 100 —
compliquée. Prenoas, pour nous rendre mieux compte de ces difficultés, le système français, qui peut être considéré comme le type du système bi-métalliste, et reportons-nous au moment où le législateur l'organisait de toutes pièces (Loi du 7 germinal an XI, 28 mars 1803).
L'unité monétaire était l'ancienne livre transformée en franc. C'était une pièce d'argent : l'argent fut donc pris comme monnaie légale; du reste, à cette époque, nul n'aurait songé à lui contester ce titre. Mais on ne pouvait faire moins pour l'or que de le lui accorder aussi.
Prenons, pour plus de clarté, les deux pièces similaires qui existent Tune et l'autre dans notre système monétaire, la pièce de 5 francs d'argent et la pièce de 5 francs d'or. Nous voulons que l'une et l'autre soient monnaie légale : il faut donc que l'une et l'autre aient une valeur métallique rigoureusement égale & leur valeur légale ; c'est une condition sine qua non^ nous le savons. Pour la pièce d'argent, il n'est pas difficile de satisfaire à cette condition. L'argent vaut, ou du moins valait à l'époque où nous nous sommes reportés, 200 francs le kilogramme : donc un lingot de 25 grammes valait juste 5 francs : nous devons donc donner à notre pièce de 5 francs d'argent un poids de 25 gi^ammes, et, en ce qui la concerne, la condition voulue seraremplie. Mais pour la pièce d'or de 5 francs, quel poids devons-nous lui donner? Le kilogramme d'or vaut 3.100 francs (au même titre que l'argent, 9/10) : si donc avec un kilo d'or on frappe 620 pièces, chacune d'elles vaudra exactement 5 francs (car 620 X 5 « 3.100) et chacune pèsera 1 gr. 6d3 : la condition sera remplie aussi pour celle-ci.
Prenons ces deux pièces et mettons-les dans les deux plateaux d'une balance; nous verrons que pour faire équilibre à la pièce d'argent de 5 francs, il faut mettre dans Vautre plateau 15 pièces d'or de 5 francs plus une demie^ ou si l'on aime mieux que pour faire équilibre à 2 écus de 5 francs il faut mettre dans l'autre plateau 31 pièces d'or de 5 francs. Cela nous prouve que l'opération a été bien faite. En effet, le kilo or valait à cette époque tout juste 15 fois et demie le kilo argent (3.100 fr. le kilo or contre 200 fr. le kilo argent). Retenons ce rapport de 15 x» c'est le rapport légal entre la valeur des deux métaux : il est aussi célèbre en économie politique que le fameux rapport géométrique du diamètre à la circonférence, ir=» 3,1416. Jusqu'à présent donc tout marche à souhait, mais attendons la fini
En 1847 on découvre les mines d'or de la Californie : en 1851, celles d'Australie. La quantité d'or produite annuellement se trouve
LES SYSTÈMES MONÉTAIRES. 32î
quad^uplée^ Par contre, l'argent se raréfie par suite du développement du commerce dans Tlnde qui en absorbe des quantités considérables. Il en résulte que la valeur respective des deux métaux change sur le marché des métaux précieux : pour se procurer 1 kilo or, il n*est pas nécessaire de donner comme autrefois i5 % kilos argent, il suffit d'en donner 15 ; ce qui revient à dire que Tor a perdu environ 3 p. 0/0 de sa valeur. Dès lors il est clair que ces petits lingots d*or qui constituent les pièces d'or ont subi une dépréciation proportionnelle : la pièce de S francs d*or ne vaut plus en réalité que 4 fr. 85.
Que faut-il faire pour rétablir l'équilibre? Évidemment ajouter un peu plus d'or à chaque pièce d'or — 3 p. 0/0 de plus environ. Il aurait fallu, pour rétablir l'équivalence entre la valeur intrinsèqpie et la valeur légale, que la pièce de 5 francs d'argent fît équilibre à 15 pièces de 5 francs d'or (et non plus à 15 %). Alors c'est toute la monnaie d'or qui est à refondre ?... Attendons encore.
Vingt ans plus tard, en 1871, changement inverse. La production de l'or^ par suite de Tépuisement des mines d'Australie et de Californie, diminue de moitié : au contraire, par suite de la découverte des bonansas de l'Ouest américain, la production de l'argent augmente de moitié. £n même temps TAllemagne, adoptant Tétalon d'or, démonétise sa monnaie d'argent et fait refluer sur le marché ses thalers dont elle ne veut plus. Encore une fois la valeur respective des deux métaux change, mais cette fois en sens inverse : sur le marché des métaux précieux, avec un kilo d'or on peut se procurer non plus seulement 15 % kilos d'argent, mais 16, 17, 18, et jusqu'à 20 kilos d'argent! Ce qui revient à dire que l'argent a perdu plus d'un quart de sa valeur relativement à l'or. Dès lors il est clair que chaque lingot d'argent qui constitue une pièce d'argent a subi une dépréciation proportionnelle : la pièce de 5 francs d'argent ne vaut plus en réalité que 3 fr. 50. Qu'aurait-il fallu faire pour rétablir l'équilibre? Évidemment mettre beaucoup plus d'argent dans chaque pièce, augmenter d'un quart leur poids, faire que la pièce d'argent de 5 francs pesât autant que 20 pièces d'or de 5 francs ; alors l'équivalence entre la valeur métallique et la valeur légale aurait été établie : mais c'est toute notre monnaie d'argent qui était à refondre !
Mais quoi ! si nous voulons conserver à nos deux monnaies leur caractère de monnaie droite, c'est-à-dire l'équivalence rigoureuse
1 La prodactioD de l'or de 1841 à 1850 était évaluée oomme moyenne anauelle à 184 miUioDs seulemeot. De 1850 à 1830 elle fut de 700 millioDs.
S28 COURS D*ÉGONOMIE POLITIQUE.
entre leur valeur intrinsèque et leur valeur légale, faudra-t-il donc refondre perpétuellement tantôt Tune, tantôt l'autre des deux monnaies pour accommoder leurs poids aux variations de valeur des deux métaux? C'est, semble-t-il, la conclusion qui s'impose. Mais c'est impraticable et absurde*. Nous allons voir au chapitre sui* vaut à quel expédient on s'est arrêté.
Comment les pays bi-métallistes se trouvent en fait n'avoir qu'une seule monnaie.
Tout système bi-roétalliste présente, comme nous venons de le voir, cet inconvénient grave qu'il ne réussit guère à maintenir, pour chacune des deux monnaies à la fois, cette équivalence entre la valeur intrinsèque et la valeur légale qui doit être le caractère de toute bonne monnaie. Sans cesse, suivant les variations de valeur des deux métaux, Tune des deux se trouvera trop forte ou trop faible.
On pourrait penser, peut-être, que cet inconvénient est plus théorique que pratique. Qu'importe, dira-t-on, que nos pièces d'or ou d'argent aient une valeur légale un peu supérieure ou un peu inférieure à leur valeur réelle? Personne n'y fait attention et en tout cas personne n'en souffre.
C'est une erreur : il y a dans cette situation un inconvénient très réel, plus que cela, un véritable péril, et voici lequel : la monnaie
* Pour peu qu'on y réfléchisBe, on voit bien qu'il suffirait de faire varier le poîd» d'une seule des deux monnaies, en prenant Tautre, toujours la même, pour unité : par exemple, en prenant pour unité le franc d*argent de 5 grammes, faire varier le poids des pièces d*or« tantùt au-dessus, tantôt au-dessous du poids légal, suivant les variations de valeur du métal or. Mais, malgré cette simplification, ce ne serait guère plus pratique.
On pourrait anssi, dans la même hypothèse, laissant le poids des pièces d*or invariable, effacer Tiadication de la valeur légale qui y est gravée et laisser leur valeur osciller librement suivant les lois de Tofifre et de la demande, comme varient dans certains pays, dans riodo-Chine naguère, la valeur de la piastre. Les législateurs de germinal an XI qui, en organisant notre système monétaire, avaient parfaitement prévu les difficultés qui pourraient en résulter, avaient précisément proposé ce système. Et quelques économistes aujourd'hui y voient la seule solution possible. Mais alors les pièces d'or ne seront plus, à vrai dire, des piècen de monnaie; elles ne seront plus que des lingots qui circuleront comme une marchandise quelconque. Il f aura un cours coté pour les pièces de 20 francs, comme pour les cotons ou le blé et qui variera de même. Quelle complication dans les affaires, et surtout quel piège tendu aux simples !
qui est la plus faible des deux expulsera peu à peu de la circulation la monnaie forte, en sorte que tout pays qui est soi-disant au régime du double étalon se trouve en fait dans cette singulière situation qu'il ne conserve jamais dans sa circulation qu'une seule des deux monnaies et justement la plus mauvaise. Un mouvement de flux et de reflux périodiqpie emporte le métal qui est en hausse et ramène le métal qui est en baisse.
C'est l'application pure et simple de la loi de Gresham que nous avons déjà étudiée, mais l'histoire de notre système monétaire depuia cinquante ans en ofl're une merveilleuse démonstration.
Quand, sous le second Empire, l'or se trouva en baisse par suite des circonstances que nous avons indiquées dans le chapitre précédent, notre monnaie d'argent commença à disparaître et à être remplacée par la monnaie d'or, par ces beaux m napoléons d, monnaie à laquelle on était encore peu habitué, que l'on admirait fort et dans laquelle les courtisans saluaiçnt la richesse et l'éclat du nouveau règne, mais qui en réalité n'était si abondante que parce qu'elle était faite avec un métal déprécié. Et ce phénomène de la transmutation des métaux s'explique très aisément.
Le banquier de Londres qui voulait se procurer de l'argent pour l'envoyer aux Indes, cherchait naturellement à Tacheter là où il pouvait le trouver à meilleur compte. A Londres, avec 1 kilo or, il n'aurait guère pu se procurer que 45 kilos argent. Mais en envoyant son kilo or àlaMonnaiede Paris, il pouvait faire frapper 3.100 francs or, et échanger ensuite ces 3.100 francs or contre 3.100 francs d'argent qui pèsent tout juste 3.100 X 5 gr. — 15 kilos %. Avec son kilo or, il avait donc réussi en définitive à se procurer 15 % kilos ai^nt».
Il est facile de voir que grâce à ce commerce une certaine quantité de monnaie d'argent était sortie de France et qu'elle avait été remplacée par une quantité égale de monnaie d'or. C'est justement le jeu de la loi de Gresham : la monnaie forte est remplacée par la monnaie faible. C'est par pleines cargaisons que l'on emportait aux Indes les pièces d'argent de France. On les achetait à leur poids
' L'opération pouvait se faire encore <i*uoe façon inverse. Un banquier de Paris réunissait 3.000 pièces de 1 fraoc argent qui pèsent tuât juste 15 kilos (3.000 X 0,005 = 15). Il enTo^t ces 15 kilos argent à Londres et obtenait en échange 1 kilo or, puisque telle était la valeur marchande de ces deux métaux. 11 se faisait renvoyer de Londres son kilo or, et le faisait frapper à la Monnaie de Paris sous la forme de 3.100 francs or. Il gagnait donc 100 francs brut sur cette opération, soit un peu plus <ie 3 p. 0/0» et, déduction faite du prix de monnayage et de transport, l'opération était encore très IncratiTe.
d'argent pour les vendre aux hôtels des monnaies de Bombay et de Madras et les convertir en roupies. Durant cette période, ces hôtels transformèrent en monnaie indienne pour plus de deux milliards francs de nos pièces françaises.
On ne tarda pas à souffrir d'une véritable disette de monnaie d'argent. Pour arrêter sa fuite, on n'aurait pas manqué au temps jadis de recourir à des mesures prohibitives et peut-être à des pénalités contre les gens qui exportaient la monnaie d'argent. La science économique, en indiquant la cause du mal, permettait d'apporter un remède bien plus efficace. La monnaie d'argent disparaissait parce qu'elle était trop forte; il suffisait donc de l'affaiblir en diminuant son poids ou simplement sa proportion de métal fin et on pouvait être certain qu'on lui aurait coupé les ailes : elle ne bougerait plus. C'est ce que firent d'un commun accord la France, l'Italie, la Belgique, la Suisse, par la convention du 23 décembre 18^^ Le titre de toutes les pièces d'argent, hormis des pièces de y5 francs, fut abaissé de 900/.1000 à 935/4.000, ce qui leur enlevait un peu plus de 7 p. 0/0 de leur valeur. Toutes ces pièces devinrent donc et sont restées monnaie de billon et, suivant les principes invariables en cette matière, elles ont perdu depuis ce jour leur caractère de monnaie légale et n'ont plus été reçues que comme monnaie d'appoint^. Pourquoi fit-on exception pour la pièce de 5 francs ? Il n'y avait aucune bonne raison pour cela, mais ce fat la France qui l'exigea. Billonner toutes les pièces d'argent, c'eût été abandonner complètement la monnaie d'argent comme monnaie légale, c'eût été devenir franchement mono-métallist^ or, comme l'Angleterre, et cette révolution dans notre système monétaire eiïraya le Gouvernement français. On maintint donc la pièce de 5 francs. avec son poids et son titre et son caractère de monnaie légale. Naturellement elle continua à fuir, mais on pouvait plus aisément se passer d'elle que de la monnaie divisionnaire : au
1 C'est ce qu'on appelle VUnion Latine (quoiqu'elle ne comprenne pas l'Espagoe ni le Portugal). Peu après la Grèce s*y est jointe. A Torigine il était convenu que les pièces frappées dans Tua quelconque de ces cinq pays auraient droit de circulatioa dans tous. Mais cette libre circulation a été retirée en 1893 aux monnaies d'argent divisionnaires (c'est-à-dire inférieures à la pièce de 5 francs) d'Italie et tout récemment à celles de Grèce. Ce n'est pas contre ces pays mais sur leur demande que cette mesure a été prise, parce que le change qui leur était défavorable faisait sortir ces petites pièces de monnaie et elles leur faisaient faute. Voir ci-après au Ch. Du change.
< Jusqu'à concurrence de 50 francs entre particuliers et de iUO francs ~ mais en fait sans limitation — dans les caisses publiques. Il est juste en effet que TÉtat ne puisse refuser la monnaie qu'il émet lui-môme.
LES SYSTÈMES MONÉTAIRES. 33i
besoin, on pouvait la remplacer par la pièce de 5 francs d'or.
A partir de 1871 nous avons vu qu'une révolution inverse s'était accomplie dans la valeur respective des deux métaux et que l'appareil monétaire français s'était trouvé de nouveau désaccordé, mais cette fois en sens inverse. Ce fut la monnaie d'or qui se trouva trop forte et qui, par conséquent, commença à émigrer. Ce fut la monnaie d'argent qui se trouva trop faible et qui commença à pulluler.
Les mêmes opérations que nous avons expliquées tout à l'beure recommencèrent, mais en sens inverse. Recommençons aussi l'explication, pour éviter toute obscurité sur ce point essentiel.
Un banquier à Paris se procurait 3.100 francs d'or en pièces de 20 francs ou de 10 francs, il n'importe. Cela fait tout juste un kilo d'or. Il les mettait dans un sac et les expédiait à Londres. Sur le marché des métaux précieux, à Londres, avec un kilo or, on pouvait avoir jusqu'à 20 kilos argent. Il achetait donc 20 kilos argent, se les faisait réexpédier à Paris et les faisait monnayer à THôtel des Monnaies. Comme avec un kilo argent, la Monnaie devait frapper 40 pièces de 5 francs (c'est-k-dire 200 francs), elle délivrait à notre banquier 20 X 200 = 4.000 francs, en pièces de 5 francs. Bénéfice brut 900 francs. Déduisez les frais de transport, de monnayage, etc., et aussi la prime nécessaire pour se procurer les pièces d'or, à mesure qu'elles devenaient rares, l'opération n'en était pas moins très lucrative. Et il est clair que pour la France l'opération se traduisait par une diminution de la monnaie d'or et une augmentation de la monnaie d'argent. Répétée indéfiniment, cette opération devait avoir pour résultat inévitable de substituer complètement dans la circulation la monnaie d'argent k la monnaie d'or.
Il fallut donc que les puissances qui avaient formé l'Union Latine (la Grèce depuis s'y était adjointe) se concertassent pour remédier à ce nouveau danger. De même qu'en 1865 elles avaient arrêté la fuite de la monnaie d'argent en affaiblissant son titre, de même elles auraient pu arrêter la fuite de la monnaie d'or en affaiblissant son titre ou en diminuant son poids. Mais ces refontes incessantes, portant tantôt sur une monnaie, tantôt sur l'autre, auraient fini par désorganiser tout le système monétaire. On préféra recourir à un procédé plus simple. La convention du 5 novembre 1878 a suspendu la frappe de la monnaie d'argent^. Dès lors, l'opération
4 Do moÎDs pour la pièce de 5 Tnincs, la seule monnaie d'argent ayant cours légal. Car pour les petites pièces d'argent, chaque État s'est réservé le droit d*eu frapper une certaine quantité déterminée par le chiffre de sa population (d*abord 7 fr., puis 16 par habitant).
que nous venons de décrire est devenue impossible. Il n*y a plus de profit à acheter des lingots d'argent à l'étranger, puisqu'on ne peut plus les convertir en monnaie ^
Aussi bien cette mesure réussit pleinement à conserver à la France soa beau, stock métallique or, qui n'avait pas encore été sensiblement ^n^i£ Mais comme on peut bien le penser, cette convention, qui fermait au métal argent un marché dej>rès 4âJ80 mil- ?ions d'hommes et restreignait d'autant ses^enouch^sveut pour eflet de précipiter encore la dépréciation du métal argent, c'est-àdire d'aggraver le mal*. C'est alors qu'on a vu le métal argent, qui jusqu'alors n'avait guère perdu que 10 à i2 p. 0/0, tomber de chute en chute au-dessous de 100 francs lekilogr., ce qui fait moins de la moitié de sa valeur légale (200 fr.) et correspond au rapport de 1 à 31 entre la valeur de deux métaux M En d'autres termes l'écu de 5 fr. ne vaut plus que 2fr. 50 et le franc (à cause du titre plus faible) à peine 45 centimes t
Dans ces conditions la frappe libre de la monnaie d'argent n'a pas été reprise, et nul ne sait si on la reprendra jamais.' Dès lors, on peut dire que, quoique les pays de l'Union Latine soient encore légalement sous le régime bi-métallique, en fait ils sont à peu près devenus mono-métallistes or. De toutes leurs pièces (f argent il n'en est plus qu'une seule qui soit encore monnaie légale, et celle-là justement on ne la frappe plusl
1 Toutefois, ce danger n'esl peut-être pas absolument conjuré, car il faul prévoir la possibilité d'une fabrication clandestine de monnaie d'argent — non de fausse monnaie, mais de bonne monnaie ayant le poids et le titre légaux — laquelle fabrication procurerait tout de môme au contrefacteur l'énorme bénéfice de 100 p. 0/0 que TEtat réalise aujourd'hui sur la frappe. Et il est certain que cette opération illicite s'efTectue en effet et probablement dans de plus grandes proportions qu'on ne pense. Il en résulte que la quantité de monnaie d'argent en circulation doit être un peu supérieure à la quantité frappée.
* Depuis lors, beaucoup d'autres pays ont abandonné l'étalon d'argent pour Téta- Ion d'or (Voir le Ch. suivant).
s En 1903, il a louché le point le plus bas : le rapport avec l'or est tombé à 1/40^ ce qui correspond à 7? francs comme prix du kilogramme d'argent. Mais depuis lors, le rapport est remonté à 1/26, ce qui correspond à 118 francs le kilo ; et, depuis la fin de 1907, il est retombé de nouveau k 1/33,3.
La valeur de l'argent est toujours cotée h l'anglaise en oncet et en penee^t. Pour traduire ces évaluations il faut savoir que l'once représente 31,103 grammes ao titre de 925 millièmes et le penny 10 1/2 centimes — ou plus simplement lorsque Targent est à sa valeur de 200 fr. le kilo (ce qui correspond au rapport légal de 15 1/2), la cote anglaise est à peu près de 54 3/4 pences l'once. Au moment où nous corrigeons ces épreuves il est coté 26 pences, ce qui correspond à 95 francs le quintal.
S'il convient d'adopter le système mono-métalliste ?
Il semble, d'après les explicatioDS qui précèdent, qu*il n'y ait plus lieu d'hésiter. Le système mono-métalliste est infiniment plus simple, il coupe court & toutes les difficultés que nous venons de signaler. Pourquoi ne pas l'adopter?
Tel est le parti qu'ont pris déjà la plupart des pays, TAngleterre la première (1816), puis le Portugal (1854), l'Allemagne (1873), les États Scandinaves (1875), la Finlande (1878), la Roumanie (1890), l'Autriche (1892j, la Russie (1897), le Japon (1897), le Pérou (1901), demain la République Argentine.
Il ne reste plus guère, comme pays bi-métallistes, que le groupe dit de rUnion Latine (France, Italie, Belgique, Suisse et Grèce), la Hollande, l'Espagne, les États-Unis et le Mexique ^
£t même parmi les pays bi-métallistes que nous venons d'énumérer, les principaux sont de fait mono-métallistes or, en ce sens qu'il ne se servent que de l'or pour leurs échanges internationaux : tels la France, les Etats-Unis, la Hollande.
En ce qui concerne l'Union Latine, nous avons vu tout à l'heure combien est faible le lien qui la rattache au bi*métallisme légal, presque purement nominal. De même aussi les États-Unis. Pendant longtemps chez eux un parti puissant, celui des Silvermen, a fait campagne pour établir légalement et même propager au dehors le vrai bi-métallisme c'est-à-dire la frappe libre de Targent : il avait même obtenu le vote d'une loi célèbre, en 1890, obligeant le Gouvernement à acheter chaque mois pour quelque 25 millions de francs de lingots d'argent. Mais dans les campagnes électorales les Silvermen ont été battus et la loi du 14 mars i900 a déclaré expressément que le dollar or serait étalon de valeur : toutefois le dollar argent conserve le pouvoir libératoire illimité, mais la frappe en est limitée ^
* Les Étals de rAmërique du Sud sont de fait au régime du papier-monoaie.
Les pays d'Asie sont généralement mono-métallistes argent, sauf l'Inde qui depuis 1893 est bi-métalliste, puisque le souverain anglais or et la roupie argent sont admis l'une et l'autre comme monnaie légale et dans le rapport fixe de 1 livre pour 15 roupies. La Chine par un décret de 1910 vient d'adopter la pièce d'argent de 5 fr., le ffiMifit pour étalon. Voir ci-déssus p. 309, note 1.
> Les Etats-Unis n'ont pas adopté le même rapport que l'Union Latioe entre la valeor des deux métaux : outre leur dollar or et leur dollar argent, le rapport est de 1/16.
Le Mexique a suivi en 1901 l'exemple des Etats-Unis en adoptant Tétalon d'or.
Pourquoi donc ces Etats ne coupent-ils pas le fil si ténu qui les rattache encore au bi-métallisme et n'adoptent-ils pas, comme les autres, le mono-métallisme ?
Il y a deux difficultés, Tune de fait, l'autre de principe :
!• Obstacle de fait, c'est que l'adoption de l'étalon d'or entraîne la démonétisation de l'argent : car si on enlève à la pièce de 5 fraoes le caractère de monnaie légale, il faut laretirer, pour la plus grande partie, delà circulation. Or, on estime qu'en France ces pièces de 5 francs, les écus, comme on les appelle, représentent 2 milliards francs, valeur nominale, mais, vendus au poids d'argent, vaudraient moins d'un milliard. Les frais de cette opération s'élèveraient donc à 1 milliard francs — et probablement beaucoup plus encore, car il est évident qu'une semblable mesure aurait pour effet de précipiter encore plus bas la chute du métal argent *.
2° Objection de principe, c'est que les variations du prix sont beaucoup plus à redouter avec un seul étalon des valeurs qu'avec deux.
Nous savons que toute variation dans la valeur de la monnaie a pour conséquence immédiate une variation inverse dans les prix (voir ci-dessus, p. 249) : or, quand il n'y a qu'une seule monnaie, il est à craindre que ces variations ne soient fréquentes et brusques, qu'elles ne détraquent tout l'organisme commercial et ne provoquent des crises incessantes.
Quand on emploie au contraire, pour mesurer les valeurs, deux monnaies, alors il s'établit entre elles une sorte de compensation très favorable à la stabilité des prix et par suite aussi à la prospérité du commerce, car, dans les affaires, c'est surtout la stabilité qui est à considérer. L'explication de ce phénomène de compensation est un peu délicate, mais il est facile cependant de s'en faire une idée.
Il suffit de se rappeler que la principale cause de la supériorité des métaux précieux, en tant que mesure des valeurs, tient à ce fait que les variations de quantité sont peu de chose relativement à la masse existante (voir ci-dessus, p. 307). Mais cette condition est
mais en laissant à la piastre d*argent le cours légal. Il a adopté le rapport, plas conforme à la réalité, de 1 à 32,58.
* On dira peat-ètre que TEtat n'aurait qu'à laisser la perte pour compte aux porteurs des écus de 5 francs ? D abord ce serait un procédé peu honorable de la part de TEtat qui a garanti la valeur de ces pièces par le fait qu'il a inscrit cette yaleor sur la pièce elle-même ; — et, en tout cas, ce serait ta ruine de la Banque de France, car elle a dans son encaisse environ 900 millions de francs en argent sur lesqoelf elle se trouverait perdre 450 millions, c'est-à-dire plus du double de son capital actions.
d'autant mieux remplie que le stock métallique est plus considérable et qu'il s'alimente à des sources diiïérentes. Composé de deux métaux, il formera d*abord une masse double, et, de plus, comme il est peu probable que les causes qui amènent un surcroît de production de l'un ou de l'autre des deux métaux coïncidedt, les variations seront moins sensibles. C'est ainsi que les crues d'un fleuve sont d'autant moins soudaines et moins à redouter que ses affluents sont plus nombreux et qu*ils prennent leur source dans des régions plus éloignées et plus difïérentes par leurs caractères géologique» ou climatériques. Les crues de la Seine, dont les affluents ont la" forme rayonnante, sont généralement inoflensives, tandis que celles de la Loire ou de la Garonne, dont les grands affluents prennent tous leur source dans la même région, sont désastreuses^. Ace point de vue, il est préférable que notre réservoir métallique soit alimenté par deux affluents d'origine diflérente, par l'or et l'argent, que par un seul, et s'il y en avait trois ou quatre le niveau serait d'autant plus stable, en sorte que théoriquement le po/y-métallisme vaudrait encore mieux que le bi-métallisme. En fait, s'il n'y avait eu que le métal or, la découverte des mines d'or de Californie et d'Australie aurait causé la plus profonde perturbation par une hausse démesurée des prix, et tel pourra être l'effet des mines du Transvaal ou du Klondyke. Leur épuisement en causerait une inverse, encore plus redoutable. 11 n'importe guère que les prix soient hauts, ou bas, mais ce qui importe beaucoup, c'est qu'on ne voie pas brusquement les bas prix succéder à de hauts prix et vice versd. L'idéal d'un bon système monétaire c'est la stabilité des prix.
Non seulement les bi-métallistes ne sont pas disposés à renoncer à leur système, mais encore ils voudraient y convertir les paya mono-métallistes or et prétendent qu'aucune des difficultés que l'on redoute ne se produirait si ce système était consacré par un accord
1 LMDODdatioa de la Seine de 1910 coofirme la règle, car elle n'a été si désastreuse que précisément parce qu'elle était inattendue : elle n'avait pas eu de précédent depuis deux siècles et demi (1658).
Pour parler sans métaphore, ce n'est ici qu'un cas particulier de la loi de substi' tudon (voir pp. 42 et 239) qui veut que toutes les fois qu'un produit peut être substitué à no autre dans la consommation, leurs valeurs s'égalisent nécessairement. Si rélectrieité peut remplacer parfaitement le gaz pour l'éclairage et vice versât Je prix de celui-ci se règle nécessairement sur celui-là. Or, il n'est aucun cas de substitutioD plus parfaite que celle du franc d'argent au franc d'or — ou vio^ versa — eo supposant un régime de bimétallisme vrai, c'est-à-dire la frappe libre des deux métaux. Donc, tant qu'on peut indifféremment employer l'un pour l'autre, l'un ne saurait valoir plus ou moins que l'autre.
336 COURS D*ÉGONOMiE POLITIQUE.
internatioDal de tous les grands pays sur le pied de 15 ^ , ou tout autre rapport à déterminer, 1 à 33 si l'on veut.
Cette affirmation paraît choquante aux économistes de l'école classique. Il ne saurait dépendes, disaat-ils, de la volonté d'un gouvernement, ni même de tous les gouvernements réunis, de fixer la valeur respective de l'or et de l'argent ne varietur, pas plus que la valeur respective des bœufs et des moutons ou celle du blé et de l'avoine. La valeur des choses est fixée uniquement par la loi de l'offre et de la demande et échappe complètement à la réglementation du législateur : celle des métaux précieux ne fait pas exception à la règle.
/. Ce raisonnement de l'école classique nous paraît trop absolu. L'or et largent ne sont point des marchandises qui puissent être assimilées aux bœufs ni aux moutons, ni à toute autre marchandise, et voici pourquoi : c'est que leur principale utilité est justement de servir à fabriquer la monnaie. Par conséquent, quand on parle de la demande des métaux précieux, il faut entendre par là presque exclusivement la demande qu'en font une douzaine de grands États pour les Hôtels des monnaies. Or il n'y a rien d'absurde à penser que si cette douzaine d'acheteurs s'entendaient pour fixer les prix respectifs des deux métaux, ils ne pussent, en efiet, y réussir. S'ils déclarent qu'ils achèteront tous le kilo or sur le pied de 3.100 francs, et le kilo argent sur le pied de 200 francs, il est fort probable qu*ils feront la loi au marché.
On dit qu'il serait absurde de décréter qu'un bœuf vaudra toujours dix moutons ou qu'un hectolitre de blé vaudra toujours deux hectolitres d'avoine! Oui sans doute, parce que le marché de ces marchandises est immense et que chacun de nous par ses achats personnels contribue à en régler les cours. Mais s'il n'y avait de par le monde qu'une douzaine de personnes qui fissent usage de bœuf ou de mouton, il est très vraisemblable qu'il dépendrait d'elles, en se coalisant, d'en fixer les prix sur le pied de 1 à 10 ou sur tout autre pied qu'il leur plairait. Un pareil résultat a été obtenu très souvent et notamment, malgré des conditions bien moins favorables, dans les spéculations commerciales formées par de grands commerçants coalisés, que nous avons déjà vues sous le nom de Cartels ou Trusts^.
< Oa peut citer d'ailleurs maintes preuves de cette influence exercée par le législateur sur le cours des métiiuz précieux : — par exemple, la stabilité du rapport entre la valeur des deux métaux qui s*est prolongée près de trois quarts de siècle, gr&ce à la loi française ; — et, en sens inverse, la baisse de Targent produite parla démonétisation de l'Allemagne, aggravée plus tard par la convention qui a supprimé
Sans doute, il ne faut pas pousser cette couclusion à Tabsurde. Il va sans dire qu'il ne serait pas au pouvoir des gouvernements, fussent-ils unanimes, de décréter que le rapport entre l'or et l'argent sera désormais sur le pied d'égalité ou, moins encore, que le rapport sera renversé et que désormais i kilo d'argent vaudra 15 kil. % or! Pourquoi une telle déclaration serait-elle lettre morte? Parce que l'emploi industriel des métaux précieux, bien que de moindre importance que l'emploi monétaire (il absorbe actuellement environ i/3 de la production), ne saurait cependant être négligé et il serait suffisant pour empêcber la fixation d'un rapport aussi extravagant que celui que nous venons d'indiquer. Tous les gouvernements du monde auraient beau décréter que l'argent vaudra autant que Tor, jamais hommes et femmes ne paieront pour une montre ou pour une bague d'argent le même prix que pour une montre ou pour une bague d'or ? .
Mais dans des limites raisonnables, nous n'hésitons pas à croire qu'un accord international serait efficace pour fixer la valeur respective des deux métaux et pour supprimer par conséquent le principal inconvénient du système bi-métalliste, à savoir la fuite de l'une des deux monnaies. Où fuirait-elle, puisque par tout pays elle serait soumise à la même loi?
Seulement cet accord international est-il possible en fait? Ceci est une autre question. Il ne le semble pas, car chaque pays met un point d'honneur à adopter l'étalon d'or, et notamment le Gouvernement anglais, dont le concours serait indispensable au rétablissement du bi-métallisme, Ta toujours repoussé. D'ailleurs, les pays qui ont fixé un rapport entre les deux métaux ont établi les rap-
la frappe de ce métal dans TUnion Latine, et précipitée récemmeDt par la suppression delà frappe dans Tlnde anglaise; — ou encore celle que maintient depuis une dizaine d^aonées le gouvernement anglais aux Indes. Il a établi un rapport légal entre for et fargent (le souverain d'or s'échaogeant contre 15 roupies argent) et il le maintient en suspendant la frappe de celui des deux métaux qui est en baisse et en monnayant celui qui est en hausse.
t Ajoutons que si, dans une telle hypothèse, on parvenait à maintenir la valeur de l'or au m^me niveau que celle de l'argent, comme les frais de production de lor sont normalement plus considérables que ceux de Targent, il en résulterait que la production argentifère déborderait, tandis que les mines d*or ne tarderaient pas à être abandonnées parce qu'elles ne donneraient plus de bénéfices; et une semblable mesare aurait finalement pour résultat de supprimer la production de l'or duns un délai plus ou moins éloigné. De même que si Ton décrétait qu*un bœuf ne vaudra pas plus qu'un mouton et qu*on réussit à imposer cette base d'évaluation, on peut tenir pour certain que partout on renoncerait à l'élevage des boeufs pour celui des moutons et qu'au bout d'un certain temps la race bovine aurait disparu.
GlDR. — COUBS. 22
338 COURS .D*SCQMOMifi ?0L1TIOT£-
portB tos pins difiéfrents (j^triche i à i^, âS, Russie 1 4 23, 25, Japon d à 32, 33, ^c).
Le mieux donc pour les payshi-métailistas panatt être de garder le sttau giw : et c'est aassi œ qu'ils font'. Cette paiitique pouvait préseoter quelques dangers, il y a une dizaine d'années, alors que la production de rorae raréfiait étonnamment et qu*on ponvaU se demander 6 'il y en aurait assez pour tous les États qui voudraient le prendre comme étalon et si oe«x<|ui .tardaient à se •décider n'arloveraient pas trop tard, mais dans les deraiôres aocnéeB du xik' siècle, la production de Tor a plus que quadruplé et ily a lieu de penser qu'elle augmentera encore, peut*ètre autant et {des que oeile de l'argent, toutes proportions gantées, fin sorte que la différence de valeur entre les deux métaux va probablement diminuer et nous verrons un moment de bascole inverse de cekxi qui s'est produit de 4870 à 1895.
La production ananelle, qui était tombée .presque à 450.^000 kil. (500 millions de francs) en 1882, a atteint près de TOOl^OOG kil. (â A/2 milliards fr.) aujourd'hui. Et on découvre des terrains aurifères un peu partout^.
II est vrai que la production de l'aGgeot a beaucoup augmenté aussi : elle s'est élevée de 2.150.000 kilos en 4875 (valant atorsau pair 430 mUlions îr.) à 6.650.000 kilos en 1909 (quantité qui, vu la baisse de valeur de l'argent, ne représente pas une valeur très supérieure à celle de 1875, soit 650 millions francs environ). Néanmoins on voit que la production de l'argent n'est en poids que dix fois plus grande que celle de l'or, et pas même. Le rapport de valeur actuel de 1 à 30 ou 32 ne correspond donc plujs du tout à la production respective des deux métaux. Aussi nous ne doutons pas que si les sources d'or continuent h couler aussi abondamment, la valeur de l'argent ne se relève à nouveau et il n'est même point tout à fait impossible qu'on la voie revenir un jour au vieux rapport légal.
La question du bi^métallisme a donc perdu beaucoup de son acuité. Il n'y a pas péril en la demeuç^ponr les Etats bi-métallistes
1 Une Commission de délégués des Ëtats-Uois et du Mexique a été envoyée en Europe en 1903 pour voir si on pourrait s'entendre pour reprendre la frappe de i*argent. Le rapport très intéressant de cette mission, qui d'ailleurs n'a pas abouti, a été publié (Jneroductton 0/ the gold-exchange standard^ 1903-1904, 'Washington).
2 La moyenne des 5 années 1881-1885 fut de 152.800 kilos valant 525 milHoafrancs (avec un minimum de 516 millions en 1882). — Elle a été de (569.000 kilos (2.302 millions fr.) en 1908 et de 689.000 kilos (2.372 millions fr.l en 1909. Il est vrai que tout cet or n'est pas monnayé et qu'un tiers environ est employé dao^ rindustrie, mais la proportion de l'emploi industriel ne devait pas être très différente autrefois.
LA mONNAIEr DE PAPIER. 339
k \e rester, et b'Mb veulent un jonr adopter le mono-métallisnie or^ te passage s^ra moins oaéreux qu'aujourd'hui. La solution devient chaque jour pIu'S hssUe, «n même temps que moias urgente ^ .
Seulement, tconone Tor est devenu en fait la seule monnaie internationale, il faut que les pa]^ hi-métailistes veillent à s en assurer vn stock suffisant*. Si non, ils sevont obligés d'en acheter pour Cftire leuim paiements à Tétrainger, ce qai sera onéreux (voir ei*aprè6. Du changé).